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Accueil du site > Actualités > Société > Le café, assassinat programmé ?

Le café, assassinat programmé ?

Sur la place principale du village de mon enfance trois cafés se faisaient face. Mon père allait toujours au même, pas bien souvent, car nous habitions le hameau et seulement pour les grandes occasions. Celui-là semblait être le plus prisé par les paysans. Leurs conversations tournaient autour des prix des animaux, sur la météo et toutes sortes d’anecdotes amusantes concernant leur métier. Haut comme trois pommes, j’étais fier d’être assis à coté de lui, mais un peu frustré de ne pouvoir accompagner mes grands frères, adolescents autonomes, dans celui d’en face, tenu par une femme blonde à l’accent du Nord. Plus moderne, il possédait un juke-box et un flipper, ainsi que, – au moins pour ma mère, une réputation douteuse. Je ne me souviens pas des spécificités du troisième café, moins populaire.

Durant dix ans, et avant que la municipalité ne crée un complexe rural, le village n’avait pas eu de café. Il fallait voir, après les enterrements qui, à la campagne, réunissent toute la communauté villageoise, les petits groupes bras ballants ne sachant comment se séparer, pour comprendre que le manque d’un lieu de vie commun était criant.

La rentabilité de trois cafés pour un village de 400 habitants est, bien entendu, inimaginable aujourd’hui. Mais leur quasi-disparition dans le monde rural est due à une succession de politiques publiques excessives, malgré leurs motivations légitimes. De tout temps, les cafés ont étés des lieux d’accueil, de rencontres et de rendez vous. Pour certains ils sont une agora moderne, des lieux de militantisme et de résistance. Sociaux, culturels, politiques, administratifs, – il faudrait des pages pour détailler tous les usages des cafés dans le temps, tellement ils sont protéiformes.

Vous vous souvenez sûrement des étagères derrières les bars où trônaient des dizaines de coupes étincelantes ; les clubs sportifs avaient leurs siéges sociaux dans les cafés, et les dirigeants, les joueurs et les supporters s’y retrouvaient. Ce fut le commencement de la fin quand le législateur décida que cette promiscuité était intolérable. De fait, comme les habitudes se perdent difficilement, on vit apparaître les « club-houses » autour des stades ou sous les tribunes. On a voulu sortir le sportif des bistros et on a fait entrer l’alcool clandestinement dans les stades. Les municipalités ont fermé les yeux d’autant plus que les ventes en buvette des boissons légales (ou non) génèrent des bénéfices qui sont toujours cela de moins à donner en subventions. Mauvais coup pour le café, bénéfice nul pour la santé publique.

Je ne remettrais jamais en cause la politique de sécurité routière qui a permis de réduire de moitié la mortalité sur le réseau routier, cependant elle a trop souvent pris le cafetier comme bouc émissaire. C’est pourtant le seul qui a une licence accordée par l’état et qui l’oblige à respecter le code des débits de boissons. Les grandes surfaces proposent en libre-service des alcools forts, à des prix défiant toute concurrence. Il suffit de voir, les après-midi des vendredis, tous les groupes de jeunes emplissant leurs chariots de fioles et canettes en tout genre pour comprendre que l’alcoolisation se fera sans contrôles, n’importe ou, jusqu’au petit matin. Alors qu’on aura pris soin d’obliger à fermer les cafés à minuit ou une heure. Dans les années 80, après l’Espagne, le phénomène du « boteillon » se répand en France, et va poser un vrai problème social difficile à éliminer. Tapage nocturne, saletés, insécurités, comas éthyliques en sont les corollaires. Qui profite de la vente massive des boissons alcoolisées à bas prix, si ce n’est les grandes surfaces et les brasseurs ? Qui montre-t’on du doigt, à chaque fois que le sujet refait surface : les cafetiers et les discothécaires.

La législation sur le tabac a porté le coup de grâce fatal à près de 4000 cafés en 2008. Même si les gens s’étaient arrêtés de fumer, pour autant la fréquentation n’aurait pas baissé. La lutte contre le tabagisme étant d’intérêt public, les tenanciers et le personnel des établissements qui ont réussi à dépasser ce cap difficile reconnaissent combien la qualité de leur vie au travail s’est améliorée. Mais ce sont des milliers d’emplois qui ont disparus dans l’indifférence générale. Il faut savoir que, une fois de plus, ce sont les zones rurales qui ont le plus souffert.


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17 réactions à cet article    


  • gpaug 30 mai 2011 11:53

    Cet article évoque justement la triste réalité d’une politique à la petite semaine qui ne voit que les problèmes et les moyens radicaux éliminant les sources supposées des problèmes, alors qu’avec un minimum de réflexion et d’analyse on aurait compris l’intérêt social du café.
    Ceci pourrait aussi s’appliquer à d’autres domaines comme la répression à tout crin qui incite certains conducteurs à foncer sur les barrages de police.

    A mon avis, une grande majorité des lois votées sur les sujets de sécurité et de santé publiques sont au mieux à refondre totalement, au pire à jeter...


    • jymb 30 mai 2011 13:10

      100% d’accord, les lois et règlementations hystériques sont efficaces à court terme et catastrophiques à moyen terme


    • frugeky 30 mai 2011 12:22

      L’intérêt social du café

      Il est là le problème, justement.
      Je me rappelle d’un livre sur la troisième république où le café était présenté comme l’église de la république.
      La volonté manifeste de faire cesser les cafés est-elle pendante de la fin de la république ?


