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La frénésie nataliste actuelle est elle utile à la France ?

Avec 828.400 naissances en 2008 (y compris l’Outremer) selon l’INSEE, la France bat tous les records de reproduction en Europe. Une nouvelle France pondeuse est en marche. Aucun pays européen, en dehors de l’Albanie, n’arrive à de tels sommets. Avec 2.02 enfants par femme, le renouvellement des générations est donc quasiment atteint, ce qui est loin d’être le cas pour l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou le Japon qui se traînent à des taux inquiétants de 1.3 enfants par femme. Ne parlons pas des Russes et des Ukrainiens qui stagnent presque dans les mêmes eaux, mais qui ont la chance d’une espérance de vie moindre, ce qui leur évite un excédent de vieillards. La France ne remplissait plus ses berceaux depuis la fin du baby-boom d’après guerre et si la population croissait, cela venait plus de l’immigration et de la natalité étrangère ou naturalisée. Le schéma actuel est tout autre et les enfants dans les rues de France, mais pas de Navarre, sont de plus en plus clairs de teint. La France qui se reproduit ne le fait plus, sauf exception, à cause du catholicisme et cependant elle dépasse allègrement l’Irlande et la Pologne. Le vieux slogan d’invasion étrangère par les berceaux, cheval de bataille du Front National, est devenu obsolète. Les Françaises dites de souche se sont remises à procréer. Certes, nous n’atteignons pas les taux faramineux du Niger ou du Mali (environ sept enfants par femme), mais nous égalons la Tunisie !

Inutile d’être démographe ou statisticien pour constater dans la rue une inflation de poussettes, de bambins et de ventres ronds. Ce soudain désir d’enfant est récent en France, il date de moins de dix ans, mais est il bénéfique au pays ? Rien est moins sûr, car la croissance démographique, dans une démocratie industrialisée, n’est pas obligatoirement une bénédiction. Tout dépend de l’avenir promis aux nouveaux venus. Et du fait de la faillite de l’éducation nationale en France, malgré les milliards investis, on peut se demander ce que vont devenir ces charmants bambins auxquels les mères font des sourires béats d’admiration. En dehors de la satisfaction narcissique de se reproduire, une natalité permettant le renouvellement des générations débouche à terme sur le maintien du nombre des actifs (sauf s’ils deviennent des chômeurs). La natalité de renouvellement générationnel entraînerait donc le recouvrement des cotisations sociales et des retraites. Cela semble donc très positif et l’actuel taux de natalité en France devrait donc satisfaire les parents, le gouvernement et les économistes. En fait, seul l’enfant qui arrivé à l’âge adulte est capable de travailler à un niveau de rémunération suffisant pour être imposable est utile à la nation. Les autres peuvent s’avérer un poids social et économique. S’ils ont dû subir au minimum dix ans d’Education nationale au rabais et son coût pour devenir de quasi illettrés, ils sont loin d’être une opportunité pour la France. Et s’ils travaillent à des postes subalternes et ne créant pas de plus-value, le ratio entre ce qu’ils coûtent et ce qu’ils rapportent est défavorable à l’Etat. Prestations sociales, chômage, sous- emploi ou emploi non qualifié, délinquance et insertion sociale insuffisante entraînent plus de dépenses que de bénéfices.

Donc, en dehors du plaisir éventuel qu’il peut donner à ses parents, l’enfant n’est rentable à la société que s’il est suffisamment éduqué et que cette éducation lui permette d’occuper un emploi créant du PNB, sans entrer dans l’emploi assisté, cache misère d’un chômage déguisé.

L’encouragement à la natalité peut finalement se révéler être une bombe à retardement, s’il ne débouche pas sur une formation réelle des enfants et des adolescents pour qu’ils s’intègrent à la société et participent à l’effort de production.

