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Accueil du site > Actualités > Société > La mondialisation de la perversion narcissique – Entre guerre (...)

La mondialisation de la perversion narcissique – Entre guerre économique et guerre psychologique

« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment […] et pourtant une guerre à mort. »[1]

Ce qu’a voulu signifier par là l’ancien Président François MITERRAND dans cette confession politique, c’est que toute guerre quelle qu’elle soit, est également précédée d’une guerre psychologique menée par le ou les représentants du pouvoir hégémonique aux commandes.

Compte tenu de la marche impérialiste que les États-Unis mènent ouvertement à « l’insu de notre plein gré »[2], il n’est absolument pas étonnant que les premiers lanceurs d’alertes nous ayant annoncé l’avènement de l’ère du narcissisme pathologique ou du narcissisme pervers soient d’origine américaine.

En France, et jusqu’à très récemment, il n’existait guère que la théorie de la perversion narcissique qui étudiait les mécanismes d’atteintes narcissiques précoces donnant lieu à l’âge adulte à de sévères troubles de la personnalité induisant une pathologie du pouvoir[3].

La plupart des personnes – professionnelles ou profanes – discourant sur le thème de la perversion narcissique n’en ont eu connaissance qu’au travers du concept de pervers narcissique, archétype moderne du diable, du vampire ou de toutes autres représentations mythiques incarnant la figure du Mal absolu dans de nombreux récits historiques d’origines culturelles très diverses (cf. la citation du Dr Robert DREYFUS en conclusion de l’article Comment reconnaître un pervers narcissique « manipula-tueur »*).

Ce n’est pourtant pas faute de le répéter : dans la théorie de la perversion narcissique, le pervers narcissique, premier nommé, est le nom donné par son concepteur au mouvement pervers tel que présenté lors de mon premier article abordant le sujet sur ce site.

Paul-Claude RACAMIER, l’inventeur de cette théorie, commence d’ailleurs à la présenter en prenant une précaution d’usage qui n’a quasiment jamais – sauf à de très rares exceptions près – été entendue : « le plus important dans la perversion narcissique, c’est le mouvement qui l’anime et dont elle se nourrit »[4]. Préalablement à son exposé, il avait également pris soin d’indiquer que ce mouvement n’était « rien de plus difficile à comprendre [et] rien de plus important à connaître dans les rouages interpsychiques des familles, des institutions, des groupes et même des sociétés. » [5]

Près de 30 ans après le premier exposé concernant cette théorie, force est de constater que malgré toute la prudence rhétorique que l’on puisse prendre en matière de présentation de concepts novateurs à même d’explorer et d’exposer le fond du problème de nos interrelations humaines (le côté « rien de plus important à connaître » de la théorie), et donc de la violence dans notre société, il faut croire qu’il en restera toujours quelques-uns pour s’attacher à déformer le sens des concepts affichés[6].

Toutefois, s’agissant tout de même d’une théorie complexe que très peu de professionnels connaissent véritablement[7], il faut savoir être reconnaissant envers les chercheurs et les auteurs qui ont parfaitement su traduire la richesse de cette théorie en une explication cohérente du monde en crise tel que nous le vivons à l’heure actuelle.

Ils sont de plus en plus nombreux et nous ne pouvons que nous en réjouir. C’est pourquoi j’ai choisi de vous présenter le texte suivant extrait d’un ouvrage remarquablement étayé par de très nombreuses références. Son auteur, Olivier LABOURET est médecin psychiatre en hôpital public, président de l’Union syndicale de la psychiatrie, membre de la LDH et d’ATTAC, très engagé dans la lutte contre les dérives « totalisantes » de sa profession.

Il a publié en 2008 un essai intitulé La dérive idéologique de la psychiatrie – Quand le Président se prend pour un psy, c’est la France qui devient folle, aux éditions Érès, Toulouse, et dans son dernier ouvrage Le nouvel ordre psychiatrique – Guerre économique et guerre psychologique, il approfondit son analyse et constate l’accélération de la dérive néolibérale de sa profession – mouvement perversif – qui met en péril nos libertés individuelles et sociales et compromet notre santé mentale à tous.

Autrement dit, Olivier LABOURET dénonce courageusement l’usage à des fins utilitaires et utilitaristes du métier qu’il exerce. Dans leur vision néolibérale dogmatique en vogue dans les cercles du pouvoir, nos dirigeants élus sont en train de pervertir la psychiatrie en la détournant de sa mission première qui vise le bien-être des malades et de la société pour en faire une discipline qui tend à réprimer, asservir et contrôler des foules.

Cela devrait tous nous alerter, car nous avons déjà connu cela dans un passé pas si lointain et c’est dans le but de propager cet avertissement qu’Olivier LABOURET m’a autorisé à reproduire ici un chapitre entier de son dernier ouvrage qui synthétise et diagnostique le mal qui ronge nos sociétés. De fait, il rejoint par là la conclusion d’analystes contemporains étrangers qui nous mettent en garde sur les dangers qu’encourent désormais les démocraties occidentales : « Pendant des années, j’ai cru que la pérennité et la consolidation de la démocratie allaient permettre d’en finir avec la soumission irrationnelle des masses à l’homme fort et puissant, et qu’un plus grand développement de la conscience permettrait de contenir la volonté de pouvoir et d’empêcher qu’elle ne corrompe toute la citoyenneté. Je pensais que le pouvoir pouvait se comprendre comme un mécanisme menant au consensus. Aujourd’hui, ce n’est pas possible, et je ne peux plus que m’étonner devant les assauts permanents du pouvoir coercitif contre l’ordre institutionnel garant du respect des droits humains fondamentaux. Ma perplexité grandit quand je vois l’enthousiasme populaire pour des leaders que dans les vieux manuels de psychiatrie on décrivait comme des desalmados. Il convient donc d’insister sur la réponse donnée par JUNG au correspondant du journal Mishmar“Une éducation pour une plus grande conscience ! Prévention… de la psychologie des masses !” Il est temps que la psychologie analytique sorte des cabinets pour aller dans les rues. »[8]

Et il n’y a malheureusement aucune autre solution. C’est-à-dire que nous nous en sortirons ensemble ou nous courrons tous à notre propre perte.

Bonne lecture…

 

La mondialisation de la perversion narcissique (Le nouvel ordre psychiatrique, pp 225-270) :

« Jouir à tout prix » : après Christopher LASCH prophétisant il y a plus de trente ans son avènement, beaucoup d’auteurs se sont penchés, tel Charles MELMAN[9], sur la métamorphose contemporaine de la subjectivité comme perversion narcissique propre au néolibéralisme. Le laisser-faire économique doit lâcher la bride aux pulsions égoïstes des individus, dont la confrontation fera naturellement l’intérêt collectif. Ainsi s’instaure, explique Wendy Brown, la nouvelle gouvernementalité d’une subjectivité calculatrice et rationnelle, autrement dit profiteuse et prédatrice[10]. Une semblable néosubjectivité réalise une économie collective perverse, où la négativité et l’altérité n’ont plus leur place, dans la grande confusion qu’impose le règne de la loi du marché et de la technoscience : voilà la perversion ordinaire, selon Jean-Pierre Lebrun[11]. Cette confusion est précisée par Pierre DARDOT et Christian LAVAL : « Le sujet néolibéral est produit par le dispositif “performance/jouissance” [...]. Le double sens d’un discours managérial faisant de la performance un devoir et d’un discours publicitaire faisant de la jouissance un impératif. » [12] Le néolibéralisme nous caresse dans le sens du désir, et c’est ainsi qu’il nous entraîne dans une compétition économique outrancière : Dany-Robert Dufour a montré la parenté qui existe entre les conceptions d’Adam SMITH et celles du marquis de SADE, réduisant l’homme à un objet d’échange, et rappelé la collusion entre le marketing et une conception objectale dévoyée, comportementaliste, de la psychanalyse[13]. On a vu en effet que la propagande marchande a été élaborée aux États-Unis par le neveu de FREUD, Edward BERNAYS, pour lequel elle vise sciemment à exciter les désirs érotiques, faisant ainsi oublier la crise économique par la persuasion psychologique[14]. La cité perverse, c’est ce système économique débridé devenu universel, dans lequel ne compte que la satisfaction pulsionnelle égoïste, au détriment de toute considération altruiste. Historiquement, culturellement, la perversion narcissique est donc consubstantielle du néolibéralisme : ils se nourrissent l’un de l’autre, jusqu’à l’écœurement. Mais en réalité, pour le seul bénéfice de la loi du marché, le comportement individuel est de plus en plus normé, par une influence propagandiste et bureaucratique à l’origine d’un conformisme pathologique généralisé, vidant la vie sociale de toute confiance, de toute humanité. La fausse liberté d’un désir sans limites vantée par le néolibéralisme est une vraie servitude, où la promesse de la possession matérielle et du bonheur psychologique épuise finalement plus qu’elle n’attire : l’illusion narcissique est profondément mortifère... Ce paradoxe révèle une société non plus seulement paranoïaque, mais perverse, où le cynisme est roi : l’ère du mensonge, où le déni sadique de l’altérité signe inéluctablement la fin de l’homme.