      • gaijin gaijin 30 mai 2011 13:21

        morts les cafés
        mais aussi morts les restaurants
        des individus isolés
        aculturés
        se méfiants les uns des autres
        avec pour seule communication avec le reste du monde la télévision d’état
        voilà l’idéal social vers lequel nous mènent nos dirigeants

        bonjour chez vous


        • Aldous Aldous 30 mai 2011 13:56

          Le café c’est une petite agora de quartier, la Pnyx des petits village.

          Le dernier lieu de démocratie directe en dépit de la mauvaise réputation du propos de bistrot parmi les élites.

          La TV leur a fait un sort, mais des lieux comme Agoravox les font renaitre virtuellement.

          Pour le coup, j’me reprendrait bien un petit verre pour trinquer à la santé des bistrots.

          Patron ! Remettez moi ça !

          Bon, j’vous laisse, faut que je fasse le patron, parce que c’est pas AV qui va passer le coup de chiffon sur le zinc !


          • gaijin gaijin 30 mai 2011 16:03

            qu’est ce que tu prends ?


          • slipenL’air 30 mai 2011 14:31

            le BAR
            un endroit pour la fête ou la guerre.
            une bonne gros partie de manille coinché
            celui qui perd, paye la tournée.
             smiley

            déjà 2 heures du mat c’est ma grosse qui va coincé
            et merde on en refait une petite dernière... smiley


            • nilasse nilasse 30 mai 2011 15:40

              je vis dans un village de 2500 habitants et nous avons 11 cafés !! en termes de lien social,c’est beaucoup de poivrots qui n’ont que peu de choses a raconter et des médisances par bateaux entiers. alors parler de lien social,c’est très exagéré. ce n’est pas de bar dont la france rurale a besoin,c’est de boulot et d’ouverture sur le monde (ou tout au moins sur la france).


              • archestratos 31 mai 2011 06:47

                2500 habitants et 11 cafés !!!! c’est bien rare ! Vous qui ne les aimez pas, vous devriez demenager dans une commune ou il n’y en a plus un seul. C’est plus fréquent. Vous verriez que le chomage et les poivrots y sont aussi.


              • nilasse nilasse 31 mai 2011 08:22

                je n’ai pas dit que je n’aimais pas les bars,je dis qu’avant de defendre leur survie,le monde rurale a bien d’autres chats a fouetter. je vis en ardeche et croyez moi,ce que vous décrivez comme l’assassinat programmé des cafés n’a absolument pas lieu ici. par contre,la demographie vieillissante et le manque cruel de travail sont criant. il y a plein d’autres moyens de creer du lien social autres que d’aller boire des demi en comptant les mouches au plafond en parlant de son voisin.


              • sleeping-zombie 30 mai 2011 19:16

                Hello,

                Amusant de citer un seuil de rentabilité pour ensuite ne te focaliser que sur les aspects légaux.
                Quand la bière coûte 5€, c’est à dire une bonne demi-heure de salaire (et je suis pas au smic), faut pas s’étonner que pas mal de monde préfère payer le chauffage et la viande plutôt que l’alcool...


                • archestratos 31 mai 2011 06:49

                  Bonjour

                  ce ne sont pas les cafés qui sont le plus cher qui disparaissent. 5 euros la biére c’est les beaux quartiers


                • archestratos 31 mai 2011 06:52

                  Merci à tous qui avaient commenté si bien mon article.

                  quesque vous prenez ? c’est ma tournée


                  • BOBW BOBW 31 mai 2011 11:26

                    Un pastis-tomate mais dans votre bistro de village ,surtout pas au Fouquet’s. smiley


                  • lloreen 31 mai 2011 10:46

                    Sous couvert de vouloir toujours protéger les hommes d’eux-mêmes (ce qui est la plus grande des escroqueries mentales, puisque cela revient à dénier à chacun sa liberté fondamentale) les psychpathes qui nous gouvernent (plus pour longtemps, je l’espère) voulaient en fait en arriver à ce que plus personne ne puisse se rassembler pour échanger.Il y avait naturellement le prétexte de lutter contre l’alcool, mais tout être tant soit peu adulte voit bien que l’alcool -véritable fléau social, je le reconnais absolument- n’a pas disparu de la société pour autant, au contraire.
                    Par l’exemple suivant vous voyez que ce système, car c’en est un, n’a qu’un seul but qui est la dictature absolue.Nous y sommes en plein, d’où le sursaut des citoyens qui en voit enfin la réalité.

                     http://www.dailymotion.com/video/xfkxkh_quart-d-heure-de-celebrite-de-jean-luc-nobleaux_news


                    • lloreen 31 mai 2011 10:47

                      pardon : qui en voient


                      • lloreen 31 mai 2011 10:54

                        La seule solution est l’éducation.
                        Cafés, cigarettes, radars ne sont que des prétextes.Le but escompté par les eurodictateurs illégitimes est la société totalitaire dans laquelle nous nous trouvons depuis longtemps.Dans cette optique ,nous sommes destinés à devenir de véritables robots biologiques décérébrés soumis au « bon vouloir »« de nos »anges gardiens« .
                        Remplacez bon vouloir par mauvaise intention et supprimez »ange" pour ne retenir que gardiens et réfléchissez à l’étendue du désastre pour l’humanité.

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