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La mariée n’était pas vierge ! La femme, victime d’une discrimination ignoble !

La polémique lancée par la décision du tribunal de Lille d’annuler un mariage sur la base de l’article 180 du Code civil, mais au motif particulier que l’épouse avait menti sur sa virginité à son mari pose la question de l’égalité des femmes et des hommes en droit. Les réactions vives se justifient face à une décision de justice rétrograde.

Ce matin en me levant, j’ai entendu cette information, qui sur le moment m’a scandalisée : un mariage avait été annulé pour cause que le mari avait découvert lors de sa nuit de noces que son épouse n’était plus vierge contrairement à ce qu’elle lui avait déclaré. La présentatrice de France Inter n’avait alors pas caché sa réaction indignée.

Ce midi, faisant ma pause, je zappe sur Google histoire de voir où en est cette information, je ne trouve qu’un seul article sur le site d’Europe 1 sous le titre : « Elle n’était pas vierge, son mariage a été annulé ».

En rentrant, ce soir, c’est le buzz qui démarre sur internet, France 2 l’évoque dans son Journal télévisé de 20 heures montrant même le porte-parole du ministère de la Justice en personne expliquait doctement que le mariage n’avait pas été annulé parce que l’épouse n’était plus vierge, mais parce qu’elle avait menti à son futur mari sur son état de virginité (il faut préciser, pour ceux qui ignorent encore tout de cette histoire survenue dans le nord de la France à Lille, vous voyez maintenant où c’est le pays des Ch’tis, que les deux époux sont de confession musulmane dixit les différents commentateurs, ce fait devant, à leurs yeux, constituer un élément signifiant de la situation). L’avocat du mari dépité, lui aussi sans se démonter, de nous expliquer qu’un article du Code civil prévoit expressément la possibilité d’annuler le mariage :

article 180 : « Le mariage qui a été contracté sans le consentement libre des deux époux, ou de l’un d’eux, ne peut être attaqué que par les époux, ou par celui des deux dont le consentement n’a pas été libre, ou par le ministère public. L’exercice d’une contrainte sur les époux ou l’un d’eux, y compris par crainte révérencielle envers un ascendant, constitue un cas de nullité du mariage.

S’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage. »

Et là tout le monde s’emballe, les associations militantes comme Ni Putes, Ni Soumises ou des personnalités comme Élisabeth Badinter, connue de sa lutte en faveur de la cause des femmes s’offusquent de ce qui s’est passé au tribunal de Lille. Même au sein du gouvernement, la solidarité tant prônée par le président lui-même risque de souffrir une nouvelle fois devant la pression de l’actualité. Ainsi, la secrétaire d’État au droit des femmes, Valérie Létard s’est dite « consternée » contredisant de fait le porte-parole du ministère de la Justice qui tentait de minimiser cette affaire.

Il faut dire que cette information, pour le moins déroutante à notre époque, au lendemain de la publication la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations a de quoi ébranler la sérénité d’une société qui se veut laïque et moderne, respectueuse de l’égalité des droits même entre les sexes.

Car ce qui est choquant dans cette affaire, c’est de savoir que malgré toutes les déclarations qui vont pouvoir être faites désormais, le mal est fait. La Femme avec un « F » se trouve une nouvelle fois considérée avant tout comme un objet que l’on acquiert et dont on peut se débarrasser avec mépris. L’avocat de l’époux n’hésite pas ainsi à faire une comparaison, au sujet de la tromperie et du mensonge de l’épouse, en prenant exemple de l’achat d’un tableau de Picasso pour lequel on s’apercevrait qu’il ne s’agit pas d’un Picasso (la femme en question appréciera certainement l’objet de la comparaison, l’avocat aurait pu pousser son impair plus loin en évoquant l’achat d’un appartement, d’une voiture, ou de n’importe quel appareil informatique) !

Il pousse même plus loin l’ignominie (mais en cela il aura été suivi par la juge) en déclarant : « Il faut ramener la question au mensonge. La solution aurait été la même pour quelqu’un ayant caché quatre pages de casier judiciaire, le fait d’avoir été plusieurs fois marié ou de s’être prostitué. C’est la question d’une qualité qui a été dissimulée. L’exemple traditionnel qu’on donne aux étudiants, c’est celui d’une femme qui a épousé un homme sans savoir que c’était un ancien bagnard. C’est le fameux arrêt Berthon, qui date de 1868. »

Quant au « fameux arrêt Berthon », qui ne date pas de 1868 mais de 1862, c’est celui par lequel la Cour de cassation avait… refusé de reconnaître la nullité du mariage contracté par une jeune fille avec un ancien bagnard.

