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La nouvelle race d’expatriés : condamnés au succès ou futurs exclus de la société française ?

Le mot “expatrié” est une expression fourre-tout qui sert à caracteriser une communauté hétérogène. Cette désignation générique exerce une forte résonnance sur l'imaginaire collectif de la société française. La création inattendue d'un Secrétariat aux « Français établis hors de France » pourrait être l'occasion de faire tomber le voile sur des situations complexes subies par une partie silencieuse de ces expatriés.

Les « Français établis hors de France » n’ont pas tous la même problématique.

Plus de deux millions de Francais ont leur résidence principale à l'étranger. Ils ont quitté la France pour du travail, un stage, un séjour de longue durée. La représentation de l'expatrié dans la société française fait appel à des stéréotypes. En fait, elle confond l'expatrié détaché par son employeur avec l'expatrié tout simple qui organise lui-même son départ et son retour. Parmi eux, une nouvelle race de travailleurs émerge. L'image exacte de la majorité de ces expatriés répondrait plutôt à des français qui relèvent d'un contrat local. Ils touchent un salaire moyen en devise locale qui leur procure une vie hypothétiquement agréable à l'étranger. Ils sont locataires dans leur pays d'expatriation, ils n'ont gardé aucun logement en France, ils sont exclus du système social français et leurs conditions de retour en France sont pénibles.

Le logement

360 000 propriétaires étrangers ou français ont également une résidence secondaire en France. Dans le contexte national, tout le monde n'est pas propriétaire en France. Le poids du loyer de la résidence principale pèse déjà plus du tiers des revenus des foyers français. Et l'accès au logement pour les plus démunis en France fait la une des journaux. Garder son point d'attache en France pour un expatrié moyen est un casse-tête insoluble : comment payer un double loyer le temps de son expatriation avec des moyens financiers limités ?

Violette, 35 ans, BTS en commerce international, professeur de Français Langue Étrangère (FLE) à Pékin l'avoue : « En Chine, tous les enseignants habitent sur le campus universitaire, dans un appartement fourni par l'administration. Nous, les experts étrangers, avons les mêmes conditions. Notre contrat nous donne droit à un appartement meublé, entièrement équipé, avec internet et ordinateur. J'ai aussi une femme de ménage qui vient une fois par semaine. En France, je serais à la rue ! Pas moyen de louer un appartement ! Quant au chômage..... » Les lecteurs de Français sont payés 400 Euros par mois pour un volume horaire de 16 heures de cours par semaine, ce qui représente deux fois leur salaire de leurs homologues Chinois.

La précarité de l'emploi ou des entreprises personnelles

Pourtant l’emploi stable à l’étranger n'est pas un acquis. Le contrat local signé par l'expatrié est soumis à un renouvellement incertain. En parallèle, dans le monde actuel, le niveau d'instruction s'est aussi élevé partout. Les nouveaux diplômés, ressortissants de pays émergents, entrent en concurrence directe avec les expatriés français. Didier, 25 ans, MBA Management du tourisme et de l'hôtellerie regrette : “J'ai passé toutes mes économies à Canton pour trouver un job dans mon domaine. La vie était chère, je me levais tôt, je rentrais tard... j'en ai rencontré des gens et je n'ai rien trouvé, même pas comme réceptionniste ! Alors j'ai pensé en attendant à postuler pour être professeur de FLE dans une université. Je voudrais bien ouvrir mon entreprise de tourisme en Chine, il faudrait que je trouve un partenaire fiable, je cherche une ouverture”. Mais les créations d'entreprise dans un autre pays ne conduisent pas plus à des initiatives pérennes qu'en France. Les entrepreneurs expatriés doivent souvent pour s'implanter dans le pays investir leurs propres deniers et placer des partenaires locaux à la tête de leur affaire. Ils prennent tous les risques financiers et en échange le gérant offre sa connaissance de terrain. Les résultats sont hasardeux.

