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Accueil du site > Actualités > Société > La honte des enchères inversées pour le recrutement des salariés

La honte des enchères inversées pour le recrutement des salariés

Depuis le 4 novembre 2005, et suivant l’exemple allemand, un site web français rend possible, sur notre territoire, le recrutement de salariés au moyen d’enchères dégressives sur Internet. Autant dire que l’ascenseur social n’est pas prêt de monter au sommet... La ligne jaune est à mes yeux franchie.

Le 4 novembre 2005, un site d’enchères inversées sur Internet pour le recrutement de salariés s’est ouvert en France. Son adresse : www.jobdealer.net.

Il est inspiré de jobdumping.net, un site allemand ayant le même objet. On est en droit de se demander s’il ne ravale pas l’homme au rang d’une vulgaire marchandise. Et dans ce cas, où sont nos valeurs ?

Ce système est extraordinairement pervers. Il écrase impitoyablement les plus faibles. Il amplifie artificiellement le rapport de force, au profit du plus fort. Il est anormal de traiter les jeunes ainsi, comme de vulgaires marchandises. L’expérience les marquera. C’est incroyablement frustrant de dévaloriser ainsi sa personne. De plus, le jeune qui vivra chez ses parents pourra baisser davantage ses prétentions, par comparaison avec celui qui devra se débrouiller seul.

En combinant l’ensemble des textes légaux, un salarié peut aujourd’hui être recruté par enchères dégressives pour un contrat nouvelle embauche (et pourquoi pas à temps partiel imposé).

Naturellement, les banques n’accepteront jamais que ce type de salarié accède au crédit. Aucun propriétaire n’acceptera de lui louer un logement. Conclusion : encore un peu plus d’écart entre les chanceux et les perdants du système. Et pour ces derniers, la porte grande ouverte vers la pauvreté (travailleurs pauvres), puis l’exclusion...

Au-delà de l’aspect choquant du procédé, on peut se demander :

  • si dans 30 ans, des jeunes qui auront été traités de la sorte accepteront de payer pour soigner les vieux qui les auront soumis à ce régime (en clair, c’est une merveilleuse machine à casser la solidarité intergénérationnelle). Gare aux dérives.
  • si les gens soumis à ce régime n’exigeront pas le même traitement pour les fonctionnaires. Il y a des économies fabuleuses à réaliser car, en cette période de chômage, la sécurité de l’emploi est au moins aussi importante qu’un bon salaire. Les candidats fonctionnaires aux enchères dégressives seront donc légion. Au nom de quel principe un gouvernement laisserait-il se développer le système pour les salariés du privé et par pour la fonction publique ?

Ces exemples ont pour seul objet de montrer que la machine devient folle. Surtout que, dans le même temps, le gouvernement n’a pas pris la plus petite initiative pour demander aux grands patrons de modérer leurs augmentations (comme le suggérait le rapport Camdessus, page 76, qui s’émouvait des abus en la matière).

A ce niveau, nous devrions vraiment prendre le temps de réfléchir fondamentalement à notre pacte républicain, pour éviter de laisser partir à la dérive, de manière incontrôlée, un certain nombre de principes fondamentaux. Peut-on vraiment construire ou développer une société civilisée et libre, avec le minimum de solidarité que cela implique, et se conduire de cette façon ?


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19 réactions à cet article    


  • Calb (---.---.243.100) 20 novembre 2005 10:14

    que voulez-vous ? la dérive libérale ne connaitra jamais ses propres limites ! à nous de les lui mettre ou du moins d’essayer ! c’est pas trop bien parti...


    • bertrand de Kermel 20 novembre 2005 10:41

      Je partage votre avis. Il faut fixer les bornes.

      Les citoyens ne peuvent plus s’en remettre simplement aux politiques.

      Cette petite chronique a pour objectif de démarrer une sensibilisation que j’espèrer large. But final : faire interdire le système pour le recrutement de salariés. Il n’y aura aucun effet pervers au titre de la mondialisation.

      Même le Medef est réservé sur cette technique d’enchères dégressives sur internet lorsqu’il s’agit d’acquérir des biens et des services à forte composante de main d’oeuvre. A fortiori, lorsqu’il s’agit de salariés, je suppose.

      Puis-je vous demander un service ? (ainsi qu’à tous les lecteurs) Diffusez au maximum cette chronique autour de vous.

      Merci !

      Cordialement

      Bertrand de Kermel


      • Sylvio (---.---.156.182) 20 novembre 2005 14:05

        Oui et avec un tel système, il ne faudra pas s’étonner si des gens préfèrent vivre autrement qu’en travaillant, puisque ce système se base sur la dévalorisation du travail.

