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Accueil du site > Actualités > Société > La peur du déclassement

La peur du déclassement

Notre société à statut est mal équipée pour faire face à des problèmes nouveaux. Celles et ceux qui ont un statut revendiquent que c’est la bonne vie tandis que celles et ceux qui n’en ont pas cherchent à en obtenir un. Chacun cherche à « ouvrir sa vie jusqu’à la mort » selon la formule de Sartre, ce qui était il n’y a pas si longtemps le paroxysme de l’esprit bourgeois et que les gens de gauche devaient combattre. Il se pourrait que les échecs commerciaux internationaux de certaines entreprises françaises ces derniers jours soient un aspect de ce modèle social revendiqué, et dont Eric Maurin tente timidement de nous montrer l’inadaptation.

Eric Maurin veut établir une sociologie des récessions. Il fait une description des allants-de-soi de la politique française, d’un état d’esprit commun, de l’état de nos esprits, ce que nous partageons sans avoir à nous le dire, sans le savoir le plus souvent, sans distance donc ; nous, tous ensemble, nous les concitoyens.
 
Nous sommes une société à statut. Et dans une société à statut, la perte du statut est une perte irrémédiable. Celles et ceux qui bénéficient d’un statut estiment qu’ils ont passé un contrat et que ce contrat ne peut être diminué, et encore moins rompu. Ce contrat est la sanction d’un travail initial acharné et ce qui le rend indiscutablement mérité. C’est une résolution singulière des inégalités : les inégalités perdurent mais les bonnes places ont été acquises dans une compétition loyale, anonyme, principalement par les concours de la fonction publique, et elles sont ainsi légitimées. Les perdants de cette compétition en sont d’accord. Ils ne le contestent pas. La façon pour la France et les français d’être inégalitaires, c’est de distribuer les inégalités par la formation, par les concours en début de vie. Le fait que cette distribution résulte de compétitions formellement égalitaires est considéré comme reconstituant l’égalité : les inégalités qui en sortent sont égalitaires. Eric Maurin développe peu cela : il en fait un point de départ de sa réflexion et y revient sans cesse, comme l’ancrage fondamental de notre être politique.
 
La peur du déclassement domine la vie publique. Elle est très supérieure à celle qui pourrait légitimement naître du déclassement véritable. Parce que même si elle a peu de chances statistiquement de nous arriver, si le déclassement nous atteint, il n’y a plus de rattrapage. « Ce risque est nulle part aussi élevé qu’en France et nulle part réparti de façon aussi inégalitaire. » p 7 et « La peur du déclassement anime notre société et lui donne son énergie… » p76. C’est la peur qui anime notre société !
 
Au début de la crise (1974), la politique suivie fut conservatrice et défendit les salariés, « contrairement à l’idée reçue ». Le chômage paraissait ne devoir que peu durer. Puis, Raymond Barre institua le CDD, intermédiaire entre le statut et le chômage. « Il est abusif d’amalgamer sous le même statut de « précaires » l’ensemble des personnes en CDD et a chômage. » nous dit Maurin p 21.
 
En 1993, la récession a créé un choc et a déterminé le secteur public comme rempart contre la crise. La fonction publique, conformément à sa structuration, n’a pas modifié ses postes, ses emplois ni ses critères d’attribution. L’afflux de jeunes dans le public à partir de cette période a entraîné une certaine forme de déclassement de nombre de surdiplômés, qui ont choisi d’endurer cette sur-qualification pour échapper aux aléas de la conjoncture et de la concurrence du secteur privé. Dans le même temps, le secteur privé, qui détruit et créé des emplois en permanence, en adaptation à la conjoncture économique, a déplacé la qualification de ces emplois et l’a adaptée à la qualification supérieure de ces nouveaux arrivants.
 
Ce n’est pas dans le livre, mais on peut se demander si la performance du secteur public, telle que définie par son but au service de la Nation, est améliorée par cet état de fait : garder ses mêmes formules d’organisations quand se présente une richesse supérieure à la précédente (c’est une sorte de gaspillage) et garder des sur-qualifiés, forcément frustrés d’être sous-employés (même s’ils ont choisi cette solution pour eux face à la crise, ils n’ont pas choisi de se trouver dans la situation de devoir choisir) car contenir la frustration exige une certaine énergie.
 