Ce qui frappait les yeux dans les rues des villes il y a encore moins de dix ans n’est plus d’actualité. Désormais, toutes les classes sociales sont concernées sans connotation ethnique. Jadis, seuls les prolétaires se permettaient des familles nombreuses et le prix Cognacq récompensait chaque année un ouvrier rubicond d’alcoolisme latent et une mémère sans forme qui remerciait en bafouillant un notable qui lui remettait la médaille. Puis, avec la disparition de la famille rurale et ouvrière, la forte natalité ne concerna plus que les émigrés et les rares familles catholiques intégristes ou juives orthodoxes. Le récent regain nataliste touche désormais les classes moyennes dites de souche. Il existe encore bien sûr une natalité venant de l’émigration et des familles devenues françaises par naturalisation. 6.9% des enfants de 2008 ont deux parents étrangers et 12.6% ont un seul parent étranger, ce qui ne veut pas obligatoirement couple mixte, du fait des naturalisations. Bref, la natalité des étrangers et naturalisés est certes supérieure à celle des autochtones, mais elle a tendance à se normaliser depuis quelques années, sauf quelques exceptions de familles très nombreuses qui font monter les statistiques. Le Malien polygame avec vingt cinq gosses reste tout de même une exception.

 Mais le problème posé par ces nouveaux Français issus du droit du sol n’est pas vraiment ethnique ou culturel, ni même religieux, mais éducationnel et social. Une famille d’arabes ou de noirs ayant la possibilité d’inscrire ses enfants dans un lycée de Neuilly (malgré le récent film) ou du VII° arrondissement a nettement plus de probabilité de les voir s’intégrer aux études et au monde du travail, qu’un famille de petits blancs habitant une barre ou une cité ouvrière, scolarisant ses gosses dans un collège d’une banlieue improbable, véritable mouroir intellectuel, usine à chômeurs et délinquants.

La politique nataliste de la France repose sur une simplicité payante et individualisée : allocations familiales, facilités fiscales, congés parentaux, prime de rentrée scolaire et tant d’autres. Ces mesures ne sont pas condamnables en soi, elles peuvent même être utiles pour palier certaines difficultés. Mais elles ne traitent que de l’aspect financier de la procréation, sans garantie de résultats. Car une politique nataliste devrait prendre en compte l’utilité pour la nation de la croissance démographique et de ce fait s’orienter non pas sur un système de primes, d’allocations et d’avantages souvent utilisés sans discernement, mais sur une véritable politique d’éducation nationale performante, une politique de l’habitat évitant les concentrations les concentrations de pauvres condamnés à un quasi illettrisme et une politique de l’emploi productif remplaçant le camouflage social du chômage par des emplois bidons.

L’éducation déficiente est une véritable impasse pour de nombreux jeunes avec pour issue les petits boulots, l’aide sociale, la délinquance et l’inadaptation quelque soit leur origine ethnique. Un pays industrialisé comme la France n’a pas besoin de nombreux bras pour des travaux peu qualifiés. Le monde rural est mécanisé, la France est en paix et ne demande plus de chair à canons, fantassins sacrifiés dans les tranchées, et la robotisation du travail diminue le besoin de main d’œuvre sans qualification dans les usines et les ateliers. De plus, le niveau de salaire français, même au bas de l’échelle, ne peut empêcher les délocalisations pour les objets manufacturés nécessitant main d’œuvre nombreuse et ne générant qu’une faible plus-value. La solution japonaise consistant à maintenir les personnes âgées le plus longtemps autonome tout en robotisant la production pour réduire au maximum la main d’œuvre peu productive est une approche probablement plus réaliste que le choix nataliste français qui ne peut que déboucher que sur de l’emploi assisté pour déguiser le chômage. Contrairement aux professions dans l’industrie, le commerce ou les domaines à haute technicité qui créent de la plus value, les emplois subalternes et non qualifiés débouchent sur la précarité et l’insatisfaction vue la faiblesse des rémunérations. Les nouveaux venus risquent de faire des citoyens bien amers s’ils n’entrent pas dans la catégorie des privilégiés. Car, si autrefois, l’ouvrier se contentait de sa condition modeste et ne se révoltait qu’en cas d’injustice notoire, il n’était pas sollicité en permanence par la société de consommation et le crédit. Quel avenir donc pour ceux qui n’auront pas eu la chance de faire des études débouchant sur un métier rémunérateur. Métier qui n’est pas obligatoirement intellectuel, mais qui peut être manuel, artisanal et répondre à une demande. Par contre, se retrouver au SMIC sans grand espoir de promotion sociale et sans possibilité de rémunération attrayante ne peut qu’entraîner désespoir et amertume. Paradoxe, les instituts de sondage donnent des résultats de plus en plus pessimistes sur la confiance des ménages et les couples n’en continuent pas pour autant à se reproduire. Les nouveaux parents bien que persuadés que l’avenir est sombre et qu’il peut empirer ne sont pourtant pas découragés de faire des enfants. Schizophrénie ou inconscience ? Peut-être façon d’exorciser la peur. En tout cas, l’avenir est loin d’être rose pour les nouvelles générations qui passé l’insouciance de l’enfance, de plus en plus brève, risquent de se mordre les doigts d’avoir été conçus d’ici quelques années. Les désirs des parents et leur satisfaction en changeant les couches ne devraient pas leur faire oublier que procréer c’est prévoir et que leur bambin ne sera pas forcément ingénieur, avocat, médecin, ou même plombier ou garagiste. Mais que serveur chez Mac Donald’s, assistante de personne à domicile ou agent de sécurité dans un supermarché ne sont pas des positions de rêve.