        Il y’a beaucoup de manière de vivre sans travailler : la contrebande, le deal, les vols/braquage. Mais aussi : vivre sur le rmi+allocation+pention alimentaire (je connais une femme qui vit comme ça). Mais encore : être actionnaire, rentier, propriétaire immobilier...

        Dans ce contexte de chômage où le travail est dévalorisé, et l’argent est le maître mot, ce système est la pire solution.

        Il vaudrait mieu avoir le contraire un système où quelqu’un met son CV en ligne (anonyme de préférence) et des enchères sont proposés pour embaucher cette personne au plus offrant.


        • bertrand de Kermel 20 novembre 2005 14:17

          Effectivement, il est dérisoire de vouloir réhabiliter la « valeur travail », et tolérer ce système.

          Nous touchons là aux valeurs de la République. C’est pour cela que je me suis mobilisé (et, j’espère, tous les lecteurs avec nous !)

          Bien à vous

          Bertrand de Kermel


          • Rollando (---.---.52.223) 20 novembre 2005 14:46

            Et ça marche comment les « enchères dégressives » ?


            • bertrand de Kermel 20 novembre 2005 14:56

              Veuillez trouver ci-dessous un article paru dans libé du 25 août 2004, et montrant les ravages du système dans le monde des affaires.Il y a de très nombreux autres articles aussi édifiants parus dans différents journaux depuis deux ans.

              Vous pouvez imaginer le résultat pour les salariés.

              Bien cordialement

              Bertrand de Kermel

              Economie Les enchères « inversées » permettent aux grands groupes d’obtenir des prix cassés.

              Distribution : les fournisseurs asphyxiés sur le Net

              Par Cédric MATHIOT mercredi 25 août 2004

              Un fabricant de moutarde évoque l’« horreur absolue ». Un groupe de produits laitiers parle de « cauchemar ». Il existe aujourd’hui chez les entreprises françaises une pratique qui réussit le tour de force de faire hurler les PME, de choquer le gouvernement et même d’émouvoir le Medef. Ce grand méchant loup répond au nom d’« enchères inversées » ou dégressives sur l’Internet. Ou comment un acheteur transforme une négociation classique en un duel à mort entre fournisseurs. Un hypermarché veut acheter du beurre pour le vendre sous sa marque. Il sélectionne quelques fournisseurs qui sont invités à venir se connecter un jour donné à telle heure, sur un site Internet accessible via un mot de passe. Chaque fournisseur ignore l’identité des autres compétiteurs. Pendant une période usuellement comprise entre 30 minutes et deux heures, les fournisseurs s’affrontent pour gagner le marché en baissant le prix. « Tu perds un marché en quelques minutes, c’est du poker », raconte le dirigeant d’une PME, quand le responsable d’une fédération professionnelle d’agroalimentaire, membre actif du lobbying antienchères, assure que le système conduit des entreprises à aller en deçà de leur prix de revient. Sadisme. Car tout est fait pour emballer la machine : l’acheteur se permet de temps en temps un coup de fil durant l’enchère à un fournisseur qui flanche : « Faites un effort, on travaille depuis longtemps ensemble. » Le système s’agrémente parfois de fioritures sadiques : dans la version dite « tournante », chaque fournisseur est obligé de baisser le prix sous peine d’être éliminé. La dernière mode est à l’allongement des enchères. Récemment, un hyper a fait marner des producteurs de charcuterie pendant vingt-quatre heures. A l’enchère dite « au ranking », les fournisseurs ignorent le niveau de proposition des concurrents, et n’ont comme information que le rang auquel leur dernière offre les classe. En moyenne, le résultat tourne à entre 11 et 12 % d’économies pour les distributeurs par rapport à une négociation classique. A ce jeu, General Electric aurait décroché le pompon en organisant en 2000 pas moins de 10 000 enchères inversées. Le géant américain affirme avoir ainsi économisé 1 milliard de dollars. Palettes, nettoyage. En France, les grands groupes, Danone, L’Oréal, la Redoute, Carrefour, les Mousquetaires ou Casino, et les constructeurs automobiles sont des accros. Même l’Etat s’y est mis, Bercy ou encore la Direction générale de l’armement, ayant organisé des enchères sur des fournitures de bureau. « Les enchères se sont développées vers la fin des années 90, au moment où se développait à coups de millions des plates-formes de marché virtuelles qui n’ont d’ailleurs quasiment jamais marché... En fait, la seule chose qui fonctionnait parce que très simple , c’était ces enchères inversées. Du coup, elles sont appliquées quasiment à tout », explique un ancien consultant. Tout, c’est-à-dire des palettes, du papier, des imprimantes, des minutes téléphoniques, bon nombre des produits que les hypers vendent sous leur propre marque ou encore des prestations de nettoyage. « Deux conditions : qu’un besoin précis soit identifié, et qu’il y ait concurrence », explique Thierry de Cassan, patron de Synerdeal, plus gros acteur français sur le marché de l’enchère en ligne. La pratique a d’abord eu droit aux faveurs des autorités . Du côté de Bruxelles, on y voyait un outil pour créer un marché européen sur la Toile. Pour la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), c’était une solution reproduisant les conditions parfaites du marché. Le vent a tourné depuis. La Commission européenne réfléchit depuis 2002 à encadrer la pratique. Car, outre sa brutalité, elle manque singulièrement de transparence. Sans aller jusqu’aux extrémités pratiquées par certains comme l’introduction d’un « lièvre », c’est-à-dire d’un fournisseur bidon pour tirer les prix à la baisse, les enchères bénéficient d’une absence d’encadrement qui profite à l’acheteur. Ce dernier maîtrise ainsi les paramètres de qualité des différents fournisseurs, le coût de transport, la qualité du produit, autant de données ignorées par les compétiteurs qui se retrouvent à concurrencer des prestataires inférieurs en qualité. D’ailleurs, la plupart du temps, le moins-disant ne l’emporte pas. « L’enchère, comme le dit Thierry de Cassan, n’est qu’une aide dans la prise de décision. » Il arrive aussi que l’acheteur se serve de cette course à l’échalote pour faire baisser au maximum un fournisseur qu’il avait choisi dès le début. Certaines enchères ne se concluent même pas par des transactions, et servent à tester un marché, en vue d’une future négociation. En Allemagne, la mise aux enchères inversées d’un marché de prestation a suscité un tollé : le prix de départ ne dépassait pas les salaires des agents... L’absence de négociation est aussi dans la mire. D’après une étude canadienne sur le marché de la palette, il n’y aurait au final aucun gagnant, et une vérité générale : la dégradation du lien de confiance entre les partenaires... Limiter la casse. Le Medef a adopté en juillet un dispositif de surveillance dans lequel il n’esquive pas les abus. Il s’agit d’abord de limiter le champ des enchères et d’en « exclure expressément » les marchés de service et de maintenance. Quand au gouvernement, c’est en novembre qu’il devrait intervenir. Christian Jacob, le ministre délégué aux PME, aurait affirmé vouloir légiférer sur la question. Nul aujourd’hui ne semble croire cela possible. Le seul souci des entreprises, c’est de limiter la casse. Car le plus souvent il n’y a pas moyen d’y couper. Le responsable d’une fédération professionnelle s’est ainsi entendu dire un jour : « Dites bien à vos adhérents que, s’ils refusent de répondre aux enchères inversées, nous saurons nous le rappeler. » http://www.liberation.fr/page.php?Article=233375


