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La médecine du travail condamnée

Les habitudes prises depuis l’avènement de l’actuel Président de la République sont bien établies maintenant : c’est au Medef que s’établissent les propositions de “réforme” sur tout ce qui gravite autour du monde du travail. On ne compte plus les propositions du Medef qui ont été suivies de modifications législatives crées au pas de charge et qui auront longtemps des effets destructeurs sur les relations dans l’entreprise. Avec ce ciment entre toutes, qui se résume en ce mot : casser. Casser tout ce qui peut l’être avant 2012.

 Aujourd’hui, toujours pressé, le Medef s‘applique à enfoncer le clou sur la médecine du travail, demandant à Xavier Darcos, leur commissionnaire actuel au ministère du travail, de finir de la tuer.

C’est que l’idée d’une vraie prévention des risques dans l’entreprise effraie le Medef par les temps qui courent. Il faut vite museler l’expression même du mal être. Pas les causes.

Pour ce faire, rien de mieux que la bonne vieille méthode de la chappe de plomb qui permet de contrôler tout.

Ici, il s’agit de contrôler jusqu’à l’expression même des maux dans l’entreprise et leur développement a-économique à leur goût, en privatisant au maximum les outils de santé “corrective”, pour, in fine, renvoyer sur la collectivité nationale la résultante de cette politique, c’est-à-dire faire prendre en charge par d’autres la charge des licenciements qui en découleront. Exactement comme pour la "rupture conventionnelle", qui exonère par pressions successives sur le salarié, l’employeur de ses obligations de licenciement économiques ou personnels... en mettant le salarié au Pole Emploi sans coups férir.

Curieuse époque. 

Prenant prétexte d’une baisse du nombre de médecins, le Medef compte s’approprier de façon définitive la maîtrise de la santé dans l’entreprise.

Il n’échappait à personne que la médecine du travail était déjà en grand état de subordination du patronat. Chacun d’entre nous se souvient d’un proche ou d’un voisin sur lequel a pesé une « curiosités » liée à des décisions d’une médecine du travail malade d’un excés de « non indépendance ». Litote... J’ai moi-même en tête un exemple récent d’une salariée en arrêt maladie renvoyée par la médecine du travail “actuelle” dans la fosse au lions, chez son employeur de mari qui n’en demandait pas tant et qui la licencia sur le champ pour faute grave.

Mais ce n’est pas suffisant : pour le Medef et le ministre du Travail, il faut achever la bête.

La notion même d’une médecine du travail libre et indépendante leur est insupportable. De hardis commentateurs, pourtant médecins du travail eux-mêmes, ne parlent-ils pas de « connivence » « entre les entreprises et le gouvernement pour faire disparaître les médecins du travail  » ?

Car aujourd’hui, pour le Medef, tout n’est pas encore assez carré. Un contrôle total doit être mis sur pied, qui relèguera le système de santé dans l’entreprise au rang de simple palliatif aux douleurs et de cache sexe aux risques professionnels.

Parlons sans détours : le Medef et Darcos voudraient faire payer d’abord aux salariés les conséquences des risques qu’ils subissent dans l’entreprise, les employeurs se défaussant entièrement de leurs responsabilités sur la collectivité nationale, y compris celle qui incombe en amont à celui qui détient l’outil de travail, qui est de financer la prévention des risques.

L’idée même d’une médecine du travail indépendante les horrifie ? Ils vont simplifier l’existant dans le temps d’embellie qu’il leur reste d’ici 2012.

Ainsi, ils proposent des visites médicales quasi virtuelles espacées de plusieurs années. Ils préconisent de ne plus avoir l’obligation de reclasser au retour d’un arrêt maladie. Ils veulent imposer des délais couperets de quelques semaines au-delà desquels le non retour au poste permettrait à l’employeur d’enclencher une procédure de licenciement. Les conseillers du salarié auraient de “beaux” jours devant eux…

Le Medef propose donc que l’employeur décide de tout. C’est sa façon de gérer les risques.

Déjà maître d’œuvre des conditions de travail dans l’entreprise, l’employeur serait aussi le décideur, “l’évalueur” du degré d’aptitude physique des salariés à (et dans) l’emploi.

L’employeur dirait ce qu’est ou n’est pas une maladie dans l’entreprise. Avec toujours cette idée force : c’est à l’homme de s’adapter au travail. Pas l’inverse.