On peut enfin rajouter à cette interrogation celle qui consiste à se demander si une administration non-remaniée est bien à même d’administrer un secteur privé qui a autant bougé.
 
Eric Maurin fait quelques analogies avec les années 30 : la baisse d’activité diminuant les recettes de l’Etat, ce dernier tente de diminuer ses dépenses (sans trop toucher à son activité bien sûr). Dans les années 30, les salaires des employés de l’Etat ont baissé (aujourd’hui l’atteinte est dans les non-remplacements) mais moins que dans le privé ; tandis que ces salariés continuent d’être considérés comme des privilégiés. Leur statut et leur nombre les rend très visibles. Ils sont l’objet, dans le discours, d’attaques symboliques, se perçoivent comme déclassés, et voient leur statut diminué et cependant sont moins atteints que celles et ceux du privé, plus atomisés.
 
Dans ce contexte, les réformes sont impossibles car elles sont toutes perçues comme une remise en cause de ce statut « ouvert pour la vie et payé cher », ou organisant la possibilité d’une remise en cause et amenant cette remise en cause à plus ou moins brève échéance. Toute réforme touche à ce qui est perçu comme un contrat, et ce ne peut être que pour diminuer l’intérêt du contrat pour le salarié du public. Il existe maintenant un syndicalisme de résistance, qui fait de la défense du statut le point fondamental de son discours et de son action.
 
Les politiques suivies consistent toutes à renforcer ce système (d’inégalités obtenues par une compétition égalitaire) et à donner plus à celles et ceux qui ont déjà beaucoup : dans une société à statut comme la nôtre, il est plus rentable de se poser ponctuellement en rempart contre les licenciements que de proposer une politique de sécurisation universelle. p77.
 
La solution serait de faire monter tout le monde et de donner ce contrat à tous. C’était ce qui se passait assez bien (mais pas trop, ne rêvons pas) dans les trente glorieuses. Dans la restriction généralisée qui fait notre quotidien, cela ne semble guère être possible. Même impossible, cela reste bien la seule solution. Autant dire que ce dispositif politico-social a de fortes chances de nous conduire à notre perte. L’intelligence a à voir avec l’adaptation.
 
C’est une solution « interne », c’est-à-dire qui maintient la justification égalitaire des inégalités. Il serait plus judicieux de voir le système social et politique dans lequel nous baignons et d’en penser une transformation plus adéquate à la solution de nos problèmes.
 
Mais où prendre l’énergie de ce regard distancié ?
 
 

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37 réactions à cet article    


  • jako jako 29 décembre 2009 12:17

    Bel article « L’intelligence a à voir avec l’adaptation. »
    C’est le problème de mon entreprise qui persiste a recruter uniquement sur Diplome (problème franco français).
    L’adaptation, la langue , le respect des collègues sont essentiels quel que soit le poste
    et non pas les 7 années passées à cirer les bancs.
    Mes collègues Allemands et Hollandais ne recrutent pas comme cela,


    • M.Junior Junior M 29 décembre 2009 12:18

      L’énergie viendra des déclassés qui auront loisir à réflechir


      • Christian Delarue Christian Delarue 1er janvier 2010 11:11

        Junior M
        Eviter d’abord la souffrance du déclassement c’est mieux.
        Cela n’empêche pas de se soucier des désaffiliés, des déjà déclassés.


      • M.Junior Junior M 3 janvier 2010 21:15

        2010, l’année du salarié Low Cost en provenant des pays de l’Est ou les joies du retour de la directive Bolkenstein.

        Les entreprises qui embauchent toujours plus d’intérimaires en cas de reprise ne pourront être que séduites par ces ouvriers, employés, cadres qualifiés et à bas coût.

        Les seuls gagnants en 2010 seront les patrons d’agences d’emploi qui touchent le pactole avec l’accompagnement des demandeurs d’emplois et la délégation d’intérimaires de l’est.

        Tu peux envoyer les déclassés en atelier Look 4 job ou leur payer des ateliers de Coaching. Quand il n’y a pas d’emploi en face, la seule mesure pour faire tenir les gens, les adapter, maintenir des liens sociaux reste la formation. Mais le lobbying des OPCA semble bien efficace.