En fait, les réactions à l’arrêt Berthon sont à l’origine de l’évolution de la loi, qui jusque-là ne permettait la reconnaissance de nullité du mariage qu’en cas d’erreur physique sur la personne (des jumeaux, par exemple). On a donc ensuite ajouté l’erreur « sur les qualités essentielles », sans autre précision. Mais la jurisprudence dit que celles-ci doivent être « objectivement constatées, c’est-à-dire apparaître essentielles dans l’opinion publique ». Ce n’est évidemment pas le cas de la virginité d’une jeune femme, en 2008, dans notre société (Source).

Ce qui est choquant dans cette affaire, c’est qu’elle est en soi totalement contradictoire avec la loi sus-visée et constitue, à mon sens (mais je ne suis pas spécialiste) une discrimination des plus odieuses. Car, enfin, si le motif de l’annulation du mariage est fondé en droit et légitime, il doit pouvoir s’appliquer pour les deux parties, non ? C’est-à-dire que la femme, la Femme avec un « F », doit pouvoir elle aussi demander à annuler un mariage au motif qu’il y a eu tromperie sur la « marchandise », si elle vient à découvrir que le mari, qu’elle vient de prendre ou d’accepter (tout dépend de la conception du mariage), et qui se prétendrait « vierge » (notons au passage que pour un homme, il est plus d’usage de désigner cet état sous le terme de « puceau », comme signifiant non une qualité comme le cas de la Femme, mais au contraire une tare)... Seulement, voilà, comment prouver qu’un homme n’est plus vierge, si ce n’est qu’en faisant témoigner celle qui l’aura dépucelé !

Personnellement, je pense qu’il y a là manifestement discrimination au sens de la nouvelle loi du 27 mai 2008 à l’égard des femmes. Et que les hommes dignes devraient manifester leur soutien face à ce nouvel affront. Nous sommes donc loin d’une égalité entre les hommes et les femmes, et ces dernières doivent se dire que voilà bien des signes inquiétants.

Ce qui est triste, c’est que cette affaire relance des haines sourdes, liées à la religion qui feront encore une fois le lit d’extrémismes de tout poil (cf. « Le tribunal de Lille juge selon la Charia », dans Le Journal chrétien).

Au fait, puisque le monsieur s’estimait « trompé », pourquoi n’a-t-il pas demandé le divorce ? « Ah, mais monsieur, chez ces gens-là, on ne divorce pas... », voilà peut-être ce que l’on nous répondra un jour. Ah, non c’est vrai, le divorce dans ce cas ne se justifiait pas comme l’explique l’avocat...




par citoyen (son site) vendredi 30 mai 2008 - 522 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Pierre Gangloff (---.---.---.99) 30 mai 2008 11:01
    Pierre de Vienne

    Ce qu’il me parait le plus consternant, c’est la participation de la justice de mon pays à l’humiliation d’une jeune femme, la mise à nu de sa vie privée, pour faire plaisir à des religieux tarés, obsédés par des principes et des comportements d’un autre âge.

  • Par Marie Pierre (---.---.---.173) 30 mai 2008 11:36

    Révulsée par cette affaire, je trouve qu’il faut insister sur le fait qu’un tribunal juge la virginité comme "qualité essentielle" de la femme.

    Révulsée aussi qu’un tribunal accepte de juger une telle affaire. Que l’avocat compare cette duperie avec l’achat d’un faux Picasso. Au fait, le mec pourri avait-il acheté sa femme ?

    A ceux qui craignent que cette affaire ne relance le problème de la religion musulmane en France, et qu’il vaudrait mieux ne pas tout mélanger, ils se gourent complètement : c’est justement à cause d’elle, de la loi des hommes, que les femmes sont reléguées à n’être que des sujets plus ou moins fantômes. C’est à cause du poids des religieux dans la région lilloise que des juges acceptent de jouer un rôle ignoble sous prétexte de ne tenir compte que d’une histoire de mensonge.

    Grâce à un jugement inique, cette femme, victime de lois du moyen-âge, devient coupable !

    En tant que citoyens, ne pouvons-nous pas faire appel ?

  • Par el bourrico (---.---.---.178) 30 mai 2008 10:50

    C’est le moyen-âge qui reviens, c’est la tendance, le retour de la religion, tout ça... c’est dans l’air du temps.

  • Par Olga (---.---.---.100) 30 mai 2008 14:36
    Olga

    J’ai une proposition à vous faire. Approuvée par la CIA, le Mossad et le FSB.

    On passe, au détecteur de mensonge, tous les tourtereaux qui veulent convoler en justes noces. Là, trois cas de figure se présentent à nous :

    1) Si l’un d’eux a menti à l’autre, pas de mariage, retour à la case départ, sans passer par la prison.

    2) Si les deux mentent. Pas de mariage. Pas de gamins non plus. Avec deux menteurs pareils, on imagine les gamins...

    3) Il n’y a pas de troisième cas...

     Désolé, j’ai honte...

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