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Accueil du site > Actualités > Société > Le business de la dernière heure

Le business de la dernière heure

Depuis que j’ai franchi le seuil des 65 ans, les entrepreneurs de pompes funèbres me témoignent une grande sollicitude et les assureurs tiennent essentiellement à ce que je me préoccupe, immédiatement et en leur compagnie, de mes inéluctables et coûteuse obsèques.

Il s’agit manifestement de ferrer le poisson tant qu’il est encore vif, sans attendre que des parents plongés dans le désarroi se jettent dans les bras du premier pompiste venu.

 

Ce matin encore, on m’a proposé « d’anticiper pour ne plus y penser ». « Anticiper » : ils en ont de bien bonnes ! Et puis, « ne plus y penser », quelle curieuse idée. Et s’il me plait à moi d’y penser, quand je le veux et comme je le veux. Tout en nous bombardant de sollicitations, les spécialistes des fins dernières nous proposent d’enterrer le sujet, comme si celui-ci ne méritait pas toute notre considération. Ces manières désinvoltes sont bien de notre temps : l’homo consommicus est prié de ne pas se laisser aller à la méditation.

 

Les inépuisables ressources du marketing sont largement mobilisées pour cette prospection, jusques et y compris les pompes sociales et solidaires, le « low cost » et le « discount », même si le caractère particulier du sujet a quelque peu contraint l’ardeur des créatifs : pas de pompes durables à l’horizon ; pas non plus d’offre promotionnelle, du genre « pour toute cérémonie programmée avant le …, la seconde est offerte ».

Pas non plus de couplage à ce jour avec les informations de la carte Vitale. On imagine sans mal les vastes perspectives que cela pourrait ouvrir : « Vous n’avez pas donné suite à nos précédents messages. Pourtant, cela n’a pas l’air d’aller fort. Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de … ».

 

Ferraillant contre les excès de l’ultralibéralisme, il me serait assez pénible, quand mon âme sera allée vaquer à ses occupations, de finir en matière première de cet ultime business. J’aspire donc à me dérober à la concupiscence des marchés, à me soustraire à ce pugilat commercial de la dernière heure, à cette brève mais farouche empoignade pour se saisir de ma dépouille.

 

Alors, que faire ?

Enquêter sur le crime organisé dans les quartiers chauds de Palerme et disparaître une gueuse au pied dans la baie du même nom ? Ne rêvons pas. Ces issues expéditives nécessitent du courage et de l’allant. Elles ne sont pas à la portée de tout le monde. Et puis, notre propos n’est pas de devancer l’appel.

Il y aurait bien la solution évoquée par Brassens dans ses « funérailles d’antan » : « à la grande rigueur, ne pas mourir du tout », mais lui-même n’y croyait pas trop.

Laissons donc faire le cours des choses et, puisque l’on nous presse de prendre des dispositions, saisissons cette occasion de finir en bonté. Joignons l’utile à l’agréable : faisons don de notre corps à la science, avec l’espoir qu’elle en veuille bien et le souhait qu’elle en fasse bon usage.


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17 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 16 novembre 2012 08:58

    La mort est un marché juteux entièrement privatisé. Votre enterrement est livré clefs en main, toute l’organisation des funérailles est prise en charge avec des options pour toutes les bourses et toutes les douleurs : le prix final perpétue ainsi, dans la mort, les inégalités sociales. Au delà de la mort, c’est l’amour que l’on portait au défunt qu’on évalue par la magnificence de ses funérailles. Et l’on culpabilise de ne pas faire le maximum pour ce cher disparu. Le marché de la mort n’a comme but ultime que le profit, bâti une fois encore sur le malheur des plus vulnérables. La cérémonie devient une manifestation ............

    voir : LA MORT A TOUT PRIX


    • scripta manent scripta manent 16 novembre 2012 12:19

      @ ROBERT GIL
      Merci de ce lien.
      Nous n’avons peut-être pas encore tout vu.
      Pour le moment, on privatise, on sous-traite les funérailles.
      A quand la délocalisation ?
      Après tout, en Europe, cela a déjà commencé avec les maisons de retraite. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?


    • ZEN ZEN 16 novembre 2012 09:26

      Bonjour

      Excellent papier
      Distancié à souhait, comme je les aime

      Mourrez, nous ferons le reste...
      Voyez nos produits...


      • scripta manent scripta manent 16 novembre 2012 12:11

        @ ZEN
        Merci.
        Oui, « nos produits » est effectivement une assez belle illustration de la verve des « communicants » sur le sujet. On goûtera en particulier le « en dernière minute », qui propose, clés en mains, « le deuil expliqué aux enfants ».


      • pidgin 16 novembre 2012 11:45

        Jolie description du marigot qui donne à penser.
        Humour décapant sur un sujet aujourd’hui à la fois omniprésent et occulté.
        Le passage de la mort était autrefois du ressort de religions en situation de monopole de fait.
        Cela rassurait les vivants comme rituel d’appartenance à une communauté.
        Les luttes d’influence spirituelles au chevet des brebis égarées, pour marquer son territoire, ressemblaient déjà à une lutte pour des parts de marché ... spirituel.
        Nos pompistes actuels n’en veulent qu’à notre porte-monnaie, c’est plus simple mais cela ne dispense pas de la vigilance.