La personnalité culturelle perverse narcissique contemporaine

Le narcissisme pathologique est un amour de soi excessif, dont la fascination mène d’ailleurs à l’effondrement de soi : Narcisse meurt au bout du compte, captif de son reflet. D’après le DSM-IV, en 1996, les principales caractéristiques diagnostiques de la personnalité narcissique étaient les suivantes : les individus qui en sont atteints ont « un besoin excessif d’être admirés », avec des fantasmes de succès sans limites ; ils « pensent que tout leur est dû » et sont souvent méprisants et jaloux. « Ils ont tendance à nouer des relations [...] seulement si cela leur est utile pour atteindre des objectifs », et cela « peut aboutir à l’exploitation consciente ou non des autres » [15]. L’utilité, l’exploitation des ressources humaines au service du succès et des objectifs : on croirait lire un projet de management ! Pourtant, le rapport du Centre d’analyse stratégique sur la santé mentale positive, déjà abondamment cité, définit depuis 2009 la santé mentale comme la capacité à profiter des opportunités pour s’adapter à une situation à laquelle on ne peut rien changer. Mieux : reprenant une définition canadienne, la santé devient « la capacité [...] à améliorer notre aptitude à jouir de la vie » [16] ! En profiter, être opportunistes, se conformer et jouir : tout le programme de la perversion narcissique nécessitée par la mondialisation néolibérale est contenu dans ce rapport stratégique gouvernemental, érigeant en modèle de comportement ce qui était auparavant une pathologie, et justifiant la position sadienne ! Pour saisir cette transformation historique, il faut se pencher sur la psychopathologie, dont on a déjà donné quelques aperçus d’inspiration phénoménologique. La division du sujet par le langage inscrit le manque au cœur de l’existence humaine. C’est dans cet espace symbolique que se noue le désir, comme représentation du manque, et dont le phallus est le signifiant. Mais il manque naturellement à combler le manque : par définition, le désir reste inassouvi, puisqu’il meurt dans son assouvissement. La perversion est le déni de cette impossibilité, de cette vulnérabilité fondamentale de l’être : l’objet n’est plus sainement symbolique, transitionnel, il est fétichisé, incorporé, dans l’illusion que la jouissance phallique puisse annuler la castration, et vaincre le temps[17]. Mais ce faisant, l’objet est détruit en tant qu’objet propre : la jouissance narcissique entretient un rapport singulier avec le désespoir, et la possession avec la mort. Objet chosifié de perversion sadique et/ou sexuelle, l’autre-sujet, en particulier, est possédé pour être détruit. Purement utilitaire, réduit à un objet de consommation, une simple marchandise, l’autre n’existe qu’en tant qu’il me sert, instrument de ma seule jouissance. N’oublions pas dès lors que le déni se dénie : pour échapper à la destruction par l’objet qu’elle détruit, la perversion feint de s’en séparer. Elle opère par clivage, ambivalence, double langage : le mensonge à soi lui est indispensable, comme la canne l’est à l’aveugle. Nous sommes tous des pervers polymorphes de naissance, la frustration du désir nous aidant à grandir, mais l’enfant-roi est appelé à régner dorénavant à vie dans un système où l’appropriation de l’objet vient faire taire l’interdit que symbolisait la triangulation œdipienne. Car c’est la « soustraction de jouissance » [18], ce manque à être fondamental de l’être humain que tente d’éluder, de supprimer vainement, jusqu’au bout, le fétichisme de la marchandise, la possession matérielle, comme métaphore de la possession phallique. Dominer l’autre, posséder plus, comme vaine tentative de suturer la plaie ouverte au cœur de la condition humaine, pourtant constitutive du désir et de toute vie sociale. Mais pour nier quelque chose, il faut bien en avoir eu conscience préalablement : le sujet néolibéral est un pervers narcissique tellement fasciné par lui-même et ses objets de convoitise qu’il en oublie toute la souffrance dont il sait qu’elle l’entoure et l’imprègne, mais n’en veut rien savoir. De fait, le désir égoïste de s’enrichir du capitalisme spéculatif repose entièrement sur l’illusion autoconvaincante de la réalisation du désir. La course au profit est une perversion narcissique de la saine existence sociale : il existe un lien dialectique entre psychologie et économie, nouveau trouble de la personnalité et consommation, quête du bonheur et spectre du malheur. Le problème est que ce système pathologique nous aspire tous comme dans un maelström, dans sa fuite éperdue, son déni absolu qui signe aussi sa fin. DUFOUR comme DEJOURS ont montré comment le néolibéralisme nous contamine, nous obligeant à adopter un comportement pervers pour espérer grappiller quelques miettes, ne pas être oublié, éliminé en chemin... Mais comment fait-il pour nous entraîner dans cette spirale insensée de la jouissance et de la destruction ?

La propagande marchande par la publicité, comme on l’a vu, est le principal vecteur de l’autoexcitation narcissique : renouant avec l’omnipotence des désirs infantiles, elle met tout objet à portée de possession et de jouissance. D’ailleurs, les instituts de recherche des motivations ont dépensé des dizaines de millions de dollars dès les années 1950 pour conclure qu’un produit « doit flatter le narcissisme du consommateur, lui apporter de la sécurité émotive, lui assurer qu’il est méritant, l’inscrire dans son époque, lui donner un sentiment de puissance, d’immortalité, d’authenticité et, enfin, de créativité ». De cette façon, conclut Franck MAZOYER, le produit ne sera pas acheté pour son utilité réelle, mais « pour le “manque” qu’il [promet] de combler » [19]. Parmi les médias dominateurs de la propagande marchande, la télévision, plus spécialement, vouée à la réussite et à la séduction individuelle, au culte du corps et de l’argent, est le mode de diffusion privilégié d’une telle autofascination perverse. Elle fait vivre en direct le bonheur sur télécommande, et permet d’éteindre toute contrariété, toute altérité. Le miroir télévisuel me place ainsi au centre de l’univers, me faisant admirer et intérioriser imaginairement le « compte de fées » à la fois mièvre et sordide qu’il renvoie, où tout sourit aux meilleurs. Dans sa déclaration tristement célèbre, Patrick Le LAY, le pdg de tf1, affirmant que son métier consistait à vendre le cerveau à la publicité, avait ajouté cette phrase terrible : « La télévision, c’est une activité sans mémoire. » [20] Ainsi préfère-t-on s’enfoncer dans la démence que d’affronter la souffrance et la mort : le mirage publicitaire, « l’emballement d’un narcissisme sur écran » [21], c’est la maladie d’Alzheimer avant l’heure. Je suis la nouvelle star d’un spectacle sans passé, sans fin et sans limites : le monde se trouve réduit magiquement à être un prolongement de ma seule volonté, de mon seul désir égocentrique. Du voyeurisme au sadisme, cette violence perverse est à la démesure d’une mort présentée comme un jeu, d’une information réduite à un produit publicitaire, où la sensation terrasse la vérité, où l’horreur même n’est plus qu’une distraction. La jouissance immédiate annule ainsi toute profondeur et toute durée, dans l’écran plat d’un monde où tout devient consommable, interchangeable, équivalent, sans suite. La réalité même n’est plus que virtuelle, dissoute dans un morcellement kaléidoscopique dont nulle valeur éthique ne peut plus recoller les morceaux. La télévision et les autres industries culturelles sont finalement « des machines à liquider le soi », conduisant « à la ruine du narcissisme et à la débandade économique et politique » [22]. Et plus je me sens vide, plus j’ai besoin de me remplir en consommant ; plus je perds mon identité, plus j’ai besoin de m’approprier les objets qui m’entourent : la propagande marchande est le dealer d’une toxicomanie de masse avilissante. SZTULMAN confirme qu’elle détruit le principe de réalité : « Il ne me reste que le plaisir, la jouissance illusoire, dangereuse, mortelle du “tout, tout de suite” si bien exploitée par les techniques marchandes. » [23] Tout particulièrement, la « paranoïa sociale » de la précarité généralisée pousse à fuir la mélancolie dans « l’hédonisme de désenchantement qui consiste à profiter de la vie au maximum » [24].

Nous avons défini ce mouvement d’autoexcitation hyperactive, synchrone d’un temps politique et psychologique de plus en plus rapide, saccadé et superficiel, par les termes de zapping et d’hypnose[25] : ils traduisent mieux que tout autre la destruction contemporaine de toute conscience et de toute temporalité, l’entreprise perverse de déréalisation et de dépersonnalisation à l’œuvre. Et ce mouvement s’exprime par une ivresse, une exaltation, une fascination devant tous les objets de jouissance dont la fonction est justement de favoriser le déni de la réalité, mouvement que la télévision (et autres objets fétiches technologiques, à l’exemple des téléphones portables ou des jeux vidéo) reproduit continuellement et de plus en plus vite… La subjectivité narcissique contemporaine, c’est celle de la fuite virevoltante, qui s’accélère et s’éparpille, qui permet d’oublier, comme l’alcool, de s’oublier même, de soi-disant « faire la fête », dans une parfaite et factice communion avec l’objet. Le sujet néolibéral est comme un derviche tourneur : le vertige le conduit à la félicité. Dans le tourbillon hédoniste de la consommation, il répète le plus souvent possible la jouissance orgastique de l’instant. Cette sarabande dans laquelle nous entraîne la promesse du bonheur consumériste n’est évidemment pas sans signification psychiatrique. On sait, depuis Eugène MINKOWSKI, que la fuite des idées du maniaque, qui dépense d’ailleurs sans compter, est une accélération du temps vécu, qui lui permet de fuir devant la dépression[26]. Toutes les « nouvelles » personnalités impulsives, hystériques, hypomaniaques, addictives, limites, « faux self », hyperactives, émotionnellement labiles, etc., ne sont ainsi vraisemblablement que les écarts infimes d’une norme narcissique largement répandue sinon universelle. Le trouble déficit de l’attention/hyperactivité (tdah), en particulier, traduit la toxicité de ce commerce de l’excitation contemporain dû au « capitalisme pulsionnel » [27], pour lequel les « psychotechnologies » (STIEGLER) ont capté l’attention du spectateur-consommateur, jusqu’à la fixer aujourd’hui neuroscientifiquement dans une causalité génétique. Car au bout du compte, cette perversion narcissique culturelle contemporaine n’est pas une vue de l’esprit : on est tous entourés de la multitude de ses acteurs symptomatiques, il suffit d’ouvrir les yeux (et même souvent de se regarder dans la glace) ! Des personnes charmeuses, mais caractérielles, ambivalentes, mais exigeantes, sans attaches, mais passives-dépendantes, frivoles, mais convaincues, qui n’en font qu’à leur tête, mais ne dérogent jamais. Fascinées par la mode et par leur corps, elles s’abandonnent avec la constance du papillon au butinage d’une consommation effrénée : télévisuelle et technologique, festive et amoureuse, toxique et alcoolique. M’as-tu-vu et envieuses, prêtes à tout pour arriver à leurs fins, leur rêve petit-bourgeois est de posséder à leur tour une belle maison avec piscine, la grosse voiture, les vacances dans les îles… Leur hypersexualité n’a d’égale que leur insatisfaction : les relations sont multiples, jetables, sans un regard, sans un regret. Excessives et clivées, puériles et cruelles, ces personnalités éternellement instables détruisent tout autour d’elles sans même paraître s’en douter. Jouir sans entrave, et nier toute contingence : tout est dû, tout est permis. Être le nombril du monde : on le désirerait tous ?

