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La pêche aux moules

A la pêche aux moules…

Activité chasse pour les enfants ! Des animateurs spécialisés amèneront les classes dans la forêt avec des fusils junior et des cartouches « light ». On leur posera de jolis gilets camouflage avec des gibecières roses pour les filles, bleus pour les garçons et l’enseignant se chargera du croc à sanglier…Non ? Question de sécurité ?.. Ah oui, évidemment…Alors une battue ? Les gosses sonneraient le cors…Des affûts aux agrainoirs ? Faut bien une méthode pour « découvrir le milieu forestier », non m’sieur le recteur ? Alors pourquoi les classes de mer vont-elles à la pêche ?

Quel que soit le niveau d’engagement « développement durable » des centres d’accueil sur le littoral français, cette activité est systématiquement proposée aux dizaines de milliers d’élèves du primaire qui ont la chance de partir. A défaut, ce sont les professeurs qui la réclameront. Pourquoi ? Est-ce l’académie qui l’exige ? Le directeur d’école ? La découverte du milieu marin ne peut-elle se dispenser de collecter des spécimens et les élever en aquarium ?

Lorsque je travaillais sur l’île d’Oléron, nous avions ordre de faire un aquarium pour chaque classe en arrivée le lundi ET de le vider le vendredi… « C’est vendu, nous rappelait le directeur du centre géré par une grosse association d’éducation populaire. Non négociable ! Pas question de maintenir les petits élevages d’une semaine à l’autre…Les commerciaux qui prospectent les groupes scolaires seraient privés d’un produit d’appel indispensable. »

Après avoir passé une semaine avec une classe de maternelle au CM2, mes collègues et moi, la plupart détenteurs du BAFA et aguerris à « divertir » les enfants comme en colo, nous nous succédions au bord du petit canal qui coulait à l’orée du centre pour la vidange hebdomadaire, vite expédiée, c’est le cas de le dire, pressés que nous étions de partir en week-end.

Crabes, anémones de mer, poissons et autres coquillages étaient relâchés à des kilomètres de leur site de prélèvement, et ce dans un milieu totalement différent. Autant dire que le taux de mortalité des créatures qui avaient tant amusé ou étonné les enfants, avoisinait les 100%.

D’ailleurs, notre belle routine du vendredi avait eu des conséquences inattendues…Quand je restais seul sur site les week-ends, je m’amusais à explorer l’étier en cuissardes à marée basse. Incroyable ! Nous avions créé un écosystème exotique sur 100 mètres en amont de la vanne communiquant avec la mer. Les anémones de mer avaient fusionnées en d’énormes polypes turgescents rouges-tomate dont les tentacules déployés d’un demi-mètre de long capturaient des anguilles ! Oui, des anguilles ! On se serait cru aux tropiques…Un massif bigarré d’huîtres mutantes d’une livre, surmonté d’un tapis de moules colées dans une gangue de bryozoaires fluo en forme d’étoiles, se dessinaient sur le fond pourtant vaseux…Les coquillages avaient deux fois la taille normale…Je me méfiais des crabes verts et des étrilles dont les pinces monstrueuses auraient pu facilement trancher mes bottes…

Loin d’être inquiétés, les Manu, Fred, Elodie, Martine et consorts, s’enorgueillissaient de cette « œuvre collective » au point d’en convoiter le monopole. Une surenchère d’apports toujours plus rares motivait chez eux une recherche ciblée lors des séances d’animation sur l’estran. On nous rapportait qu’untel avait disparu un moment pour revenir parmi le groupe avec à la main une boite où flottait quelque mystérieux spécimen, que telle autre avait laissé éclaté sa joie au loin, là-bas, dans les ceintures de laminaires en portant à bout de bras ce qui ressemblait à un énigmatique mollusque vermiforme…Jacques, le directeur, ayant eu vent de ces petites fugues « sur le temps de travail » fustigea les déserteurs qui se verraient privés des « fruits de mer du jeudi » à la moindre incartade ce qui ne manqua pas de faire rigoler les complices qui proposèrent de ramener au festin un échantillon exclusif de leurs captures miraculeuses…

Que restait-il en fin de séjour du bel enthousiasme initial des enseignants qui « finissaient » invariablement sur les genoux, contraints d’assurer une présence 24h/24h auprès de leurs petits protégés dont ils avaient, comme leur rappelait l’administration, l’entière responsabilité jour et nuit…Bien qu’assurée par des animateurs, des ATSEM, ou des parents, la gestion de la vie quotidienne d’une famille de 30 enfants demande une vigilance de chaque instant et une patience à toute épreuve…Les sorties étaient encadrées militairement, et pour cause…Les instits débutants blêmissaient au moment de traverser les clous et frissonnaient d’angoisse au moindre cri que les enfants adoraient pousser, de joie, sur les rochers bardés de coquilles coupantes comme des lames de rasoir, cachées sous des amas d’algues glissantes.

