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Accueil du site > Actualités > Société > La grève en Martinique

La grève en Martinique

Des évènements dramatiques se déroulent en Guadeloupe. Et en Martinique, que se passe t-il ?

Martinique, mercredi 18 février.

Il y a eu encore un défilé dans Fort de France hier. Il y en a tous les jours en fait. Et les manifestants se désolent qu’ils ne soient pas plus nombreux que la veille ! Ils sont pourtant des milliers à chaque fois.

La situation évolue et le sens des mots y participe pour (mal) paraphraser quelqu’un. D’abord le créole, à travers cette lutte, retrouve sa place et il est communément utilisé dans les discours. Plus qu’avant. Au grand dam de certains journalistes métropolitains.

Vers l’autogestion ?

Sur KMT Jean-Claude WILLIAM a présenté son dernier ouvrage et surtout un manifeste signé par des intellectuels appelant à prendre la pays en main. Il a déclaré que l’on se devait de penser à une autre société, compte tenu de la crise qui s’avance, que l’on devait compter sur nos propres forces mais que finalement c’était une chance pour reconsidérer notre mode de vie, nos relations avec le travail et les autres. Si, à partir d’une petite île, on ne pouvait pas affronter tout seul le capitalisme, on pouvait néanmoins poser des jalons pour reconstruire autre chose.

Il a été suivi en cela un peu plus tard par le sociologue Jean LUCRECE qui a mis en évidence la nécessité de mettre en relation directe les producteurs et les consommateurs.

A la maison des syndicats des petits producteurs viennent donner aux manifestants des denrées comme des bananes. Ces gestes de solidarité impressionnent favorablement tout le monde.

Au marché aux poissons, certains vendeurs vendent moins cher leurs produits malgré la difficulté qu’ils ont à se déplacer. Les marins pêcheurs, à travers les défilés, ont manifesté en masse leur solidarité au mouvement.

Beaucoup éprouvent une satisfaction à « manger local », à « tenir » ainsi sans la grande distribution. Sans le reblochon vendu 200% plus cher qu’en métropole.

Mais dans les rues, malgré les inévitables spéculateurs - plutôt rares - les prix n’augmentent pas.

Il est vrai qu’ici, malgré la spéculation immobilière, le monde agricole est prégnant. On a tous un grand-papa qui a gardé son jardin. Et en ces jours de pénurie on apprécie !

Retournons sur terre car tant de questions et de problèmes se posent !

Les appels à la discipline

Maintenant il faut aussi voir les limites de ce civisme. En dehors des actes d’incivilités nombreux, notamment dans les files d’attente aux stations d’essence, les mentalités sont encore imprégnées de la pensée colonialiste qui fait du colonisé - ou de l’ex-colonisé - un éternel quémandeur n’osant pas prendre lui-même des responsabilités, les choses en mains en expropriant, par exemple les békés, au nom de l’intérêt général. On en appelle trop à l’Etat. Mais au fond c’est ce que l’on nous a mis dans le crane depuis la nuit des temps : on serait des nègres incapables et il faudrait, quand quelque chose va mal, résignés, enfants, en référer à Madame la France (puisque nous sommes des citoyens français) et attendre les bras ballants qu’elle donne un peu de fric aux békés. Et puis après tout il faut arrêter de se considérer comme des « cas à part » : en métropole aussi il y a des gens à la fois résignés et « inciviques« .

C’est pourquoi aussi beaucoup de citoyens - notamment les « grandes personnes » c’est-à-dire des gens d’un certain âge - appelent à la responsabilité, à la discipline, au respect de l’autre. Ces appels se multiplient notamment à l’adresse des plus jeunes qui resquillent aux pompe, sur leur moto, ou qui bénéficient des faveurs de tel ou tel pompiste. A mon avis il manque ici, dans les stations, la présence de quelques militants syndicalistes qui eux, sauraient se faire entendre, mieux que les quelques policiers régulièrement débordés.

Sur la Guadeloupe

Pas la peine de parler de ce que l’on ne connaît pas et donc de dire des c…comme j’en ai déjà dit.

Des généralités donc. Un conflit aussi long amène à des débordements. Et une frange exaspérée en arrive donc à la violence. Elie Domota et le LKP n’arrive plus à contrôler ces débordements. On s’aperçoit que certains manifestants sont armés - ce que l’on sait dans les Antilles. Je suis du côté du peuple et un mouvement qui mobilise ainsi des dizaines de milliers de manifestants est légitime, a des revendications légitimes.