La perversion du pouvoir

Petit ou grand pervers, voici comment le leurre publicitaire et médiatique me piège dans l’illusion du plaisir immédiat et de la prodigalité. Le fétichisme de la consommation ostentatoire et envieuse me donne le sentiment d’exister[28]. Ce faisant, le système néolibéral me compromet, me rend complice de sa décrépitude, et m’embrigade dans sa coupable malignité. À travers ses objets de jouissance qui pénètrent en moi et me font perdre la tête, confirme effectivement Cynthia FLEURY, « le capital s’inscrit dans une morale sadienne. »[29] Comme un vice sans fin, le goût du luxe est indissociable de la luxure : une sexualité accomplie devient le but dévorant de l’existence, alors qu’elle devrait n’en être que le fragile symbole. Ainsi que le soutient Hervé KEMPF, « l’alliance du sexe et de la télévision, puis d’Internet, est un des outils les plus puissants utilisés par le capitalisme pour aliéner ses sujets. Une économie libidinale sortie de ses gonds est la réponse à la frustration d’individus toujours en manque de biens dans la course ostentatoire » [30]. Je dois prouver que je suis le meilleur, donc posséder plus que les autres, et posséder les autres. L’imitation et l’envie sont les ressorts de cette propagation du mythe du succès : « Les moyens de communication de masse […] donnent pâture aux rêves narcissiques de gloire et de renommée, encouragent l’homme de la rue à s’identifier aux gens célèbres, à haïr le “troupeau” et lui rendent ainsi difficilement tolérable la banalité de l’existence quotidienne. »[31] Le besoin de puissance, la volonté de dominer sont contagieux[32] : la grande perversion contemporaine, la chosification de l’autre érigée en système, c’est cette jouissance autoexcitante néolibérale devenue générale. Il n’y a pas de limite morale à l’enrichissement : le culte de l’argent roi domine cet univers de paillettes et de gloire. C’est parce que « le millionnaire » est un jeu qui touche des millions de spectateurs envieux que quelques milliardaires sont laissés libres de régenter le monde. Même si chacun sait dans le fond, bon sens populaire en sourdine, que tout ce qui brille n’est pas d’or, et que l’argent ne fait pas le bonheur… De la même manière que je m’admire sans fin dans le miroir spéculaire de la télévision et de la consommation, la spéculation financière est l’image du bonheur à venir, sur le malheur des autres. À ce « jeu de la mort » du libre échange mondialisé, seuls les plus riches s’en sortiront. Car tant pis pour le reste du monde si la réalité de l’éclatement de l’économie mondiale dépasse aujourd’hui la fiction de la bulle des subprime. « L’absence d’accès à la culpabilité, dimension de l’immaturité et de la perversion narcissique […], explique l’apparent cynisme des dominants »[33] : le pouvoir d’achat de l’oligarchie conforte toujours plus sa volonté de régner sans partage. Chez les grands délinquants financiers, comme l’explique la juge Isabelle PRÉVOST-DESPREZ aux pourfendeurs du « président des riches », le rapport à l’argent « agit comme une drogue, un substitut de puissance qui atrophie la pensée »[34]. Mais cette grande délinquance n’est que la partie visible de l’ultime perversion narcissico-financière, « le devenir-mafieux du capital »[35]. Car c’est bien sans conteste Nicolas SARKOZY qui porte le plus haut l’étendard de la jouissance extraordinaire apportée par le pouvoir et par l’argent. Éternel enfant-symptôme hyperactif, le très médiatique chef des affaires de l’État est le modèle identificatoire idéal du mythe égoïste mondialisé de la possession à tout prix, de l’enrichissement personnel à la portée de tous. « J’aime l’argent, confiait-il quelques mois après son élection fêtée au Fouquet’s avec ses amis du club oligarchique, […] et je n’ai aucun complexe à le revendiquer »[36] : le premier homme de France, celui qui a le mieux réussi, sans aucun doute, n’est jamais que le représentant histrionique, l’incarnation de « la perversion devenue structurelle »[37] du système néolibéral. Chef-manager autoengendré vendant à longueur de discours le mérite, le travail, la performance – il suffit d’y croire –, il veut absolument modeler les Français sur sa morale toute personnelle du capitalisme : « Le monde change à une vitesse stupéfiante […]. Mon devoir c’est de conduire le pays pour qu’il s’adapte à la compétition mondiale. »[38] Mais son devoir n’est certainement pas d’ériger pour ce faire, en pompier-pyromane, sous le discours du Maître de la médiacratie[39], le cynisme en vertu, en multipliant les affaires, les mensonges, les provocations. La mise en scène de la politique-spectacle a heureusement ses limites : si l’on assistait autrefois au lever de Louis XIV, la téléréalité ne va pas encore jusqu’à nous faire contempler en direct le coucher du « président-soleil »[40], représentant d’un pétainisme sécuritaire qui ne vend plus que de la poudre aux yeux. Quant à la chute tout aussi médiatique du président du fmi, elle confirme que la jouissance phallique domine le monde, jusqu’à sa débandade finale : la perversion du système néolibéral mondial ne pouvait pas s’incarner en autre chose qu’un notoire sex addict, que la présomption d’innocence ne rend pas moins coupable de plans d’austérité réduisant des peuples entiers à l’impuissance… Inévitablement, les possédants les plus riches, maîtres du monde et du cac 40, sont des paranoïaques-pervers phallocrates, qui se prennent au jeu mortifère du toujours plus, sur le dos de leurs semblables, méchamment opprimés et déprimés, et en jouissent vraiment. S’il reste une morale, elle sera toujours plus représentée par une « soubrette » guinéenne et par Reykjavik que par Warren BUFFETT et Wall Street…

Il n’y a plus de limite entre le sexe, l’argent, le spectacle et le pouvoir. Ni symbolique, ni temporelle. Car la banalité du mal de la perversion narcissique se propage depuis cinq ans, et de plus en plus vite, dans toute la société : son support est médiatique, son but est de conformer les masses au marché, notamment technologique, pour le plus grand profit de la concurrence. Pour cela, indissociable du discours de propagande que nous avons déjà étudié, la perversion gouvernementale vise à manipuler, à contraindre chaque Français, par la persuasion cognitive et comportementale, de se ranger à cette rationalité néolibérale au pouvoir. La garde rapprochée des ministres, par le même double langage convaincant que leur maître, diffuse ainsi la bonne parole visant à annuler toute liberté, toute divergence : il n’est question que d’efficience, de compétitivité, d’excellence, de croissance, de modernité… C’est pour cela qu’il faut prendre ses médicaments et ne plus penser, soigner les délinquants et chasser les étrangers ! En faisant la guerre à l’altérité, guerre qu’il fait passer aujourd’hui pour une évidence technique individuelle commandée par la santé et la sécurité, le scientisme médico-industriel au pouvoir se révèle ainsi comme la pire entreprise de perversion totalitaire depuis la barbarie nazie. Toujours relayée par les institutions étatiques sanitaires, sociales, éducatives, à travers des réformes accélérées détruisant toute éthique et toute solidarité, cette propagande grandiose vise à conditionner par autopersuasion une psychologie normopathique, condamnée à se faire la complice hypocrite d’un durcissement dramatique des pratiques socioprofessionnelles. Sans avoir à reprendre tout ce que nous avons appris jusqu’ici, nous devons préciser dans ses grandes lignes en quoi la subjectivité est ainsi massivement pervertie aujourd’hui, contrainte d’adapter coûte que coûte son comportement pour pouvoir « en profiter » de façon plus performante.

La société néolibérale, égocentrique et sadique

La nouvelle culture narcissique néolibérale qui est en train de s’imposer partout est fondamentalement sadique. Dans tous les domaines de la société, sous un double langage propagandiste de plus en plus faux, règne désormais en maître l’égoïsme du profit et de la concurrence le plus sauvage. Dans le monde du travail et de l’éducation, le déni du réel est devenu complet : pour échapper à la peur imminente de la précarisation et du décrochage, chacun est contraint de s’évaluer toujours mieux pour travailler toujours plus. Typiquement, comme le rappelle Patrick FAUGERAS, la métaphore omnipotente de l’entreprise vise à suturer l’espace entre le signe et le réel, fondateur de la subjectivité[41]. Tout conflit est clos, l’homme est chosifié, réduit à un objet utilitaire, corvéable et jetable à merci : « C’est la gestion kleenex : on prend les gens, on les casse, on les vire. »[42] Au même titre que « le fétichisme de l’évaluation »[43], le verbiage autoconvaincant sur l’amélioration de la qualité et de la performance dénote ce management désubjectivant symptomatique d’une « société malade de la gestion » (GAULEJAC). La perversion néolibérale a pour mission essentielle de cacher sa profonde mélancolie : sous le discours clinquant et la résignation, pointe une immense souffrance humaine qui ne peut s’extérioriser que par sa médicalisation, ou par des solutions extrêmes : bien plus qu’on ne feint de le croire, désormais, il faut « travailler à en mourir »[44]. La violence professionnelle est en effet d’autant plus insigne et insupportable qu’elle se déplace et se cache perfidement dans sa déshumanisation managériale, obligeant chaque travailleur à s’emmurer dans le repli agressif de sa normopathie narcissique. Cette « violence innocente » du déni prend ainsi la forme d’une « cruauté ordinaire », orchestrée par une multitude de « pervers envieux », qui attendent que tombe le collègue jalousé parce qu’il s’expose, pour conforter leur propre place, ainsi que l’explique Yves PRIGENT[45]. Christophe DEJOURS montre les mécanismes par lesquels la position perverse est aujourd’hui devenue la règle : elle témoigne « de l’opportunisme défensif de nombreux sujets qui peuvent y recourir lorsque les circonstances extérieures deviennent menaçantes », par la duplicité du « clivage du moi »[46]. Mais comment une telle tromperie envers soi-même et envers les autres, une telle violence sociale, une telle guerre psychologique sont-elles possibles ? Pourquoi si peu en ont-ils conscience et réagissent ?

