Eric Cantona a toujours été pour moi un mystère. Combien de fois me suis-je demandé ce qu’il pouvait bien y avoir dans la tête de Cantona ?
Chez Cantona, rien de tel. Le verbe est rare, le visage est figé, planqué sous une barbe.
La respiration longue et profonde peut ne déboucher sur rien d’autre qu’un long silence lourd et pesant. Seuls les yeux quelques fois trahissent un amusement intérieur.
C’est très certainement cette posture de taiseux qui donne au personnage cette image stoïcienne, virile et intériorisée.
C’est assurément pratique pour méditer et faire de l’art…et d’une certaine manière Eric Cantona est un artiste.
Malgré qu’il fût un grand champion de foot, je vois dans Eric Cantona l’incarnation d’un rugbyman.
Si j’étais une nana, j’aurais craqué pour ce genre de mec car il semble que rien de fâcheux ne peut vous arriver dans les bras de Cantona.
Et voici qu’à la faveur d’une interview détendue, il s’est égaré sur des rives qui ne sont pas les siennes. Il a parlé politique. Il a ouvert sa gueule et offert son point de vue sur la situation économique et politique de moment, son point de vue sur la crise financière, son point de vue sur les grèves des semaines passés, en France.
Et lorsque Cantona l’ouvre, cela fait des vagues.
Car s’il parle peu, cela ne l’empêche pas d’être un fort en gueule et la plupart de ses éclats sont restés légendaires et sont entrés dans la mémoire collective.
L’ex Champion de l’United s’en est pris aux banques et a appelé à provoquer un crash bancaire.
Et tout le monde a suivit à défaut de le suivre. Et tout le monde (ou presque) s’est pris à rêver que cela advienne. Et tout le monde a relayé la nouvelle, créant le buzz …des journalistes institutionnels aux internautes.
Cantona révèle notre époque. Et notamment la défiance monumentale qui la traverse : le raz le bol des petites gens à l’égard des économistes, des politiques, des banquiers et des intellectuels.
Au fond ce qui m’intéresse plus que de savoir si c’est scandaleux, dangereux, jouissif ou inconscient, c’est de vérifier le symptôme d’un désarroi collectif. Un désarroi dont Eric Cantona, par sa proposition, a une fois encore et parfaitement, démontré l’existence.
Les gens ne sachant vraiment plus vers qui se tourner, c’est le vide sidéral qui prédomine. En philosophie, on parlerait de nihilisme.
Et Cantona apparaît précisément au cœur de ce vide idéologique.

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