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Accueil du site > Actualités > Société > La grenouille cuite à l’étouffée

La grenouille cuite à l’étouffée

Le volume total des lois françaises a été multiplié par dix en quarante ans. Les codes publiés totalisent 65 000 pages. Notre corpus réglementaire est un de nos monuments nationaux les plus impressionnants. Les autres pays d’Europe luttent contre l’inflation réglementaire. Nous en sommes loin en France, alors que nous sommes les plus atteints par ce mal. Il est plus urgent de réduire l’impôt papier invisible que les droits de succession ou l’impôt sur le revenu.

Des scientifiques peu charitables pour l’espèce animale ont réalisé il y a bien des années l’expérience suivante. Ils plongèrent une grenouille dans une eau bouillante et observèrent que celle-ci se débattait avec la dernière énergie et parvenait même à sauter hors de ce bain fatal. Le lecteur n’en sera pas outre mesure étonné et se réjouira sans doute que la grenouille ait pu ainsi échapper à son sort.

Ces mêmes scientifiques entreprirent alors une autre expérience. Ils mirent une grenouille dans un récipient d’eau froide, puis chauffèrent celle-ci jusqu’à ébullition. Et là surprise : notre grenouille nageait tranquillement à mesure que la température montait jusqu’à ce qu’elle s’immobilise, bien cuite, étreinte dans une mort paisible.

Passons des sciences naturelles à l’administration de notre pays, nous verrons plus loin le rapport avec l’expérience menée sur cette pauvre grenouille.

Savons-nous que le volume total des lois françaises a été multiplié par dix en quarante ans, et par deux sur les quinze dernières années, augmenté chaque année par les nouvelles législations votées par le Parlement. Le volume des amendements a été multiplié par vingt en quarante ans. Ce n’est pas tant le nombre de lois qui augmente, mais la taille des textes. Bien des textes de loi dépassent les 100 pages ; la loi sur les libertés publiques fait 230 pages. Et encore, dans ces pages, ne sont pas inclus les décrets d’application.

Les codes publiés totalisent 65 000 pages (écrites en petits caractères) dans les domaines civil, pénal, urbanisme, commerce, construction, travail, électoral, impôts, etc. Cela n’est rien à côté des conventions collectives qui régissent les relations entre les employeurs et leurs salariés. Les conventions collectives de la banque, de la chimie, de la métallurgie comportent chacune entre 500 et 1000 documents. Le record est détenu par le BTP avec 1822 documents. Malgré le faible nombre de personnes employées, certaines professions ne sont pas en reste : la convention des travailleurs du lin comporte 252 documents, et celle de la boyauderie 58.

Le ministère de l’Éducation nationale et la Haute autorité de santé conçoivent des règlements pour fixer les actions d’un détail pointilliste que doivent mener heure par heure les enseignants ou les directeurs d’hôpitaux. Ces derniers se plaignent d’ailleurs que leur rôle central est de respecter les règles plutôt que de diriger leur établissement. Hélas (ou heureusement !), tous les actes de la vie ne peuvent pas être régis par des textes. Il faut aussi mouiller sa chemise. Les dirigeants de PME n’attendent pas que la réglementation leur dise ce qu’ils doivent faire. Ils inventent tous les jours les nouvelles pratiques qui permettront à leur entreprise de vivre et de s’adapter au contexte économique.

Ces jours-ci, certains de nos concitoyens en sont à réclamer un statut pour l’épouse du chef de l’État. Ce serait un nouveau texte, mais de quelle utilité ?

L’utilité, qui s’y intéresse ? Qui évalue les avantages d’une nouvelle loi ? Les élus ? Les bancs clairsemés de l’Assemblée nationale montrent qu’ils ont de trop nombreux chats à fouetter. Mais il faut satisfaire l’opinion publique. Un exemple donné par Bruno Lasserre, président de la Commission de la concurrence, est la loi sur la mise aux normes des ascenseurs votée après des accidents dus à la malveillance. Son coût pour les ménages n’a jamais été chiffré - après coup on s’est aperçu qu’il s’agissait de 3 à 4 milliards d’euros. Autre exemple, deux ans ont été nécessaires pour lancer les travaux d’installation de WC dans un club de sport de la région Rhône-Alpes. Trente personnes (authentique !) se sont réunies une dizaine de fois pour donner l’avis du conseil général, du préfet, de la direction de l’Agriculture, de la Ddass, de la DDE, du syndicat intercommunal de l’eau, de la direction des Sports. Le coût des réunions a été supérieur au coût des travaux...