Ce serait à l’employeur de décider de la « médecine du travail », de décider qui la pratiquera. Et notamment, en faisant intervenir parfois des infirmiers en lieu et place de médecins, même si Darcos s’en défend quand il évoque la "pluridisciplinarité" en médecine du travail.

A la lumière des évènements récents chez France Télécoms et ailleurs, on conçoit que le Medef ait peur d’une médecine du travail indépendante et de bouches qui se délient trop. Le gouvernement des riches aussi.

Résumons : c’est le bourreau qui va décider si sa victime a mal, qui va éventuellement faire déclencher des soins, dispensés par des professionnels qu’il aura choisi. Des soins dont, en quelque sorte, l’employeur décidera de la nature et de leur durée, et de quel côté va tomber la tête de la victime, parce qu’un licenciement relèverait au final d’une bonne gestion “managériale”.

Et roule ma poule.

Laurence, justement, dit qu’elle va briguer un second mandat au Medef, car "nous sommes nombreux à vouloir continuer à amplifier l’élan que nous avons donné depuis quelques années pour un Medef totalement engagé au service de notre pays". De ce qui précède, on peut voir de quel « élan » elle parle. Au service de qui ? Tu peux préciser, Laurence ?

« Nous serons vigilants à ce que les pouvoirs publics transposent rapidement et fidèlement le texte dès que les syndicats auront donné leur avis définitif. » disait Jean-René Buisson, chef de file de la délégation patronale pour la réforme de la médecine du travail, le 13 septembre 2009. Oui, c’est dit, c’est ce qu’on disait aussi : il y a mano a mano entre vous.

Sauf que, les syndicats ont dit non.

Indépendance totale ou allégeance définitive et institutionnalisée de la médecine du travail. Tel est l’enjeu du prochain épisode d’ici le printemps, sur lequel nous ferions bien d’attirer l’attention de nos députés. Très sérieusement.

Parce qu’une fois de plus, il y va de la démocratie. De notre identité nationale, quoi.

 

le médecin du travail



par Raphael JORNET (son site) mardi 22 décembre 2009 - 11 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par meccano44 (---.---.---.5) 22 décembre 2009 12:42

    Un médecin du travail est un spécialiste. Et même si les salariés l’appellent souvent le « véto » ce sont des gens compétents dans la plupart des cas. J’en ai cotoyé un certain nombre dans ma vie professionnelle. Ils ne sont pas là uniquement pour pour contrôler l’état de santé individuel. Ils interviennent sur les problèmes de santé collectifs. Leur rôle est aussi d’aider les CHSCT, de les guider. C’est sur que ça ne plait pas toujours aux employeurs. Ces médecins ont un rôle important à jouer dans la prévention des accidents de travail et de maladies professionnelles. Ils ont des propositions à faire en terme d’ergonomie pour la prévention des TMS par exemple. C’est vrai que certains ont failli à leur rôle dans le scandale de l’amiante. C’était sur la pression des employeurs. C’est vrai qu’on a moins de TMS avec un stylo. Encore que !! Et attention aux claviers !! Et aux écrans !!

  • Par snoopy86 (---.---.---.199) 22 décembre 2009 14:05

    Article stupide témoignant d’une parfaite méconnaissance des problèmes de la médecine du travail en voulant à tout prix « casser du patron »

    Il se trouve que je suis à la fois conjoint de médecin du travail et ancien président ( bénévole) d’un service interprofessionnel de médecine du travail.

    2 commentateurs précédents ont parfaitement souligné le professionnalisme des médecins du travail qui sont effectivement des spécialistes ( 3 ans de spécialité) et qui trés souvent au cours de leur carrière acquièrent des compétences complémentaires. Ils exercent leurs fonctions en toute indépendance et le « patronat » ne gère que la logistique et le contrôle quantitatif de leur activité.

    Ce n’est par ailleurs un secret pour personne que nombre d’entre eux ( notamment dans les années post 68) ont choisi cette spécialité par engagement social et politique et que leurs conflits sont plus nombreux avec les employeurs qu’avec les salariés.

    N’en déplaise à l’auteur (qui connait une amie de la cousine de sa concierge qui a été renvoyée vers l’enfer par un médecin du travail ) ils ont plus à même de juger de la capacité d’un salarié à exercer son activité qu’un généraliste distributeur d’arrêts de travail ( il en existe partout et ils sont généralement bien connus

    Il existe aujourd’hui un authentique problème de démographie médicale dans cette spécialité.