Les Blancs

La « couleur » a été un de critères de la société antillaise. Suivant votre teint plus ou moins foncé vous étiez plus ou moins bien considéré. Pour donner une idée, la société martiniquaise était ainsi classifiée, au début du Xxe siècle en 28 catégories de « couleur » ! Les choses ont bien heureusement évoluées. Mais il en reste quelque chose et traiter quelqu’un de « chabine » (clair de peau) est un gentil compliment.

Les Blancs, les vrais, bien qu’il y ait entre eux des « passerelles », peuvent être classés en deux catégories : les békés (au nombre de 3000 en Martinique) et les métros dont les békés se méfient, qu‘ils rejettent sauf pour les embaucher comme employés. Les métros sont plusieurs milliers en Martinique, sans doute plus de 15 000 sur une population de 400 000 habitants. Ils sont généralement fonctionnaires, parfois commerçants. Beaucoup s’intégrent assez bien au milieu antillais. Mais beaucoup aussi restent peu ouvert à la culture créole, au créole lui-même (« puisqu’on est en France… ») et préfèrent vivre replié dans leur communauté. Il suffir pourtant de peu de choses, d’un petit geste sympa pour se faire des amis, même si personne n’est parfait ici. Le « communautarisme » entretenu par certains Blancs représente évidemment un danger pour eux-mêmes et pour toute la société antillaise, car il entretient un ressentiment et une hostilité héritée de celle contre les békés et les colonialistes.

Martinique, le 19 février 2009.

Cette fois il semble bien que les choses avancent dans les négociations entre le Collectif et la partie patronale, notamment la grande distribution. Dans un premier temps, pour ce qui est de la diminution des prix de 20%, il avait obtenu que celle-ci accepte avant tout la définition de 100 familles de produits et non pas 100 articles. C’était pourtant ce type d’avenant qu’elle avait pourtant signé pour ensuite se rétracter et même ne plus venir sièger à la table des discussions.

Il a fallu l’intervention des élus et de Monsieur le Préfet pour que la partie patronale respecte ainsi sa première signature.

Ensuite un accord sur trois articles par famille de produits a pu être ratifié ce 18 février.

Concernant la téléphonie et internet - l’abonnement coûte bien plus cher aux Antilles qu’en métropole et cela s’arrête à 512ko - là encore on semble s’acheminer vers une dimintion de tarif.

Aujourd’hui la négociation achoppe sur les tarifs bancaires et les assurances - prohibitives dans les Antilles sous divers prétextes - où la partie patronale ne propose que des réductions ridicules de 5 à 10%.

Sur RFO, l’économiste Jean CRUSOL et le porte-parole du Collectif, Michel MONROSE ont été interviewés lors d’une émission préparée par les grévistes et les non-grévistes comme il en a été convenu.

Michel CRUSOL a rappelé que de décembre 2007 à décembre 2008, les prix des produits « depremière nécessité » ont augmenté en Martinique de 18%. A l’échelle internationale la baisse des matières premières n’est pas répercutée au niveau des consommateurs. L’animatrice de l’émission a demandé à Michel MONROSE les garanties que pouvaient obtenir le Collectif concernant la prévention à toute hausse ultérieure. Le porte-parole a répondu qu’un observatoire était déjà en place, constitué de bénévoles pour l’instant. Par la suite il faudrait employer et rétribuer quelques personnes pour ce contrôle.

Concernant la question des salaires, qui n’a même pas été abordée, on se rend compte que la revendication d’une augmentation des salaires de 300 euros sera difficile à faire accepter. Michel MONROSE a rappelé que c’était une des revendications du Collectif et qu’elle était ainsi posée sur la table des négociations.Des discussions qui concerneront les branches et les entreprises devraient s’ensuivre. Mais au moins la partie patronale est assise à la table des négociations et leur représentant, acceptant de parler aux médias, parait de meilleure volonté et décidé à avancer.

La grève générale continue. Plus que jamais. Car on a l’impression de tenir le bon bout.

Sé pou la viktwa nou ka alé !!!