Élus, fonctionnaires, chefs d’entreprise, militants syndicaux : tous se plaignent de la lourdeur réglementaire, pourtant tous militent dans leur coin pour faire passer le texte auquel ils attacheront leur nom, qui valorisera leur carrière, qui protégera l’entreprise ou la profession de la concurrence. Il y avait en France près de 800 commissions consultatives sur une variété de sujets réglementaires ; 180 commissions créées par la loi ne sont connues, de hauts fonctionnaires de la DGME l’affirment, que par leur nom : personne n’en connaît exactement leurs objectifs ni leur composition ! Heureusement, une action vigoureuse a été lancée pour en supprimer le plus grand nombre.

Notre corpus réglementaire est ainsi un de nos monuments nationaux les plus impressionnants, plus que Versailles ou le Mont-Saint-Michel, enrichi, agrandi, élargi jour après jour par des professionnels hypercompétents de la construction (il s’agit bien sûr de construction réglementaire), avec la bénédiction de tous les Français.

Chaque Français est tombé dans la réglementation quand il était petit, comme la grenouille dans l’eau froide, il ne se rend pas compte qu’il est en train de cuire et de s’acheminer inconsciemment vers une mort lente. D’ailleurs, l’homme sage qu’était Assurancetourix, le druide, ne s’y était pas trompé, qui nous a transmis qu’étant tombés petits dans la potion magique réglementaire, il est dangereux pour notre santé d’en reprendre quand nous grandissons...

Car il y a danger ! On connaissait l’impossibilité pour le justiciable de se retrouver dans la jungle des textes. Mais, aujourd’hui, la mécanique est si complexe, les textes interagissant les uns avec les autres, que les professionnels du droit s’y retrouvent de moins en moins bien. À plusieurs reprises en 2005 et 2006, les services qui écrivent les lois se font fait toquer au Conseil d’État, au Conseil Constitutionnel ou à la Cour européenne de justice pour cause d’illégalité des textes. Si cela continue, il sera aussi difficile de créer une nouvelle loi que de lancer la navette spatiale américaine : celle-ci exige, on le sait, des mois de tests et de réglages pour limiter le risque qu’elle n’explose en vol.

Comment font les autres pays ? Sans doute n’ont-ils pas à traîner un fardeau réglementaire aussi lourd que le nôtre. Quand notre pays multipliait par dix son volume législatif, le Royaume-Uni ne le multipliait que par quatre. Tous les pays se trouvent confrontés, à des degrés divers comme on l’a vu, à l’inflation des textes.

Les pays du nord de l’Europe et les Anglo-saxons ont identifié de longue date ce phénomène. Ils mènent des plans pour lutter contre l’inflation réglementaire portant des noms comme Cutting the red tape en Angleterre (le « ruban rouge » servait à lier les documents aux XVIIe et XVIIIe siècles), diminuer l’« impôt Kafka » (Belgique) ou l’« impôt papier » (France).

Les Pays-Bas ont évalué le coût de l’excès réglementaire à 16 milliards d’euros. Ils estiment que le plan d’action qu’ils ont mené depuis cinq ans a permis d’économiser 3 milliards d’euros. Un nouveau plan d’action vient d’être démarré pour dégager trois autres milliards. Au Royaume-Uni, Tony Blair a imposé que tout nouveau texte de loi soit publié sur Internet pendant douze semaines avant de pouvoir être présenté au Parlement. Ces deux pays ont mis en place des « études d’impact » d’une nouvelle réglementation dans laquelle l’option do nothing (ne rien faire) doit être considérée. L’étude d’impact doit tenir sur deux pages (on peut y joindre 20 à 30 pages d’annexes) et permettre d’évaluer le coût total de la loi (son élaboration, sa mise en œuvre) au regard de ses bénéfices non seulement pour l’État, mais aussi pour les usagers - citoyens et entreprises. L’évaluation doit être approfondie et sincère : le ministre engage sa responsabilité sur le contenu de l’étude d’impact qu’il est tenu de signer. Un service rattaché au premier ministre, intitulé Better Regulation Unit ("unité pour une meilleure réglementation)", avec 200 fonctionnaires (80 en équivalent temps plein), est chargé de vérifier que les études d’impact sont correctement faites.