        Seule la volonté est moteur de progrès et le gouvernement actuel brille par son caractère dispendieux auprès de ses amis et sa surdité ou sa cécité face à la situation. Quand la peur n’est plus, le vrai danger est là.


      • Axel de Saint Mauxe Nico 29 décembre 2009 13:01

        La société française n’a pas abandonné grand chose de l’ancien régime. Le « statut » que vous décrivez est le descendant direct de la noblesse de l’ancien régime.

        La différence est que
        - il n’est pas héréditaire
        - il est accessible aux meilleurs (concours) sans autre critère.
         
        Pour ceux qui en bénéficient, il en ressort la stabilité qui rend normalement confiant dans l’avenir et garantit les besoins de base (physiologiques - se nourrir - de sécurité - avoir un toit -) et laisse naitre de nouveaux besoins (reconnaissance, plénitude...)

        Dans d’autres pays, comme les USA, cette garantie n’existe pas ... on peut devenir riche puis tout perdre. Mais cela est psychogiquement mieux admis qu’en France, car précisément les USA se sont construit « à la bonne fortune » individuelle, la notion de privilèges n’y ayant jamais existé. Du coup, aux USA, la réussite n’est pas liée à l’obtention d’un quelconque statut, mais bien au volume du compte en banque.

        Ceci chagrine beaucoup les libéraux français, et c’est sans doute un frein à l’innovation et au développement économique de notre pays. C’est avant tout un problème culturel, qui pourrait être réglé par l’éducation.


        • jako jako 29 décembre 2009 13:23

          Nico :
          « - il n’est pas héréditaire » ( c’est exact quoi qu’ un fils de médecin aura plus de chance de faire médecine )
          (ne me sortez pas un alibi type banlieusard à science po)

          « - il est accessible aux meilleurs (concours) sans autre critère. »
          c’est tout à fait dilatoire, pour les meilleurs les grandes écoles sont effectivement accessibles, à condition que papa puisse aligner 20.000 ros par ans , toutes les écoles avec le sacro-saint diplome de valeur sont privées....


        • foufouille foufouille 29 décembre 2009 13:47

          jeansarkozypartout


        • Lord_Mahuf Lord_Mahuf 29 décembre 2009 16:49

          @ jako :
          toutes les écoles avec le sacro-saint diplome de valeur sont privées

          N’exagérons rien, les meilleures écoles sont au contraire publiques en France : Polytechnique, Ecole Normale, Ecole Centrale...


        • Jean-paul 30 décembre 2009 03:47


          @ nico
          Tout a fait d’accord avec vous ,les diplomes sont beaucoup moins importants qu’en France .
          Ainsi beaucoup sont independant contractors .
          Et encore vous ne parlez pas de la discrimination de l’age en France ,ni de la bureaucratie .
          Pour les USA la France est un pays socialiste .


        • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 30 décembre 2009 09:26

          soulignons meme le scandale qui consiste a ce que les etudes a l’Xm, l’ENA ou l’ENS soient non seulement gratuites mais payees.


        • citoyen 4 janvier 2010 10:02

          voyons nico , les meilleures écoles en france sont publiques : par exemple centrale , polytechnique , etc.. cela ne coute pas plus cher que toute autre formation supérieure ( tout ceci est bien sur vérifiable ). il est vrai que l’assertion que vous venez d’avancer est assez largement crue . Pourquoi l’est elle ? Est ce une confusion avec le systéme US ( nous regardons de plus en plus de films américains : on voit réguliérement des témoins -français- s’adresser à un Président de cour d’assises - en france , en l’appelant « votre honneur » , et non Monsieur le président , comme il se doit . Ceci amuse beaucoup le dit président , ou l’agace un peu , c’est selon ) . Peut étre est ce du au « besoin de croire » ; Une telle assertion , si elle était vraie , consolerait en effet bien des gens .... Dans cette affaire , la nécessité ( de moins en moins vraie , même en france ) d’avoir obtenu - à égalité devant le même feuille blanche- un diplôme difficile génerait plutôt les « fils à papa » qui n’ont pas tous le niveau , ni l’énergie ( Quel diplôme véritable Jean Sarkozy serait-il capable d’onbtenir , n’est ce pas ?) il vaut mieux pour ce genre de personne critiquer la pertinence de ce sésame , à défaut d’avoir les capacités de l’obtenir .....