La fatigue accumulée rendait palpable la tension parmi les élèves et parfois les adultes. Nous notions habituellement une baisse de motivation dès le mercredi que les uns transmettaient par leur attitude, aux autres. Impossible de maintenir une attention nécessaire lors d’un cours à l’extérieur avec ou sans intervenants, si ce sont les grands qui chuchotent au fond de la classe…

Le jeudi, pour soulager les épaules fourbues de nos « clients » éreintés, il n’était pas rare d’alléger ce précieux planning qui, ayant horreur du vide, était aussi rempli qu’un voyage express pour touristes japonais pressés, sur la demande insistante de leurs auteurs incapables de maintenir le rythme. Sacrifiée la visite du vieux château ! Raccourcie la séance de nœuds marins ! Amputé le stage de char à voile…disparue la remise en liberté (rarement au programme) des animaux de l’aquarium (qui iraient une fois de plus grossir l’étier).

Les préparatifs de la boom résistaient à la lassitude ambiante, rehaussée par l’achat des souvenirs en ville et la dégustation de glaces sur le port…

L’important pour Jacques et son équipe était de « satisfaire les enseignants que les JEP veulent fidéliser » et, rajoutaient les collègues, « que les mômes soient contents »,. Le reste…

Le reste quoi ? L’éthique ? La cohérence ? L’approfondissement des connaissances autour d’un thème central ? La responsabilité de nos attitudes d’adultes ? Tout ça passait après…On verra, si on a le temps…selon l’humeur des « clients »…Autant dire que ces questions n’étaient pas au cœur des préoccupations de ceux qui considéraient l’aquarium comme un gadget d’animation au même titre que leurs mallettes de jeux et leurs chants scouts.

Aux marées d’équinoxe, sur la grève encombrée d’une foule de pêcheurs de tous poils, j’ai retrouvé Nicolas…Il était en week-end avec ses parents et ses 3 frères. Je me rappelais bien du loustic…Un boutonneux ! A se gratter ses croûtes qui suppuraient sur sa peau blanche, la morve au nez, toujours à l’écart à ramasser chenilles urticantes, larves humides, plumes, crottes, insectes pour les caresser, les sentir, les goûter avant de les placer délicatement dans un mouchoir de poche…Il ne pouvait tout simplement pas s’en empêcher…Une véritable manie ! Les instits qui le détestaient ostensiblement, avaient beau le menacer, le punir, le secouer de toute sa poussière, seule sa maman qu’on lui passait au téléphone pouvait temporairement le raisonner… « Mon chéri, allons, tu le sais pourtant que tu es allergique ! C’est quand même pas une piqûre que tu veux, hein ? Comment ça va encore se finir ? Tu le sais ! La douleur ! Allez, voyons, Nicolas, s’il te plait, écoutes ta maîtresse ».

Endurci par les crises successives d’eczéma, qu’il avait appris à gérer depuis sa plus tendre enfance, il endurait la douleur en serrant les dents. Personne n’avait imaginé l’étendue de la gale qu’il avait si courageusement tenté de dissimuler sous sa chemise sale jusqu’à ce qu’il tourne quasiment de l’œil lors d’une sortie en forêt en se baissant voir de près les fourmis…Ses camarades de classe qui l’avaient sorti de la fourmilière étaient blêmes et les fillettes horrifiées sanglotaient de pitié. Elles, les instits qui l’avaient réanimé en le baffant, prises de panique en découvrant son torse boursouflé, imploraient la miséricorde du seigneur, les bras levés au ciel…C’était une école privée…

Moi, pour détendre l’atmosphère, comme nous l’aidions à se remettre sur pied, le félicitais d’une si parfaite imitation de la carapace de l’araignée de mer…

Je constatais à quel point les enfants assimilent vite pourvu que ça les arrange…En l’occurrence, faire un aquarium avec des spécimens pêchés soi-même à marée basse n’avait plus de secret pour nos élèves de classes de mer qui, à l’instar de Nicolas, donnaient aux parents les consignes qu’on leur avaient enseignées…A quelques nuances près…L’exemple que nous avions montré en classe avec nos réservoirs trop petits et surpeuplés, était visiblement exactement repris. Et je n’osais pas, avec mes mètres cubes, gâcher le plaisir apparent de la maman de Nicolas, ravie de voir son fils tenir ses frères sous son commandement. Il s’en donnait à cœur joie, épuisette en main, en attrapant tout ce qui se prenait dans ses filets. Trois seaux pleins de crabes et de coquillages laissés en plein soleil fourniraient à la famille une ressource plus que suffisante pour alimenter leur aquarium, ou à défaut, la soupe…

Cà a été le déclic ! Voilà comment nos élèves tiraient partie de nos enseignements…Ce cher Monsieur Renado, directeur général des JEP, que l’équilibre des comptes rendait soucieux de rentabilité, aurait pu tirer profit de cet engouement de nos milliers de jeunes adhérents en prenant des parts dans une société de vente d’aquariums en kit. La fortune assurée !