              • Rollando (---.---.52.223) 20 novembre 2005 15:26

                Merci. Cet article est très intéressant.

                Cependant je ne pense pas que ce système puisse se généraliser au recrutement.

                En effet, pour les produits manufacturés, des normes existent, permettant de comparer deux produits de façon à peu près juste (avec les réserves sur les services associés qu’expose l’article).

                Par contre, même à CV équivalent, deux personnes distinctes peuvent présenter des profils vraiment différents (personnalité, capacité à s’adapter à l’esprit de la boite, etc.), et c’est pour cela que les entretiens d’embauche sont nécessaires.

                De plus, alors que chacun sait que la principale richesse d’une entreprise sont les personnes qui y travaillent, je pense sincèrement que les personnes engagés « grâce » à ce système développeront une rancoeur énorme envers leur employeur qui finira, surtout si ce procédé ce développe dans l’entreprise, par miner l’activité. Et même les RH les plus cyniques prendront conscience que cette pratique (si elle peut présenter des avantages à très court terme) serait désastreuse à moyen et long terme.

                Vous avez cependant raison de dénoncer cette pratique, qui pourrait flouer les personnes engagées dans des entreprises motivées par le gain immédiat et non sur la croissance à plus long terme.

                Cordialement, Rolland.


                • bertrand de Kermel 20 novembre 2005 18:00

                  Je veux croire que vous avez raison. Du reste, vos arguments relèvent du simple bon sens.

                  Néanmoins, le système fonctionne en Allemagne pour le recrutement de salariés... Rien n’empêche de pratiquer le système avec la « short list », résultant d’entretiens d’embauche.

                  Par ailleurs, la ressource dite « humaine », considérée (à juste titre) dans les discours comme la « seule vraie richesse de l’entreprise » passe de temps en temps derrière les exigences de rentabilité de 15% sur fonds propres de certains actionaires. Il ne faut pas généraliser, mais... ça arrive.