Nous en sommes loin en France, alors que nous sommes les plus atteints par ce mal. L’administration prend seulement conscience que des études d’impact seraient utiles. Cependant à observer la chevauchée législative du nouveau gouvernement en cet été 2007, on ne voit pas comment, quelles que soient les bonnes volontés, l’impact des nouvelles lois en préparation pourrait être mesuré. Pour examiner 200 à 300 textes par an, il faudrait créer autant de postes qu’en Angleterre (80), soit 10 millions d’euros par an, on dit que c’est hors de portée budgétaire. Pourtant que sont 10 millions d’euros comparés à l’impact des nouvelles lois pour lesquelles les médias évoquent des dizaines de milliards d’euros !

En remplissant notre déclaration d’impôts sur Internet, en téléchargeant des formulaires, nous aidons l’État à faire des économies. Ce n’est pas rien, mais ce n’est encore que gratter avec une petite cuiller la glace du haut de l’iceberg de la réglementation.

Grâce aux exemples étrangers, l’administration française découvre que la bureaucratie a un coût aussi pour les usagers, et pas seulement pour les services de l’État. Les bénéfices pour les Français et pour l’État seront les plus élevés si on diminue l’impôt papier. Il est plus urgent de la faire que de réduire les droits de succession ou l’impôt sur le revenu.

Nos élus sont à notre image ; ils incarnent nos souhaits les plus secrets. Si chaque Français continue à avoir la conviction que plus de réglementation, c’est plus de sécurité pour lui, pour sa famille, pour son métier, il sera très difficile de sortir 60 millions de grenouilles du bain dans lequel elles mijotent. Notre nouveau président a déclaré pendant des mois sur toutes les ondes qu’il voulait changer les habitudes et détourner les Français de la pensée unique. Si quelqu’un de son entourage ou un élu lit ses lignes, je lui recommande de porter attention à ces trois conditions du changement :

  1. Les Français doivent retrouver confiance dans la responsabilité individuelle pour traiter une variété de problèmes à leur niveau. Il s’agit de réduire l’empiètement du champ réglementaire sur les domaine des décisions personnelles.
  2. Les élus doivent abandonner les comportements monarchiques et médiévaux, par lesquels une évolution réglementaire dont ils ont décidé souverainement et unilatéralement l’urgence peut être dispensée de passer par des étapes de concertation et d’évaluation...
  3. Le principe d’égalité inscrit dans la Constitution ne doit pas être dévoyé en traitant les situations rares ou exceptionnelles avec autant de précision et les mêmes moyens que les situations les plus fréquentes.

Que l’on ne me fasse pas dire que l’on recommande ici de revenir à un Far West où la loi aura disparu quand on aura traversé le rio Pecos. Nous ne pourrons jamais nous passer de règles communes. Mais l’excès actuel nous paralyse. Moins de lois, c’est aussi « mieux de lois ».


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23 réactions à cet article    


  • docdory docdory 31 juillet 2007 12:29

    @ Jean Bourdariat

    Je pense que le parlement devrait avoir une nouvelle réglementation le contraignant à abroger une loi désuète à chaque nouvelle loi votée ( ah , zut , ma proposition est déjà une nouvelle réglementation ! )


    • Iceman75 Iceman75 31 juillet 2007 12:55

      Je prépare justement un article parlant en partie du même sujet mais sous un autre angle. Il est en effet bon de rappeler les incohérences de notre systeme legislatif


    • finael finael 31 juillet 2007 13:56

      Ce serait quand même une bonne idée !

      Creusons un peu : à chaque nouvelle loi le parlement devrait abroger TOUTES les lois antérieures sur le même thème, par exemple :

      « Ce n’est pas un délit pour une femme de porter un pantalon si elle pousse une bicyclette par le guidon »

      Authentique ! smiley


    • BAERTJC 31 juillet 2007 16:19

      Non seulement nous devrions,si nous n’étions pas en France, en éliminer une, mais tout ce qui va avec...et taxer les députés sur leurs revenus personnels pour toute proposition de Loi nouvelle. Cela calmerait les ardeurs des sodomiseurs de mouche en vol ! Mais on est en France, pays où l’Intelligence est reine, alors ne révons pas, soyons optimistes, ambitieux,travaillons plus, pour plus de Lois !!!!!


    • ju ju 31 juillet 2007 20:32

      « Nul n’est censé ignorer la Loi... Il y a plus de deux cent mille lois ! »

      Jules Renard


    • Forest Ent Forest Ent 31 juillet 2007 14:30

      L’article omet de signaler que l’UE est la principale source de droit français.