Serge LETCHIMY, le maire de Fort-de-France, a finalement décidé d’organiser le Carnaval de Fort-de-France. Il a hésité. Et tout le monde était perplexe. Mais les manifestants qui ont défilé aujourd’hui en mémoire au syndicaliste tué en Guadeloupe semblaient en désaccord avec cette idée. Ici on ne confond pas les défilés de carnaval avec les manifestations de grévistes Et on craint que ces préparatifs et défilés tuent la mobilisation. Pour ma part - mais cette opinion est partagée par pas mal de personnes - je crains surtout les débordements et les violences, déjà que d’habitude il y a quand même quelques bagarres et exactions…

Discours de Sarkozy sur l’Outre-Mer. Je l’ai trouvé très bien. Au fond, à l’heure où le capitalisme fait faillite, où la crise va se transformer en Armaguedon, toutes les idées ne seraient-elles pas bonnes à prendre ? Où est la bouée ?


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1 réactions à cet article    


  • jakback jakback 21 février 2009 16:09

    Pour équilibrer la balance, je viens de retrouver un papier datant de 2006, publié par l’Express.

     Archives

    La vie de nabab des dockers de Fort-de-France
    Yves-Michel Riols, envoyé spécial à Fort-de-France - 	 	 26/04/2006 19:43:00 	 		- L’Expansion.com 	
    	
     
    	
    		
     

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    Ils contrôlent l’unique port de la Martinique et ont un salaire moyen de 6000 euros par mois.

    Quel est le seul parking de la Martinique où l’on ne fait pas la différence entre les voitures de la direction et celles des salariés ? Réponse : celui du port de Fort-de-France. Si cette boutade fait sourire les Martiniquais, c’est qu’elle a du vrai. Un simple coup d’œil au parking en question le confirme d’ailleurs aisément : on dirait un showroom de 4X4 rutilants !

    Rien d’étonnant à cela : les 130 dockers du port de Fort-de-France sont la corporation la mieux payée de l’île. Leurs salaires, à la fois décriés et enviés, sont en effet hors normes. Ils oscillent entre 4 000 et 9 000 euros par mois pour 35 heures de travail par semaine. Soit nettement plus que le salaire moyen d’un docker de la métropole (3 000 à 3 500 euros).

    L’explication est très simple : les dockers contrôlent le poumon économique de la Martinique. « En dehors de quelques produits agroalimentaires, l’essentiel de ce qui est consommé sur l’île transite par le port de Fort-de-France, le seul du département », souligne Charles Apanon, le directeur de l’IEDOM en Martinique, la « banque centrale déléguée » à l’outre-mer. Les dockers le savent et ils en usent et en abusent. Les blocages quasi quotidiens de l’année 2003 ont certes disparu. Mais le trafic n’est jamais à l’abri de mouvements intempestifs. En mars, les portiqueurs ont débrayé pendant quinze jours pour demander une augmentation de… 1 200 euros par mois ! Pourtant, leur salaire mensuel moyen avoisine déjà 5 500 euros.

    La tactique est payante. La rémunération des dockers a doublé depuis la fin des années 90. « Comme la banane, le principal produit d’exportation du port, est une denrée très périssable, les dockers ont un énorme pouvoir de nuisance », insiste Jean-Charles Cren, président du syndicat des manutentionnaires du port de Fort-de-France. Il leur suffit de croiser les bras pendant quelques jours pour mettre en péril toute la filière bananière qui fait vivre près d’un salarié martiniquais sur cinq. Résultat : les revendications salariales des dockers sont sans limite et si on les refuse, c’est le blocage assuré. Dans ce cas, c’est toute l’économie de l’île qui est grippée au bout de quelques jours. Les organisations patronales sont particulièrement inquiètes. « A cause de la surrémunération des dockers, nous avons le port le plus cher du monde ! », insiste Patrick Lecurieux-Durival, président du Medef martiniquais. Or, dit-il, « on ne peut pas être en position de monopole et ne pas avoir de service minimum ».

    Un discours auquel reste insensible José-Jean Baptiste, le patron des dockers, surnommé « le dictateur ». Il a d’ailleurs été publiquement dénoncé au printemps 2005 par un autre syndicaliste. Marc Pulvar, le patron de la Centrale syndicale des travailleurs martiniquais (CSTM, gauche indépendantiste) n’a pas hésité à parler de la « mafia des dockers », soulignant notamment qu’un tiers d’entre eux font partie de la même famille élargie ; ils sont en effet recrutés parmi les enfants, les frères ou les cousins.

    Dès qu’un conflit se profile sur le port, les politiques restent muets. Au nom de la préservation de la paix sociale, des augmentations de salaires sont régulièrement accordées. « Mais quand on fait ça depuis 20 ans, on arrive à des coûts de manutention surréalistes », s’inquiète Jean-Charles Cren. Du coup, regrette-t-il, « 130 personnes vivent sur un petit nuage et prennent l’île en otage ».


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