                  Enfin, ce système porte atteinte aux valeurs de la République (il dévalorise la valeur travail). A ce titre, il doit être condamné.

                  Bien cordialement à vous

                  Bertrand de Kermel


                  • Michel Yvenat (---.---.104.114) 28 novembre 2005 09:24

                    Peut on s’etonner après cela de trouver en magasin des marchandises dont la qualité ou la fraicheur ne sont pas idéales ?


                    • vraitravailleur (---.---.203.149) 8 juillet 2006 16:35

                      J’ai connu Bertrand de Kermel en lisant son article sur la « TVA sociale » destinée à financer la sécurité sociale dans le mensuel « l’étoile Notre-Dame » de février 2006 ? revue faisant entre autre la propagande du pélerinage de Medjugorje.

                      Les enchères inversées sont généralement destinées à recruter des spécialistes du Tiers Monde qui votent avec leurs pieds, mais cela reste une pratique tout à fait marginale. Au lieu de s’en prendre aux enchères inversées ou de prôner la TVA sociale pour réglementer encore davantage les entreprises, pourquoi Bertrand de Kermel ne s’insurge-t-il pas contre les subventions sans aucune justification morale aux agriculteurs et aux producteurs de lait, subventions qui les transforment en parasite des entreprises faisant des bénéfices et qui ruinent l’agriculture du Tiers monde car il s’agit d’un dumping. La seule justification à ce parasitisme réside dans le contrôle du Sénat par les 5% d’agriculteurs.

                      En prônant une réglementation de plus en plus autoritaire contre les entreprises et les travailleurs qui font vivre la socété au lieu de la parasiter, Bertrand de Kermel ne s’inscrit-il pas dans la grande lignée des ci-devants nobles privilégiés, dont l’avatar contemporain est constitué par les apparatchiks des différents syndicats de salariés, d’employeur, de producteurs de lait qui vivent au crochet des adhérents, des collectivités locales, des contribuables et des adhérents à la sécurité sociale dont le monopole, du reste, a été aboli récemment par une ordonnance de Jacques Chirac en matière d’assurance maladie ?


                      • (---.---.217.252) 8 juillet 2006 20:44

                        Bonjour.

                        Tout d’abord, merci de m’avoir lu, et merci d’avoir réagi.

                        Sur la forme, ne nous interdisons pas d’être modérés... Mais il m’arrive moi aussi de réagir au quart de tour à certains écrits, et je ne vous en veux absolument pas ! En revanche, je vais vous répondre point par point, y compris sur la filière laitière française, (qui concerne mes activités professionnelles). Je vais essayer de vous démontrer que je ne suis ni un demeuré, ni un apparatchik vivant sur une autre planète, ni un ci-devant noble privilégié, (ce qui était le cas de mes ancêtres, je vous l’accorde bien volontiers, mais cela n’a franchement rien à voir avec l’affaire qui nous occupe présentement).

                        1 - Sur les enchères inversées, concernant les salariés, n’hésitez pas à vous rendres sur le site allemand : jobdumping.de, et vous verrez que la pratique se répand en Europe. Quant aux gens qui votent avec leurs pieds, je ne vois pas ce que vous voulez dire. Qu’il vote avec ses pieds ou avec ses mains, un homme est toujours un homme, et respecter sa dignité, même (surtout) s’il est en position de faiblesse reste un impératif pour nous tous. Quoiqu’il en soit, pour la France, le sujet est clôs. Madame Kosciusko-Morizet, députée UMP, a fait adopter un amendement interdisant une telle pratique pour le recrutement de salariés, dans la Loi sur l’égalité des chances. Dans le cadre de mes activités professionnelles, j’avais rencontré tous les partis politiques au moment du vote de la Loi Dutreil en faveur des PME, et j’avais soulevé ce problème. Le PS avait ensuite déposé un amendement interdisant la pratique, mais il n’avait pas été retenu à l’époque. Je retiens de ce qui précède que PS,UMP, UDF au moins sont d’accord pour interdire cette pratique pour le recrutement de salariés. Et ils ont fait le nécessaire pour cela. Je ne suis donc pas isolé sur cette idée. J’ajoute que le MEDEF est très prudent sur ce point. Il déconseillait vivement de recruter des salariés par ce moyen et déconseille toujours son uilisation pour des services comportant une part importante de salaires, tels que le gardiennage, le nettoyage etc... Vous pouvez vérifier cette affirmation en appelant le MEDEF.