Plus question pour moi d’être son VRP…Je n’encouragerais plus les enfants à copier nos comportements irresponsables vis-à-vis de l’environnement. Finis les aquariums !

C’est sur l’île d’Yeu que j’ai expérimenté « ma réforme » ayant écourté ma collaboration avec les gentils animateurs du club d’Oléron.

En effet, en plein mois de juin, Oléron baignait dans une moiteur torride qui faisait monter les aquariums en température placés malgré mes mises en garde, toujours contre les fenêtres, bien exposés à la chaleur et à la lumière, « pour le confort des spectateurs… ». Absolument exaspéré par l’indifférence généralisée, je suis allé au réfectoire un jeudi soir pour offrir des en-cas au menu de fruits de mer : un bel échantillon récolté, écumé devrais-je dire, à la surface des aquariums qui avaient tournés : gobies infectes desquamés, bouffés de vérole sur leurs canapés d’algues fanées servis sur un grand plateau d’inox accompagnés d’étoiles de mer amputées, d’oursins sans piquants, jaunis, immondes, et d’une belle portion de vers rubanés marron-chocolat littéralement sans queue ni tête, entortillés comme des spaghettis trop cuits. « Bon appétit et…toutes mes félicitations pour cette jolie gastronomie marine digne des pires pollueurs » était inscrit au marqueur noir sur une étiquette plantée dans une anémone de mer raplapla…Le plat plat titrait : « assiette française, façon Valdez… »

J’ai pris mes affaires et me suis barré non sans avoir pris soin de prendre des photos des charniers aquatiques et de l’étier. Le capitaine Joe Watson, sur son torpilleur pirate serait fier de moi, m’imaginais-je en souriant au volant de ma « fiesta », pour l’efficacité implacable de mon sabotage des pompes et des filtres mis hors d’état de nuire

Le centre d’accueil collectif Ouyaba de l’île d’Yeu cherchait urgemment un animateur nature pour encadrer ses classes de mer…

A peine installé sur place, un message laconique de Jacques, reçu sur mon cellulaire, évoquait « une probable plainte pour rupture unilatérale de contrat de travail avec dommages et intérêts… »

Aucune suite ne fut cependant donnée à « l’affaire des aquariums… » et Jacques a dû boire la tasse en apprenant que j’avais envoyé à sa hiérarchie un double de photos explicites mentionnant les copies expédiées, entre autre, au laboratoire d’océanographie de Monaco, au recteur d’académie Poitou Charente et sur les galeries en ligne des écoles du secteur…

Le jeune directeur prénommé Sylvain me donnait carte blanche !...Au programme : 3 classes de Paris, un groupe de jeunes aveugles de l’INJA, et une classe de petits Mayennais qui fallait pas prendre pour des fromages et une intervention « pêche à pied » pour un collège.

« Tout de suite, tiens, au-dessus du frigo regarde c’est pour toi ! Joli cadeau de bienvenu : un aquarium ! Tu vois, au moins, j’ai acheté en urgence le minimum vital pour une classe de mer ! » Je l’ai remercié et promis d’en faire le meilleur usage, ce que je fis en le remplissant d’eau de mer « sans rien ».

Intrigués par mon aquarium « vide », le cuisto et ses sbires las de contempler à la pose clope un 100 litres aussi triste, que je m’obstinais jour après jour et envers et contre tous à conserver tel, venaient régulièrement y déposer en catimini des tourteaux maxi de chez Carrefour avec des moules et des bulots histoire de s’en servir de vivier…

Heureusement, j’avais en douce conservé un autre réservoir d’eau de mer. « Mes » élèves pêchaient de l’eau…Chacun en ramenait 25 cl dans des gourdes. Une fois en classe, on vidait les gourdes dans l’aquarium qui était placé sur un socle réfrigérant et immédiatement suroxygéné et coiffé d’un coffrage de polystyrène pour l’isoler du soleil.

