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Accueil du site > Actualités > Société > Le 13 novembre 2015 a commencé en 1995 (II) Volet socio-culturel

Le 13 novembre 2015 a commencé en 1995 (II) Volet socio-culturel

Ce texte livre quelques impressions générales. Il n’a pas l’intention d’être exhaustif ni du reste consensuel. Quelques bonnes consciences seront sans doute choquées mais la philosophie n’a jamais eu comme finalité de confirmer les opinions partisanes ni de désigner des coupables. La philosophie tente de voir le monde dans sa diversité et si possible de livrer les ressorts et explications des choses historiques. L’intitulé est une sorte de boutade. Le 13 novembre 2015 englobe évidemment une configuration qui ne se résume pas à une série de carnages mais désigne en quelque sorte le lieu historique où nous sommes arrivés.


Retour sur 1995 en tentant de remémorer ces années. Le souvenir d’un monde morose, devenu moins chaleureux, mais coloré et parsemé d’artifices, en paix, hormis quelques faits divers tragiques liés au contexte politique et notamment un attentat. Prodromes de 2015 ? Toujours est-il que je ne reconnaissais plus le monde enjoué, contestataire, aventureux, créatif des années 1970. Peut-être la transition était-elle déjà en marche avec le no future des punks, la cold wave et la décadence des années 1980. La parole s’effritait, laissant place à l’individualisme. Ayant eu l’occasion de fréquenter les plages niçoises à plusieurs reprises, j’ai pu constater ce changement d’atmosphère, notamment la disparition des rassemblements de jeunes hirsutes aux intentions festives et musicales. Les gens semblaient repliés, indifférents aux autres. Pourtant la scène musicale ne n’est pas éteinte dans le courant des années 1990 mais l’intention politique n’y était plus ; excepté dans les marges altermondialistes aux artistes affiliés, de Chao à Cantat. La techno jouée dans les raves parties relevait plus de phénomènes esthétiques et culturels aux intentions gentiment anarchisantes. J’ai aussi le souvenir d’images vues sur le réseau câblé. Un présentateur scandinave affichant une morgue glaciale pour présenter émission de divertissement tout ce qu’il y a de plus banal. Je pourrais égrener ces souvenirs indéfiniment. Un seul mot décrit ce sentiment, le désenchantement.

Désenchantement, désespérance, décivilisation, déclin intellectuel, désolation, désarroi, déchristianisation, déculturation, désocialisation, décomposition, défection, démission, désengagement, détour, déprime, dépolitisation… Le devenir du monde joué à coup de « dé ».

1995 a vu également se dessiner une crise politique constituant en quelque sorte le miroir de la crise idéologique et intellectuelle. On se souvient de la dissolution de l’Assemblée par Jacques Chirac puis de l’arrivée du FN au second tour de la présidentielle en 2002. La suite des événements a confirmé cette crise, avec le rejet du traité européen en 2005, la trompeuse embellie de la campagne de 2007 et ses shows de karcher et de bravitude, avec une rupture sarkozienne déclinée en spectacle puis l’élection au rabais d’un président Hollande qui a montré son incapacité, masquée par des louanges d’une presse bien trop accommodante.

1995 a vu aussi la naissance du Net, lente au début, réservée à quelques initiés, puis définitivement installé dans nos existences, à des degrés divers dans tous les pays du monde. Personne n’a encore mesuré ce que représente Internet d’un point de vue technique et métaphysique. Nous voyons juste se dessiner des tendances. Internet est à la fois un outil pratique et un vecteur sémantique. Le côté pratique est bien ordinaire et trivial (en apparence ?) rapporté au côté sémantique. Internet a dévoilé toute la haine du monde se manifestant sous des degrés variables, depuis les trolls et autres snipers sévissant sur les forums et commentaires, avec les promoteurs de la vengeance et de la haine intercommunautaire, jusqu’à la nébuleuse des idéologues délirantes abusant des âmes paumées et manipulant des jeunes en quête d’action. Sans oublier les théories du complot, les divagations ésotériques, millénaristes, apocalyptiques et autres fumisteries.

