Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > La société pulsionnelle et la raison, un thème philosophique pour notre (...)

La société pulsionnelle et la raison, un thème philosophique pour notre époque

Pulsions ! La plupart pensent à Freud. Raison ! Ce mot évoque Descartes et surtout, les Lumières, et plus spécialement, les Lumières françaises. Et si on devait choisir un élément jugé perturbateur pour l’usage de la raison, on penserait certainement à la passion. Et en 2009 ? La raison s’est banalisée, la passion, elle semble tellement désuète qu’on ose plus l’employer. Sauf dans un usage esthétique, pour signifier la propriété d’une œuvre qui capte l’esprit et de ce fait, est qualifié de passionnante. Néanmoins, la raison est tout aussi perturbée à notre époque et tout récemment, Bernard Stiegler évoquait l’idée d’une société pulsionnelle. Voilà un sujet de réflexion. Qu’est-ce qu’une société pulsionnelle et comment se situe-t-elle par rapport à la raison ?

Google n’offre guère qu’une dizaine d’occurrences lorsqu’on l’interroge sur la « société pulsionnelle ». Aucune n’est pertinente. Il fut un temps où certains quotidiens posaient des questions aux lecteurs. Facétieux comme souvent, Foucault évoque ce quotidien allemand qui en 1784, publia la réponse détaillée de Kant à sa question, « qu’est-ce que les Lumières ». L’occasion pour Foucault de signaler un côté amusant lié à cette époque où des journaux posaient des questions parce qu’ils n’avaient pas la réponse ; tandis que de nos jours, quand les médias posent des questions, c’est pour demander un avis sur un sujet où chacun à déjà son opinion ; et donc, on est certain de ne pas apprendre grand-chose (Dits et Ecrits, p. 1381, T2, Quarto)

Il se peut bien, qu’en interrogeant des passants, nous n’apprenions rien de bien extraordinaire sur cette notion de société pulsionnelle. Juste quelques illustrations et autres évidences ciblant et répertoriant des comportements pulsionnels. Par exemple, un achat non prévu, sur un coup de tête. Ou alors une attitude agressive. Dans notre société de consommation, nombre d’achats sont impulsifs. Et les comportements parfois compulsifs. C’est de qu’on dit des personnes soumise à l’addiction consumériste. Si ça se trouve, les sociétés ont toujours été pulsionnelles mais les penseurs ne les ont pas désignées ainsi. Ce qui montre qu’il faut bien savoir de quoi l’on cause. C’est quoi une pulsion ? Et une passion ?

Evocation historique. Durant deux siècles, Passion et raison n’ont pas fait bon ménage. Descartes le premier, avait opposé ces deux notions. Dans la foulée, Spinoza, Hume et Kant ont chacun à leur manière déconsidéré la passion, la jugeant comme un phénomène parasitant le fonctionnement libre, moral et éclairé du sujet humain. Il faudra attendre Hegel pour avoir une appréciation positive de la passion qui, unie à la raison, permet aux peuples de réaliser de grandes choses. En fait, la passion s’avère être un élément perturbateur de la raison ainsi que de la représentation qui elle, fonctionne avec la volonté, guidant l’action. On revient ainsi à l’attribut originel de la passion, tel que fixé par Aristote. La passion est opposée à l’action, comme subir est opposé à agir. Chez les penseurs classiques du 17ème siècle, l’action est déterminée par la volonté alors que la raison ordonne, règle, oriente la pensée (représentation) et permet le raisonnement, la délibération. C’est en quelque sorte la noblesse du Sujet philosophique classique. La passion est un processus tout aussi subjectif mais qui se greffe au doublet volonté pensée, au point d’en perturber le fonctionnement. La passion n’arrive pas sous le contrôle actif du sujet. Mais, si l’on en croit Spinoza, les passions peuvent être maîtrisées en mobilisant des vertus comme la générosité ou le courage.