      • docdory docdory 31 juillet 2007 15:28

        Salut , Forest !

        Très bon commentaire . A la différence de la loi , qui est censée être l’expression de la volonté générale , la directive européenne est l’expression de la volonté des satrapes ploutocratiques non élus de la commission européenne , volonté fortement influencée par la pression de lobbys ultra-libéraux et financiers . Ces directives européennes , baptisées sans vergogne « droit communautaire » , étant sensées être converties en lois par les divers parlements nationaux en raisons des clauses léonines qui émaillent les divers traités européens , nous nous retrouvons écrasés par des réglementations qu’en aucun cas le peuple français n’a souhaitées ! CQFD ...


      • JL JL 2 août 2007 09:18

        @ Docdory, d’accord avec ce post, mais il faut nuancer : la transposition des directives communautaires se fait selon un processus aussi peu démocratique. Par exemple les nitrates en Bretagne : non seulement nous les payons déjà plusieurs fois (eau et environnement pollués, maladies, surcoûts de production concurrence oblige, etc.), mais encore, nous devons payer des amendes à ’Bruxelles’ pour non obéissance communautaire.


      • eugène wermelinger eugène wermelinger 31 juillet 2007 16:07

        Je veux bien cher Jean que vous vous serviez des expériences sur les grenouilles du biologiste Paul Ehrlich et du neurologue Robert Ornstein pour illustrer - à juste titre - votre exposé sur le trop plein de législation. Néanmoins, pour en revenir à nos malheureuses grenouilles, il faut savoir que c’est réellement la terre et toute sa flore et sa faune - humains y compris - qui sont en train de chauffer. La première évidence dont on parle beaucoup est le réchauffement climatique mesurable en degrés centigrades, fonte des glaciers, des pôles, inondations, grands incendies etc.... Il existe une élévation encore plus insidieuse : le smog électromagnétique, les micro-ondes, la radioactivité. (En l’espace de trente an la radio-activité est passée de 33 becquerels à 100 à Strasbourg) L’indice de vitalité constaté dans les Pyrénées accuse une diminution de 33 % en seulement 5 ans - etc. Alors, maintenant, quel sera notre sort, sachant en sus que l’on ne peut du reste pas sortir de notre aquarium ? Ni ...... du foutoir législatif dont vous faites mention.


        • JL JL 2 août 2007 09:24

          Mais cela n’inquiète guère les néocréationnistes, persuadés qu’ils sont que dieu y a pensé et a tout prévu d’avance.

          Et si les hordes barbares en souffrent, cela ne les concernent guère, eux les seuls maîtres à bord après dieu.

          A bien y réfléchir, c’est peut-être ce que dieu leur a concocté : grâce à leurs immenses fortunes, ils pourront, le cas échéant et le jour venu constuire une nouvelle Arche de Noé et y prendre place. smiley


        • BAERTJC 31 juillet 2007 16:14

          Ce que vous dites me paraît raisonnable quoi que....si l’on veut donner une plus grande importance à la Justice, faire des prétoires de véritables zones d’attente à compréhension.....il faut multiplier les textes. C’est cela l’intelligence à la française clamée haut et fort par le 1er Ministre. Plus il y a de Lois, moins on y comprend quelque chose, plus cela donne du travail aux conseillers de ceci ou de cela, plus il ya de contentieux et plus il faut harmoniser avec l’Europe...donc encore plus de boulot pour tout le monde. Au pays des grincheux de naissance,évidemment ce ne sont pas les fonctionnaires qui vont se plaindre de la prolifération de nouveaux textes....d’autant que tous les textes, pour qu’ils soient appliqués impliquent la nomination de nouveaux fonctionnaires. Bref les Lois en avalanche c’est tout schuss pour les fonctionnaires et comme la France est un pays de fonctionnaires ,voulu par des fonctionnaires pour des fonctionnaires, le 1er Ministre ne peut que s’employer et s’il tarde , le 1er sorti des urnes est là pour le lui rappeler !


          • zelectron zelectron 31 juillet 2007 21:07

            « Nul n’est censé ignorer la Loi... Il y a plus de deux cent mille lois ! » Jules Renard « le volume total des lois françaises a été multiplié par dix en quarante ans » et aujourd’hui ? 2 000 000 ? mon calcul est faux ?