        • finael finael 29 décembre 2009 13:45


          Il me semble qu’il eut été préférable d’analyser d’abord le phénomène du déclassement avant de discourir sur la peur qu’il engendre.

          Vous dites, plus exactement vous reproduisez que cette peur est « très supérieure à celle qui pourrait légitimement naître du déclassement véritable ».

          Et sur quelles données vous appuyez-vous pour affirmer ceci ?

          Parce que le déclassement, et non la peur qu’il engendre, est un phénomène en cours, touchant de plus en plus de personnes.

          Mais ça, c’est un sujet tabou, étudié nulle part, évoqué seulement quand les chiffres de l’INSEE évoquent pudiquement « la disparition progressive des classes moyennes ».

          Les files d’attente devant les resto du coeur, le secours populaire et autres qui s’allongent d’année en année, voire de mois en mois.

          L’augmentation du nombre de chômeurs. De personnes « mal logées » comme on dit tout aussi pudiquement.

          Croyez-vous vraiment que cela ne provoque qu’une « peur », présentée comme déraisonnable, du déclassement ?


          • Christian Delarue Christian Delarue 1er janvier 2010 11:15

            Finael,
            c’est ce que j’évoque sur un autre fil le même jour à propos de ceux devenus travailleur indépendant et prolétaire. il y a un double déclassement social et une double souffrance issue de la crise qui frappe la très petite entreprise (et les autres aussi mais ce n’est pas mon sujet. Mon sujet porte sur la micro entreprise valorisée par certains altermondialistes le plus souvent en ESS il est vrai).
            Déclassement dur et double :
            - les licenciements des employés de très petites entreprises.
            - le petit patron qui licencie avec d’une part sa propre souffrance de faire ce genre de chose (étude citée en lien) et d’autre part un déclassement social qui le fait passer de patron à travailleur isolé et bien souvent de titulaire de bons revenus à prolétaire (nettement moins que 3000 euros par mois).

            J’ai à la fois une attitude critique (froide) mais aussi compréhensive (chaude) sur ces processuspuisque la question posée est toujours pour moi de donner un cadre, un ordre juridique qui permet à la fois la liberté et la protection. Et voyez-vous je pense la protection y compris pour celui qui la veille encore ne pensais qu’en terme de liberté individuelle, d’embaucher et licencier librement, de ne pas payer d’imlpôts, etc... comme cela a été répondu plus haut.


          • M.Junior Junior M 29 décembre 2009 13:50

            Finael

            Une note du Pole Emploi informe qu’un million de personnes vont être en fin de droit en 2010.
            Welcome to RSA Life Style

            As-tu besoin d’autres chiffres et d’autres études ?


            • finael finael 29 décembre 2009 14:03

              Ce sera mon cas dans moins de 6 mois, pour moi c’est du vécu.

              Ceci dit, même au Pôle Emploi où je suis inscrit, personne ne semble disposer de vraies donner chiffrées.

              Quel meilleur moyen pour ignorer un problème que de ne pas le mesurer ?


            • M.Junior Junior M 29 décembre 2009 14:57

              Finael

              Mesurer quoi ?
              Comme tu vas être au Pôle Emploi, tu auras loisirs de lire. Je te recommande de lire l’excellent livre de Christophe Dejours dont voici un extrait :

              "A l’ANPE, l’agent qui reçoit les cas sociaux les plus difficiles passe beaucoup de temps contrairement à celui qui réussit à garder les dossiers des techniciens et des cadres bien intégrés socialement.

              Si l’on compare le nombre de dossiers traités ou le volume de prestations fournies, c’est celui qui travaille le plus qui a les résultats les plus médiocres. "

              Tu peux compléter son analyse de l’évaluation du travail par le rapport de la vénérable cour des comptes sur le comparatif Opérateur Public / Opérateurs privées

              Et si tu n’as vraiment plus rien à faire quand tu auras envoyé 10 CV chaque jour, participer aux ateliers Look 4 Job tu peux réfléchir à trouver une mesure commune pour le bonheur. Les meilleurs experts n’arrivent pas à se mettre d’accord.

              Et quand tu seras en fin de droit, l’économie solidaire te tend les bras

              Le mardi c’est permis !


