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Accueil du site > Actualités > Société > Le 90e anniversaire de la bataille de Verdun.

Le 90e anniversaire de la bataille de Verdun.

Ce que l’histoire garde en mémoire, ce sont toujours les évènements les plus tragiques, les plus effroyables et les plus déterminants dans le destin du monde. Nul ne se souvient de la date du recensement d’esclaves en Grèce par Démétrios de Phalère (317-307 av J.C.), hormis les spécialistes de la question. A l’inverse, tout le monde peut citer de mémoire la date de la bataille de Marignan (1515), celle de la mort de Jeanne d’Arc (1431) ou celle de la découverte des Amériques par Christophe Colomb (1492). Il en a toujours été ainsi : seuls les faits marquants, qui correspondent, dans la majorité des cas, soit à des faits de guerre, soit à de grandes découvertes, sont retenus comme des dates historiques appartenant au patrimoine culturel mondial. La bataille de Verdun, 21 février 1916 - 18 décembre 1916, qui se termine par une victoire française, entre dans cette catégorie, non seulement parce qu’elle est l’affrontement majeur de la 1re Guerre mondiale, et par là-même le symbole de la résistance acharnée jusqu’au bout et au-delà de la capacité physique et morale des soldats qui y ont participé, mais aussi car elle a été marquée par de nombreuses avancées scientifiques (technologiques et chimiques). Ces évolutions très rapides se font dans le domaine l’aviation, des produits chimiques (utilisation des premiers gaz toxiques), des explosifs (les obus de taille « 80 » passent à la taille « 360 »), de l’utilisation du télégraphe... D’une manière générale, cette période voit la naissance d’une nouvelle façon de faire la guerre. On ne fait plus la guerre en 1916 comme on la faisait en 1870 : le matériel a changé, la stratégie a évolué, les uniformes sont différents et mieux adaptés, les techniques de communication ne sont plus les mêmes...

Le 90e anniversaire de la bataille de Verdun est celui du changement d’un monde, de la prise de conscience de l’horreur absolue qu’engendre la guerre, et surtout c’est un appel aux souvenirs et à la mémoire afin que ces faits ne se reproduisent jamais plus. C’est en gardant à l’esprit les sacrifices faits par le Poilu que nous ne reproduirons pas les même erreurs. Qui étaient ces Poilus de Verdun ? Des hommes de tous âges, venus de toutes les régions de la France et de toutes ses colonies. Allongés en première ligne au fond d’un trou d’obus à moitié rempli d’une eau boueuse et gelée, sous le feu des obus de « 80 », « 120 » et « 360 » qui pleuvaient toute la journée ; suffoquant de chaleur et de soif, enfermés à l’intérieur d’un fort qu’ils devaient protéger quel qu’en soit le prix ; ou enterrés au fond des casemates qui menaçaient de s’écrouler à chaque obus qui tombait : ils attendaient l’ordre d’attaquer. Leur mission se résumait en un seul mot : tenir ! Et ils tenaient... presque sans nourriture, car ceux qui devaient l’apporter depuis l’arrière se faisaient souvent tuer en chemin, et eux-mêmes préféraient se passer de manger au risque de mourir pour aller chercher du ravitaillement, et avec un fond de café froid pour toute boisson. Et, pire que tout, pire que les rats en surnombre dont ils ne pouvaient se débarrasser, que les poux qui les démangeaient à longueur de journée, que la boue envahissante qui se glissait partout, que la faim et la soif qui les tenaillaient, que le bruit assourdissant des bombardements qui ne cessait jamais : les morts et les blessés. Les cadavres jonchaient le sol sans que quiconque puisse les retirer ou les enterrer. Ils pourrissaient sur place, asphyxiant de leur puanteur tous ceux qui vivaient parmi eux, et ils étaient nombreux... Toute la première ligne. C’était de loin la chose la plus horrible qui soit, que de vivre caché, enfoncé dans la terre, tandis que les morts étaient étalés à la surface. Un monde inversé et insensé. Cette sensation d’horreur était renforcée par les gémissements des blessés agonisants, qui n’avaient pas assez de force pour se traîner vers l’arrière, et que les ambulanciers ne pouvaient venir chercher qu’à la nuit tombée, et en prenant de grands risques. Face à toute cette misère, à toute cette folie, les Poilus ne pouvaient se raccrocher qu’à une seule chose : leurs camarades de bataillon. Leur compagnie devenait leur seconde famille, chacun des soldats qui la composait était un frère d’arme, un ami avec qui ils faisaient face à toute cette horreur. La fraternité des Poilus, au-delà des barrières de milieux, de régions ou de langue, leur a permis de tenir Verdun durant les 10 mois de siège.

