Les prisons françaises : Qu’en est-il ?
Aujourd’hui, la prison coûte 1600 euros par mois et par détenu à l’Etat ; la durée moyenne d’incarcération d’un prisonnier est d’environ 8 mois.
Par ailleurs, le taux de récidive à la sortie de prison est le plus élevé que pour toute autre alternative à l’incarcération. Ceci est avant tout dû au fait que la prison désocialise les individus détenus car elle les met à l’écart de la société tout en ne permettant pas de bonnes conditions pour favoriser leur future réinsertion.
Pourtant, la prison a un double rôle : celui de protéger la société contre les individus dangereux mais aussi celui de les réinsérer convenablement dans cette même société une fois que leur peine prononcée à l’issue du procès est purgée. Le détenu a alors « payé » sa dette et redevient un citoyen ordinaire. Il doit donc être capable de vivre convenablement. Puisque la prison ne remplit plus de nos jours son second rôle, il est utile de rappeler qu’il existe de nombreuses alternatives à la prison telles que des obligations de soin, des suivis socio-éducatifs, des travaux d’intérêt général, des amendes, des suspensions de permis de conduire, des sursis plus fréquents...
Voyons d’abord l’organisation matérielle des locaux du milieu carcéral français. On ne compte pas moins de 175 établissements qui sont prévus pour accueillir les personnes écartées de la société.
Il y a tout d’abord 115 maisons d’arrêt prévues pour les prisonniers en détention provisoire, pour ceux condamnées à des peines inférieures à une durée d’un an et pour ceux qui sont en attente d’une affectation dans un établissement pour peine.
Les établissements pour peine sont au nombre de 60. Ils sont de plusieurs natures : les centres pénitentiaire qui comprennent au moins 2 quartiers à régimes de détention différents (maisons d’arrêts, centre de détention, maison centrale...) ; les centres de détention qui sont réservés aux prévenus condamnés à des peines supérieures ou égales à 1 an et qui présentent des perspectives de réinsertion favorables. Ce régime de détention est très orienté vers la resocialisation des détenus et donc leur réinsertion ; les maisons centrales sont elles, réservées aux condamnés les plus difficiles qui présentent des perspectives de réinsertion très incertaines. Le dispositif de sécurité y est donc très important. Il faut également savoir que 2 Maisons Centrales seront prochainement ouvertes ; les centres de semi-liberté réservés eux, aux condamnés admis par le juge d’application des peines avec un placement extérieur sans surveillance ou en semi-liberté. C’est-à-dire que le prévenu peut s’absenter de l’établissement pénitentiaire pour aller sur son lieu de travail ou bien pour suivre une formation ou des études ou encore pour suivre un traitement médical ; enfin, il y a les établissements pénitentiaires pour mineurs qui comme son nom l’indique sont des établissements réservés aux jeunes délinquants
Voyons maintenant les conditions d’incarcération dans ces prisons présentées précédemment.
Le nombre de prisonniers devient très inquiétant depuis 3 ans. Nous avons en effet atteint le niveau critique d’un prisonnier pour 1000 habitants. C’est un niveau « historique » qui n’avait encore jamais été inégalé depuis la libération de la France en 1944.
Ce niveau désastreux est accompagné d’un autre mauvais point pour la France : les locaux ne se sont pas multipliés proportionnellement aux détenus. Et forcément, cela crée de gros problèmes d’accueil. On assiste alors aujourd’hui à une surpopulation des prisonniers dans les cellules.
Quelques chiffres : en 2006, il y avait par exemple 50207 places opérationnelles pour 60771 écroués. La densité dans les prisons était de 121%. Un an plus tard en juillet 2007, la densité continue malheureusement d’augmenter pour atteindre 122%. En juillet 2008, elle explose pour atteindre selon Elisabeth Guigou, (députée socialiste de Seine-Saint-Denis et ancienne Garde des Sceaux) un taux de 126,9%.
La situation est paradoxale puisqu’en effet, il y a 10 établissements qui ont une densité supérieure à 200% ; 129 autres qui en ont une entre 100 et 200% quand 87 n’atteignent pas la densité de 100%. Cela paraît ridicule puisqu’il existe des places libres et donc inoccupées quand certains établissements accueillent deux fois plus de condamnés que prévu. Ce qui est tout à fait intolérable puisque l’on assiste à des situations dangereuses pour les prisonniers.
Concrètement cela signifie qu’en maison d’arrêt maintenant tous les coupables de délits et de crimes sont mélangés. Les délinquants sexuels ne sont par exemple pas toujours isolés et une personne qui est incarcérée pour conduite en état d’ivresse (délit) pourra se trouver dans la même cellule qu’un meurtrier (crime).