Parce qu’elles sont massivement niées en étant projetées vers des boucs émissaires, nous le savons désormais. Véhiculée par des médias aux ordres, la perversion sadique se fixe en effet sur des ennemis désignés, tels que l’étranger en situation irrégulière, le terroriste ultragauchiste, le jeune futur délinquant, le pauvre fraudeur, le schizophrène et autre pédophile. Jouir de l’autre et de sa néantisation permet de s’assurer de son être : le fonctionnement pervers est immuable. Cette projection persécutive vise à déplacer magiquement la violence systémique, pour conforter l’organisation socio-économique en place. Soufflant sur les braises de l’angoisse collective, la perversion sécuritaire agit ainsi comme une prophétie autoréalisatrice, générant les passages à l’acte qu’elle prétend ensuite réprimer. Le psychiatre Daniel ZAGURY confirme que c’est au tour du fou dangereux, aujourd’hui, « d’incarner cette peur dont l’État sécuritaire a besoin pour s’autoaffirmer. Tous les pervers le savent : c’est au plus faible qu’il convient de s’attaquer si l’on veut être certain du résultat »[47]. Car au-delà de quelques faits divers, dans la suspicion généralisée qu’introduit la présomption prédictive, c’est l’ensemble de la population qui est en fait dressé comme un seul homme, éduquée à regarder de travers, couper symboliquement la moindre tête qui dépasse. Cette politique de la peur constitue, selon Alain BAFIOU, « l’ordre pathologique » d’une « terreur d’État à hauteur de la technique », dans la mesure où la technologie numérique et la politique du chiffre transforment désormais la surveillance policière en « terreur virtuelle »[48] : la propagande psychologisante de l’autosurveillance et les nouveaux procédés informatiques de contrôle réalisent un contrôle panoptique qui détruit toute vie privée, et jusqu’à la possibilité même d’oser vivre ou penser différemment. Pour ma protection, je dois désormais accepter un contrôle permanent et occulte de mes moindres faits et gestes : cette injonction paradoxale sécuritaire omnisciente est une atteinte intolérable à ma dignité, à mon intégrité, à mon identité ! On sait par quelle duperie cette politique de terreur qui n’ose pas dire son nom, embrigade la psychiatrie dans sa vaste opération de persécution sociopolitique. Non seulement notre spécialité médicale est appelée à cautionner désormais le contrôle comportemental et médicamenteux à domicile par des « soins sans consentement » dont le caractère paradoxal dénote l’inhumanité, mais elle doit désormais dépister et traiter la « vulnérabilité » comportementale, que celle-ci signe une simple défaillance, n’importe quelle déviance, et même une future délinquance. Manipulation perverse là encore : en prétendant trouver la cause du trouble des conduites sociales dans un défaut d’autorité parentale qu’il faudrait corriger par des actions comportementalistes, les rapports gouvernementaux se moquent du monde ! Alors même que l’autorité de l’État ne cesse de se défausser sur ses boucs émissaires, et qu’une propagande paternaliste subtile, promue par les neuroéconomistes conseillant l’autorité en question[49], vise à faire croire à chaque individu qu’il est autonome, responsable, en charge de son capital santé – et fait gober cela à quantité de psychiatres, de psychologues et de sociologues[50] ! L’ensemble de la vie socio-économique repose sur cette illusion d’autonomie psychologique, désymbolisation néolibérale ne cessant de s’aggraver à la mesure du renforcement effectif du contrôle sécuritaire qu’elle exerce. Par une perversion d’État : voilà comment l’autorité se dénie comme telle aujourd’hui. De ce fait, chacun est renvoyé à son obligation de se soigner, autrement dit de se conformer à une norme passant non seulement pour être invulnérable, mais aussi purement personnelle. La psychologisation et la médicalisation systématique de l’existence font participer aujourd’hui la psychiatrie à cette vaste tromperie politique, ce déni pervers de toute liberté dont les conséquences historiques sont d’ores et déjà tragiques. Cette barbarie qui a déjà commencé est celle d’un nouvel ordre individualiste et comportemental commandé par les nécessités supposées de la compétition néolibérale.

Un narcissisme consumériste de masse, voué à la jouissance immédiate, pour fuir l’épuisement dépressif provoqué par une pression normative extrême : telle est la perversion contemporaine d’un système néolibéral auquel la psychiatrie sert de courroie de transmission scientiste, tout en participant pernicieusement à sa maltraitance organisée. La raison psychologique m’enjoint à m’adapter sans cesse, à la recherche du contentement et de la combativité promis par la propagande pharmaceutique et professionnelle, tandis que je suis obligé de me plier à des contraintes et à des modes de contrôle de plus en plus nombreux et pesants. L’admiration est le ressort de l’excitation narcissique médiatique et technologique, mais la réalité socioprofessionnelle et politique est tout autre : il faudrait à la fois que je sois performant, motivé, moteur ; mais en même temps conciliant, flexible, mobile. Être maître de moi et meilleur que les autres, mais accepter d’être le jouet de décisions arbitraires ; réaliser des objectifs toujours plus ambitieux, mais avec de moins en moins de temps pour cela. Le discours socioprofessionnel ne cesse de pratiquer ce double langage haletant, de peur et de plaisir, de pseudoliberté et de sécurité mêlés, qui m’oblige à louvoyer sans cesse, au gré des circonstances. Je suis perdu, sous tension, sujet à des écarts d’humeur, tenté par la consommation et le divertissement, mais leur inanité me renvoie toujours plus à ma solitude. Cette ambivalence est éprouvante : me voici lancé dans un manège harassant où je ne suis plus moi-même, mais parasité en permanence, comme vidé. Ce vide narcissique, c’est la normopathie du faux-soi, qui me protège tant bien que mal du burn out. Mais aujourd’hui, il n’y a pas moyen de s’arrêter, sauf en maladie – on a vu à quel prix ! La course à la performance, « la vitesse stupéfiante » à laquelle change le monde, la « réalité économique » à laquelle « on ne peut rien changer », la vie professionnelle de plus en plus précaire et son management de plus en plus pressant ne nous laissent plus le choix : il faut se faire une raison et suivre le rythme. Telle se produit « la névrose de guerre économique » (DONNET), forme contemporaine d’un « malaise dans la civilisation » auquel nous sommes tenus psychologiquement de nous soumettre. Dans notre intérêt…, sinon la science psychiatrique est prête à nous asséner que la vulnérabilité et le trouble du comportement sont des maladies que l’on peut prédire génétiquement, prévenir par des programmes neuroscientifiques, soigner sans consentement, et corriger par la neuroéconomie : ainsi est garanti le conditionnement cognitif de l’adaptation bienheureuse à l’ordre du monde en place. Il n’y a plus d’altération, et plus d’altérité possibles : la santé mentale, pour les stratèges qui nous gouvernent, c’est de profiter et de jouir opportunément ! Le discours scientifique médical et psychologique, se calquant sur la propagande politique, managériale et industrielle, se vide ainsi de toute réalité : instrumentalisée par le pouvoir, la psychiatrie accrédite officiellement le projet néolibéral, de fonder une nouvelle gouvernance psychoéconomique basée sur l’égoïsme du profit et de la concurrence. Que chacun soit à sa place, assignée par le mérite et par l’argent, et participe naturellement à l’enrichissement du monde : la perversion narcissique est la personnalité culturelle du néolibéralisme, qui exige que chacun devienne un manager sans limites à sa manipulation utilitariste du monde et des autres. Dans un système aussi déréglé, lancé dans une folle fuite en avant, car sa croissance est justement caractérisée par l’absence de limite, pur jeu de miroir spéculatif où Narcisse peut s’admirer jusqu’à en mourir, la psychiatrie aura vite fait de nous remonter le moral, comme une vulgaire « droguerie » (La BOÉTIE). Le refuge dans le plaisir immédiat constitue bel et bien le seul déni possible à la profonde démoralisation causée par cette absence totale de perspectives historiques. À chacun de s’adapter en espérant s’en sortir mieux que les autres, et advienne que pourra ! Dans la France de 2012, cette réalité tragique prend la forme d’une lutte oppressante pour la survie : l’insécurité sociale généralisée et son déni sécuritaire, l’injustice et l’immoralité d’un système économique présenté comme sans alternative, sont trop décourageantes pour nous révolter vraiment. Telle est la terrifiante obligation qui nous est faite aujourd’hui, à chacun d’entre nous, d’adopter cette mentalité opportuniste et compétitive aux dépens de toute santé psychique et de toute éthique démocratique. Face à un avenir barré, la banalité du mal est conditionnée désormais par une psychiatrie neuroscientifique normative et prédictive qui évoque irrésistiblement la politique d’élimination eugénique menée en Europe il y a moins d’un siècle. Cette résurgence du totalitarisme scientiste rend la sélection d’ores et déjà impitoyable…

Pour clore cette analyse, nous pourrions dire à l’instar d’Axel CAPRILES et de la conclusion de son article Pouvoir et infériorité psychopathique qu’Olivier LABOURET actualise – au travers de son engagement – les propos de C. JUNG qui pour sortir de l’impasse dans laquelle nous conduisent les psychopathes au pouvoir[51] conseillait d’éduquer le peuple à la psychologie analytique.


[1] D’après le testament politique du Président François Mitterrand paru dans le livre de Georges-Marc BENAMOU Le Dernier Mitterrand.

[4] Paul-Claude RACAMIER, Le génie des origines, Payot, 1992, p. 280.

[5] Paul-Claude RACAMIER, Pensée perverse et décervelage, in Gruppo, Revue de Psychanalyse Groupale n° 8, p. 137, 1992.

[6] Le récent succès médiatique du concept de pervers narcissique a suscité une vague de sévères critiques de la part des professionnels de la santé mentale – ce dont nous reparlerons tantôt –, mais pour l’heure, je n’en ai pas trouvé une seule qui blâme cette notion en toute connaissance de cause. C’est-à-dire que tous les opposants à ce concept n’ont jamais pris le temps de s’informer correctement sur l’objet de leur critique.