Ethique, partie III, proposition III : Les actions de l’esprit naissent des seules idées adéquates ; et les passions dépendent des seules idées inadéquates. Voilà qui est clair. Spinoza « flingue » carrément les passions qu’il considère comme des choses obscures que l’esprit ne peut percevoir clairement. Et qui par conséquent, embrouille la limpide clarté de l’esprit. C’est dans cet esprit que Spinoza dénonce la pitié comme une passion obscure. Après tout, en voyant un être semblable qu’on suppose être victime d’un mauvais sort, nous sommes le jouet d’une imagination trompeuse. L’empathie cognitive trouve ses limites dans la passion pourrait-on dire. Une tromperie du miroir, du même. Le sujet qui se complaît dans la passion (subie) se trompe sur lui-même et sur les autres, il lui manque la force de l’âme pour juger clairement des choses, des hommes de la Nature. L’une des passions les plus fortes, c’est l’admiration. Dans admiration, il y a « miration », autrement dit, le jeu du miroir. Que dire de plus ?

« Ce que nous entendons couramment par passion est une émotion violente et sensible de l’esprit à l’apparition d’un bien ou d’un mal, ou d’un objet, qui, par suite de la constitution primitive de nos facultés, est propre à exciter un appétit. » Hume, Traité de la nature humaine, p. 548, Aubier.

« La passion (…) se donne le temps et, aussi puissante qu’elle soit, elle réfléchit pour atteindre son but. L’émotion agit comme une eau qui rompt la digue ; la passion comme un courant qui creuse toujours plus profondément son lit (…) La passion est comme un poison avalé ou une infirmité contractée ; elle a besoin d’un médecin qui soigne l’âme de l’intérieur ou de l’extérieur, qui sache pourtant prescrire le plus souvent (…) des médicaments palliatifs. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, p. 109, Vrin.

La passion, telle qu’elle se comprend aux 17 et 18ème siècles, est une instance subie et parasitant le libre exercice de la raison, de l’entendement. Une sorte de poison. Et ce n’est pas exagéré que de considérer la passion comme l’équivalent sécularisé du péché pour les philosophes de l’âge classique et celui des Lumières. Ce péché ne suppose pas de faute originelle mais une disposition de l’âme humaine. Ainsi est la nature de l’homme. On note donc la prééminence du Sujet, la configuration élaborée du dispositif subjectif d’où tout part. L’homme était au centre de la philosophie. Maître, acteur, volontaire, pensant, raisonnant. En osant une pirouette à la Plotin, on peut penser que les passions relèvent de l’âme, hypostase de qualité inférieure à l’intellect, autrement dit la pensée, instance délivrant les idées claires de l’esprit où règne la raison. C’est ce qui ressort des philosophes classiques, de Descartes à Kant en passant par Spinoza. Avec Comte, c’est une autre histoire qui commence. L’effacement du Sujet au profit de la société. Et chez Hegel, c’est au profit de l’histoire, dont les grandes choses ne se réalisent que par la passion. Autrement dit, une altération de la raison (qui s’y retrouve dit Hegel avec sa thèse (son mythe) de la ruse de la raison). A méditer donc !!!

---------------------

Autre histoire. La pulsion. Qu’est-ce qui différencie la passion de la pulsion ? Une chose certainement, la dimension temporelle. Et une autre, la place de l’objet.

La pulsion est une notion clé en psychanalyse freudienne. Contrairement à la passion, considéré comme un processus passif (bien qu’inverti chez Hegel ou Nietzsche, la passion ne tétanise plus mais elle donne un élan à l’action), la pulsion est indéniablement liée au mouvement. Pulsion vient de pulsio, action de pousser, traduit en allemand par Trieb. La pulsion s’adresse à la quatrième hypostase, délaissée mais pas méconnue de Plotin. Le corps, autrement dit le soma et ses somatisations. Articulation entre le corporel et le psychique, telle se présente la théorie des pulsions chez Freud. Avec une articulation avec la représentation. Ce qui nous conduit évidemment à introduire un protocole d’investigation dénommé « Pulsion et raison »

Comme on s’en doute, le pulsionnel s’avère parent du passionnel mais s’en différencie. Sinon ce serait inapproprié d’employer deux mots pour désigner une même chose. Pulsion vient de pulsion, action de pousser et en allemand, de Trieb. Freud définit la pulsion comme une poussée ponctuelle et motrice visant à satisfaire un désir. Freud place le siège de la pulsion dans le soma. Alors que la passion règne dans l’âme. Telle qu’elles ont été construites à l’origine, passion et pulsion sont bien distincte et s’opposent, ne serait-ce que parce que la passion a été à l’origine un processus passif. Mais à l’époque moderne, la passion est un Janus, elle est subie autant qu’elle peut se révéler comme puissance (Hegel). Par contre, il n’existe pas de pulsion passive.

