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Accueil du site > Actualités > Société > La « mobilité durable »

La « mobilité durable »

Jamais avares de concept fumeux et parfois hypocrites (mais ça fait bien et ça en jette), nos technos ministériels ont adoptés à l’occasion de la rédaction du projet de loi sur la décentralisation l’expression « mobilité durable ».

« Mobilité », on se doute que cela concerne nos déplacements, encore que les personnes à mobilité réduite n’aient certainement pas la même conception que les actifs des déplacements.

Même chose pour « durable », terme qui, accolé à développement, nous laisse à penser que l’on parle de maîtrise des ressources naturelles et de réduction des gaz à effet de serre.

Un indice : l’expression « mobilité durable » figure dans le chapitre de la loi consacrée aux transports et remplace l’expression « organisation des transports urbains », pris en charge par les communes, les intercommunalités et les syndicats.

A nouveau concept, nouvelles missions : les collectivités organisatrices « veillent également à l’organisation de l’autopartage, du covoiturage et du vélo en libre service ».

Nous sommes sauvés : la mobilité durable, avec ces nouveaux outils, va certainement résoudre nos problèmes de déplacements. Mieux qu’une réforme, une révolution !

Je suis sans doute un peu ironique, mais plutôt que de consacrer deux articles d’un projet de loi à la « mobilité durable », peut être aurait-il fallu se pencher sur les carences du système de transports existants, et l’hypocrisie des élus locaux.

Les carences du système

Ils viennent du fait qu’il existe, de par la loi, une multiplicité d’organisateurs, soucieux de leurs prérogatives et de leurs territoires : à la Région les transports régionaux par Trains et les lignes routières interdépartementales ou interrégionales, aux intercommunalités dotées d’un périmètre de transports, l’organisation des transports urbains et aux départements l’organisation des transports interurbains dans les zones restantes, sans compter les communautés de communes en zone rurale qui peuvent organiser des transports à la demande.

Pour l’usager lambda, soucieux de « mobilité durable », désirant se rendre d’un point à un autre, et peu au fait de la multiplicité des organisateurs des tarifs et des horaires, c’est parfois le parcours du combattant : achat de plusieurs titres de transport, ruptures de charge, attente entre deux trajets et au final un temps de transport trop important pour se passer de sa voiture.

La vraie question est là, dans la simplification de l’organisation pour la rendre compatible avec les bassins de vie en la sortant des frontières administratives auquel les citoyens ne comprennent rien.

Que prévoit le projet de loi ? La création d’un syndicat mixte regroupant la région, les départements et les collectivités organisatrices de plus de 100 000 habitants, c'est-à-dire un « machin » supplémentaire qui ignore les zones rurales ou périurbaines et qui surtout ne recherchera aucune cohérence territoriale par rapport à la demande de déplacements liée aux bassins de vie.

L’hypocrisie des élus locaux

C’est déjà difficile pour eux de travailler avec le voisin selon le principe « il vaut mieux un petit chez soi qu’un grand chez les autres », autrement dit, il y a un risque pour une commune à devoir s’effacer dans une intercommunalité où les décisions se prennent à la majorité. C’est pourquoi, il ne faut pas toujours chercher de la cohérence en matière de transports dans les territoires intercommunaux, mais souvent étudier la carte politique du secteur. Le citoyen ? On ne lui demande pas son avis, il s’adaptera, c'est-à-dire qu’il continuera à prendre sa voiture en l’absence d’un réseau accessible et efficace.

Les élus municipaux, au sein d’une seule intercommunalité, n’oublient pas pour autant qu’ils seront éventuellement réélus par les habitants de leurs communes lors des prochaines échéances électorales et ils n’oublient pas de les préserver de la circulation de transit ou de chercher à dissuader l’accès des véhicules personnels dans les centres villes pour empêcher les nuisances.

C’est ainsi que des communes situées en première couronne d’une grande ville « organisent » les choses afin de minimiser la circulation de transit en la repoussant au-delà des limites communales et parfois chez le voisin. Limitation drastique de la vitesse dans des endroits que l’on ne savait pas dangereux, ralentisseurs, chicanes, feux tricolores, rétrécissements de voies, tout ce qui figure dans le catalogue des fournisseurs est ainsi mis en place à grands frais sous couvert hypocrite de sécurité. Le résultat est souvent efficace puisque les automobilistes qui n’ont pas toujours d’alternatives en transports collectifs goûtent aux joies de la « mobilité durable », durable dans le sens de l’augmentation du temps de trajet, mais surtout pas écologique en raison de la consommation supplémentaire de carburants pour faire le détour.

Même chose pour les villes centres qui développent des trésors d’ingéniosité coûteuse en matière de restriction de voirie, d’implantation de poteaux et autres barrières. Ajoutons à cela une politique de promotion du vélo sans éducation et surtout sur des voiries à contre sens avec juste un coup de peinture.

Chasser la voiture des centres ville et l’interdire en périphérie, voici, sous couvert de sécurité, le leitmotiv des élus locaux. Cela coûte cher, très cher, et ne résout pas la question. A quand des systèmes de transports performants, c'est-à-dire qui prendront en compte la réalité des trajets et s’éloigneront du dogme du réseau en étoile en oubliant les trajets en périphérie et en couronne ?

Le problème c’est que l’argent dépensé en aménagements coercitifs n’ira pas aux infrastructures et au renforcement des réseaux.

C’est vrai aussi que les collectivités locales se poussent du col en disant qu’elles réalisent 70 % de l’investissement public en France : c’est dire que nous auront encore droit dans les années à venir à des innovations imbéciles et coûteuses pour dissuader la circulation automobile. Dans le même temps les élus continueront à jouer les pleureuses hypocrites chaque fois qu’une usine automobile fermera.

La « mobilité durable » se mérite, mais il faudrait un peu de courage politique.


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8 réactions à cet article    


  • jymb 1er février 2013 15:00

    Bravo pour cet article salutaire
    Sous couvert d’écologie, on organise le bouchonnage polluant, et la raréfaction des places de stationnement vendues à prix d’or au bénéfice d’une toute petite minorité.
    Les villes sont devenus (pour les sales laborieux obligés de travailler) des parcours du combattant où l’on racle ses bas de caisse sur des casses-voitures sur-dimensionnés, où l’on stagne dans des files tortueuses et exaspérantes..
    Quand est ce que tous ces autophobes haineux comprendront qu’ils sont théoriquement là pour aider leurs prochains et non leur pourrir l’existence ; et qu’une voiture rapidement arrivée et garée correspond à 0 pollution et du temps de travail ( et de vie) en plus ?
    admirez les gigantesques allées réservées aux tramways et autres, désespérement vides notamment le soir et le WE... que faire alors sans voiture ?


    • Michel DROUET Michel DROUET 2 février 2013 08:22

      Bonjour jymb

      J’en veux aux élus de ne pas prévoir de transition crédible entre le tout automobile et les transports collectifs.

      Adeptes de la pensée unique, ils continuent dans leur folie d’aménagements coercitifs et se refusent à penser des réseaux de transports cohérents répondant aux besoins des usagers, tout cela sous couvert de sécurité.

      Il faut dire aussi qu’ils sont pris au piège des grands groupes de transports qui font payer au prix fort toute modification du réseau ou du cadencement.

      A quand des formules de gestion moins onéreuses pour la gestion des transports par les collectivités locales (genre régies ou sociétes publiques locales) ?


      • colza 2 février 2013 09:32

        Vous êtes sûr que « Mobilité durable » n’est pas la nouvelle façon de dire « précarité à vie » ?


        • Michel DROUET Michel DROUET 2 février 2013 11:40

          Bonjour Colza

          Très bon détournement du concept, mais je ne pense pas que nos technos vont apprécier.


        • jacques lemiere 2 février 2013 11:38

          Il me semble que vous oubliez de parler de la cause des déplacement, le déplacement le plus durable est celui que l’on peut éviter..

          On peut se poser la question de savoir pourquoi on est obligés d’habiter aussi loin de son travail.

          Il est illusoire de penser une politique de transport sans penser à une politique du logement....
          A vrai dire le simple choix de mettre en place un politique au nom du bien commun conduit à une multiplication de petites injustices...Il ne peut pas y avoir d’arrêt de bus partout ou de ligne directe partout...or les bus sont subventionnés par le contribuable qui ne sent forcement floué si est obligé de prendre sa voiture car les transports collectifs ne sont pas adaptés...

          Mais bon...en premier ( forcement) il faudrait poser des principes ou plutôt déterminer les objectifs de la mise place des transports collectifs...
          Supprimer la pollution ? supprimer les bouchons ? minimiser la consommation d’énergie ?
          Et en plus se demander si un politique du logement ne serait pas plus efficace que des transports collectifs...on peut aussi imaginer que devant les problèmes surtout la perte de temps et d’énergie ( argent !) les gens ne créent pas eux m^me leur moyen de transport collectif !!!!
          regardez notre beau réseau du rail...et regardez le covoiturage...à quand une loi pour empêcher le covoiturage pour sauver la raison d’être du rail ?



          • jacques lemiere 2 février 2013 11:50

            ah oui pour illustrer..

            je travaille à dix kilometres de mon logement, j’ai une voiture ..un jour des petzouilles élus dans un bureau ont décidé de mettre en place un ligne de bus_sur quels critères et à quel coût ? mystère _je me suis posé la question de savoir si je devais revendre ma voiture..le prix du ticket était inférieur ( en oubliant les impôts pour subventionner la ligne) mais comme je paye des impots si je ne prends pas le bus..je perds des deux cotés...le temps de réfléchir la ligne était supprimée par les mêmes petzouilles...

            Alors les politiques..merci...
            je ne suis pas contre les services publics mais à la condition que les principes en soient clairs et largement acceptés par le population.
            ce qu’un maire peut faire un autre peut le defaire.

          • Michel DROUET Michel DROUET 2 février 2013 11:57

            Bonjour Jacques

            Vous avez raison, je n’analyse pas les causes. Ce n’était pas mon propos, et pourtant tout part de là, du coût élevé du logement en zone urbaine et de la spéculation surtout.

            Notons aussi les investissements routiers des conseils généraux qui ont amélioré considérablement la circulation vers les villes et provoqué indirectement l’installation en zone rurale avec le transport qui va avec.

            On voit aujourd’hui les limites de cette politique qui provoque un afflux de voitures vers les villes et les zones périurbaines avec la politique « correctrice » coûteuse de ces villes et zones pour dissuader la circulation.

            Ce sont les effets cumulés de politiques de plusieurs collectivités territoriales menées sans concertation et sans vision prospective qui font que nous sommes aujourd’hui face à un mur.

            C’est l’émiettement des collectivités et des centres de décisions qui sont en cause : chacun fait son petit truc dans son coin sans se soucier de l’impact chez le voisin surtout s’il n’est pas du même bord politique.

            S’agissant du logement, on note dans le projet de loi sur la décentralisation la volonté d’établir des plans d’urbanisme intercommunaux pour les communautés de communes>à 30000 habitants, mais ne rêvons pas trop. Vu le nombre de maires cumulard à l’assemblée nationale, il n’accepteront sans doute jamais cette perte de pouvoir, pourtant indispensable si l’on veut penser le logement à l’aune des espaces intercommunaux en faisant réellement de l’aménagement du territoire.


          • jacques lemiere 2 février 2013 13:58

            mais en fait, il faut aussi justifier le simple fait d’adopter une politique...ce n’est pas évident du tout. En outre si une ligne de bus est une chose assez facile à modifier, une ligne de tram un métro ou un train sont des infrastructure lourdes dont l’amortissement est lourd et dépasse en durée la mandature des élus qui la vote..ça pose toujours question.

             
             
            La possibilité de se tromper et de se tromper dans les grandes largeurs est tout à fait possible.
            Le simple fait que la mise en place des transport collectif agrège plusieurs« buts » rend toute décision hasardeuse.
             
            Je ne crois surtout pas que ce soit une rationalité écologique ou autre qui puisse guider la politique, c’est une espèce de chaos ou un problème est résolu ..en en provoquant un autre...


            ce n’est jamais simple... le diesel est un carburant moins émetteur de CO2 et pour peu qu’on pense qu’il faille limiter ses émissions, il est préférable à l’essence ..mais il semble être plus nocif pour la santé...comment décider de façon rationnelle ? 
            C’est con à dire mais l’argent est le seul outil de normalisation que l’on possède actuellement, autrement dit on ne peut comparer les carottes et les choux que par leur coût.

            Enfin bref tout ça pour dire, je ne crois pas qu’il existe une politique des transports optimum..ce qui rend la critique absolue assez difficile.
            Prenez une ville...regardez les flux de bagnoles et dites vous..comment je pourrais atténuer l’impact écologique ( à définir !!) de ces flux ..imaginez que vous preniez une décision que vous jugez bonne..la moindre fermeture d’usine, rend les beaux calculs caducs...et surtout les décisions que vous prenez modifient le comportement des gens ! Alors que si vous laissez les gens libres ils se rendent compte que le trafic saturant...le prix de l’essence augmentant...ils s’adaptent...

            Je ne veux pas dire qu’il ne faille pas mettre faire des aménagements mais je veux dire qu’il faut avoir la critique modeste. 
             

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