La protection sociale des expatriés

Le statut d'expatrié détaché permet de bénéficier d'assurances santé qui garantissent le remboursement de tous les frais médicaux et l'évacuation sanitaire par le biais bien souvent de la CFE (Caisse des Français de l'Étranger). L'employeur prévoit aussi des primes d'installation, de scolarisation pour les enfants, un plan retraite et une prise en charge du rapatriement. L'expatrié moyen doit, lui, préparer son départ en calculant son budget en fonction du salaire escompté et de la réalité du paysage sanitaire du pays d'expatriation. De toute façon il tire un trait sur ses points retraites. Il gère aussi son retour tout seul en espérant faire des économies sur ses futurs salaires. Au sein de l'Union Européenne, un expatrié dépend des caisses de retraite et de sécurité sociale du pays de l'Union où il travaille. Les disparités entre les pays de l'Union sont énormes, mais qu'en est-il de ces destinations comme la Chine, l'Inde, le Brésil et ailleurs où aucun accord n'existe.

Alex, 45 ans, à l'origine éducateur sportif en France, résidant en Chine depuis 10 ans, marié depuis 3 ans avec une chinoise qui est maintenant enceinte, se confie un peu soucieux : “Je vais prendre sur les économies que j'avais faites pour mon retour en France, car je vais devoir payer l'accouchement de ma femme dans un bon hôpital, et je n'ai pas d'assurance privée en France, ni de CFE”. Il cumule deux emplois d'enseignant de FLE en Chine. Jean, 40 ans, célibataire, arrivé en Chine avec un BTS de comptabilité en poche, professeur de FLE depuis 8 ans dans des écoles de langues, 2 ans passés en Corée du Sud, depuis 6 ans à Pékin raconte : “Je profite de la CFE grâce à une prise en charge partielle des cotisations par la commission consulaire, mais pour la retraite, je n'en aurai pas en France, je ne sais même pas où je pourrais passer ma retraite, certainement pas en Chine, mais comment revenir, personne ne veut de moi en France !”. Avec des salaires mensuels de 700 à 1000 Euros et un loyer de 300 à 400 Euro, il est évident que les cotisations de la CFE sont difficiles à payer sans une aide de l'état. Beaucoup se passent de protection sociale à l'étranger.

Le retour pénible en France

La plupart de ces expatriés naviguent entre les expériences professionnelles et les pays. Les activités exercées à l’étranger sont assez éloignées des diplômes d’origine, qui perdent de leur éclat en France pour ces mêmes raisons. Les recruteurs français sont récalcitrants dans la démarche de transfert de compétences à l'encontre de ces experts en flexibilité, bien formés et multilingues. Et le monde universitaire n'est pas plus accueillant. Ces expatriés détiennent déjà des diplômes supérieurs dans une autre spécialité. Ils leur est souvent impossible de formaliser leurs autres expériences par un nouveau diplôme. Les filières sont structurées pour les exclure et privilégier d'autres publics. Marie, 30 ans, BTS de tourisme, partie en Chine 3 ans où elle acquière de l'expérience dans l'enseignement du Français en milieu universitaire explique qu'elle a eu de la chance d'avoir trouvé un poste au Mexique sans le diplôme de FLE : “J'ai fait un stage dans l'école de langue et j'ai été embauchée. Mon contrat a été renouvelé pour encore un an, je suis soulagée, ensuite on verra, c'est déjà bien !”. Alex et Jean se plaignent aussi. Leur demande de prise en compte des acquis de l'expérience n'aboutissent pas malgré des années d'enseignement.

Ce constat peut-être répété pour d'autres secteurs d'activité que le FLE et dans d'autres pays que la Chine, eldorado à la mode pour les candidats à l'expatriation. L'expatrié moyen est pris dans l'engrenage de sa décision personnelle de départ. Il est obligé d'avancer sans pouvoir reculer. Cette minorité de Français est ainsi pénalisée doublement. Ses connaissances ne sont pas exploitées à leur juste valeur en France. Leur chance de reprendre une place sur le marché national de l'emploi à un niveau équivalent de leur pays d'expatriation est compromise. À cela s'ajoute, lors du retour en France, car ils reviendront un jour en France pour la plupart, la question de leur accès aux droits sociaux essentiels (logement, protection sociale) et à long terme un sujet bien plus épineux se profile à l'horizon : comment ces expatriés pourront-il prétendre à une retraite décente ? Visiblement tous les expatriés ne sont pas à la même enseigne. Cette nouvelle classe d'expatriés aurait donc particulièrement intérêt à réussir dans son expatriation, au risque de s'enliser dans son retour en France. De cette réussite dépendrait une réinstallation moins précaire au pays. Alors devraient-ils partir malgré tout ? C'est une boutade. L'expatriation est de plus en plus populaire, mais devient presque une obligation dans un monde où la mobilité professionnelle est la nouvelle règle. Les problèmes ne font que commencer.