Une thèse vient à l’esprit, celle d’une agitation mentale des populations mondiales avec l’usage d’Internet qui sollicite les âmes en propageant idées et images. Cette agitation ressemble à celle décrite par Simmel qui opposa la grande ville des années 1900 à l’existence rurale au cours paisible. C’est certainement la vie urbaine qui a façonné ce nihilisme européen bien décrit par Nietzsche. Peut-on alors dire que le Net est un facteur de génération du nihilisme contemporain dont les formes sont très diverses ? Pas si facile à établir si ce n’est au niveau superficiel en reconnaissant que la diffusion intempestive d’images et de mots à intention émotionnelle ou agressive peut retourner les âmes à l’envers, contre elles-mêmes puis contre la vie et le monde. Le Net devient un lieu d’errance et une sorte de désert au sens de Nietzsche. Le Net sert aussi à rassembler les âmes errantes. La foule 2.0 s’agite et devient fébrile. Les cerveaux 2.0 sont en ébullition, au rythme des tweets et de la 3G.

Cette existence à travers les réseaux sociaux traduit une certaine facticité de la vie devenue artificielle et superficielle. Les réseaux sociaux sont alimentés par les habitants des métropoles et des zones urbaines. Dans ces lieux où l’existence c’est comme la politique et le boudin, faut que ça pue mais pas trop. Je m’égare un peu dans ces élucubrations mais la vie à la campagne semble ressortir d’un éclat spécial si on la compare à la grisaille de la vie urbaine. L’humanité a sacrifié l’accord naturel pour bâtir ces existences parfois mornes dans les milieux urbains voués à la bureaucratie et la technique. Comment faire émerger une humanité accordée dans un monde voué à la technique et désaccordé tout en utilisant la technique ? C’est la seule question qui vaille actuellement. Le reste n’est que détails et insignifiances. C’est dommage que tant de gens occupent leur temps à vivre de ces insignifiances et de s’y complaire.

Je vous abandonne pour l’instant, avec des réflexions qui devraient être poursuivies dans un livre à écrire. Je crois que vous êtes morts. Je crois aussi en la divine existence et l’espérance qui la nourrit en l’accomplissant. Révolution ou résurrection ? A voir et à entendre !


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3 réactions à cet article    


  • njama njama 23 novembre 2015 14:07

    Bonjour Bernard Dugué
    ça n’expliquerait pas un peu le désenchantement, désespérance, décivilisation, déclin intellectuel, désolation, désarroi, déchristianisation, déculturation, désocialisation, décomposition, défection, démission, désengagement, détour, déprime, dépolitisation…  ?

    1970 - 2010 graphique du taux de chômage : http://france-inflation.com/img/chomage.gif

    source : http://france-inflation.com/graph_chomage.php

    si ça n’explique pas, ça coïncide bizarrement ... et devant ce qui paraît fatalité (?) inexorable, repli sur soi, on baisse les bras et profil bas ...

    Pour la déchristianisation elle commence juste après ww2, effondrement des vocations sacerdotales, mai 68 l’achèvera mais n’en est pas la cause.


    • njama njama 23 novembre 2015 14:23

      Pour combattre la morosité ambiante ou la déprime selon les cas

      L’appel des russes aux peuples d’Europe
      https://www.youtube.com/watch?v=VelRYSPYVIo

      ( source ,http://www.comite-valmy.org/spip.php?breve1552 )
      -
      la version anglaise approche les 250.000 vues
      https://www.youtube.com/watch?v=As89OKUAX3U


      • julius 1ER 23 novembre 2015 18:56

         la campagne de 2007 et ses shows de karcher et de bravitude, avec une rupture sarkozienne déclinée en spectacle puis l’élection au rabais d’un président Hollande qui a montré son incapacité, masquée par des louanges d’une presse bien trop accommodante.

        @l’auteur, 
        Hollande a succédé à Sarkosy.... mais à quelques milliers de voix près il aurait pu succéder à son ex-femme ...... et alors ???? 
        ce petit artifice de conjecture pour dire quoi finalement que le jeu entre ces quelques personnages n’aurait pas changé quoique ce soit de fondamental, car au travers de ce jeu de rôles, on voit bien que les enjeux sont ailleurs !!!! ce n’est pas un politique qui peut changer quoique soit dans l’état actuel des choses, il est juste un facteur aggravant .... c’est au peuple maintenant de dire dans quelle société il veut vivre ... est-ce comme le dit Macron et certains autres de devenir milliardaire l’horizon sociétal ou doit -on transformer la société pour la rendre plus humaine et plus juste et surtout réapprendre à vivre ensemble au travers d’un nouveau projet de société car là, est la question soit nous irons collectivement vers un projet humain et humaniste ou soit nous retournerons au tribalisme, cad la préhistoire, telle est aujourdhui mon intime conviction .....

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