    Sur les 6000+ médecins du travail (trés majoritairement salariés) exerçant en France plus de 40% sont âgés de + de 55 ans. Il faudrait en former 300 par an pour assurer un renouvellement à minima. On en forme aujourd’hui 30 à 40 par an.

    Parallélement, du fait d’une législation de plus en plus touffue leur charge administrative s’est accrue dans des proportions invraisemblables au point d’en écoeurer beaucoup.

    Enfin on leur à collé sur le dos l’appréciation du « harcélement », cheval de bataille de la CGT qui voudrait faire d’eux ses auxiliaires.

    La plupart d’entre eux ent ont marre aujourd’hui et les plus anciens anticipent leur départ en retraite ce qui ne fait qu’aggraver la situation

  • Par snoopy86 (---.---.---.199) 22 décembre 2009 18:10

    Le crash est inéluctable quand on sait qu’il faut plus de dix ans pour former un médecin du travail. C’est d’ailleurs vrai pour de nombreuses spécialités compte tenu de la politique absurde de numérus clausus menée depuis plus de 20 ans par les gouvernements de droite comme de gauche.

    Le manque de médecins du travail s’est par ailleurs aggravé avec les 35 heures dont ils ont bénéficié comme les autres salariés. Il aurait alors fallu en trouver 5 ou 600 mais ils n’existent pas....

    Il y a 3/4 ans il a déjà fallu réduire le rythme des visites des travailleurs ne présentant pas de risque particulier de un à 2 ans.

    Autre facteur aggravant : le développement de l’intérim

    Aujourd’hui un médecin du travail supervise des entreprises représentant un effectif moyen permanent de 3000 à 3500 salariés : visites périodiques, d’embauche, de reprise. Parallélement il est censé consacrer le tiers de son temps à d’autres fonctions à l’intérieur de l’entreprise. Ils n’y arrivent déjà plus !

  • Par homosapiens (---.---.---.47) 22 décembre 2009 13:25
    homosapiens

    C’est bien probable qu’il y ait une tentative masquée de museler un peu plus l’aspect santé en tenant en laisse un peu plus sérrée le suivi médical des travailleurs.
    Et non les médecins du travail ne sont pas des vétos, il font même 3 ans de plus que leurs collégues. Comme partout il y a peut être des planqués, mais la plupart tient à coeur sa mission de suivi, de surveillance des employés qu’on leur confie.
    Certes ils manquent de temps, de moyen et encore d’une certaine hamornisation de textes de lois qui rendent le suivi médical des travailleurs horriblement complexe.
    C’est important, le suivi médical est important, bien évidemment pour la santé des travailleurs, mais aussi pour que l’expérience, le dialogue, la recherche permettent une réelle amélioration des conditions de travail.
    L’article est un peu sournois car d’une certaine manière il évoque une ficelage du medef, et sous entendu le gouvernement en place.
    Par contre l’article n’indique pas que depuis cette année tout centre de médecin de travail doit dispoer d’un ingénieur en prévention des risques tenu à la disposition des entreprises pour les aider gracieusement à mieux faire leur évaluation des risques.
    Donc c’est plutot à l’opposé du thème de l’article.
    Ce qui est regrettable est plutot le manque de « notoriété » des services médicaux du travail.
    Ils sont effecitvement trop perçus comme des incapables, des faux docteurs, des planqués...or il y a un énorme travail qui est fait, evidemment pas visible par « le patien ».
    Certains alimentent des sites internets d’informations pratiques, de conseils tant pour leurs collégues que les salariés, les entreprises, et ils le font gratuitement.
    Ils suivent en permanence une avalanche de décrets touchant toutes les activités ( 1800 textes de lois l’an dernier rien pour que l’aspect santé sécurité au travail).
    C’est un vrai boulot. Par contre les salariés sont souvent mal informé du role du docteur, et l’employeur aussi. Souvent par manque d’informations le médecin du travail « fait ce qu’il peut » en déduisant de la fonction, du poste occupé les risques encourus. Or aujourd’hui les métiers sont plus nombreux, plus complexes, invitent à manipuler toujorus plurs d’appareils, de produits, d’expositions diverses dont on commence à peine à souligner les réel effets. Certains secteurs comme le nucléaire « beneficient » d’un suivi trés renforcé dans des centres spécialisés, le domaine de la chimie est en train de rattraper ce niveau d’exigence, pour le reste il y a encore du chemin.

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