            • Juliette_H 1er août 2007 10:24

              Les milliers de commissions ne sont que des mouroirs à politiciens qui n’ont pas été ré-élus à leur mandat de député ou sénateur, et dont il faut bien faire quelque chose puisqu’ils ne veulent pas partir en retraite. Alors, on les colle dans une commission XYZ, souvent créée pour eux, avec un joli petit salaire, et un statut qui leur permet de faire chier leur secrétaire et leur donne une vague importance.

              Parfois, on appelle aussi ça un emploi fictif...


              • Bobby Bobby 1er août 2007 11:09

                Grenouilles ou panier de crabes, peu importre ! L’analyse est bien bonne !

                Les lois devraient être un support relativement simple pour etre accessible à tous, puisque tous nous y sommes contraints... à ce titre, enseignées dès l’école primaire. Tout ceci est fort loin d’être le cas ! Elles sont devenues si complexes que même les spécialistes maintenant absolûment nécessaires... se perdent en combats chimériques.

                Georges en palait un peu : (« ... leurs bulles de savon, c’est du souffle divin... »), quant au « gorille », n’en parlons pas. C’est bien lui qui nous cuit à l’étouffée !

                à quand, une justice positive ?


                • yorda 1er août 2007 12:38

                  Charles Maurras, à la fin du siècle dernier, pas le XXe, le précédent, écrivait dans Dictateur et roi :

                  « Il n’y a point de vexations soit légales, soit illégales, que l’Administration française ne se trouve permises contre le contribuable et l’administré. Il n’est point d’insolences que n’osent les bureaux contre les citoyens. Un César anonyme et impersonnel, tout‑puissant, mais irresponsable et inconscient, s’applique à molester le Français depuis le berceau. Soit qu’il vive seul, soit qu’il veuille s’associer, le citoyen français est assuré de rencontrer à tous les pas de son chemin le César‑Etat, le César‑bureau, qui lui impose ou lui propose soit ses directions avec ses prohibitions, soit ses marchandises avec ses subventions.

                  Celles des affaires publiques que le citoyen connaît le mieux sont soumises à la surveillance ou au bon plaisir de l’Etat. Sans l’Etat, un père de famille, un conseil municipal, un bureau de société, un simple comité de fêtes ne peuvent décider presque rien en ce qui les touche de plus près et qui les intéresse immédiatement. Associations volontaires, comme les sociétés morales et politiques, ou associations naturelles, comme la famille, la commune et la province, tous les rassemblements de citoyens sont tantôt frappés d’inertie par les lois de l’Etat, tantôt même interdits par le caprice des chefs temporaires de l’Etat...

                  Et l’on s’étonne des ravages des drogues. Et l’on s’étonne que les jeunes cherchent les mille et une manières d’échapper à ce non-avenir de cafards-prisonniers... Prisonniers en liberté. Taulards en sursis....


                  • JL JL 2 août 2007 09:37

                    Très bon article. J’ai aimé l’anecdote : «  » deux ans ont été nécessaires pour lancer les travaux d’installation de WC dans un club de sport de la région Rhône-Alpes. … Le coût des réunions a été supérieur au coût des travaux...«  »

                    C’est probablement cela que Mme Lagarde voulait stigmatiser quand elle disait qu’on pense trop dans ce pays. Mais entre les discours et les actes, il y a la réalité. Il est évident que Mme Lagarde ne pourra lourder que les petits fonctionnaires : les gros sont trop gros pour elle. Ces dirigeants politiques sont comme cet entraîneur olympique qui avait décidé de diviser par deux le nombre de rameurs et de multiplier par deux celui des barreurs, économisant ainsi quelques centaines de kilos dans la barque. smiley

                    Pendant la campagne référendaire en 2005 il avait été dit que nos institutions sont pléthoriques et redondantes dans le cadre d’une UE qui serait efficace. Message entendu par Nicolas II, le nouveau génie des Carpates : on ne remplacera pas un fonctionnaires sur deux partant en retraite. Mais le nombre de hauts fonctionnaires continuera d’augmenter, évidemment. smiley


                      • finael finael 4 août 2007 09:59

                        Quelques proverbes et maximes :

                        - - « Le bon gouvernement est celui où la loi parle, plutôt que l’homme de loi »

                        - - - - - - - - - - - - - - - Lafayette Byrn (1843)

                        - - « Plus il y a de lois et plus il y a de voleurs »

                        - - - - - - - - - - - - - - - Lao-Tseu (VIème siècle av. JC.)

