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Accueil du site > Actualités > Société > La ville post-carbone : green-washing ou réelle prise de conscience (...)

La ville post-carbone : green-washing ou réelle prise de conscience ?

Voici le nouveau concept qui viendra probablement flirter avec le développement durable dans les expressions à la mode qu’il faut absolument utiliser et mettre en avant.

Le terme est très intéressant car il exprime la nécessité de faire entrer les villes dans une nouvelle ère sans carbone.

Mais que veut dire une ère sans carbone ? Est-ce une réduction de quelques % de nos émissions de GES ? Est-ce l’indépendance à toute matière carbonée (essence, plastique, engrais...) ? Il y a un monde entre les deux.

La version Green-washing

A peine diffusée, l’expression est déjà reprise par certains pour donner une image verte à des projets qui n’ont pour autre ambition que d’augmenter encore et toujours la croissance économique et l’accumulation de biens matériels sans modifier les modes de vie. Je voudrais illustrer mon propos par cette définition du développement durable que j’avais trouvée excellente :

"Le développement durable c’est polluer moins pour polluer plus longtemps !"

greenwashing.jpg

Pour les villes post-carbone, c’est la même chose. Nous parlons alors de villes avec des structures modernes, bardées de capteurs, d’informatique, d’équipements électroniques et d’assistance technologique. Il ne s’agit pas de transformer l’organisation des échanges, il s’agit d’optimiser l’existant, de remplacer la voiture à essence par des voitures électriques et de pouvoir relier plus facilement les hypermarchés, les centres commerciaux, les aéroports ...

cluster-descartes.JPG

© Ateliers Lion architectes urbanistes, EPAMARNE

Voilà ce que veut dire "post carbone" dans ce cas : faire diminuer tranquillement et à notre rythme nos émissions de CO2, par l’utilisation d’outils plus efficaces énergétiquement.

Malheureusement il est démontré que cela ne sert à rien dans une économie de libre marché, comme l’explique Patrick Déry dans ses rapports. Je pourrais traduire une de ses conclusions de la manière suivante :

1/ Diminuer la consommation par consommateur, grâce à l’efficacité, libère de l’énergie

2/ La libération d’énergie fait baisser les prix

2/ Baisser les prix fait augmenter le nombre de consommateurs

3/ L’augmentation du nombre de consommateurs provoque une croissance globale de la consommation d’énergie

A chaque fois qu’il y a eu des politiques d’efficacité énergétique, celles-ci ont eu pour seule conséquence de faire baisser les dépenses énergétiques par utilisation mais jamais la consommation globale d’énergie. Celle-ci n’a donc jamais cessé d’augmenter sauf pendant les graves crises économiques ou pétrolières et malgré l’amélioration sensible des technologies.

La version "Après pétrole"

C’est la seule version à laquelle il faut attribuer de l’importance. Il faut considérer qu’une ville post carbone est un lieu qui va s’organiser pour s’affranchir de ses dépendances aux énergies fossiles et aux matériaux issus de la pétrochimie.

apres_petrole.jpg

Ce n’est pas rien ! Mais la notion de "post carbone" prend ainsi toute sa valeur et signifie que nous ne pouvons plus continuer à voir notre système dépendant d’une seule matière non renouvelable car celle-ci s’épuise et finira par coûter très cher.

Certaines études ont démontré que les grandes villes offraient la possibilité aux habitants de vivre en émettant peu de CO2, ceci grâce aux transports en commun, à une utilisation réduite de la voiture, à des logements rapprochés et plus faciles à chauffer. Pourtant ces villes ne pourraient pas survivre sans le balai incessant des camions qui remplissent chaque jour les rayons des supermarchés et autres magasins en tous genres !

Mettre en place une ville post-carbone c’est donc repenser l’agriculture, la santé, l’emploi, l’éducation, l’architecture, les transports, l’énergie, l’économie et la manière dont sont reliés entre eux tous ces secteurs.

Qui dit quoi ?