[7] Je le précise ici, sachant pertinemment que même si j’avais introduit cette remarque dans le texte principal, peu de lecteurs y auraient prêté attention : aborder le sujet de la perversion narcissique en donnant au terme de pervers narcissique une acception nosographique, c’est déjà être en dehors de la théorie. Ce qui revient en somme à la pervertir, car le mouvement pervers narcissique décrit un processus, une dynamique ou une force, etc. à l’œuvre dans des situations conflictuelles, bien plus qu’il ne pose un diagnostic catégoriel et catégorique. Autrement dit, la théorie de la perversion narcissique est dimensionnelle et non pas catégorielle (cf. les précisions apportées en ce sens-là par l’article Pathologie du pouvoir : Psychologie des leaders psychopathes – Narcissismes sain et pathologiques). C’est de cette indistinction entre l’aspect catégoriel et l’aspect dimensionnel des troubles de la personnalité que naissent la plupart des quiproquos entre professionnels de divers courants lorsqu’ils évoquent entre eux les troubles ou les dysfonctionnements mentaux observables.

[8] Conclusion d’un article d’Axel CAPRILES, Pouvoir et infériorité psychopathique, traduit de l’espagnol par Élisabeth CONESA pour les Cahiers jungiens de psychanalyse n°131 2010/1.

Axel CAPRILES est Docteur en économie, psychologue, diplômé en psychologie analytique de l'Institut CG Jung de Zürich, pla Société etc.

[9] C. MELMAN, L’homme sans gravité. Jouir à tout prix, Paris, Denoël, 2005.

[10] W. Brown, Les habits neufs de la politique mondiale, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007.

[11] J.-P. LEBRUN, La perversion ordinaire. Vivre ensemble sans autrui, Paris, Denoël, 2008.

[12] P. DARDET, C. LAVAL, La nouvelle raison du monde, Paris, La Découverte, 2009.

[13] D.R. DUFOUR, La cité perverse, Paris, Denoël, 2009.

[14] E. BERNAYS, Propaganda (1928), Paris, La Découverte, 2007.

[15] DSM-IV, Paris, Masson, 1996, p. 772-773.

[16] « La santé mentale, l’affaire de tous », rapport de novembre 2009, p. 43.

[17] La perversion n’a donc pas de sexe.

[18] J.-P. LEBRUN, op. cit.

[19] F. MAZOYER, « Consommateurs sous influence : l’irrésistible perversion du besoin », Manière de voir, n° 96, décembre 2007-janvier 2008.

[20] AFP, 9 juillet 2004. Ndlr : Patrick Le LAY, PDG de TF1, qui interrogé parmi d’autres patrons dans un livre Les dirigeants face au changement (Éditions du Huitième jour) affirma* : « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective “business”, soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...) Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. »

* Dépêche AFP reprise notamment par Libération (10-11/07/04) : « Patrick Le Lay, décerveleur ».

[21] F. CUSSET, « La société écran », Politis, 23 juillet 2009.

[22] B. STIEGLER, « Le désir asphyxié, ou comment l’industrie culturelle détruit l’individu », Manière de voir, n° 96, janvier 2008.

[23] H. SZTULMAN, Psychanalyse et humanisme, Toulouse, Rue des gestes, 2008, p. 29.

[24] Rhizome, n° 39, juillet 2010.

[25] Roland JACCARD avait employé le terme de « fonction hypnotique » dès les années 1970 pour décrire l’action de la télévision qui engourdit, assomme le spectateur « dans la passivité béate de sa position assise », et désintègre sa relation au monde. Dans L’exil intérieur, Paris, puf, 1975.

[26] E. MINKOWSKI, Le temps vécu, Paris, Delachaux et Niestlé, 1968.

[27] P. MEIRIEU, « Lettre ouverte au ministre de l’Éducation nationale », 27 décembre 2008.

[28] V. THPRSTEIN, Théorie de la classe des loisirs (1899), Paris, Gallimard, 1970.

[29] C. FLEURY, La fin du courage, Paris, Fayard, 2010, p. 49.

[30] H. KEMPF, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Paris, Le Seuil, 2009, p. 62.

[31] C. LASCH, La culture du narcissisme (1979), Paris, Flammarion, 2006, p. 50-51.

[32] Cf. A. ADLER et F. NIETZSCHE, dans T. BRUGVIN, La psychosociologie de l’individu face aux pouvoirs politiques et économiques, texte de 2008.

[33] M. PINÇON, M. PINÇON-CHARLOT, Le président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Paris, La Découverte, 2010, p. 160.

[34] Ibid., p. 64.

[35] Ars industrialis, manifeste 2010.

[36] Cité par Politis, 8 juillet 2010. Voir aussi Marianne, 23 mars 2010.

[37] Y.-M. BOUTANG, Politis, 2 juin 2011.

[38] « Face à la crise », interview télévisée, 5 février 2009.

[39] C. FLEURY, La fin du courage, Paris, Fayard, 2010.

[40] « La Ligue des droits de l’homme sonne l’alerte », Libération, 6 mai 2008.

[41] Texte intitulé « Le goût du pouvoir ».

[42] C. DEJOURS, lemonde.fr, 16 septembre 2009.

[43] M. DORRA, « Malaise dans la mondialisation », Le Monde, 25 avril 2008.

[44] P. MOREIRA et H. PROLONGEAU, Travailler à en mourir. Quand le monde de l’entreprise mène au suicide, Paris, Flammarion, 2009.

[45] Y. PRIGENT, La cruauté ordinaire, Desclée de Brouwer, 2003.

[46] C. DEJOURS, Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale, Paris, Le Seuil, 1998, p. 110.

[47] « La loi sur la psychiatrie est l’indice d’un État qui préfère punir que guérir », lemonde.fr, 22 mars 2011.

[48] A. BADIOU, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Fécamp, Lignes, 2007.

[49] Centre d’Analyse Stratégique, « Nouvelles approches de la prévention en santé publique », rapport du 16 mars 2010.

[50] Cf. A. EHRENBERG, La société du malaise, Paris, Odile Jacob, 2010.


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57 réactions à cet article    


  • pierre258 pierre258 17 octobre 2014 10:38

    Cher Mr Vergnes, dîtes-moi si j’ai bien compris la notion de perversion narcissique appliquée à la société… s’agit-il d’un mode permanent de tromperie appliqué « naturellement », ou plutôt « pathologiquement » par nos élites politiques malades ? voir à ce sujet : https://www.upr.fr/conferences/la-tromperie-universelle-comme-mode-de-gouvernement


    Ou ce comportement pathologique s’applique-t-il aussi à tous les niveaux de responsabilité/autorité de notre société ?


    • Philippe VERGNES 17 octobre 2014 11:17

      Bonjour pierre258


      Question extrêmement importante que je vous remercie de poser.

      Ce comportement pathologique s’applique à tous les niveaux de responsabilité/autorité de notre société dès lors que le détenteur du pouvoir ou de l’autorité tombe dans l’autoritarisme (à ne surtout pas confondre avec l’autorité bien tempérée) en refusant d’assumer sa part de responsabilité dans un conflit (surtout d’origine intrapsychique) tout en s’arrangeant pour la faire supporter par son entourage.

      C’est le principe de la patate chaude que l’on se refile de proche en proche et qui diffuse au loin à la façon d’une pierre que l’on lance à la surface de l’eau pour faire le plus de ricochets possible, car quiconque reçoit la charge d’un conflit qui n’est le sien n’aura pour seul objectif que de s’en débarrasser. Or, dans une organisation pyramidale, cet « excret » (c’est le nom que le concepteur de la théorie de la perversion narcissique lui a donné) sera bazardé aux personnes sous l’autorité du dirigeant pervers narcissique. Mais en chemin cet excret sera si déformé qu’il en deviendra méconnaissable d’où la difficulté, voire l’impossibilité au profane d’en retrouver la trace et l’origine.

      D’où également le fait, que ce dirigeant sera rarement victime d’un retour à l’envoyeur, car si tel était le cas, nous ne serions pas dans la moïse dans laquelle nous nous trouvons à l’heure actuelle.

      J’irais voir le lien que vous nous communiquez...

    • pierre258 pierre258 17 octobre 2014 13:18

      Merci beaucoup, c’est épatant comme angle d’analyse ! 

      Et cela semble s’appliquer merveilleusement bien à certaines aberrations géopolitiques actuelles. 
      Cette histoire de patate chaude me fait penser l’OTAN : la France par exemple semble être régulièrement commanditée pour conduire des guerres qui ne sont pas les siennes, et les sous-traite à son tour, dans un souci de liquidation rapide d’une tâche qui ne l’intéresse pas… 

    • JL JL 17 octobre 2014 11:37

      Bonjour Philippe Vergnes,

      Hervé Bourgeois,

      vous présentez ici l’antithèse de celle que développe ce jour sur Agoravox Hervé Bourgeois sous le titre Théorie du complot.

      Il serait dommage que vous ne commentiez pas cette thèse autant qu’il serait regrettable que Hervé Bourgeois ne commente celle de Olivier Labouret et que vous présentez ici..

      En effet, qui, sinon deux auteurs qui publient simultanément deux thèses aussi exactement contraires sont les mieux placés pour se donner une crédibilité et infirmer la thèse ennemie ? car il s’agit bien de thèses ennemies ou au moins antinomiques.


      • JL JL 17 octobre 2014 14:24

        Philippe Vergnes,

        Une erreur s’étant glissée dans mon com, je le remet :

        vous présentez ici l’antithèse de celle que développe ce jour sur Agoravox Hervé Bourgeois sous le titre Théorie du complot.

        Il serait dommage que vous ne commentiez pas cette thèse autant qu’il serait regrettable que Hervé Bourgeois ne commente celle de Olivier Labouret et que vous présentez ici..

        En effet, qui, sinon deux auteurs qui publient simultanément deux thèses aussi exactement contraires sont les mieux placés pour se donner une crédibilité et infirmer la thèse ennemie ? car il s’agit bien de thèses ennemies ou au moins antinomiques.

        Il me parait clair que si deux auteurs présentent séparément sur une même agora, deux thèses antinomiques, le plus court chemin pour trouver la vérité c’est de confronter directement ces deux thèses. Si aucun des deux ne fait le pas d’aller voir l’autre, alors force serait de constater que aucun des deux ne vise la vérité. Leurs motivations seraient à juste titre mises en doute.