Fêter le 90e anniversaire de la bataille de Verdun semble parfois inutile et inintéressant à certaines personnes. En réalité, plus qu’une bataille, c’est une façon de penser que l’on honore. C’est le grand-père ou le grand-oncle qui sont tombés là-bas, il y a bien longtemps maintenant, mais aussi, et surtout, tous les soldats venus d’Afrique française (notamment les Sénégalais et les Marocains) ; on n’avait pas demandé leur avis, et ils sont morts pour défendre un pays qui n’était pas le leur. Dans le contexte actuel, il me paraît important de souligner ce point trop souvent méconnu.


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12 réactions à cet article    


  • Henry Moreigne Henry Moreigne 11 avril 2006 12:48

    Effectivement il faut célébrer le souvenir de Verdun, boucherie du siècle passé. Mais, il faut peut être aller au-delà, approfondir l’histoire, porter un jugement critique sur ces généraux, encore aujourd’hui honorés, qui ne voyaient dans leurs subordonnés que de la chaire à canon. Quid également de ceux qui à l’arrière prenaient du bon temps et réalisaient des profits substantiels ? Enfin ou sont au final les responsabilités politiques de ceux qui en concluant un traité indigne, celui de Versailles, ont trahi la mort des poilus en réunissant toutes les conditions pour voir éclater la deuxième guerre mondiale. Allez donc visiter dans la Creuse profonde ce petit monument aux morts jamais inauguré officiellement pour avoir osé graver dans le granit « maudite soit la guerre ». Oui, Maudite soit la guerre et maudite soit la bataille de verdun d’avoir jamais existé.


    • ilaï (---.---.219.211) 11 avril 2006 14:06

      Merci de votre commentaire. Je n’ai effectivement pas soulevé ces points très importants mais pour une bonne raison : mon article précédent qui portait sur le même sujet s’est vu refusé pour « point de vue personnel »... J’ai donc préféré écrire un article un peu moins critique. Je tenais vraiment à le faire car ces évènements sont de plus en plus oubliés, et ils ne devraient pas l’être.


    • pierrarnard (---.---.180.145) 11 avril 2006 12:48

      Qui saura dire l’horreur, la viande dechiquetée, les ames hachées, la peur au ventre et les tripes a l’air qui rampent encore dans les barbelés , poussées par un vain peristaltisme... Et les odeurs surtout, difficile d’imaginer une odeur.... Devant, l’ennemi, derrière les gendarmes toujours eux, qui tirent sur les trouillards qui reculent... Les tirs trop courts, les tirs justes,les tirs au hasard, le metal qui dechire la chair... De quel coté sommes nous, peu importe, c’est la meme chose depuis la nuit des temps, 2 tribus qui luttent pour un territoire de chasse, et toujours, bien qe l’on en ai edulcoré les recits héroiques, la haine putride de l’autre....... Sauf qu’a Verdun on est rentré dans l’ère industrielle. Une génération complete hachée menu, celle des étudiants qui auraient pesé contre Hitler quelques années plus tard...il n’y a pas vraiment de hasard. A l’arrière des femmes qui font tourner les usines et apprennent qu’elles peuvent se passer des hommes et demanderont bientot a voter..... Et loin, très loin de l’enfer les profiteurs de guerre qui pleurent un peu les morts en se frottant la panse..... Je pense toujours avec émotion au type qui sort de l’abri relatif de la tranchée pour aller courrir dans la mitraille .Si au lieu de la haine de l’autre ou la peur du gendarme on l’avait motivé avec un portefeuille d’actions krups aurait t’il eu aussi le courage d’aller se faire disloquer ???? Mais par dela l’enfer reste l’homme, celui qui trempé dans la merde sanglante de la guerre a encore le courage viscéral de survivre. J’ai gardé en mémoireune photo d’époque.Sur la plaque de verre trois gars qui trinquent joyeusement au fond d’une tranchée.En guise de table, une pile de cerceuis.Au dessus d’eux,accroché sur les restes d’un arbre ébranché pendouille la moitié d’un homme...... Hommage, messieurs, d’avoir eu encore un peu d’humanité dans l’indiscible.....


      • ilaï (---.---.219.211) 11 avril 2006 14:16

        Merci pour votre réponse, et merci de me faire croire qu’il y a encore des personnes qui connaissent ce sujet, qui ne le laissent pas sombrer dans l’oubli où il ne doit jamais disparaitre...