         


        • scripta manent scripta manent 16 novembre 2012 12:33

          @ pidgin
          Il est d’ailleurs étonnant que l’Eglise, qui n’en est pas à une innovation marketing près, ne se manifeste pas sur la toile sur ce « créneau ». Cela viendra peut-être, il suffirait qu’un jeune et fringant vicaire montre la voie.
          Ceci dit, nous savons aussi que d’humbles officiants savent être présents auprès de « ceux qui restent », avec souvent le seul souci d’apporter un réconfort , sans beaucoup mettre en avant le dogme. Ceux-là sont bien loin des turpitudes du siècle. 


        • alinea Alinea 16 novembre 2012 23:13

          scripta : enfin, les petits laïus et la petite messe, les curés ne les donnent pas !


        • ZEN ZEN 16 novembre 2012 12:11

          Mais où sont les funérailles d’antan ?...


          • L'enfoiré L’enfoiré 16 novembre 2012 15:21

            @L’auteur,

             Nous sommes donc contemporains proches. smiley
             J’avais appelé cela « L’après ’Point mort’ ».
             C’était à l’occasion du jours des morts de 2009.
             Alors, cette année, j’ai changé mon fusil d’épaule et j’ai décrit la vie.

            • L'enfoiré L’enfoiré 16 novembre 2012 15:31

              « Enquêter sur le crime organisé dans les quartiers chauds de Palerme »


              Là, je dois avoué que je n’ai pas vraiment compris tout de suite le lien avec Palerme.
              Puis, j’ai réfléchi.
              A Palerme, il y a les catacombes de Palerme où on embaume les corps.
              Est-ce cela le lien ?


            • scripta manent scripta manent 16 novembre 2012 15:52

              @ L’enfoiré
              Merci pour les liens avec ces textes, qui complètent joliment le tableau.


            • Jason Jason 16 novembre 2012 16:36

              Ah non, vous qvez oublié les chrysanthèmes, c’est pour l’année d’après. Il faut voir loin en affaires, que diable !


              • Spip Spip 16 novembre 2012 18:58

                Si Brassens envisageait « à la grande rigueur, ne pas mourir du tout », il ne disait pas que ça, regrettant la banalisation des funérailles. Le passage sur « le plaisir enfantin de voir leurs héritiers marrons marcher dans le crottin » est réjouissant pour qui est en froid avec sa famille.


                http://www.dailymotion.com/video/xcxovb_georges-brassens-les-funerailles-d_music#.UKZ-FhxiDv4


                Pas d’infos par la carte Vitale ? J’ai un doute. Porteur d’une pathologie invalidante, je ne reçoit presque jamais de propositions d’assurances-vie ou de conventions d’obsèques...


                • scripta manent scripta manent 16 novembre 2012 19:13

                  @ Spip
                  Oui, c’est toute la chanson de Brassens bien sûr qu’il faudrait citer, juste pour le plaisir ...
                  « Aux fossoyeurs, aux croque-morts, aux chevaux même ils payaient un verre ... ».
                  L’écouter est encore mieux. Je viens de le faire. Merci.
                  Brassens a tiré sa révérence avant que l’ultralibéralisme donne sa pleine mesure. La fiesta du libre-échange et de la finance lui aurait sans doute inspiré quelques formules bien senties. 


                • jmdest62 jmdest62 16 novembre 2012 19:12

                  @ l’auteur

                  je commence à m’intéresser au sujet et je pense me tourner vers les possibilités du sponsoring .
                  Ainsi bien qu’étant un « mécréant » j’envisage une somptueuse cérémonie religieuse , suivie d’un cortège vers le cimetière pour faire profiter l’assistance et les « badauds » des différentes publicités et Logos que j’aurai faits poser sur ma bière ( Je suis de ch’nord !) .
                  Bien sûr , les marques de breuvages Belges auront une place de choix et je compte solliciter également quelques marques mondiales (M’Do , CaCa Cola , Nutella , what else !etc...) parce que je le vaux bien . (enfin ! je crois.....)
                  Je vais bientôt lancer les « appels d’offres » et je pense boucler mon budget avant fin novembre mais je ne prendrai pas de décision avant le 21 décembre 2012 ...il parait qu’un nouveau procédé gratuit de vitrification devrait « sortir » à cette date ...êtes vous au courant ?  smiley

                  @ +


                  • scripta manent scripta manent 16 novembre 2012 19:19

                    @ jmdest62

                    Excellent ça, la « caravane publicitaire » !
                    On peut imaginer toutes sortes de variations extrêmement stimulantes pour les « créatifs ».


                  • alinea Alinea 16 novembre 2012 23:10

                    Très drôle et « rafraichissant » ! pour le sujet c’est extra.
                    pour moi, le choix est fait : pas de Pompes, funèbres ou pas ; le rêve c’est de monter sur la montagne, comme les vieux japonais ( qui n’y allaient pas toujours de bon coeur d’ailleurs), me faire nettoyer par les vautours, les sangliers puis les fourmis.
                    J’ai une amie qui préfère les circaètes barbus qui, dit-elle, cassent les os pour manger la moelle. Hors la tête, il ne reste rien de vous et vous avez fait oeuvre utile écologiquement.
                    Un autre ami préfère se faire manger par les poissons ; aux survivants de se débrouiller !
                    À défaut, j’ai dit à tous : une caisse en bois de huit ou dix planches non rabotées, les copains font le trou et me portent.
                    C’est tout à fait légal !

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