Etre peu nombreux dans un pays où l’on peut aspirer au plein emploi bien rémunéré est une aspiration légitime. Certains parleront de décroissance et de nouveau modèle économique et social. Certes, on peut être heureux en consommant moins. Mais vivre endetté et en permanence tenté par ce que l’on a pas les moyens de se payer n’est pas une situation enviable à terme.

Si, dans quelques cas, il est possible de trouver son bonheur en trayant des chèvres dans les Causses pour faire du fromage ou en faisant du télétravail installé dans une ferme du Morvan malgré l’inconvénient de l’antenne relais permettant la connexion Internet, cette option ne peut être réplicative à l’infini et ne concerne au mieux que quelques milliers d’individus. Les autres, même d’ici vingt ans seront encore dans un monde de productivité, d’inégalité salariale et sociale, avec des améliorations technologiques diminuant encore plus le travail répétitif non qualifié. Peut être même qu’il sera possible de supprimer les cueilleurs saisonniers à moins que simplement les habitudes alimentaires changent vers des fruits et légumes pouvant être récoltés sans main d’œuvre.

Enfin, 52% des enfants de 2008 sont nés hors mariage,  sans compter les divorces de plus en plus fréquents. Inutile de dire que cette instabilité des couples ne peut que déboucher sur une précarité tant matérielle qu’affective des nouvelles générations. Absence du père, famille recomposée, fragilisation sociale et psychologique pour les moins favorisés qui ne grandiront pas dans une famille stable, autant d’obstacles à un développement harmonieux des jeunes. Avoir des enfants ne devrait pas être considéré comme un droit systématique, mais comme un choix réfléchi demandant des efforts et de sacrifices tant financiers qu’au niveau de la vie quotidienne et des loisirs. Une certaine insouciance et irresponsabilité touche à la fois les politiques et les familles. Les politiques applaudissent le regain nataliste, mais se contentent de payer des allocations et des primes, sans véritablement investir dans l’éducation, (ou alors à contre sens) et dans l’orientation vers une économie productive et rentable pourvoyeuse d’emplois attractifs. Les familles, souvent égoïstes ou inconscientes profitent de la manne de l’état sans s’apercevoir que la prime de rentrée scolaire et le congé parental ne suffisent pas à faire d’un enfant un adulte heureux et autonome.

Etre moins nombreux dans un monde de sept milliards d’habitants est probablement marqué du sceau du bon sens. Il s’agit de choix politiques, économiques et technologiques et cela peut aboutir sans natalité excessive et sans recours à l’immigration. Stabiliser la France au niveau des 55 ou 60 millions est possible sans déclin économique, il suffit de créativité et d’innovation politique. Inutile d’être plus.

par Georges Yang jeudi 27 août 2009 - 106 réactions
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  • Par Ronfladonf (xxx.xxx.xxx.211) 27 août 2009 14:07
    Ronfladonf

    Les bonnes questions à se poser... enfin !

    Le nombre de femmes que je connais qui ont un gosse "parce que c’est kro meugnon" ou "parce qu’il faut bien occuper ses journées et que la CAF paye bien çà m’énerve !