        • Mathieu2 Key 11 avril 2006 16:37

          Le début de votre article m’effraie... je vois que vous avez une licence d’Histoire, que peuvent bien vous apprendre les professeurs dans les facs françaises, je me le demande. Car mettre sur le même plan d’une part la découverte de l’Amérique et Verdun, qui sont effectivement des dates essentielles de l’Histoire mondiale, et d’autre part la bataille de Marignan de ce voyou arrogant de François III (François 1er pour les Français) et la mort de cette illuminée de Jeanne d’Arc, qui entend des voix qui lui disent de quitter la Lorraine pour aller guerroyer en France, c’est un peu fort !

          Sinon sur le message principal de l’article (WW1 première guerre moderne de l’Histoire), je suis d’accord avec vous mais bon, sans vouloir vous vexer vous n’avez pas fait une grande découverte.

          « La fraternité des Poilus, au-delà des barrières de milieux, de régions ou de langue, leur a permis de tenir Verdun durant les 10 mois de siège. »

          Comme c’est beau !... mais complètement faux. On dirait le style des manuels d’histoire de la France de l’entre-deux guerre... Une majorité d’Hexagons parlaient une autre langue que le français, donc je ne vois pas comment ils auraient pu fraterniser sous le drapeau français. Ils obéissaient à leurs officiers sinon ils étaient fusillés, point barre. Non seulement les Bretons ne fraternisaient pas avec les Français, et pour cause, mais il y en a même qui étaient fusillés parce qu’ils « parlaient boche », comprenez breton ! (oui se dit ya en breton, comme en allemand).

          « mais aussi, et surtout, tous les soldats venus d’Afrique française (notamment les Sénégalais et les Marocains) ; on n’avait pas demandé leur avis, et ils sont morts pour défendre un pays qui n’était pas le leur. Dans le contexte actuel, il me paraît important de souligner ce point trop souvent méconnu. »

          Ce point n’a jamais été méconnu. La preuve le succès immense après-guerre de la pub Ya bon Banania et de son tirailleur sénégalais. Simplement, une fois qu’ils ont servis, on les a renvoyés dans leur pays sans pension aucune. Un prélude au sort des harkis sans doute.

          Et ils n’ont pas été les seuls à qui ont a pas demandé leur avis, on ne l’a demandé à personne, ni les Sénégalais, ni les Bretons, ni les Catalans, ni les Marocains ni personne. De grâce, épargnez-nous cette démagogie sélective.

          Pierrarnard : « A l’arrière des femmes qui font tourner les usines et apprennent qu’elles peuvent se passer des hommes et demanderont bientot a voter..... »

          C’est vrai pour la plupart des autres états mais pas pour la France. Des pays ayant participé au conflit comme les Etats-unis (plusieurs Etats tout du moins, le reste en 1919), la Norvège, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, l’Australie ont institué le vote des femmes avant même WW1. Pendant le conflit : le Danemark, l’Irlande, le Canada, l’Angleterre, l’Union Soviétique, la Pologne, la Géorgie, la Tchécoslovaquie. Après le conflit l’Allemagne, l’Islande, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Suède, l’Autriche, la Hongrie, l’Afrique du Sud, l’Espagne, le Brésil, la Turquie ou encore les Philippines. Le vote des femmes n’interviendra en France qu’après WW2 comme pour son clone belge et l’Italie, ainsi que dans tout un tas de pays du monde (notamment suite à la décolonisation). Donc il est inexact de dire qu’en France la WW1 a généré le droit de vote des femmes ; elle a surtout généré une boucherie horrible et inutile instituée par des personnes (généraux et hommes politiques français et allemands notamment) bien en sécurité alors que les gens qui n’avaient rien demandé à personne, qui ne se sentaient la plupart du temps, en ce qui concerne la France, pas français, et qui n’avaient rien contre l’Allemagne, se sont fait massacrer.

          Pour finir je me cantonnerai au cas des Bretons, celui que je connais le mieux, en vous livrant quelques citations révélatrices :

          - Général Nivelle (se gourmandant après les 1800 morts du 64ème RI au chemin des Dames) : « Ce que j’en ai consommé de Bretons ! »

          - En 1916, un soldat de Mellionec, Fanch Laorans (François Laurent), est fusillé comme espion parce qu’il ne savait pas parler français.

