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Langues régionales à l’école publique : attaques sournoises

Le gouvernement aurait-il l'intention d'affaiblir encore un peu plus l'Education Nationale ? Aurait-il trouvé une nouvelle cible « facile » pour s'y prendre ? Cet article fait suite à la parution, ces derniers jours de deux articles concernant l'éducation dans les journaux de droite. Le premier, extrait de La Tribune est intitulé « Le vrai coût d'un élève jusqu'au bac » et le second, du Figaro, est titré « L'enseignement des langues régionales en question ». 

Vendredi 28 octobre paraît le premier article qui nous intéresse ici : celui de La Tribune faisant état des dépenses liées à l'éducation. Le chapeau de l'article de Marina Torre annonce clairement les choses :

« Passer une quinzaine d'années sur les bancs de l'école, cela a un coût. En France, l'addition est un peu plus salée que dans le reste des pays de l'OCDE mais loin derrière certains de nos voisins. Découvrez les pays où les frais de scolarité jusqu'à la fin du secondaire sont les plus chers. »

La suite de la lecture nous apprend que selon les pays, les dépenses ne sont pas prises en compte de la même façon :

« Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Corée du Sud et le Japon sont ainsi ceux qui dépensent le moins d'argent public pour l'éducation. A l'inverse, en France et en Italie 90% des dépenses sont prises en charge par l'Etat et les collectivités locales, avec une part bien plus importante de ces dernières en France, surtout depuis les lois de décentralisation.  »

Enfin, la journaliste conclut son article en nous expliquant que coût de l'éducation et qualité ne sont pas liés.

Parallèlement dans le Figaro du lundi 31 octobre, un second article attire particulièrement mon regard car il traite des langues régionales, et je ne cache pas que c'est là un sujet qui me tient à coeur. Marie-Estelle Pech et Nathalie Bougeard nous y expliquent par le menu que l'enseignement des langues régionales est plutôt vain : les élèves qui apprennent ces langues à l'école ne comprennent pas leurs aînés, ces classes sont parfois des passerelles pour éviter les ZEP et les parents d'élèves n'y voient qu'un intérêt du bilinguisme – sachant qu'apprendre l'anglais serait tout de même plus rentable ! -, et même les lycéens qui poursuivent cet apprentissage n'y voient aucune utilité ! … Mais en plus de cela, l'enseignement des langues régionales et en langues régionales coûte cher !

Je ne reviendrai pas point par point pour démonter cet article, qui par ailleurs se contredit en interne. Son objectif est clair, et d'ailleurs affiché dans sa question du jour : « Faut-il réduire l'enseignement des langues régionales à l'école ? »

Ce qui me trouble, suite à la parution de ces deux articles, c'est qu'ils font suite à une série d'évènements intervenus dernièrement. Tout d'abord, la tentative d'annulation des CAPES de langues régionales en début d'année civile. Ils n'ont été finalement ouverts qu'en raison de la pression de nombreux Universitaires, de professeurs et de parents d'élèves de toutes les régions concernées. Ensuite, l'annulation du concours de Professeurs des écoles publiques bilingues en Guadeloupe et à Nice. Les raisons évoquées par les deux Rectorats sont différentes, cependant, les similitudes entre ces deux évènements sont frappantes : les candidats ont pu s'inscrire au concours en juin-juillet dernier, puis ont reçu un courrier au mois de septembre (le 6 septembre en Guadeloupe) pour les informer que ce concours n'avait finalement pas lieu pour cause de « zéro poste ouvert au concours ». Sachant que les étudiants passaient les écrits les 27 et 28 septembre, cela laissait peu de temps de manoeuvre.

À Nice, suite aux actions des professeurs bilingues du public, et aux reportages de médias, un poste a finalement été ouvert, à la place des quatre postes prévus par le Plan Académique en cours. En Guadeloupe, la décision a été maintenue, cependant, les pouvoirs locaux ont été informés et une motion a été votée par le Conseil Général afin d'assurer l'ouverture de ces concours pour l'année prochaine.

Ces concours de professeurs des écoles publiques bilingues, gagnés à la suite de nombreux combats dans chaque région concernée, seraient-ils sur la sellette ? On peut malheureusement le craindre ! Malgré la forte demande des parents dans chacune des régions pour inscrire leurs enfants dans ces filières, le gouvernement tente une nouvelle destruction. Il poursuit simplement sa politique dévastatrice déjà bien entamée, employant l'argument pestilentiel du prix. Comme disait Abraham Lincoln : "Si vous trouvez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance" … c'est effectivement ce que notre gouvernement tente de mettre en place : l'ignorance pour tous, le savoir pour certains. Souhaiterait-il par ailleurs remplacer ces écoles bilingues « inutiles » par des filières français-globish ?

Et si l'éducation, c'était aussi ouvrir les enfants à une langue inutile sur le plan économique, mais riche sur le plan humain et culturel ? Si l'école arrêtait de se transformer peu à peu en une grande surface dans laquelle des parents consommateurs - pas tous fort heureusement - viennent se servir et redevenait un lieu d'apprentissages ?

À la question du Figaro, je réponds simplement : Faut-il donner les moyens à l'éducation d'être la plus riche et la plus complète pour tous ?

par gwennadenn (son site) vendredi 4 novembre 2011 - 17 réactions
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