                        - - « Plus l’état est corrompu et plus il y a de lois »

                        - - - - - - - - - - - - - - - Tacite (IIème siècle)

                        - - « Subis la loi que toi-même a faite : Patere quam ipse fecisti legem ».

                        - - - - - - - - - - - - - - - Pittacos de Mytilene

                        - - « La loi ne donne pas les mêmes droits aux pauvres qu’aux riches : ... Quando aequa lege pauperi cum divite non licet. »

                        - - - - - - - - - - - - - - - Plaute (254 - 154 av JC)

                        - - « La loi est la même pour tous les misérables »

                        - - - - - - - - - - - - - - - Carlo Dossi (1849 - 1910)

                        - - « Les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n’ont rien ».

                        - - - - - - - - - - - - - - - J. J. Rousseau (1762)


                        • Barbathoustra Barbathoustra 4 août 2007 21:25

                          C’est marrant, décréter qu’il y’ait trop de lois à toujours fait consensus. Droite, gauche, extrèmes, arnarchistes, libéraux, etc... tous le monde est d’accord sur ce point. Et comme à chaque fois, on désigne du doigt l’état ; enfin surtout celui du voisin avec ses lois à lui qui forcément ne sont pas les bonnes et en surnombre ...

                          A y regarder de plus près, je me demande si le fait qu’il y’ait autant de lois ne viens pas tout simplement du fait que si tout ce joli monde se revendique de la liberté, en fait aucun ne la respecte vraiment.

                          Bref, avant de me jetter moi aussi à corps perdu dans ce censensus, j’aurai quand même souhaité avoir quelques exemples concrets, autres que les éternelles lamentations du contribuable asphyxié. Dans le cas contraire vous ne verrez pas d’incomvéniants si dans votre projet d’état law cost, je reclame un siège proche de la sortie de secours ... De la grenouille ébouillantée ou du crapaud qui voulait se faire plus gros que le boeuf, aucune de ces 2 fins ne me conviens.


                          • Bof 4 août 2007 21:58

                            @ l’ Auteur : MERCI pour ce texte très clair. Est-il accessible à un fonctionnaire député ou sénateur ? A l’impôt « lois » ,il faut ajouter les énormes sommes que l’on va devoir verser à L’ Europe pour avoir fait des textes de lois en contradictions complètes avec ce que la France avait signé et promis de faire appliqué en France. Pour moi, c’est le comble et une preuve de l’inutilité de ces deux parlements tels qu’ils sont actuellement,leurs commissions comprises. Du reste, quand je fais ma commission....elle va au bon endroit, MOI ! En organisation, il y aurait donc : l’Europe et ses lois qui commencent à s’appliquer un peu partout .L’ état pour les lois régaliennes (et l’annulation de tout le reste, tout ! ) , puis les régions pour les gros problèmes de routes nationales, de lycées.., puis les mairies avec les problèmes locaux (elles seraient même à regrouper en communautés par ex.). ET C’EST TOUT .


                            • perinet 5 août 2007 00:24

                              Salut

                              pour ne pas parodier un expatrié, il faut allumer le feu aux...textes de lois Je propose que l’ on crée une version parallèle plus simple qui remplacera les lourdes lois. Le problème est qu’ il faut être précis pour ne pas avoir de mauvais jeu de mot lors d’ un procès ou d’ une discussion

                              Aprés tout Dieu a réussi à donner SEULEMENT 10 LOIS à Moïse  smiley Mince alors smiley Cela donnera des idées à Sarkosy franchement


                              • Barbathoustra Barbathoustra 5 août 2007 13:39

                                Aprés tout Dieu a réussi à donner SEULEMENT 10 LOIS à Moïse Mince alors Cela donnera des idées à Sarkosy franchement

                                — >

                                Comme quoi, moins de lois n’est pas forcément synonyme de plus de liberté. De fait, à défaut d’une bonne croyance, un bon système répréssif saurait lui aussi faire l’économie de bien des paperasses inutiles ...


                              • Barbathoustra Barbathoustra 5 août 2007 15:10

                                Le problème est qu’ il faut être précis pour ne pas avoir de mauvais jeu de mot lors d’ un procès ou d’ une discussion

                                — >

                                Vous n’avez qu’a faire une loi pour empêcher les imbéciles qui comme moi se délectent de ce genre de sucreries de s’exprimer smiley

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