          - Théodore Botrel : « La République nous appelle, sachons vivre et mourir, un Français doit vivre pour elle, pour elle un Breton doit mourir. »

          - « Les Bretons sont maintenant deux fois Français puisque morts pour elle ! »

          - sur ce lien http://contreculture.org/AT%20Monuments%20aux%20morts.html vous pourrez voir une photo du momument de Gentioux, dans le Limousin, où il est inscrit « Maudite soit la guerre ». A noter qu’en Bretagne les listes sur les monuments aux morts sont particulièrement longues. On parle de les compter tous afin d’avoir enfin le nombre exact de Bretons décédés pendant le conflit, car ce chiffre, aussi incroyable que cela puisse paraître, n’a toujours pas été transmis par le ministère des Armées ( et ne le sera sans doute jamais, alors que les Bretons formaient des bataillons propres, comme pour la guerre de 1870 d’ailleurs).


          • pierrarnard (---.---.180.145) 11 avril 2006 18:55

            Quelle animosité soudaine pour defendre la France !!! Mais dites moi je n’ai pas situé mon commentaire dans un camp précis. C’est vous qui y voyez la France et cette France vous voudriez la réduire aux Bretons tant qu’a faire.... Moi aussi j’ai lu Roger Laouenan qui donne d’ailleurs dans « les semailles de guerre » une version moins assurée du martyr de François Marie Laurent Mais c’est le danger de toute les monographies, a ne parler des Bretons ou des Sénégalais dans la guerre de 14 on peut en oublier les autres. Ce qui est sur c’est que des généraux formés aux ecoles obsolètes de la guerre de 1870 ont fait peu de cas de leur troupes.... Et comme a l’epoque on aprenait a l’ecole (voir les livres scolaires de ce temps, c’est edifiant) que le nègre est paresseux et l’arabe fourbe (si si, c’etait marqué...), les dit généraux ont eu encore moins de scrupules a envoyer ces dit sous hommes verifier si les mitrailleuses d’en face marchaient bien... Mais lorsqu’ils eurent usé les nègres, puis les bretons, les corses et tout ce qui ressemblait a un soldat valide il ont ramené au front les territoriaux et sorti les enfants des écoles pour donner a manger aux canons.Et les medecins d’inventer de quoi remettre sur pied les blessés au plus vite.... Mais défions nous de cette recheche morbide de la region, de l’ethnie, du village qui a le plus souffert. Il y a souvent derrière ce concours des sentiments peu avouables de marthyrisation et de justifcation revancharde Personne n’est rentré indemmne de ceux qui ont eu la chance de rentrer. D’un coté comme de l’autre. Mais la je crois que nous sommes d’accord.....


          • Scipion (---.---.241.83) 11 avril 2006 16:53

            Pour avoir une vision non gluante de la Première guerre mondiale, lire de toute urgence, les « Maximes sur la guerre » - http://quinton.chat.ru/ - du lieutenant-colonel René Quinton, le biologiste qui est entré dans l’histoire de la médecine en tant que découvreur des vertus thérapeutiques de l’eau de mer.


            • ilaï (---.---.219.211) 11 avril 2006 21:03

              Double merci !!! Le premier pour m’avoir écrit une appréciation gentille à la lecture de mon article, qui est soit dit en passant mon premier article publié... J’étais donc très anxieuse de la réaction des lecteurs. Le second pour avoir mis un second commentaire suite à son « attaque ». Votre réponse m’a remonté le moral. Un grand Merci.


            • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 11 avril 2006 19:20

              Ilaï salut,

              Quand je réfléchit à cette tragédie, je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces légions d’honneur qui ont été allégrement distribuées à ces personnes qui gravitaient dans le show-biz, et ce bien avant qu’elles ne le soient chez les derniers poilus !

              Sans autres commentaires !

              @+ P@py


              • ilaï (---.---.219.211) 11 avril 2006 20:39

                Double merci !!! Le premier pour m’avoir écrit une appréciation gentille à la lecture de mon article, qui est soit dit en passant mon premier article publié... J’étais donc très anxieuse de la réaction des lecteurs. Le second pour avoir mis un second commentaire suite à son « attaque ». Votre réponse m’a remonté le moral. Un grand Merci.


                • (---.---.160.169) 11 avril 2006 21:09

                  Votre petit article m’a fait penser à mon grand père, mort il y a une dizaine d’années. Il était Belge et avait fait la guerre dans les tranchées de l’Yser, il fut sans doute un des premiers gazés de la guerre ( gazé par l’Ypérite qui vient du nom Yper, Ypres en français, petite ville située sur l’Yser). Bien que décoré à plusieurs reprises, il n’aimait pas parler de la guerre, il en avait de bien trop mauvais souvenirs, disait-il....


                  • Mathieu2 Mathieu2 11 avril 2006 23:29

                    Si vous ne supportez pas la critique, il ne faut pas publier. Si vous ne voulez que des fleurs, il faut le dire carrément dans votre article. Vous vous plantez dans votre article et je vous le dit, c’est pas la mort non plus... si ?

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