                        2 - La TVA sociale. Je ne sais si vous vous êtes plongé dans le dossier, mais, il y a encore quelque mois, nous étions quelques uns seulement à prôner cette solution. Aujourd’hui, il est admis par un grand nombre de politiques (Ségolène Rpoyal, Nicolas Sarkozy, François Bayrou) et par le MEDEF que, au minimum, « c’est un vrai sujet », même si les avis sont encore partagés. Pour plus de précisions si vous le souhaitez : www.tva-sociale.org ou encore www.pauvrete-poltique.com

                        L’idée de base est que la sécu ne pourra plus être financée par les seuls produits fabriqués sur le territoire français. C’est un droit de douane à l’envers.

                        Parmi les autres solutions on peut aussi privatiser la sécu. Aux Etats Unis, où elle est privatisée, 15% de la population n’a plus de couverture maladie. On peut toujours rêver de recopier ce système. Ce n’est pas mon choix.

                        3 - L’agriculture (dont la production laitière) . En tout premier lieu, je suis de ceux qui pensent que la défense, l’autosuffisance alimentaire, la protection sociale et l’approvisonnement énergétique sont des domaines stratégiques pour tous les pays du monde. Ces quatre domaines ne sont pas des secteurs économiques comme les autres. La théorie de l’avantage comparatif sur la planète pour l’agriculture me paraît extrêmement dangereuse. Il ne faut jamais oublier les besoins fondamentaux des populations.

                        Ne me demandez pas de défendre les dérives de la PAC au cours des 30 dernières années, je n’y suis pour rien. En revanche, je vous assure que le dossier est extraordinairement complexe. Pour le tiers monde, où on peut vous suivre sur les principes, (tout le monde est OK là dessus) n’oubliez pas non plus qu’entre le petit producteur d’un pays d’Afrique et le consommateur français, il y a des intermédiaires, souvent des sociétés multinationales, et la grande distribution. Je vous sugère de vous rendre sur le site du MOMA : http://www.momagri.org/. Vous pourrez prendre connaissance d’une étude d’UBI FRANCE, concernant le secteur laitier. Loin d’avoir profité aux producteurs du lait du tiers monde, les accords de l’OMC signés à Marrakech en 1994 ont essentiellement profité à l’Océanie, qui ne fait pas partie des plus pauvres de planète. Plus largement, les idées défendues par les créateurs du MOMA me paraissent dignes d’intérêt. Elles prônent l’équité sur la planète, l’auto suffisance alimenaire por tous, et le développement pour les plus pauvres. Surtout, elles suggèrent de mesurer le plus rigoureusement possible la réalité de ce dossier, et les conséquences des accords internationaux.

                        Plus on disposera de résultats objectifs, plus nos débats seront dépassionnés. Au moins pouvons-nous être d’accord ensemble sur cette conclusion, au cas où je ne vous aurais pas convaincu avec ce qui précède.

                        Cordialement

                        Bertrand de Kermel


                      • vraitravailleur (---.---.203.149) 8 juillet 2006 21:36

                        Je reviens sur deux points : Encore des règlementations en légiférant sur l’enchère inversée ! Quand je recrute un bon salarié, je ne veux pas le perdre et même si je le recrutais par l’enchère inversée, je ne manquerais pas de l’augmenter encore plus rapidement pour le conserver. De toutes façons, en France, on ne peut pas payer en net en dessous de 8,27 E de l’heure. Je ne vois pas bien comment on peut recruter par enchère inversée des techniciens de surface. Ce problème concerne donc plutôt les cadres or la maîtrise de la langue locale limite déjà la concurrence. De plus, les cadres les plus performants cherchent en permanence à se faire embaucher par une entreprise qui leur offre un meilleur salaire, quitte à négocier une augmentation auprès de leur employeur du moment, alarmé à l’idée de les perdre. Peu importe donc comment ils ont été embauchés. Faut-il aussi légiférer pour interdire la pratique chez certains cadres de changer souvent d’employeur pour augmenter leur revenu. En tout cas, on constate que la plupart des élèves des grandes écoles quittent notre pays hyper réglementé pour aller travailler dans les pays anglo-saxons.

                        En ce qui concerne les marchés, il n’y a pas que le prix qui intervient dans le choix de l’acheteur mais une multitude d’autres facteurs. De toutes façons, personne n’est obligé d’accepter de vendre une marchandise ou un service s’il n’y trouve pas son intérêt.

                        Je réitère mon information : la sécurité sociale n’a plus le monopole de l’assurance maladie.


                        • Bertrand de Kermel (---.---.217.252) 8 juillet 2006 22:25

                          Bonjour.

                          Vous êtes quand même vachement libéral.

                          Alors permettez-moi un peu de provoc. Les forces vives de la nation ont parfaitement raison de quitter le pays. Ailleurs, elles payent moins d’impôt, il y a moins de réglementations, bref, les gens sont moins cons que nous. Nous, nous sommes des nuls, archi nuls. Soit.