La temporalité différencie également les deux notions. Une pulsion se présente comme fugace, transitoire, et surtout, elle s’éteint dès lors que la satisfaction est obtenue par l’acquisition d’un objet ou bien la réalisation d’une action permettant d’assouvir son désir. La passion est au contraire une instance psychique inscrite dans la durée et qu’on ne peut éteindre si aisément. Comme la montré Spinoza, une des stratégie est celle du détournement. Il faut s’investir dans une volonté raisonnée, s’impliquer dans une tâche vertueuse et la passion s’estompe. Où va-t-elle ? Dire qu’elle est refoulée n’est pas approprié. C’est plutôt la pulsion qu’on refoule.

Ce qui nous conduit à distinguer deux modalités. Une passion semble être résolument subjective bien que causée par un fait extérieur, deuil, séparation, haine... Isolons un sujet que sa passion ne s’éteindra pas pour autant, persistant comme imprégnation diffuse, parfois trouble, des fois désagréables et d’autres fois plaisantes. Un objet ne peut éteindre une passion mais une pulsion étant dirigée vers un objet, elle s’éteint lorsqu’elle rencontre l’objet, quitte à revenir quand la charge libidinale remonte. Une autre dichotomie pourrait associé la passion à une relation à une altérité de même niveau, voir au-dessus lorsqu’il est question d’une passion religieuse ou historique. L’admiration, que ce soit pour un homme, une femme, la Nature sublimée, la haine, le manque après un deuil, la pitié, tous ces sentiments sont passionnels. Quant au pulsionnel, on le verra apparaître dans un désir purement charnel, où l’autre est l’objet du plaisir et non une personne, et de manière générale dans la grille infinie des affects liés aux médias, aux objets technologiques, aux marchandises.

Ainsi, la passion semble troubler voire doper et disons-le, passionner des époques historiques datées, 17ème, 18ème siècle, passion des libertés, des libertinages, expression des âmes, tension entre les volontés et les passions. Puis le siècle de Hegel (ou de Comte), époque romantique où la passion de décline dans les esprits, et même l’histoire. Passions politiques, idéologies…

21ème siècle. La société pulsionnelle n’a sans doute pas éteint les passions mais elle tend à la recouvrir. C’est l’époque de l’éphémère, des modes, de l’utile, de l’affect, des jeux, du zapping, des clics sur Internet, des manipulations compulsives des mobiles en attente d’un SMS. Justement, un SMS un jour n’a-t-il pas déclenché un crime pulsionnel quelque part en Lituanie ?

Et la raison dans tout ça ? Cet instrument qui est altéré par les passions ? Est-il altéré aussi par la pulsion ? Oui, c’est certain mais pas de la même manière. La raison est troublée par la passion alors que la pulsion met de côté la raison, semblent l’ignorer. Le résultat pourrait en différer ne serait-ce qu’à travers les différences dans les temporalités et les modalités. Une société pulsionnelle est différente d’une société passionnelle. Ne serait-ce que par l’aspect bougiste des comportements, pour reprendre une notion de PA Taguieff. Bougisme, agitation permanente. Mais plus le sens de la hauteur, propre à l’âge romantique. Bien ou mal, peu importe. Lors de l’émission où Stiegler intervenait, fut évoqué l’absence du sens de sacrifice caractérisant l’Europe. Voilà pour la passion politique. Quant au pulsionnel, il place l’individu dans l’homogène d’un monde somatique fait d’excitations. Lorsque Stiegler parle de sublimation, quel que soit le sens, psychanalytique ou philosophique, il traduit l’importance pour l’humain de se décaler d’un étage ou d’un escalier. La société pulsionnelle évolue dans l’escalier menant du soma à l’âme. La société passionnée se situe entre l’âme et l’intellect, la passion et l’idée adéquate.  