* Les prénoms ont été changés




par Balzamie vendredi 22 juillet 2011 - 40 réactions
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  • Par bbbbben (---.---.---.138) 22 juillet 2011 11:33

    Bonjour,

    "Mais les créations d’entreprise dans un autre pays ne conduisent pas plus à des initiatives pérennes qu’en France. Les entrepreneurs expatriés doivent souvent pour s’implanter dans le pays investir leurs propres deniers et placer des partenaires locaux à la tête de leur affaire. Ils prennent tous les risques financiers et en échange le gérant offre sa connaissance de terrain. Les résultats sont hasardeux."

    Ca n’est pas vrai :

    1) avoir un partenaire local, ça n’est vrai qu’en Chine et autres pays non démocratiques. Aux Etats-Unis, au Japon, dans tous les pays d’Europe et dans toutes les démocraties, un étranger ou expatrié peut créer son entreprise uniquement avec son capital

    2) je suis entrepreneur expatrié : la France est un pays où il est bien plus compliqué de créer son activité avec succès. Lourdeur administrative, incompétence économique, imposition et taxes plus élevées en taux pour les PME et indépendants que pour les entreprises du CAC 40, nombre d’impôts et taxes plus importants ce qui entraine une perte de temps pour un entrepreneur seul, haine des entrepreneurs. Créer une entreprise à l’étranger est bien plus simple, croyez en mes multiples expériences, et pas uniquement dans les pays anglo-saxons : c’est vrai aussi dans les pays d’Europe du sud !

    Merci de ne pas généraliser la Chine au reste du monde : ça n’est pas une démocratie et pas étonnant que les expatriés y soient traités ainsi, vu ce que subit l’opposition politique.

  • Par c.d.g. (---.---.---.126) 22 juillet 2011 12:32

    je crois que l article est quand meme tres centre sur la chine.
    Dans mon cas, c est tres different : je vis en RFA.
    Principale differences :
    1) j ai un salaire que je n aurait jamais en France (avec un cout de la vie inferieur a la france, surtout pour le logement), contrairement a la chine ou les gens que vous citez sont faiblement paye

    2) je ne reviendrai jamais en France (il faudrait etre fou, j ai de grande chance de ne jamais trouver de travail et de finir au RSA. Si miracle j en trouve un, ca sera a paris -> ville tres chere et salaire inferieur a ici)

    3) protection sociale : on a ca ici aussi. Je m en suis pas trop servi, mais a priori je dirais que c est mieux qu en france au niveau remboursement pour un tarif inferieur

    4) retraite : bon ca depend de votre age, mais si vous avez moins de 40 ans, il faut pas rever, vous toucherez jamais ce qu un retraite francais actuel touche quand vous serez a la retraite : le systeme aura explose bien avant. De plus je trouve un peu triste de penser a sa retraite (voire de l esperer) quand on a encore 30 ans

  • Par bbbbben (---.---.---.138) 22 juillet 2011 13:35

    Les pires difficultés pour créer une activité sont plus proches que vous ne pensez : en France tout simplement ! Les autres pays aident les entrepreneurs. En France, alors que 80% des gérants de PME gagnent moins de 2500 euros par mois bruts (sans chômage, sans congés payés, sans congés maladies, retraite misérable...), l’administration et la plupart du peuple les assimilent à des nantis comme Tapie, Lagardère ou Bettencourt !

    Rappelons que le revenu moyen d’un boucher artisan est de 1500 euros (toujours sans protection sociale aussi solide qu’un salarié) alors qu’il paie 20% de TVA, 45% de charges de sociales, 33% d’impôts sur son chiffre d’affaire, soit 3/4 de taxes/impôts !

    A l’étranger, on dépasse rarement un total de 40% toutes charges comprises (y compris pays d’Europe du Sud pas réputés ultra libéraux).

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