                          Mais il y a un problème. Souvent, avant de partir, ces fameuses forces vives conservent un appartement à Neuilly ou avenue Foch, (voire un petit manoir périgourdin). De plus, elles inscrivent leurs enfants à Henri IV (voire Jeanson de Sailly), au lieu de les envoyer faire leurs études au lycée de Louxor. Et si par malheur elles ont un cancer grave, elles ne vont pas se faire soigner au Bengladesh ou dans les îles caïman, (où, pourtant , la ficalité est avantageuse) mais reviennent se faire soigner à Paris, dans des hôpitaux (oh, horreur absolue) publics !!! Eh oui !!!.

                          Et tous ces services publics, je les ai payés, alors que le mec (pardon, la force vive)s’en est dispensé.

                          Je ne sais plus qui a dit : « tu aimes la France, tu y restes, ou tu ne l’aimes pas, et tu t’en vas ». Mais cela voulait dire, « sans rattrapage possible ».

                          Bon, ça, c’était la provoc.

                          Je reviens à votre sujet.

                          1 - Sur les enchères inversées. Vous conviendrez avec moi que Renaud Dutreil est plutôt un libéral. Or, une fois qu’il a découvert ce qu’étaient vraiment les enchères inversées (par comparaison aux marchés aux cadrans, qui, eux, sont publics et transparents), il a jugé utile d’encadrer le système, et de l’assortir de sanctions pénales. Cette règlementation se trouve dans la Loi du 2 août 2005. Et pourtant je vous promets que Dutreil est tout, sauf un homme du Gosplan.

                          Et vous-même, qui en parlez savamment, avez-vous jamais participé à des enchères inversées organisées par une Grande surface, ou encore par Kraft, sur la planète ? Avez-vous jamais entendu les témoignages de ceux qui ont été contraints d’y participer, avec tous les coups bas et toutes les conséquences que cela a entraîné pour la survie de leur entreprise ? Avez-vous jamais discuté avec des patrons de PME sur ce point ? (moi, je l’ai fait). Je suis prêt à vous envoyer des articles de presse parus au cours des deux dernières années (Les Echos, Le Monde ou le Figaro, journaux qui ne figurent pas sur la liste des plus gauchistes de la planète), qui dénoncent avec force ce système pervers).

                          2 - Sur la privatisation de la sécu. Permettez-moi de vous proposer un scénario, qui n’est pas invraisemblable.

                          1 - On met en place la proposition de l’Institut Montaigne, séduisante, car pédagogique (Mettre 100 % des charges sociales sur les fiches de paye des salariés, pour qu’ils se rendent compte de ce que cela leur coûte, sachant que les entreprises payeraient ces charges sociales comme par le passé.).

                          2 - Quelques années plus tard, les cotisations augmentent fortement, du fait d’une assiette de plus en plus faible, et de dépenses de plus en plus fortes, compte tenu de la moyenne d’âge des français qui augmente. Les entreprises refusent alors d’augmenter les salaires pour compenser ces hausses, prétextant qu’elles n’en ont pas les moyens (ce qui sera d’ailleurs exact, du fait de la concurrence croissante des produits importés, des pressions à la baisse des prix par la grande distribution, du développement du hard discount etc...). Un exemple : depuis un an, les syndicats de salariés demandent des compensations salariales au titre de la hausse de l’essence et des loyers, ces hausses n’étant absolument pas reflétées dans l’indice hors tabac de l’inflation. Sans nier les difficultés rencontrées par les salariés, les branches professionnelles refusent d’aller au-delà du taux de l’inflation (hors tabac), estimant que la concurrence ne leur permet pas ce geste. Ce sera exactement la même chose pour la hausse de la protection sociale, au bout de quelques années.

                          3 - Au fil du temps, la situation devenant intolérable, on se dirige alors doucement vers le système d’assurance privé, qui propose des offres d’appel attractives. Quelques compagnies d’assurances peuvent le faire, puisqu’il s’agit pour elle de faire main basse gratuitement sur le fonds de commerce de la protection sociale des français. Comme elles vont l’acquérir gratuitement elles peuvent se permettre de casser les prix au début.

                          4 - Quelques années plus tard, on privatise les urssaf qui n’ont plus de raison d’être

                          5 - 30 ans après 15 % de la population n’a pas de couverture maladie comme aux Etats Unis.

                          6 - Pendant ces 30 années, l’économie s’est ouverte de plus en plus, mais les produits importés ne financent toujours pas l’assurance maladie, pour le plus grand bénéfice des importateurs.