      • JL JL 18 octobre 2014 08:56

        Bon, il semble que je sois en train d’interpeller un sourd

        Pas de problème.

        J’ai souvent dit à ce sourd que ce n’est pas les zommes qu’il faut incriminer, c’est le système.

        Je citerai pour la circonstance, un individu qui est tout sauf un gauchiste, NicolásGómez Dávila :

        ’’Nous ne blâmons pas le capitalisme parce qu’il fomente l’inégalité, mais pour ce qu’il favorise l’ascension de types humains inférieurs.’’

        Je pense, Philippe Vergnes, que pour une fois nous serons d’accord. C’est cela, faire avancer les idées : trouver des points d’accord, n’est-il pas ?


      • Passante Passante 17 octobre 2014 12:54

        Bonjour Philippe,


        manquant de temps, je reviendrais commenter plus tard.

        mais déjà : 

        - d’abord un sacré beau petit passage, très lacanien, sur le manque et le désir, sans erreur décelable dans ce micro-labyrinthe...

        - on lit tout cela avec l’impression de l’entrée dans un nouveau moyen-âge estampillé conforme ; les statistiques montrent déjà, depuis un certain temps, une montée en flèche des pathologies narcissiques au sens général (qui n’est bien sûr pas celui, plus strict, des PNM) ; face à cela, la psychanalyse se retrouve en position désuète, elle dont le moteur transférentiel de base s’appuie directement sur les triangulations névrotiques classiques devanant inopérantes.

        - petit problème : les multiples références à Sade font un peu tache - d’abord les auteurs qui s’y réfèrent n’en ont qu’une idée souvent anecdotique, donc la caricature n’est jamais loin...
        sade philosophe de l’objet on veut bien, mais d’abord sade et le sujet, sade et la révolution, sade et la société ici décrite ici même, et donc sade devenant prophète ; car le texte dit bien que le pervers ici n’est somme toute qu’un effet de la pression environnante et donc : non pas finalement le sadique, mais un effet sadique...

        - on constate enfin combien le discours psychiatrique est éminemment question politique ; je ne pouvais m’empêcher de songer à la régression en vingt ou trente ans au regard des avancées de ronald laing et de tous les tenants de l’antipsychiatrie qui fut une splendeur d’intelligence.

        - dernier point : il est étonnant que « l’économie de facebook » comme coiffeuse magistrale, comme machine planétaire à secréter Narcisse à toutes échelles, comme véritable miroir universel dynamqiue, ne trouve aucune place dans le vaste tableau présenté ; il me semble que ce phénomène, à l’échelle de lecture concernée ici, est vraiment devenu incontournable.

        • Philippe VERGNES 17 octobre 2014 14:02

          Bonjour Passante,


          Il me semblait bien avoir reconnu cette prose dans mon dernier message vous étant adressé. smiley

          Je n’ai malheureusement pas encore trouvé le temps de prendre connaissance des travaux de Ronald LAING, mais j’y songe sérieusement. J’ai tout de même « assimilé » Henri CORBIN (mais, je suis très loin d’être un exégète). Ce qui répondait effectivement à mes questions sur l’islam et le soufisme.

          Pas de souci pour votre manque de temps, revenez quand vous voulez... soyez assuré que je transmettrais vos remarques à l’intéressé qui si je ne m’abuse devrait accueillir vos commentaires avec bienveillance et curiosité.

          Je me dois toutefois de préciser que son essai est construit selon une suite logique d’après « l’évolution » de sa profession sur plusieurs années pour laquelle il a rédigé deux ouvrages (l’un en 2008 et celui présenté ici en 2012). Il aurait peut-être été préférable de rédiger une présentation de ce parcours pour situer cet extrait dans son contexte qui excepté ce chapitre plutôt diagnostique est principalement factuelle et législative.

          Bonne journée,

          Au plaisir de vous lire.

        • zygzornifle zygzornifle 17 octobre 2014 13:02

          Laisser le pouvoir aux politiques et les laisser se faire manipuler par les lobbys sans droit de regard c’est offrir un lance flamme a un gosse de 5 ans pour son Noel .....


          • bakerstreet bakerstreet 18 octobre 2014 09:19

            La plus grande perversion de l’époque est de faire que chaque homme est de plus en plus libre, dans ses choix, ses performances, et sa capacité à se réformer.

             
            Donc, la société n’y est pour rien si vous trébuchez, êtes malade, mauvais objet, rejeté par les autres.
             Vous n’êtes que le résultat de vos propre actions. 
            Discours déconnecté sournoisement du social, des choix politiques faits en amonts, et qui encouragent le plus souvent dans les faits et sans le dire, les biens nés, alors que comme jamais, le discours n’a jamais été autant prôné la possibilité de « rebondir »

            Le discours égalitariste est complètement dévoyé. 
            Ce matin, curieusement, il est dans la bouche des libéraux, ces gens qui mettent en avant les intérêts de la compétition et du strip tease social ; Voilà que les valeurs républicaines sont bafouées, et la logique « universaliste », issue de la guerre et des conquêtes sociales. 
            Ouah, on se dit, super. ce monde n’est pas aussi pourri qu’il en a l’air, faisant autre chose que de cultiver son petit ego et ses actions au porteur.
            Las...on apprend que ces gens au bord de la révolution, sont ceux qui sont au dessus de la barre des 6000 euros, et voient d’un œil furibard les 100 euros d’allocs disparaitre, au profit de ceux qui n’en ont pas besoin qu’eux, certainement....les enfants, comme chacun sait, sont indépendants de leurs parents...... 
            « N’est ce pas le début d’une dérive pernicieuse, nous dit un journaliste de france inter. Demain, les patrons ne seront pas autant remboursés de leurs médicaments que les ouvriers..... »

            Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark et de pervers dans celui de France. ....
            Reste à discourir maintenant sur le terme « d’universalité »

            Mais sans doute je m’égare du sujet. 
            Après tout, avec les pervers, n’est pas essentiel.

            • philouie 18 octobre 2014 10:19

              On ne peut qu’être d’accord avec O Labouret.

              Hélas, il est à peu près certain que ce genre d’analyse finisse en un « c’est la faute au système » montrant par là ; à la fois la dépendance au dit système et l’absence de volonté d’en sortir.

              Car qui ira au bout du problème pour dire que le problème est à la fois personnel et collectif, donc religieux : il y faut un effort de chacun qui soit l’effort de tous.
               
              Nous sommes maintenu dans une forme de dépendance au « jouir à tout prix », au point que personne ne se sent capable de rompre avec l’addiction dans laquelle il se complet. Si le pouvoir manipule notre narcissisme, c’est que nous le valons bien. et nous ne voulons pas en sortir.


              • JL JL 18 octobre 2014 10:34

                @ philouie,

                Bis repetita placent :

                Je citerai pour vous répondre, un individu qui est tout sauf un gauchiste, NicolásGómez Dávila :

                ’’Nous ne blâmons pas le capitalisme parce qu’il fomente l’inégalité, mais pour ce qu’il favorise l’ascension de types humains inférieurs.’’

                Voilà pourquoi, au contraire de vous, je pense que ce serait une bonne chose que ce genre d’analyse finisse en un « c’est la faute au système ».


              • philouie 18 octobre 2014 14:29

                Et vous en espérez quoi ?


              • JL JL 18 octobre 2014 18:44

                Et vous, vous craignez quoi ?

                Ce que j’en espère ? Que les choses soient bien nommées.


              • philouie 20 octobre 2014 08:37

                Nommer les choses, pourquoi pas.

                ce que je crains c’est que se soit un nouveau moyen pour ne rien faire : c’est la faute au système : j’y peux rien. D’autant plus que le système produit la dépendance à lui-même : c’est mal mais qu’est-ce que c’est bon.
                c’est un peu comme l’alcoolisme qui dirait que son problème d’alcoolisme provient du marchand de pinard. il va pas changer tout de suite.
                Mon point de vue est de dire que la solution passe par les individus : il faut que chacun fasse l’effort, pour lui-même, de se désengager du système.
                La démarche ne peut-être qu’individuelle et si j’ajoute qu’elle doit aussi être religieuse - et c’est peut-être par ce point que je peux vous rejoindre, c’est qu’il y faut un effort de tous au sein d’une croyance partagée.


              • JL JL 20 octobre 2014 09:02

                Je n’ai pas dit ’nommer les choses’, mais ’bien nommer les choses’.

                Une nuance qui vous a échappé ?

                Bien nommer les choses, autrement dit éviter de mal les nommer, et pour éviter par là d’ajouter aux malheurs du monde.

                Agir sur son environnement, mais c’est ce qu’a fait l’homme depuis la préhistoire !

                Votre rhétorique est de toute évidence appuyée sur le prosélytisme religieux. Et ce n’est sûrement pas par ce point que vous pouvez me rejoindre puisque la croyance est du domaine de l’intime, au contraire de ce dont nous discutions : la chose publique..

                Désolé.

                Ps. Vous ne pouvez pas dire ’’nommer les choses, pourquoi pas’’ puisque ne pas les nommer c’est renvoyer l’homme au rang de la bête.


              • philouie 20 octobre 2014 09:48

                Votre rhétorique est de toute évidence appuyée sur le prosélytisme religieux. Et ce n’est sûrement pas par ce point que vous pouvez me rejoindre puisque la croyance est du domaine de l’intime, au contraire de ce dont nous discutions : la chose publique..

                Non. ce qui est de l’ordre de l’intime, c’est le spirituel.
                le religieux, c’est de la croyance partagée, donc c’est collectif.

                Votre « bien nommer les choses », ne peut-être qu’approuver ; la recherche de la vérité, devant à mon sens, être la base de la vie religieuse et de la croyance partagée.

                Par conte ce que je ne comprends pas bien, c’est de savoir ce que vous en faites de ce « bien nommé ».
                Parce que les religions, ont des moyens, elles, pour lutter contre les velléités de toute puissance de l’être humain, alors qu’autrement je ne vois pas. je vois au contraire une république qui fait tout pour détruire les religions et partant, jeter les individus dans les bras du jouir à tout prix.
                Je ne comprends pas comment on s’y oppose, si l’on détruit les moyens de cette opposition ?