            • finael finael 29 décembre 2009 15:41

              J’imagine que vous n’avez guère l’habitude de la recherche d’emploi à 58 ans !

              Officiellement j’en suis même dispensé !

              Mais j’aurais bien besoin de manger.


            • M.Junior Junior M 29 décembre 2009 16:07

              Il y a toujours une solution pour chaque problème sinon cela veut dire que la question est mal posée. lol. Pour un complément retraite anticipée, tu peux t’amuser avec le gag de l’auto-entrepreneur.

              Je suis désolé, je n’ai pas participé à l’élection de l’homme de la rupture du pouvoir d’achat. Nos cas personnels ne concernent pas les zantils lecteurs d’agoravox. Ici, tu as des retraités, des demandeurs d’emplois, des handicapés, des biens nés et des mieux lotis. Aucun n’a le monopole du compassionnel. Tous ont besoin de réconfort en cette période de disette.

              Maintenant plus sérieusement, de nombreuses associations ont besoin d’hommes d’expérience en échange de solides rapports sociaux ou de quelques pitances. A défaut de te faire riche en papier, je ne peux que te présenter des solutions où la chaleur humaine est sincèrement partagée.


            • finael finael 29 décembre 2009 17:46

              Je ne citais mon cas personnel qu’à titre d’exemple.

              La situation est bien pire pour les femmes.

              Et, ce qui me semble très grave pour l’avenir de nos sociétés, ce sont tous ces jeunes : ils représentent quand même notre avenir. Obligés de se retrouver stagiaires, précaires, intérimaires, quand ils ont la chance - relative - de trouver un emploi. 

              C’est notre avenir qu’on déclasse ainsi.


            • Jean-paul 30 décembre 2009 03:51

              58 ans mais c’est jeune ,Ah c’est vrai on est en France non tu es trop vieux .


            • Neris 3 janvier 2010 20:28

              L’agent qui reçoit les « cas sociaux » ne s’embarrasse plus à essayer de les caser en entreprise, il fait le tour des chantiers d’insertion et les case un par un à grand coup de contrats aidés (pardon CUI depuis quelques jours) tous les six mois.

              Celui qui se risque encore à essayer les entreprises a le droit, au choix : se faire insulter par les patrons, ou rigoler au nez.

              Dans ma région, il y a 5 ou 6 chantiers d’insertion (ne sais plus exactement, ça ferme aussi pas mal), les « cas sociaux » passent de l’un à l’autre.


            • M.Junior Junior M 3 janvier 2010 21:21

              Finael
              Tu oublies les handicapés.
              Ne stigmatisons pas une catégorie. Chacune a ses problématiques auquel le pouvoir en place a été élu pour apporter une réponse républicaine et d’égalité d’accès. Ensuite, la vie est faite de petits moments de bonheur et de difficulté. Le chemin est parait-il plus important que l’arrivée d’après quelques sages.


            • Bernard Conte Bernard Conte 29 décembre 2009 14:47

              Bonjour,

              à propos de déclassement et dans une approche un peu moins franco-française, je me permets de signaler la parution (il y a quelques semaines) de mon essai : La Tiers-Mondialisation de la planète aux Presses universitaires de Bordeaux.

              En voici la quatrième de couverture :

              La Tiers-Mondialisation de la planète, c’est le laminage des classes moyennes et la polarisation riches-pauvres de l’ensemble des sociétés, les ramenant toutes à l’état du Tiers-monde d’avant les « miracles ». On peut diversement décrire ce phénomène : « prolétarisation des classes moyennes », « classes moyennes à la dérive », « déclassement »… Bernard Conte analyse le caractère universel de cette transformation sociale comme résultat des politiques économiques néolibérales mises en oeuvre depuis le milieu des années 1970.

              Le libéralisme régulé des « Trente Glorieuses » fonctionnait sur la base redistributive du compromis fordiste au Nord et du clientélisme nationaliste au Sud. Puis la crise des années 1970 et l’implosion du bloc soviétique changèrent la donne et le capitalisme s’orienta vers la financiarisation et la dérégulation.

              Dans un premier temps, le monétarisme inspira les ajustements structurels : la désinflation compétitive au Nord et les programmes du consensus de Washington au Sud. Quand leur mise en oeuvre buta sur l’obstacle politique, l’ordolibéralisme prit le relais et entreprit, sur la base du post-consensus de Washington, de diffuser mondialement une « économie sociale de marché » purifiée.

              L’économique et le social sont alors progressivement déconnectés du politique, la démocratie devient virtuelle, la redistribution s’épuise et la classe moyenne est en voie d’euthanasie… La dynamique du capitalisme financiarisé globalise la structure sociale fortement dualisée des pays les plus pauvres : c’est la Tiers-Mondialisation de la planète.

              Écrit dans un style abordable évitant le jargon économique, cet ouvrage est destiné au lecteur soucieux de décrypter les liens entre politique, économique et social, sous un éclairage différent de celui que propose la « pensée unique ».

              J’ai trouvé une recension ici.

              cordialement

              Bernard Conte


              • Christian Delarue Christian Delarue 1er janvier 2010 11:32

                Bonjour M Conte,

                Ce que je lis de votre ouvrage m’intéresse.

                Pour aller à du condensé je dirais : Il y a du Nord au Sud et du Sud au Nord. Autrement dit tout les pays du sud subissent un appauvrissement mais une petite classe dirigeante et dominante au sud émarge à la mondialisation capitaliste comme seconds couteaux de la classe dominante du Nord, les pays de la Triade (grosso modo). Les couches dominés du Nord intègre les couches moyennes en cours de déclassement et les couches prolétariennes (celles qui regardent la fin de mois sans le sou et quiau mieux épargnent peu). J’ai appelé ces coouches sociales le peuple-classe : le peuple résiduel une fois enlevé la bourgeoisie.


              • Suldhrun Coyotin 29 décembre 2009 14:50

                Bonjour Aurelien .

                La vie est semée d aléas ,et ce , a titre collectif ou individuel .

                L identité française , nous protège , mieux qu ailleurs du déclassement , il faut le savoir .

                Alors que deux Françaises vont êtres libres des geôles Dominicaines , un ressortissant britannique , a été exécuté , en chine .

                Sans parler des lois sociale , de l identité Française , de celles qui nous autorisent a ne pas perdre espoir , cmu , rmi ,retraites garanties , logement etc ....

                Affiner oui ! mais ne pas detruire

                Oui , le Français.........


                • Suldhrun Coyotin 29 décembre 2009 14:59

                  @ Coyotin

                  Mets un e a lois et un s au sociales , svp .


                • Neris 3 janvier 2010 20:21

                  Les lois sociales, elles se font laminer par le RSA.


                • Neris 3 janvier 2010 20:22

                  Coyotin

                  Y’a jamais eu de « e » à loi !


                • Le péripate Le péripate 29 décembre 2009 17:08

                  Nous serions une société à statut ?!

                  Ah, le monsieur est enseignant... Je comprends mieux.


                  • Mohammed MADJOUR Mohammed 29 décembre 2009 18:00

                    « Il serait plus judicieux de voir le système social et politique dans lequel nous baignons et d’en penser une transformation plus adéquate à la solution de nos problèmes. »

                    C’est exactement ce que fait SARKOZY depuis le début de son mandat, mais en mlultipliant les réformettes à sa façon et avec sa seule intelligence, ce qui est évidemment opposé aux principes et aux règles fondamentales de la VRAIE DEMOCRATIE qui n’est même pas envisagée par un quelconque pays ! Le pouvoir unidimentionnel est toujours en vigueur et de rigueur dans une Europe faussement démocratique !

                    C’est difficile de réformer quand les choses atteignent un certain stade de vieillissement et surtout lorsqu’on n’a pas les moyens adéquats, on peut juste maquiller ...

                    Pour espérer changer il faut commencer par mettre en place l’idéologoie du changement et la législation nécessaire, il faut une révolution !

                    Mohammed.


                    • Céline Ertalif Céline Ertalif 30 décembre 2009 21:44

                      L’article et les interview d’Eric Maurin, disponibles ici, sont intéressants.

                      On aurait pu avoir des diatribes anti-libérales à la suite de cet article, parce que ce que dit Maurin n’est pas bien loin, à certains égards, de ce qu’a pu écrire Michel Godet, classé libéral de droite... A mon avis, ce thème mérite mieux que des diatribes, et c’est peut être une bonne contribution au débat.... sur l’identité nationale ?

                      Bien cordialement.


                      • Orélien Péréol Aurélien Péréol 11 janvier 2010 16:18

                        A Céline Erlatif

                        Ce livre est, en effet, une bonne appréciation de l’identité nationale.

                        En ce qui me concerne, je ne me sens pas Français, je suis trop mal né et j’aimerais vivre dans une société qui reconnaît l’arbre à ses fruits et non pas, comme c’est le cas, au nom et titre du propriétaire du verger. ça ferait mieux mes affaires.


                      • Christian Delarue Christian Delarue 1er janvier 2010 13:05

                        L’identité nationale et la cohésion sociale passe par un pacte anti-crise qui opère une remontée de ceux-d’en-bas, les désaffiliés,les précaires, les chômeurs, les rmistes et les smicards à vie, les petits patrons devenus travailleurs indépendants prolétarisés à moins de 3000 euros par moi.

                        Cela passe par un statut pour les travailleurs du privé. Des modèle de sécurisation ont été proposés et discutés. Il faut aussi une nouvelle RTT pour le partage du travail. Une redistribution des revenus pour les moins de 3000 euros par mois.

                        Avec çà, c’est la bonne année. Alors solidarité !


                        • Orélien Péréol Aurélien Péréol 11 janvier 2010 16:14

                          A Christian Delarue, et ce passage surtout : « L’identité nationale et la cohésion sociale passe par un pacte anti-crise qui opère une remontée de ceux-d’en-bas, les désaffiliés,les précaires, les chômeurs, les rmistes et les smicards à vie, les petits patrons devenus travailleurs indépendants prolétarisés à moins de 3000 euros par moi. »

                          C’est, me semble-t-il, du nominalisme assez pur : il n’existe pas de pacte anti-crise. Il n’existe pas de pacte qui convaincrait tout le monde pour longtemps, dont l’application serait directe et sans délai d’efficacité, sans effets secondaires... et qui arrêterait les problèmes comme on arrête un véhicule.
                          Si ce pacte existait, il serait bien surprenant qu’on ne l’ait pas encore établi, signé et mis en oeuvre. (Il faut dialectiser la lutte, me semble-t-il).


                        • Sylvie 11 janvier 2010 13:31

                          La démarche gouvernementale actuelle voulant instaurer des quotas de jeunes issus de milieux défavorisés qui souhaiteraient franchir les portes des classes prépa et Grandes Ecoles est un leurre. La société était bien plus démocratique à l’époque de l’après guerre. Dans l’enseignement secondaire, il n’y avait qu’un seul bac : le bac général ! Ce bac permettait alors à tout individu, appartenant même à la classe sociale défavorisée, d’accéder aux écoles les plus prestigieuses et de profiter de l’ascension sociale. Aujourd’hui, nous sommes dans une société qui est fière de proclamer que 80% d’une génération atteint le niveau bac ! Seulement, on attribue une valeur sociale au Bac. Le bac S à la « noblesse », le bac technologique au fils d’ouvrier. Mais nous savons aussi que le type du Bac prédétermine la qualité des études supérieures. Quelle place accordenons-nous à l’élève titulaire d’un bac pro ou technologique dans les études supérieures ? Même les écoles préparant aux BTS et aux IUT jouent sur le terrain de la sélection par le bac et donc la sélection sociale !! Qu’il est injuste notre système scolaire ! Il est question de réformer le lycée. Mais encore une fois, on s’occupe du lycée de l’élite, le lycée du bac général. Devrions-nous pas poursuivre nos efforts auprès des élèves qui préparent le bac technologique ou le bac pro ? Il y a tant à faire pour qu’ils accédent plus nombreux à l’enseignement supérieur, d’une part, et pour qu’ils y réussissent, d’autre part...


                          • Orélien Péréol Aurélien Péréol 11 janvier 2010 16:05

                            à Sylvie.
                            Que proposez-vous ? « La société était bien plus démocratique à l’époque de l’après guerre. » dites-vous... C’était mieux avant.
                            Sur le fait qu’il ne faut pas faire les réformes proposées mais en faire d’autres sans dire lesquelles (lol) :

                            http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/quel-lycee-nous-faut-il-66589 Quel lycée nous faut-il ?

                            http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2009/12/16/peut-on-lisser-la-reforme_1281233_3232.html Peut-on lisser la réforme ?

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