                          7 - Un jour, une compagnie d’assurance chinoise propose une OPA hostile sur les deux ou trois compagnies françaises qui assuraient les français. Le gouvernement en place en appelle au patriotisme économique, envisage de renationaliser la sécu etc... Hélas, 30 ans plus tôt , il a signé le texte de la constitution européenne dans lequel il est précisé que « la concurrence est libre et non faussée ». Conséquence : Impossible de s’opposer à l’OPA hostile des chinois.

                          8 - Finalement, la protection sociale des français est au mains de Chinois, ainsi que les fichiers informatiques de tous les français. Les actionnaires de ces compagnies exigent des rendements de plus en plus élevés. Messieurs Zaccarias, Forgeard, Fourtou, Jaffré, très âgés et très malades sont très convenablement soignés dans une clinique 5 étoiles. Le français moyen se débrouille comme il peut, avec les garanties qu’il peut se payer.

                          9 - Quelque temps après, à l’occasion d’une grave crise diplomatique avec les Chinois, la France fait un discours remarqué à l’Onu. En coulisse, on lui fait remarquer que si elle persiste, les assurances chinoises pourraient le prendre mal, et trouver mille et un incidents pour ne pas régler, ou régler avec retard les dépenses d’assurance maladie. "Jusqu’à quand votre opinion publique vous suivra t-elle dans ce cas » ? demandent les chinois, au président français ? Lequel regarde la pointe de ses chaussures.

                          PS : Naturellement, dans ce scénario, et au cours des 30 années qui se sont écoulées, on n’a touché à rien au niveau de la fonction publique, de la sncf et de la ratp, qui conservent leur statut et leur protection sociale payée par l’Etat. On ne peut tout de même pas décourager notre fonction publique. Du reste, aucun politique, y compris parmi les plus libéraux, n’a le courage d’écrire quoique ce soit sur ce point.

                          Cordialement à vous

                          Bertrand de Kermel

                          www.pauvrete-politique.com


                        • vraitravailleur (---.---.203.149) 8 juillet 2006 22:57

                          J’ajoute encore un commentaire sur vos arguments. Apparemment, je m’éloigne du problème des enchères inversées, mais en fait, le sujet relève toujours du même esprit de réglementation étatique : les fameux « domaines stratégiques » dont l’autosuffisance alimentaire.

                          Pour les producteurs de lait, le lait figure parmi les domaines stratégiques, pour les producteurs de cacahuètes, le beurre de cacahuète figure parmi les domaines stratégiques d’où les subventions versées par Jimmy Carter aux producteurs de cacahuètes. Pour les producteurs de vin, le vin -le pinard - a longtemps été stratégique puisqu’il était la nourriture du soldat.

                          Le caoutchouc, le café, le cacao, les métaux, le coton, les hydrocarbures, la porcelaine, tous ces produits sont stratégiques. Pour Colbert, les tapisseries relevaient du domaine stratégique d’où la création de la manufacture des Gobelins. Le verre relevait aussi du domaine stratégique d’où l’autorisation pour les nobles de créer et d’exploiter des ateliers de verrerie. Edgar Faure avait ainsi obtenu des avantages fiscaux pour les fabricants de tuyaux de pipe du Doubs. En fait stratégique signifie subvention ou passe-droit.

                          Dans certains villages, parce que c’est « stratégique », la municipalité ou le conseil général subventionnent l’installation d’une boulangerie, d’une épicerie, d’un estaminet qui font rapidement faillite, faute de clientèle suffisante, à moins de recevoir de nouvelles subventions.

                          Ce sont toujours les mêmes qui payent : ceux qui cherchent à exercer une activité innovante ou tout au moins rentable.

                          Ce qui m’afflige, lorsque je vais au réunion du « syndicat » d’employeur (filiale du MEDEF), c’est que les patrons de PME sont tellement absorbés par les problèmes de leur entreprise qu’il ne se rendent pas compte à quel point ils sont pressurés comme Jacques Bonhomme pour faire vivre tous les parasites : la sécurité sociale, les subventionnés, les allocataires, les titulaires du RMI, les permanents de l’Etat, des associations loi 1901, des syndicats d’employeurs et d’employés etc.


                        • vraitravailleur (---.---.203.149) 8 juillet 2006 23:38

                          Votre scénario concernant la sécurité sociale est tout à fait intéressant mais reste du domaine de l’imaginaire.

                          Ayant moi-même suivi de près le système d’administration de la sécurité sociale, j’ai pu constater qu’une grande partie des fonds y était utilisée de façon fictive ou inutile (je n’utiliserai pas le mot de « détournement »). J’ai donc préféré quitter l’administration de cet organisme plutôt que d’être complice.