Soma, monde matériel, interfaces technologiques, profusion de marchandises, images objectives, sans contenu, voilà un descriptif de la société pulsionnelle. Un corps, une machine désirante comme disait Deleuze, ou une société libidinale selon Lyotard, ou une ère du vide pour Lipovetski. Eros, Marcuse, et une société sublimée. Tout dépend où s’investissent les énergies libidinales. Dans la pulsion, la dépense ou la passion, la raison créatrice ? The end.


Moyenne des avis sur cet article :  3.12/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

20 réactions à cet article    


  • vincent p 29 janvier 2009 12:16

    Vous en avez bien de la chance Mr Dugué de pouvoir jour après jour prendre la place des autres en mettant d’abord en ligne vos propres articles, si encore ce n’était pas tous les jours. Et la continuelle présence des mêmes sur les autres ? Cet instrument qui est souvent altéré par des passions ? Le cornichon pulsionnel aussi plus différent du cornichon passionnel ? A l’emplacement si désirant que je préfère le noyer de ma seule raison créatrice ? Que m’importe d’ailleurs l’article d’un autre, seul je compte, seul j’existe, seul je suis important, j’ai plus le sens de la hauteur ? Bien ou mal, peu importe vous aussi ?


    • vincent p 29 janvier 2009 13:13

      Malgré ce constat, je vais néanmoins faire l’effort de lire et de répondre à votre article, c’est la moindre des choses vous vous êtes bien donné la peine de l’écrire pour d’autres et non pas pour vous ?

      Et si on devait choisir un élément jugé perturbateur pour l’usage de la raison, on penserait certainement à la passion. Et en 2009 ?

      Tant d’empressement de la pulsion moderne sur la raison moderne, il y aurait tant à dire sur le commerce mondial des êtres pour la seule pulsion première de l’argent dans les têtes

      Qu’est-ce qu’une société pulsionnelle et comment se situe-t-elle par rapport à la raison ?

      Qu’est-ce qu’un écrivain pas toujours pulsionnel et comment se situe-t-il parfois par rapport à ses pieds ?

      Il fut un temps où certains quotidiens posaient des questions aux lecteurs.

      Il fut un temps où les esprits se rencontraient sans être autant attacher à certaines questions du corps, est-ce encore mon corps ou celui de Freud qui pense à ma place ? 

      « qu’est-ce que les Lumières ».

      Qu’est-ce que l’homme moderne sous une ampoule qui claque ? Une société qui fait faillite avec un tel chef de l’Etat à sa tête ?

      Si ça se trouve, les sociétés ont toujours été pulsionnelles mais les penseurs ne les ont pas désignées ainsi. Ce qui montre qu’il faut bien savoir de quoi l’on cause. C’est quoi une pulsion ? Et une passion ?

      Sans doute quelque chose de plus vital, sur cela je vous suis passion et raison n’ont jamais fait bon ménage entre le chef de l’Etat et notre Premier Ministre, une saine relation sadomasochiste ?

      Mais, si l’on en croit Spinoza, les passions peuvent être maîtrisées en mobilisant des vertus comme la générosité ou le courage.

      Ou alors une autre vertu ? Telle que la tempérance, ou la lenteur d’un homme allant carrément à l’encontre de la raison dominante du Chef celle de sa majorité endormie, quand la conscience de l’homme s’endort, d’abord se réaliser personnellement avec passion dans un parti puis après travailler plus pour gagner plus.


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 janvier 2009 18:29

        Vous êtes un authentique Français, marqué par la passion politique, qui a dominé votre raison analytique, vous écartant un peu du propos mais vous avez fait un bon commentaire


      • vincent p 29 janvier 2009 20:11

        Vous êtes un authentique Français, marqué par la passion politique, qui a dominé votre raison analytique, vous écartant un peu du propos mais vous avez fait un bon commentaire.

        Qu’est cela veut dire être un authentique Français ? 