« Quel bel aquarium ! » me félicitait ironiquement Julien, l’instite-avé-l’accent-du-sud, tout juste muté à Mayenne…

Après notre première exploration pacifique de l’Atlantique, de retour au centre, je proposais un jeu un peu « spécial » dont raffolaient les gosses : le jeu de la toupie…Il s’agissait d’entasser les 30 élèves et leur maître à l’intérieur d’une bétonnière de camion qu’avait récupéré Yves, l’homme d’entretien. Préalablement, les participants s’étaient passé au cou un médaillon en carton représentant l’image d’un animal marin qu’on avait observé précédemment. Patelles, bigorneaux, anémones de mer et gobies se retrouvaient mélangés dans une joyeuse mélasse…Toute la main d’œuvre disponible venait ensuite se placer des deux cotés de la citerne pour pousser, pousser, pousser et la faire rouler…

Bien secoués, les minots ressortaient hilares. « Voilà le sorts des coquillages et autres animaux du bord de mer que certains ramènent dans des seaux pour faire un aquarium… »

Etonnamment, aucun programme de classe de mer n’abordait le thème de…l’eau ! La mer c’est autre chose…La mer c’est la plage, les vacances, le sable, les bateaux et le port…mais l’eau, oui ! Tellement évident qu’on omettait de s’y pencher de plus près…

Donc, pour pallier à cette lacune, je faisais en classe des expériences simples pour mettre en évidence les propriétés de l’eau dans tous ses états et réciproquement : solide, liquide et gazeuse et les passages entre ces états…Evaporation, gel et fonte, condensation, etc…Puis nous évoquions la couleur de la mer…Justement, les écoliers avaient bel et bien récolté de l’eau de couleur brune et se retrouvait nez à nez avec des échantillons transparents un peu verts. En effet, sans substrat dans l’aquarium, l’eau ne pouvait prendre la couleur du fond…Ni vase, ni rocher, ni sable…L’eau prend la couleur du fond, CQFD…Ce que chacun pouvait facilement vérifier en comparant le même liquide versé dans des boites aux fonds verts, bleus comme une piscine ou noirs comme un égout…Ensuite, des panneaux bleus maintenus au-dessus de l’aquarium se reflétaient pour évoquer la mer sous un ciel dégagé…

Une maquette du cycle de l’eau rappelait que la pluie provient de l’océan et des forêts et qu’elle se recycle perpétuellement sans apport extra terrestre…

Des assiettes blanches et des assiettes noires remplies d’eau de mer placées au soleil le lundi fournissait une récolte de sel le jeudi dans les foncées et le vendredi dans les claires…

Toutes ces activités expérimentales ayant pour but de questionner les enfants et les amener à trouver les réponses eux-même, quitte à les encourager à s’aider de la documentation disponible, étaient complétées par des prélèvements (pas d’animaux) et des enquêtes de terrain.

Mais une véritable révélation attendait les grands et les petits dont la frustration de n’avoir pas « eu le droit » de ramener leurs crabes et autres crevettes avec eux, fut largement compensée..

Un montage rapide sur une loupe binoculaire permettait de visionner à l’aide d’un caméscope de poche tout un monde invisible soudainement apparu sur l’écran d’un ordinateur portable.

Le regard sceptique de toute l’équipe réunie pour l’occasion s’est soudain illuminé, les bouches bées laissant échapper un soupir de surprise :

« Et ça…c’est quoi ? Demandais-je à l’assemblée…Alors ? Vide mon aquarium, hein ? »

Ca grouillait de monde dans une seule goutte !

Des larves étranges de crabes nageaient avec des zoé de crevettes et des planulas de méduses. Un magnifique alevin de nérophis, de la famille des hippocampes arborait une livrée argentée iridescente en plein centre de la coupelle repoussant au passage les innombrables véligères de mollusques. Un festival microscopique ! Un spectacle !


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1 réactions à cet article    


  • Roland Gérard Roland Gérard 11 octobre 2011 13:25

    Merci pour le coté retour du front qui ne peut pas laisser indifférent et hélas rappelle quelques souvenirs.

    l’éducation n’est décidément pas une marchandise.

    Du respect de la vie, l’intelligence qu’on peut construire avec les autres êtres vivant, surtout quand on est enfant, elle vient de là, du respect de la vie.
    Prendre une coccinelle dans sa main pour la montrer aux maternelles, où se mettre a quatre pattes pour l’observer sur son brin d’herbe voilà deux attitudes radicalement opposées. Soit on domine, soit on essaie de se mettre à niveau pour observer sans perturber. L’expérience montre qu’on apprend toujours beaucoup plus dans la seconde attitude et qu’en plus très souvent le merveilleux est au rendez-vous.
    L’EEDD ne connait qu’un seul diplôme, c’est un papier recyclé avec écrit dessus « cohérence », il ne peut être délivré à l’animateur que par sa propre conscience.
    Bravo Yvan on est avec toi et tout le groupe autour de l’écran...pas certain de refaire un aquarim de la même manière s’il m’arrive de refaire une classe de mer ! A bientôt sur une nouvelle tranche de vie j’espère.

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yvan deska

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