                          Au Canada, c’est l’assurance auto qui est monopole d’Etat, et j’ai entendu le même raisonnement à propos de l’assurance auto que le vôtre à propos de l’assurance maladie. « Si les Chinois prennent le contrôle de l’assurance auto... »

                          En France, on confond sécurité sociale et assurance maladie. Que l’assurance maladie soit obligatoire et que l’Etat aide ceux qui ont choisi l’oisiveté à souscrire tout de même une assurance maladie, on peut le concevoir. En revanche, on ne peut pas imposer le choix de son assureur au citoyen, d’où les ordonnances de Chirac supprimant le monopole de la « sécu ».

                          Je me suis renseigné auprès de trois assurances privées : anglaise, suisse et néerlandaise. Moralité pour votre cas à vous B. de K/.(âge, nombre d’enfants) : trois fois moins cher que la « sécu », disparition de la CSG puisque vous n’êtes plus affilié à la sécu, et meilleurs remboursements.

                          Sur les bulletins de salaire, le prélèvement de la sécurité sociale est affiché noir sur blanc au centime près. Curieusement, c’est quand j’évoque le sujet que les salariés auxquels je m’adresse lisent pour la première fois ces quelques chiffres. Déjà cinq mille Français ont choisi de quitter la sécurité sociale et s’en portent très bien. Je n’espère pas vous convaincre mais en ce qui me concerne, je suis très inquiet sur l’avenir de la sécurité sociale et c’est pourquoi mon message fait état de mes préoccupations pour trouver une solution de rechange.


                        • vraitravailleur (---.---.203.149) 9 juillet 2006 00:12

                          A l’approbateur de B. de K/ : Je n’ai jamais suivi les cours de Milton Friedman, je n’ai rien lu de lui, je sais seulement que le gouvernement de Pinochet se réclamait de ses théories qui me sont inconnues.

                          A B. de K/ : Vous prenez comme témoignage des déclarations d’élus, or un élu doit d’abord se faire réélire et il n’est ni libéral, ni étatiste : il cherche à représenter l’opinion majoritaire de ses électeurs. Je prends connaissance de votre description des « forces vives » qui s’exilent mais se font soigner en France et envoient leurs enfants à Henri IV. Là, vous retardez vraiment d’un métro :

                          Si je dois me faire hospitaliser, ce n’est certainement dans un hôpital public à Paris que je le ferai. J’essayerai d’aller ailleurs si j’en ai les moyens.

                          Les « forces vives » et la gauche caviar retirent leurs enfants d’ Henri IV, où les cours ne sont pas en anglais, et préfèrent les envoyer à Cambridge ou aux Etats-Unis.

                          Conclusion : on commence à être un peu loin du problème des enchères inversées, problème sensé ne plus exister en France puisque le gouvernement les a interdites. Mais cela reste une idée intéressante : il suffit de les faire depuis l’étranger. A votre connaissance, est-ce que la chaîne d’épiceries Aldi (Allemagne) procède ainsi ?


                        • zen (---.---.40.5) 8 juillet 2006 23:31

                          Merci ,Bertrand , pour ton article et tes réponses trés pertinentes à ce « travailleur » qui s’estime « vrai » (c’est déjà lourd de sous-entendu, ce pseudo !....)

                          Il ne faut pas lui en vouloir, il a dû fréquenter les cours de Milton Friedman à Chicago .Mais je crois que même Mme Thatcher n’aurait pas osé...


                          • zen (---.---.247.92) 9 juillet 2006 08:27

                            «  »Que l’assurance maladie soit obligatoire et que l’Etat aide ceux qui ont choisi l’oisiveté "

                            Le chômage est un « choix » ! ça, c’est original...dans mon secteur, 30 à 40 % de personnes ont CHOISI l’oisiveté. Quels veinards !

                            Comme analyse économique, ça se pose là....Je suggererais à « vrai travailleur » une petite remise à niveau sur les causes structurelles du chômage...


                            • (---.---.60.177) 9 juillet 2006 09:22

                              Bonjour.

                              J’ai une super proposition à faire : on en reste là.

                              Un peu de polémique (lorsque cela reste courtois comme ce fut le cas ici), ne fait de mal à personne, car cela nous secoue. Ceci dit, ont s’est quand même un peu éloignés des enchères ivnersées, et surtout, on s’est tout dit.

                              Aux lecteurs de se faire maintenant leur opinion.

                              Avec un ami, nous allons publier un bouquin sur tous ces thèmes et d’autres dans quelques mois. je ne manquerai pas de vous informer de sa sortie, vrai travailleur, pour le cas où ! On ne sait jamais.

                              En tous cas, bon dimanche !

                              Cordialement

                              Bertrand de kermel

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