        Vous ne m’avez pas compris non seulement sur mon premier commentaire, mais aussi sur mon deuxième commentaire ou j’ai pris la liberté de parler autrement de votre article en prenant l’exemple du politique. 
        Ce n’est pas non plus parce que je vous en reparle dans ces termes ou dans d’autres, que j’en sois systématiquement plus marqué que vous, croyez moi, il m’arrive parfois de lire ou d’écrire des articles sur le politique de manière autre, en essayant de faire passer certaines choses ou idées plus rationnelles comme vous. Bien sur cela dérange parfois, et donne parfois de l’urticaire ou des tics aux autres. Je crois en effet, vous comme moi que nous sommes marqués inconsciemment et consciemment par l’environnement actuel. Or malheureusement beaucoup de personnes sont réduites à baigner totalement ou à moitié dedans. Vous même reconnaissez, que lorsque vous éprouvez le besoin d’écrire certains articles en les postant quotidiennement sur AgoraVox, vous contribuez indirectement à entretenir ce vocabulaire ambiant, à vos lecteurs, avec les mêmes idées reçues en sommes nous souvent conscient ? Et le jour suivant vous vous donnez la peine de rédiger à l’autre opposé. Je trouve ceci parfois ambivalent, comprenez moi, oh bien sur de temps en temps vous faites exception à la règle, votre commentaire d’aujourd’hui, et vous me dites que j’ai fait un bon commentaire, tout en m’écartant de votre sujet, c’est si flatteur de votre part ! C’est donc tout ce que vous trouvez à dire à l’égard de vos lecteurs, il y a déjà tant d’hypocrites dans cette société, parlant souvent d’entraide, de solidarité, de liberté, etc, et je ne sais quoi d’autres ... 






      • L'enfoiré L’enfoiré 29 janvier 2009 14:02

         Salut Bernard,

         Je dirais qu’il n’y a pas passion sans raison (et vice versa).
         Hier, je voyais une émission scientifique "Matière grise". Le sujet "L’incroyable pouvoir des câlins".
         Sujet en plein dans le mille. 
         La philosophie est derrière tout cela.
         Pourtant, nous sommes au 21ème siècle. L’amour et l’eau fraiche, c’est plus trop les ingrédients dans la durée. La crise va encore le prouver. La période hippie, c’est bien dans le passé.  smiley


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 janvier 2009 18:27

          C’est exact, la passion ne fonctionne pas sans un zeste de raison, surtout à l’époque romantique. Et notre époque pulsionnelles est devenue déraisonnable de se passer de la passion.

          Damasio a redécouvert la place de la raison dans la passion mais les neurosciences, sous l’apparente nouveauté, ne font de redécouvrir ce que la philosophie savait déjà.


        • timiota 29 janvier 2009 19:44

          Puisque on est chez Stiegler, remontons d’un cran :

          je traduirais votre
          "ce que la philosophie savait déjà" ainsi :

          neurosciences et philosophie, sont dans ce cadre, dans une relation de transduction,
          Je remonte donc à Simondon, ce qui évite de poser la question de la préséance, fausse question d’ailleurs.

          Quant à Freud, j’ai l’impression qu’il n’est pas lu par Stiegler pour son apport psychanalyique au sens où l’entendent les Lacaniens si présents en France (et malgré des "différ[a]nces" Derridiennes pour dire autrement des transductions). Les opuscules qui montrent quelques inepties du Freudisme (e g celui de Pommier) ne sont pas complètement faux, et les dégâts de Bettelheim sont eux, tristes et avérés autour des autistes. 
          Donc il faut , Bernard, trouver d’urgence un mot pour dire
          "ce que Freud à mis au jour mais où la pscyhanalyse n’est pas opérationnelle" (pas plus que le café du coin, la sarkozyte aigue, ou la lecture de Baudouin de Bodinat)

          Vous prenez ce témoin de relais ?


          • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 janvier 2009 20:39

            Je ne vois pas ce que viennent faire les autistes, à moins d’imaginer que la psychanalyse ait été prise comme un salut universel, un remède universel. Auquel cas, je ne pense pas que ça fasse plus de dégâts que la religion catholique sur un cul de jatte. Qui certes, ira à Lourdes mais après, tout repartira comme sur des roulettes


          • timiota 29 janvier 2009 23:23

            Bernard,

            La vision de Stiegler laisse la place au doute et au "je ne sais pas", elle ne prétend pas tout expliquer, mais fertiliser les visions existantes, tout en étant décemment articulée.

            Vient s’y greffer notamment l’énergie libidinale, donc des concepts freudiens, que j’avoue ne pas maitriser.
            L’usage qu’on en a fait depuis qqs décennies est quand même sidérant. Je vous fiche mon ticket que les parties "tangibles" du "savoir" freudien seront revues un jour prochain, tout comme les histoires de neurones miroirs font revoir le rôle du mimétisme ces temps-ci ;
            Ces neurones, ce sont un mécanisme neuro-biologique d’abord, puis ils forment un médiateur/porteur d’empathie, puis enfin un mécanisme générant des topologies sociales , bouc émissaire ou autre formes du sacré (n’ai pas lu Girard depuis XX années, ni Dupuy récemment).

            Un des méfaits de l’école psychanalytique si puissante en France a été mis en évidence via le film de S. Bonnaire récemment, et d’autres réveils (dont des articles à faible succès sur ce site) : on continue en 2009 à culpabiliser des mères lorsque leur enfant porte, au fond, une "cécité mentale", dans la lignée de Bettelheim. C’est bien dommage, alors que ces personnes peuvent avoir une pensée originale et surtout une vie décente. (vous trouverez des liens autour de la pseudo "épidémie d’autisme" de la Silicon Valley, des geeks, etc.)

            Donc au lieu de sortir mon flingue, et sans espoir de réformer cette armée de psychanalyste déformés (et déformant Freud), si propre àl’hexagone, j’essaye de cerner l’utilité du discours freudien dans la vision de l’homme, du pulsionnel, et de ce que "la philo savait déjà" (Montaigne se serait poilé en lisant certains passage de Freud auprès de son poêle).

            En allant un cran plus loin, quand on ne sait pas faire une théorie de quelque chose, on peut voir empiriquement si on intuite bien en regardant les cas limites, donc les maladies et distortions principales qu’on peut attendre. Elles doivent éclairer et ne pas être incompatibles avec la vision qu’on se propose. 

            L’autisme se prête idéalement à cet exercice, en enlevant l’affect social, les biais socio-éco (fumeurs de Gitane maïs=ouvriers, etc.). Si on croit que l’esprit a son neurone miroir, et son circuit pulsionnel, et enfin son énergie libidinale pour le pousser à se sublimer par les neurones idoines, ce discours doit tenir la route quand on enlève ou modifie un des morceaux et qu’on regarde le "résultat". 

            Naïf ? oui mais...


          • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 janvier 2009 23:33

            J’ai lu votre commentaire

            Je vous suggère d’écrire un billet sur ce que vous décidez qu’il est bon d’écrire. Vous êtes au dessus de la moyenne dit mon intuition. Et ce billet mérite d’être poussé plus loin par d’autres. Je l’ai publié comme ouverture vers plus de compréhension. Il est volontairement incomplet, pour diverses raisons.


          • La Taverne des Poètes 29 janvier 2009 19:56

            On parle des "fruits de la passion" mais pas de "fruits de la pulsion", ce qui montre que l’on tient en bien meilleure considération la passion que la pulsion.

            Bon, d’accord, ce n’est pas brillant comme du Spinoza ou du Kant, c’est juste une petite pensée - poétique ?- personnelle. smiley


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 janvier 2009 21:01

              Sympa, un petit commentaire qui ne mangue pas de pain


            • Sinbuck Sinbuck 29 janvier 2009 20:11

              La société pulsionnelle est attachée au désir d’être ce qu’elle n’est pas ; comme l’est l’expression du pouvoir par le désir/possession de l’argent (souligné par Vincent). La raison et ceux qui l’utilisent avec ferveur se croient (croire est "opposé" à savoir) au dessus de toutes argumentations tant l’analyse n’est que contradictoire sans être vraiment créatrice.