    Cela dit... les réponses à donner sont loin d’être évidentes :
    - elles doivent être globales (le monde entier doit avoir une politique démographique digne de ce nom et cohérente)
    - elles doivent être réfléchies
    - avoir une descendance est un droit inaliénable... c’est l’excès qui est délétère ! Avoir un seul enfant, pour peu qu’il soit éduqué correctement, et dont on s’occupe n’est pas une honte, bien au contraire !
    - les citoyens doivent prendre conscience du problème dans sa globalité et arrêter de ne penser qu’à eux... La vanité et l’égoïsme restent les pires des fléaux pour moi.

    une fois le problème posé clairement, on peut arriver à une solution. (La chine a bien tenté la politique de l’enfant unique, mais elle est terrible pour les couples qui perdent leur enfant, et ils sont toujours 1.5 Milliards 2 générations après)

    Comme la plupart le fait toujours, les gens vont fermer les yeux et mal évaluer cet article parce que çà touche les enfants. Et ce qui touche aux enfants fait perdre tout sens commun à la plupart des humains, ils ne peuvent plus réfléchir calmement.

    Si on ne solutionne pas ce problème rapidement c’est la Nature qui s’en chargera et beaucoup plus violemment ! C’est garanti !

  • Par Georges Yang (xxx.xxx.xxx.178) 27 août 2009 14:16

    Merci pour cette réaction ; Avoir un enfant ne devrait pas être une forme d’autosatisfaction béate et irréfléchie ; un n’enfant ça s’assume, ce n’est pas un chien que l’on abandonne pour partir en vacances. Que d’irresponsables qui se séparent, trimballent des gosses d’un foyer à l’autre, négligent leur éducation ou tout simplement n’envisage pas les soufrances et difficultés qu’ils vont infliger à leur progéniture en les mettant au monde.
    côté Etat, il vaudrait mieux envisager une France de technologies innovantes, de productivité à main d’oeuvre restreinte et de diminution des gaspillages pour obtenir enfin un pays riche et prospère non surpeuplé.

  • Par finael (xxx.xxx.xxx.22) 27 août 2009 19:23
    finael

    "Frénésie nataliste".

    D’entrée de jeux le propos de l’article se situe dans une orientation malthusienne - et fausse !

    Avec 2,09 enfants par femme, même la France n’atteint pas le seuil de renouvellement de sa population (2,17). Est-ce donc là cette frénésie, ce "lapinisme" ?

    Et de nous ressasser les arguments du "nous sommes trop", "nous allons à la catastrophe" ... anti-conformiste ? Au contraire, c’est le discours dominant depuis une génération.

    En 1970 on racontait que nous serions 20 milliards en l’an 2000, et en 1990 12 milliards.

    Aujourd’hui les projections de l’INED nous amènent à quelque part entre 8 et 10 milliards, quelque part entre 2050 et 2100, avec une "stabilisation" ensuite.

    Sauf que rien ne laisse prévoir une stabilisation, au contraire. Si l’évolution de la démographie se poursuit suivant les tendances observées depuis deux siècles - et la démographie a l’avantage de suivre des tendances "lourdes" - l’espèce humaine risque fort de se faire bien rare d’ici quelques siècles (vers 2400).

    En fait la décroissance, lente au début, s’accélèrera avec l’augmentation de l’âge moyen des femmes.

    Alors que ceux qui ne veulent pas d’enfants se contentent de ne pas en faire (ils crêveront dans la solitude), mais surtout qu’ils évitent d’ordonner aux autres, toujours "les autres", ce qu’ils doivent ou ne doivent pas faire.

    Surtout au nom d’arguments fallacieux pour ne pas dire racistes.

  • Par romaeterna (xxx.xxx.xxx.40) 27 août 2009 15:33
    romaeterna

    Bonjour et merci pour votre article très intéressant.
    Je suis toujours fort étonné de ne pas trouver plus d’articles de cette veine sur agoravox car parlé de tout c’est bien, mais écrire sur le métaproblème de la surpopulation me semble bien plus constructif.
    Mais dire que le problème est mondial donc que nous, pauvres francais tout seul, faire un effort ne sert à rien est du même ordre que dire "je peux rouler en gros 4x4 baveux puisque c’est le monde entier qui pollue !
    Malgré mes 5 enfants je disais souvent (plus par provocation je l’avoue) que j’étais pour la suppression des allocs car j’ai souvent vu et entendu des gens dire qu’ils ne faisaient des gosses que pour les allocs. Les pauvres savent aussi être cyniques et cupides !

    Et c’est vrai que ce sentimentalisme béat concernant les enfants est extrèmement ravageur car il permet toutes les hypocrisies et tous les ègoïsmes dans nos sociétés. Il est à rapprocher du lavage de cerveau de TF1 et consorts.

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