Les deux écoles de pensée peuvent se retrouver et se comprendre à l’occasion de rencontres, séminaires ou groupes de travail. Cependant elles sont considérablement différentes et ne représentent pas du tout les mêmes enjeux.

La version Green-washing est généralement mise en avant par les industriels, la plupart des économistes et autres partisans de la croissance infinie, ceux qui pensent que c’est la technologie qui sauvera l’humanité.

Ces personnes pensent généralement que la crise pétrolière est encore très lointaine, que nous avons largement le temps de modifier notre environnement et de mettre en œuvre des outils permettant de continuer à vivre de la même façon mais avec encore plus de confort. Elles pensent également que tous les pays du monde pourraient et devraient atteindre notre niveau de vie.

La version Après pétrole est plutôt développée par ceux qui estiment que nous risquons un énorme bouleversement de notre société dans les années qui viennent, notamment à cause de la hausse du prix ou de la pénurie de pétrole. Une fois que ce fait est assumé, la seule issue est de repenser l’intégralité des modes de vies, volontairement ou non. La façon de l’envisager peut largement varier, ainsi que l’urgence de la mise en œuvre, mais il y a dans tous les cas une conscience assumée de notre grande vulnérabilité et du faible niveau de résilience de notre système.

Parmi ceux-là figurent par exemple des hauts responsables de l’ADEME, le responsable de la mission prospective du MEEDDAT, l’ARENE IdF, la société Quattro Libri, les membres de la Zéco et tous ceux qui sont d’accord avec la théorie du pic pétrolier et qui participent à la conception de la ville de demain.

Lors du séminaire "Vers une ville post-carbone" du 9 septembre 2010, j’ai eu l’occasion d’entendre les deux versions, c’est pourquoi j’en fais une description dans cet article. Cela m’a permis d’entendre notamment que le pic pétrolier n’était pas attendu avant une cinquantaine d’années et que nous étions tranquilles pour longtemps, ce qui n’a pas manqué de me faire sourire.

Intéressez-vous à ce que sera la ville de demain, la ville de l’après pétrole, car nous sommes tous concernés. Mais comme pour le développement durable, méfiez-vous des contrefaçons !


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3 réactions à cet article    


  • aberlainnard 14 septembre 2010 21:42

    À l’auteur

     

    Nous n’aurons jamais assez d’écrits de ce genre sur AGORAVOX.

    Le fait que vous n’obteniez qu’une quarantaine de % de votes positifs au moment où je lis votre article permet de se rendre compte quel long chemin il reste à parcourir avant qu’une majorité de citoyens prenne conscience de l’ampleur et de la proximité du problème qui se présente à l’humanité en ce début de siècle.

    Le principal écueil auquel on s’affronte quand on aborde ce sujet est la méconnaissance des ordres de grandeur et du facteur temps qui sont pourtant des éléments essentiels à prendre en considération pour le traiter utilement.

    C’est, je pense, sur quoi il faut attirer l’attention des interlocuteurs qui n’ont pas encore eu l’opportunité d’avoir accès à un minimum d’informations chiffrées de sources raisonnablement fiables.


    • tchoo 15 septembre 2010 09:59

      Et c’est quoi l’énorme problème que la majorité ne voit pas ?

      la fin du pétrole ?

      oui, et alors ?

      ça fera moins d’émission de CO2

      la pollution de l’air de l’eau ?
      Oui, l’homme court à sa perte. La terre existera encore longtemps après la disparition de l’homme, provoquée par lui ou par elle.


      • theys 4 mai 2014 13:19

         Pour faire suite à cet article , j’ ajoute que les deux organismes cités ( Mission prospective du ministére de l’écologie et ADEME ont publié en septembre 2O13 l’ouvrage « Repenser les villes dans la société post carbone » ( 300 pages !) qui propose six scénarios vers des villes post carbone ... Nulle part il n’y est dit que le " peak oil sera dans cinquante ans !.....Bien au contraire ....

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