Ça ne s’invente pas.
Ne s’inventent pas non plus les informations sur le "succès" considérable du nouveau mode de rupture du contrat de travail, la "rupture conventionnelle", issue de la Loi dite de modernisation du marché du travail (pour ce qui nous occupe, voir les articles L1237-11 et suivants du Code du travail).
Justement, le n° 1614 du 22 octobre 2009 de Gestion Sociale La lettre hebdomadaire des dirigeants mentionne sous le titre "DIVORCES " que les "... Entreprises et salariés maîtrisent bien les ruptures conventionnelles. À Paris, moins de 1% des dossiers traités par la direction départementale du travail de janvier à septembre 2009 ont été refusés. À peine 12 % des partants(ancienneté moyenne : cinq ans) ont sollicité l’assistance d’un représentant du personnel."
Net-Iris, veille juridique sur internet, informe, dans un thème "rupture de contrat" le 13 octobre 2009 que "Près de 150.000 ruptures conventionnelles ont été homologuées en un an " entre aout 2008 et aout 2009.
Je résume : on peut lire que le social, l’économie, et le financier sont imbriqués, qu’il existe des modèles de discours pour dirigeants et des packs pas chers pour rompre le contrat de travail à l’amiable, que les entreprises et les salariés sont satisfaits de la rupture conventionnelle, qu’ils l’ont bien en main, qu’elle permet une fin de contrat avec des indemnités de chômage, et que la rupture conventionnelle, qui "... apparait moins coûteuse et moins risquée " se vit entre partenaires qui se respectent. La rupture du contrat de travail est "...enfin pacifiée ". La vie dans l’entreprise est devenue une belle journée sans fin.
Tableau 2 :
Et puis, il y a cette réalité là : j’ai reçu ce mail le 27 octobre, en tant que conseiller du salarié :
"Bonjour,
Je vais être licenciée, je n’ai pas reçu de lettre recommandée, j’ai reçu un appel de la secrétaire de direction... me disant que mon directeur... voulait me rencontrer le ... à Paris (le siège est à Tours), je lui ai demandé pourquoi. Elle me répond qu’elle ne peut pas me le dire.
Je me rends à cet entretien et là, après des bla, bla sur mon chiffre d’affaire, il me dit que l’on ne peut plus continuer comme ça, il me propose un licenciement avec accord entre moi et la société, il me propose une indemnité de licenciement de ... euros et ... euros de congés payés...
Si je ne suis pas d’accord et que je souhaite continuer à travailler, je serai licenciée pour faute grave car il peut prouver que je n’ai pas effectué mon contrat de travail par rapport à mon chiffre d’affaire.
Résultat : pas d’indemnité de licenciement.
Il me dit qu’il sait la proposition que je retiendrai, il me donne une semaine pour réfléchir, je dois lui donner ma réponse d’ici fin octobre, et suite à ma réponse il demandera l’accord de la société pour l’indemnité de licenciement.
J’ai appris que je n’étais pas seule ce jour là , les autres directeurs n’étaient pas prévenus et le syndicat non plus.
Il y aurait environ entre 15 et 20 personnes (avec les demandes à la retraite) en demande d’accord tacite.
J’aimerai votre avis (car il n’y a eu aucun écrit) avant de prendre une décision, je vous remercie.
Veuillez m’excuser pour les fautes d’orthographe".
Vous avez bien lu, la chanson n’est pas la même.
Ce mail est l’illustration de la vraie nature de la "rupture conventionnelle" : un authentique scandale social. Une machine à contourner les acquis et le droit, à broyer les salariés en les faisant - suprême habileté - choisir leur propre mort. Le chantage à tous les étages. La menace et l’humour noir érigés en mode de gestion. Un marché de dupes légal intégral.
Ici, de 15 à 20 personnes, au pire, devaient être licenciées pour raison économique. A la place, le mensonge et un code du travail piétiné. Des salariés brisés par une loi voulue et obtenue par le Medef.
Tableau 3 :
Si je vous dis qu’heureusement, la défense des salariés s’organise pour "soutenir les collaborateurs en difficultés", me croirez-vous ?
Et puis, le Medef 92 Nord a organisé un petit déjeuner-atelier pratique le Jeudi 2 octobre 2008, de 8h15 à 10h au Club- 5, avenue de Verdun à La Garenne Colombes, sur le thème "Rupture conventionnelle : comment l’appliquer ?"
Ouf ! on avait eu peur ! A tous les coups, ça va "... s’avérer efficace pour aider les individus fragilisés et prévenir une dégradation de leur état de santé"...
Comme le petit module. Pas cher.
Comme au cinéma, la morale est sauve.
Sans rire et sans pleurer ? Sans rire, seulement.

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