Cela doit sûrement vous rappeler l’histoire qu’a connu la maison d’arrêt Bonne Nouvelle de Rouen. Un jeune homme de 27 ans, Idir Touati, a été tué par son codétenu par 54 coups de couteaux le 10 septembre 2008. La victime était incarcérée pour récidive de conduite en état d’ivresse ; il devait alors rester en prison pour 1 an ferme. Sofiane Toumi, son assassin était lui incarcéré pour meurtre. Il avait d’ailleurs été soumis à une expertise psychiatrique qui ne révélait rien de particulier chez lui. Mais ses tendances suicidaires ne lui permettaient plus de rester seul. Ils lui ont donc fait partager sa cellule sans refaire d’expertise ; voilà le résultat. Après ce second meurtre, une nouvelle expertise est ordonnée, Sofiane n’a en fait rien à faire en prison, il est « troublé mentalement et nécessite alors des soins immédiats, assortis d’une surveillance constante » disait le psychiatre. Comment est-il possible qu’un meurtrier soit placé dans la même cellule qu’une personne emprisonnée pour délit routier ? Voilà les conséquences sur le manque de moyens des prisons car en effet, la prison Bonne Nouvelle de Rouen n’a pas d’interphones comme dans d’autres établissements pénitentiaires et le personnel est en sous-effectif la nuit selon le directeur.
De plus, cette prison accueille 750 détenus pour 650 places dans 400 cellules.
Par ailleurs, la fermeture de lits dans les hôpitaux psychiatriques ne fait qu’empirer cette situation qui devient délirante puisqu’en effet un plan de construction d’établissements est en oeuvre. On déplace donc des malades qui auraient besoin de soins psychiatriques en prison plutôt qu’en hôpital spécialisé dans l’unique but de faire des économies.
Ces actes sont non sans conséquences puisqu’il suffit de revenir quelques mois auparavant quand un prisonnier, Thierry Baudry, a été tué par son codétenu Nicolas Cocaigne, dans cette même prison de Rouen. Après l’avoir tué, Cocaigne avait commencé à manger son coeur. Le meurtrier n’avait strictement rien à faire en prison, cela aurait pu être évité. Il était malade psychologiquement, il devait donc aller dans un hôpital spécialisé pour être soigné et non en prison.
Ce sont les dégâts d’une politique carcérale inefficace que le gouvernement est loin de remettre en question puisqu’il continue de mettre en oeuvre son fantasme de faire des économies à-tout-va dans tous les secteurs. Mais ils devraient comprendre qu’il y en a qui sont plus sensibles que d’autres et qu’au contraire, il faudrait investir dedans plutôt que les vider de leur substance. Leur politique est tout à fait cohérente avec tout ce qui se passe autour : suppressions de postes dans l’éducation nationale, franchises médicales, suppressions de postes dans l’enseignement supérieur... La loi de rétention de sûreté de la garde des Sceaux Mme Dati reste dans cette lignée : un homme qui aura purgé sa peine permet de garder en détention des condamnés à des peines supérieures à 15 ans qui sont jugés dangereux « criminologiquement ». Cela ne favorise en rien la cessation de la surpopulation dans les prisons mais au contraire, cela contribue encore plus à augmenter le nombre de détenus par prison.
Une autre conséquence de la surpopulation carcérale, est cette fois-ci dénoncée par le Comité Européen de Prévention de la Torture qui, depuis 1991 dénonce les « traitements inhumains et dégradants » réservés aux prisonniers français sur plusieurs niveaux : santé, isolement, surpopulation.
Le rôle primordial de la réinsertion n’est plus assuré à cause du manque de moyens. Les détenus ont donc beaucoup de mal à suivre des formations de travail par exemple ; ce qui est primordial pour garder un lien étroit avec le monde réel de l’extérieur. En perdant ce « savoir-être » en prison, les détenus libérés sont condamnés à l’exclusion.
Où sont passées les promesses du Président de la République faites pendant la campagne présidentielle de 2007 ? Souvenez-vous, le candidat Nicolas Sarkozy promettait de diminuer le nombre de personnes en détention provisoire. En ne réservant que cette hypothèse aux cas d’atteinte ou de tentative d’atteinte à l’intégrité physique des personnes. Il souhaitait aussi placer dans de nouvelles structures « mieux adaptées » un grand nombre de personnes n’ayant rien à faire en prison. Et enfin, créer un organe de contrôle général et indépendant des prisons qui devait prévoir le fait qu’il ne sera plus possible d’obliger un détenu à partager sa cellule.
Ce sont bien là de jolies propositions. Mais qu’en est-il ? Le plan de construction de prisons est en marche, de nouvelles prisons sont sorties de terre ; pense-t-il vraiment que le problème de la réinsertion sera réglé ainsi ? Il semble cependant que la nouvelle loi de Mme Dati sur les conditions d’incarcération des détenus aille dans le bon sens au niveau des alternatives à la détention provisoire ; on privilégiera ainsi le bracelet électronique par exemple. La suppression de lits dans les hôpitaux psychiatriques va à l’inverse de ce qu’il faudrait ; il semble que la logique du marché ait envahi nos systèmes de santé... Nous allons droit dans le mur et courons vers de grands risques. Quant à l’organe de contrôle indépendant, ce dernier a dû échapper à la mémoire du président.
C.Merlaud

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