              • JL JL 20 octobre 2014 10:31

                Les croyances d’une communauté ne sont pas de l’ordre du collectif dans un ensemble qui ne partage pas ces croyances.

                On ne peut dialoguer et construire que si l’on utilise les mêmes définitions : c’est cela la laïcité.

                Vous dites : ’’les religions, ont des moyens, elles, pour lutter contre les velléités de toute puissance de l’être humain’’. Je ne partage pas du tout cette affirmation, bien au contraire : tuer au nom de dieu, impose à autrui des conduites qu’il n’a pas choisies, c’est pour moi le comble de la volonté de toute puissance.

                « Le principe d’autorité, appliqué aux hommes qui ont dépassé ou atteint l’âge de la majorité, devient une monstruosité, une négation flagrante de l’humanité, une source d’esclavage et de dépravation intellectuelle et morale. » Bakounine


              • VIP erre 18 octobre 2014 10:48

                Voilà pourquoi, au contraire de vous, je pense que ce serait une bonne chose que ce genre d’analyse finisse en un « c’est la faute au système ».



                Ce n’est pas la faute au système !

                Comment imputer des responsabilités et ou des malversations quelconques à un système.

                Par nature un système est inerte. A contrario, ce sont des hommes actifs, les inventeurs ingénieux d’un système au sein duquel, ils oeuvrent avec pour seule visée des intérêts communs catégoriels. Une bande organisée pour le dire de manière peu élégante.




                • JL JL 18 octobre 2014 11:29

                  ’’Par nature un système est inerte’’

                   smiley

                  Allez dire ça aux pourfendeurs du communisme.

                  N’importe quoi !


                • bakerstreet bakerstreet 18 octobre 2014 14:58

                  Le problème, c’est que le bonheur en tant que but est devenu une souffrance.


                   Et ça à plus d’un titre, déconnecté qu’il est de la satisfaction des besoins naturelles de l’homme, pour ne plus être qu’une ligne comptable, une hystérisation d’un ego carnivore, qui détruit ses propres cellules (ouf...)

                  Le système pervers a bien sûr récupéré ces choses, et vous invente une musique pour vous mettre en partition.

                  Encore que le mot pervers n’est pas le bon ; le pervers tient satisfaction de la souffrance des autres. 
                  Il n’y a plus rien qui dirige ce manège de déments

                  • smilodon smilodon 19 octobre 2014 14:51

                    C’est con, mais le jour où la « crise » sera obsolète, ça voudra dire que les riches sont morts !..... Ben oui !.... Sauf que les « riches », ils sont immortels !... Ben oui !....Adishatz.


                    • smilodon smilodon 19 octobre 2014 15:33

                      ......Etienne CHOUARD" !......Ecoutez. Adishatz.


                      • gogoRat gogoRat 20 octobre 2014 12:37

                        Une clé de cet intéressant article est pour moi ce passage :

                        • « Mais comment une telle tromperie envers soi-même et envers les autres, une telle violence sociale, une telle guerre psychologique sont-elles possibles ?
                          Pourquoi si peu en ont-ils conscience et réagissent ?
                        • Parce qu’elles sont massivement niées en étant projetées vers des boucs émissaires »
                          Véhiculée par des médias aux ordres, la perversion sadique se fixe en effet sur des ennemis désignés, tels que l’étranger en situation irrégulière, le terroriste ultragauchiste, le jeune futur délinquant, le pauvre fraudeur, le schizophrène et autre pédophile. Jouir de l’autre et de sa néantisation permet de s’assurer de son être : le fonctionnement pervers est immuable.« 

                         
                         Comment intérioriser la composante ’tromperie envers soi-même’, comment accepter sa culpabilité personnelle si on se contentait de s’en prendre aux ’boucs émissaires’ que nous nommons ’système’ et ’théorie du complot’ ?
                        (même si l’un n’empêche pas l’autre : »envers autrui subi« , »envers autrui infligé« , et »envers soi-même" sont dans le même bateau)
                         

                         à noter au passage que la récente journée de refus de la misère (17 octobre) est moins médiatisée que les ’gay pride’ ou démonstrations ’anti-racistes’ .
                         Imaginerait-on une ’précarité pride’ ou une ’pauvreté pride’ ?
                        Une incitation, dans ce ’monde de brutes’ et d’hypocrisie à faire son ’coming out’ en revendiquant sa précarité, et/ou sa pauvreté, comme une fierté : une émancipation de ces attitudes de paraître et de fausseté.
                         Pas besoin, sans doute, de tels artifice pour qui tiendrait à rester vrai plutôt que de prétendre à une quelconque recherche de ’La Vérité’.
                         


                        • Philippe VERGNES 20 octobre 2014 14:06

                          Bonjour gogoRat,


                          Je ne peux que plusser votre commentaire, car tromperie envers soi-même et tromperie envers les autres ne sont que les deux faces d’une seule et même pièce. C’est dans cette idée-là que j’ai écris mon ouvrage sur la manipulation et ce que j’ai appelé « l’auto-manipulation » peu de temps avant que ne paraissent des essais sur cet aspect méconnu et nié de la manipulation, car la manipulation repose quasi exclusivement sur nos propres biais cognitifs.

                          Ouvrage que j’ai écris peu avant que ne paraisse en français (2011) les travaux du prix Nobel d’économie de 2002, Daniel KAHNEMAN. Travaux présentés lors d’un précédent billet qu’il me faudrait approfondir et insérer dans mon essai pour le mettre à jour vis-à-vis des intéressantes découvertes de ce chercheur : Peut-on faire confiance à notre jugement ? La fiabilité des « experts » en cause.

                          Vous avez bel et bien mis l’accent sur ce qui à mes yeux est le nœud du problème et qui motive toutes mes interventions ici (quelque soit le moyen que j’emploie qui parfois peu également être pris pour de la manipulation) : trouver un moyen de faire prendre conscience aux gens que si nous sommes si bien manipulés, c’est avant tout sur la base de nos propres erreurs de jugement et de nos biais cognitifs. Informer sur cet aspect-là des choses est la seule solution que je connaisse pour que les gens soient moi dépendant vis-à-vis des manipulateurs qui ont tout intérêt à user de tels procédés pour nous maintenir en esclavage.

                          Bien à vous et bonne journée. smiley

                        • JL JL 21 octobre 2014 09:53

                          @ Philippe Vergnes, et à tous ceux que cet article a intéressés :

                          Vous devriez lire cet excellent article de Karol paru ce jour, et qui n’est pas sans rapport avec l’augmentation constatée des fauteurs de troubles de haut niveau (ente guillemets, puisque à double sens) qui obsèdent à juste titre je le reconnais, Philippe Vergnes.

                          ’’Comme dans tout commerce, licite ou prohibé, si les vendeurs (de drogue) prospèrent, c’est parce que le marché existe avec de plus en plus de consommateurs de par le monde. Il faut admettre que la cause profonde de ces dérives est bien dans les dysfonctionnements érigés en dogme dans ce monde ultra-libéral. L’intensification de la compétition et la dictature de la vitesse, de la performance et de la réussite à tout prix dans le monde du travail d’une part, l’exacerbation permanente des désirs et des attentes des consommateurs d’une part rendent inconcevables les échecs et insupportables les frustrations .’’


                          • Philippe VERGNES 21 octobre 2014 10:55

                            @ Bonjour mon cher JL,


                            Et merci pour m’avoir invité à lire l’excellent article de Karol qui définit très bien sans le savoir l’une des facettes de la perversion narcissique, c’est-à-dire : la dictature de la vitesse corrélée à l’intensification de la compétition, de la performance et de la réussite à tout prix (j’y préfère cet ordre là dans le sens d’un « classement » entre cause et conséquences).

                            Quant à « l’exacerbation des désirs et des attentes des consommateurs rendant inconcevables les échecs et insupportables les frustrations », c’est dire en très peu de mots ce à quoi conduit le nouvel ordre mondial voulu par le système capitaliste actuel qui tend donc vers une mondialisation de la perversion narcissique.

                            Un article pertinent et essentiel à mes yeux qui devrait être lu par de nombreux lecteurs, je l’espère.

                            Pour revenir sur la vitesse, sans prendre le temps d’en décrire les relations qu’elle entretient avec la perversion narcissique (ce qu’il me faudrait peut-être faire un jour) et parce que je suis aussi un peu fainéant, Edgar MORIN a déjà très bien expliqué ce en quoi elle était nocive et caractéristique de notre époque : « Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe ».

                          • JL JL 21 octobre 2014 11:08

                            Vous m’obligeriez en cessant de me donner du ’’mon cher JL’’ qui suppose un passif entre nous et dont je vous attribuerais la seule responsabilité, même si je reconnais un net progrès dans la forme comme dans le fond de vos articles les plus récents.

                            Mais je vous ai posé une question à laquelle je n’attends plus de réponse, cela va de soi. Cette question était en creux une réflexion sur le fait que vous manquez singulièrement d’ouverture vers les autres ; en d’autres termes, je trouve que vous avez le nez dans le guidon de vous certitudes.


                          • Philippe VERGNES 21 octobre 2014 12:47

                            @ JL,


                            Je pourrais éventuellement consentir à cesser de vous donner du « mon cher JL », lorsque vous saurez reconnaître votre responsabilité dans le passif qui nous oppose depuis mon apparition sur ce site, car de mon point de vue (bien évidemment), la responsabilité vient du tout premier accueil que vous m’avez accordé sur ce média et des suites que vous y avez données avec grande insistance. Il suffit de vous relire, c’est ici et ce qui suit depuis sur près d’une vingtaine d’articles.

                            Lorsque l’on prends soin de mépriser quelqu’un pour des fautes qu’il n’a pas commises et de le poursuivre de sa vindicte sous ses propres articles tout en cherchant à le discréditer, il ne faut pas forcément s’attendre à ce que ce quelqu’un tende l’autre joue.


                          • JL JL 21 octobre 2014 13:10

                            PV,

                            deux choses et je m’en vais :

                            la première : ce lien renvoie vers une photo qui n’est pas celle qui figurait lorsque j’ai posté ce commentaire ; de mémoire, l’illustration originale était un montage et le bandeau ’Le nouvel Observateur’ n’y figurait pas. Ce lien est donc déloyal.

                            L’autre chose : la forme de votre réponse est symptomatique de votre état d’esprit, complètement à l’ouest en l’occurrence. Sérieusement, vous avez cru que je vous adressais une requête ?


                          • Philippe VERGNES 21 octobre 2014 14:12

                            @ Mon très cher JL,


                            C’est exactement ce que je ne cesse de vous dire : tout est dans votre tête.

                            L’image n’a jamais, JAMAIS été modifiée malgré vos supplications. Elle est telle que celle qui fut postée à l’origine par mes soins en illustration de mon article (qu’elle ait été imprudemment choisie, je ne l’ai jamais contesté, mais finalement cette erreur m’a beaucoup aidé à formaliser l’indicible). Le bandeau « Le Nouvel Observateur » y figurait bel et bien puisque cette image n’est ni plus ni moins que la reproduction de la page de couverture de cet hebdomadaire qui fut le premier à oser mettre en première page un tel sujet sur la place publique ouvrant ainsi la voie à de nombreux autres qui lui ont emboîté le pas.

                            Cette « déloyauté » n’est donc que le fruit de votre imagination délirante sur la base de quoi vous me poursuivez depuis deux ans maintenant tout en cherchant à me faire porter la responsabilité de vos propres turpitudes. Les commentaires de Wesson et de bien d’autres intervenants à la suite de cet article attestent sans confusion possible de la véracité de ma version des faits.

                            Secondement, connaissant par cœur votre paranoïa latente pour l’avoir éprouvée à maintes et maintes reprises, sérieusement, vous avez cru que je répondais à une de vos requêtes ? smiley

                            Troisièmement, sachez une chose mon cher JL, je ne suis pas votre thérapeute ; votre paranoïa, je ne cherche absolument pas à la guérir (surtout que d’aucun considère que c’est impossible), mais bien plutôt à la nourrir, car vous êtes si prolixe en paradoxes qu’il est parfois amusant de vous voir vous dépêtrez dans vos propres « excrets » (je sais, c’est cruel pour vous, mais j’assume totalement, car si je ne connais pas la haine pour savoir très bien où elle mène, je n’ai jamais revendiqué être un saint non plus). Et puis, il faut avouer que vos paradoxes m’inspirent... savez-vous que c’est la partie de la communication déviante la moins bien étudiée en psychanalyse ?

                            Mes articles sur le sujet ont déjà convaincu trois doctorants qui ont choisi ce thème pour leur thèse de doctorat. Ce qui est vraiment très encourageant pour que cette partie de la problématique soit effectivement mise à jour considérant la rareté des études portant sur cet aspect de nos relations interindividuelles.

                            Je prépare actuellement une suite à ces premiers écrits (un quatrième billet qui approfondira encore un peu plus ce point concernant la communication perverse). Vous voyez bien que je ne peux vous en vouloir puisque sur ce forum, vous êtes en quelque sorte ma muse. Aussi, ne vous privez pas de me donner d’autres exemples de communication paradoxale (déviante ou perverse), car je suis toujours preneur.

                            A très bientôt mon très cher JL. smiley

                          • JL JL 21 octobre 2014 14:30

                            Bah !

                            Sur la photo, en effet, vous n’avez pas tort : j’aurais apprécié que vous supprimiez le bandeau du bas puisque, si dans un hebdomadaire il est courant de faire figurer deux sujets distincts, ce n’était pas le cas pour votre article, sauf à vouloir sciemment et à l’instar du NO établir le lien entre les deux sujets.

                            Mais oui, ne niez pas, vous avez cru à une requête, en témoigne cette réponse : ’’Je pourrais éventuellement consentir ...’’. Pour moi qui parle français, consentir ça fait toujours référence à une requête.

                            Enfin, puisque vous parlez de paradoxe, il est clair que donner du ’’mon cher JL’’ à quelqu’un contre qui l’on nourrit une vieille rancune (en témoigne votre com de 12:47) relève de la communication paradoxale.

                            Cette façon de faire ne s’explique pas autrement que par le malin plaisir que vous prenez en appuyant là où vous croyez que ça fait mal. On est proche de votre définition préférée du PN, non ?

                            Vous voyez PV, en matière de projection, vous avez encore des progrès à faire.


                          • Philippe VERGNES 21 octobre 2014 19:27

                            @ Mon cher JL,


                            Concernant ma réponse de 12:47 que vous incriminez et connaissant par expérience votre propension irréductible au double langage, pourquoi croyez-vous que j’ai pu faire usage du conditionnel surenchéri par un adverbe exprimant « une exécution subordonné à un événement incertain » précédemment au verbe consentir ?

                            Si vous parlez français, vous n’en maîtrisez manifestement pas les subtilités.

                            Je sais très bien que cela n’a absolument aucun sens pour vous, mais cela en a encore pour ceux à qui il reste quelques notions de grammaire (et non pas d’orthographe, même si l’une et l’autre sont liées, c’est la différence entre le fond et la forme, le qualitatif et le quantitatif, etc.). Si j’ai pris de telles précautions oratoires ce n’est pas par hasard, mais bien parce que venant de vous, je ne crois absolument à rien mon cher JL.

                            Concernant la communication paradoxale, vous parviendrez à la comprendre le jour où vous serez capable d’analyser vos propres commentaires, ce qui n’est certainement pas près d’arriver un jour. J’attends avec impatience un article de votre part qui nous explique de quoi relève ce type de communication que vous maîtrisez à merveille sans même être capable de le formaliser. Pour moi, c’est l’inverse : il semblerait que je l’explique très bien puisque mes articles vont jusqu’à inspirer quelques recherches, mais par contre je ne la maîtrise pas encore. Ce dont finalement vous convenez, car pour communiquer de façon paradoxale, il faut être très doué dans l’art de la projection.

                            Or, vous constatez vous-même qu’en matière de projection, j’ai encore des progrès à faire. Mais si j’ai des progrès à faire, c’est donc bien que je ne projette pas encore suffisamment à vos yeux d’expert ès communications paradoxales. Ce à quoi je ne peux que acquiescer tant il est vrai que les projections ne sont pas ma tasse de thé ni mon mode privilégié d’expression (l’idéalisation non plus soit dit en passant, cf. ci-dessus votre sentiment au sujet du choix de la photo de mon premier article parlant de perversion narcissique).

                            Je reste béat d’admiration devant vos incessantes élucubrations. Elles représentent pour moi un chef d’oeuvre d’éloquence paradoxale, une véritable mine d’inspiration qui frise le génie. Si vous n’existiez pas, il faudrait vous inventer rien que pour avoir le privilège d’étudier votre art de la rhétorique. smiley !

                            Bien à vous mon cher JL.

                            Votre très dévoué élève, PV.

                          • JL JL 21 octobre 2014 19:31

                            PV,

                            S’il y a un thérapeute et un analysant ici, l’analysant c’est vous, le seul de nous deux à parler de lui ; et quand vous ne parlez pas de vous, vous parlez de ce que vous avez dit, ou bien de ce que vous avez fait.

                            Voilà : encore une preuve s’il en manquait que vous feriez mieux de regarder dans un miroir plutôt que de vous décrire au travers d’un autre dans lequel vous ne voyez que ce que vous y projetez.


                          • Philippe VERGNES 21 octobre 2014 19:43

                            @ JL,


                            Moi aussi je vous aime. smiley

                          • ohmama 21 octobre 2014 19:25

                            Il est important de bien considérer que le narcissisme pervers est un ethos du monde moderne. Ce n’est pas une conjuration ourdie par des élites, les élites représentent seulement l’accomplissement du narcissisme pervers ; on on retrouve dans toute la société les mêmes comportement égotique et les mêmes relations ou rapport entre individus réduites à des comparaisons pécuniaires. Le plus grave à notre époque c’est le fatalisme « c’est comme ça et pas autrement », « il faut se battre (se battre !) ». En fin de compte comme le disait Blaise Pascal, les gens n’agissent pas dans le but de nuire aux malheureux mais pour se hisser, dans la mesure du possible, au niveau des heureux superbes [superbe= arrogant, suffisant], ils cherchent à s’identifier à plus riche qu’eux. 


                            Au plaisir de lire vos prochains articles Mr Vergnes. 





                            • Philippe VERGNES 21 octobre 2014 19:38

                              Bonsoir ohmama,


                              « Il est important de bien considérer que le narcissisme pervers est un ethos du monde moderne. Ce n’est pas une conjuration ourdie par des élites, les élites représentent seulement l’accomplissement du narcissisme pervers... »

                              Je n’ai strictement rien à enlever ou à rajouter à votre commentaire

                            • PIPO 31 octobre 2014 18:42

                              Bonsoir Philippe VERGNES,

                              je suis vos articles sur la perversion narcissique depuis le début et je trouve qu’ils laissent un peu trop de coté la cause originelle,à savoir le manque d’empathie d’un des parents (en l’occurrence dans mes trois expériences personnelles, à chaque fois le père). Les enfants « choisissant » de retourner la violence soit sur eux-même soit sur autrui (PN). Il me semble que l’enfant au tempérament le plus proche du père adopte le même comportement (PN).
                              Enfin ce type de comportement provoque chez les victimes (autres que les enfants), soit la destruction, soit la fuite, soit une tendance à devenir PN à leur tour s’ils décident de ne pas céder.
                              je me demande donc si l’augmentation de ce phénomène PN, n’est pas dû simplement au fait que cette « pathologie » est contagieuse.

                              les problèmes liés au libéralisme, socialisme ou communisme (etc...) en seraient donc la conséquence.

                              J’ai mis régulièrement vos articles en lien sur LE BLOG d’information objectif du moment, à savoir Les-crises.fr,
                              mais celui-la est trop orienté « la faute à personne, c’est la faute au libéralisme », à mon gout.

                              En exemple : JL « c’est la faute au système »

                              Au plaisir de vous lire.


                            • JL JL 31 octobre 2014 19:04

                              @ PIPO,

                              je suis tombé par hasard sur votre com en lisant la liste des commentaires.

                              Puisque je suis cité, je suis fondé à vous demander d’expliquer ce que vous avez voulu exprimer dans cette phrase qui, n’ayant aucun verbe, peut être interprétée de mille et une manière, et c’est bien fâcheux.

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