              La plusion est une base de notre fonctionnement organique et la raison est aussi une base de notre fonctionnement mental. Le centre de gravité moyen de la société se situe (c’est vrai) au point médian de l’échelle de l’évolution de notre système nerveux, c’est à dire entre les pulsions et les raisonnements cartésiens. Et pourtant depuis plus d’un siècle, certaines branches de la science (mécanique quantique, relativiste...) ont "explosé" le principe de causalité et la façon pulsionnelle de penser. L’homme dit : le temps s’écoule de manière uniforme,..., les positivistes ne pouvaient imaginer le contraire car cette foutue "pseudo-raison" les condanment à penser par une suite linéaire d’opérations cognitives.

              Pulsion, raison,..., oui et après ! raisonnement par analogies, transcendance, immanence, créativité, détachement, inspiration, invocation, contemplation.... Faisons une croix sur ces tendances animales que sont les pulsions et le raisonnement linéaire pour tracer le cercle infranchissable du principe d’incertitude pour se convaincre que la raison n’est qu’une approximation de la réalité. Et que les pulsions sont autant animales qu’humaines. (je distingue l’acte pulsionnel de la spontanéité...)


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 janvier 2009 20:46

                Tout à fait, la pulsion est une part de l’essence de l’homme. Si on la supprime, on supprime le soma. Seuls, les anges n’ont pas de pulsions mais sont-ils passionnés ? Voilà une question qui nous décentre du sexe des anges.

                Pour le reste, la pulsion, elle ne doit pas devenir compulsion. Mais tout publicitaire rêve de trouver le slogan capable de dresser l’humain pour qu’il devienne compulsif. Ainsi va le système de la marchandise. Avec la bêtise de tous ceux qui trouvent amusant la compulsion, les phénomènes de masse etc... A quoi bon faire grève et manifester. Et si la pulsion de mort pouvait se propager ? Cela résoudrait le problème de la faim dirait Desproges


              • La Taverne des Poètes 29 janvier 2009 23:20

                La pulsion vous pousse, la passion vous porte.


              • moebius 29 janvier 2009 21:40

                les anges sont des etres qui n’ont pas de pulsion et ne connaissent pas le passion. Il sont essentiellement actif et jouent raisonnablement de la harpe sans se gratter les couilles


                • moebius 29 janvier 2009 21:47

                   et en plus ils ne font pas de fote d’orthographe


                  • moebius 29 janvier 2009 21:52

                    sociéte pulsionnelle c’est bien mieux que société pasionnelle, ce qui ne veut strictement rien dire... pas plus que société raisonnable, quel intéret. La société pulsionnelle ça ferait un bon titre pour le nouvel obs, ça sonne bien, 


                    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 29 janvier 2009 22:01

                      Il me semble que vous ne tenez pas vos engagements. On ne sait toujours pas ce qu’est une "société pulsionnelle". Mais vous posez un élément pertinent je crois.
                      La passion s’inscrit bien dans la durée, la pulsion est, elle, dans l’instant, hic et nunc.
                      Du moins, si l’on essaie charitablement de faire sens de ce que Stiegler veut dire.
                      Parce qu’il est très clair par ailleurs que la pulsion sexuelle s’inscrit dans la durée puisqu’elle couvre à peu près tout l’espace de la vie.
                      Ma conclusion, c’est qu’il y a belle lurette que les philosophes ne sont plus en mesure de nous éclairer sur cette science que l’on appelle la psychologie.
                      Bien sûr, ce n’est qu’une généralité qui peut souffrir maintes exceptions.
                      J’ai peur que Stiegler n’en soit pas une.


                      • timiota 29 janvier 2009 23:29

                        En effet, la partie freudienne / libidinale du discours de Stiegler est celle qui passe le moins bien pour moi. J’ai toutefois l’impression qu’elle ternit d’elle même avec le temps, ou qu’elle n’a pas de valeur opératoire qui ne soit contenue déjà dans le reste de sa vision.

                        Voir mon post spécifiquement sur la psychanalise, un peu au dessus, en réponse à ’lAuteur, qui en est tout vert, comme d’habitude.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès