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Le centième anniversaire de la plus ancienne revue pédagogique et syndicale

Agoravox se doit de saluer le 100 ème anniversaire de cette revue qui a toujours combattu l’injustice, la bureaucratie, l’exploitation capitaliste, le stalinisme et le cléricalisme...
Cette vieille dame continue à combattre sans faiblir et à fonctionner un peu comme ce média avec des contributeurs et rédacteurs totalement bénévoles.
Ils n’ont pas peur, eux aussi d’exprimer des désaccords.

 

L’ECOLE EMANCIPEE VA SOUFFLER SES 100 BOUGIES !

La centenaire a encore des forces renouvelées.

Depuis un siècle, elle combat inlassablement le capitalisme, la bureaucratie et le cléricalisme.

Internationaliste, féministe , l’Ecole Emancipée s’est engagée au côté des travailleurs pour leur émancipation .

Il y a un siècle exactement, une poignée d’instituteurs et d’institutrices syndicalistes préparait la sortie d’un bulletin syndical et pédagogique : l’Ecole Emancipée.

Cette revue existe encore de nos jours.

Elle a connu beaucoup de vicissitudes et subi la répression la plus féroce durant les périodes noires de l’histoire mais jamais n’a faibli ni failli.

Depuis 2002, elle a repris le nom de l’Emancipation, premier bulletin des syndicats d’instituteurs alors qu’une autre revue animée par des syndicalistes FSU a gardé le « label » : Ecole Emancipée.

Il n’y a ni local syndical, ni permanent.

Les hussards noirs de la République subissent le triple joug, celui de l’administration, celui des potentats locaux et de la hiérarchie catholique qui après la séparation des églises et de l’Etat n’avait pas désarmé loin de là.

Souvent les instituteurs adjoints logés sur place doivent demander une autorisation de sortie le soir au directeur.

L’Eglise, encore toute puissante continue à dénoncer l’école du diable et à poursuivre de sa haine l’école « sans dieu ».

Les Maires réactionnaires n’hésitent pas à demander le déplacement de tel enseignant.

Il n’est pas facile d’être instituteur et surtout de s’engager dans une réflexion et une action corporative et pédagogique.

En 1907, plusieurs centaines d’instituteurs syndicalistes ayant constitué la fédération nationale des syndicats des instituteurs annoncent publiquement leur rattachement à la CGT.

Les « républicains » au pouvoir ont tout de suite réagi : il n’était pas question que des fonctionnaires puissent rejoindre les bourses du travail.

Marius Nègre, secrétaire général de la fédération est révoqué par décision du Préfet de la Seine, malgré l’avis contraire émis par le Conseil départemental.

Georges Clémenceau qui est à la tête du gouvernement veut faire céder les instits et n’a cure des structures dites paritaires.

Les préfets doivent se montrer fermes...

Les syndicats ne désarment pas, ils décident de rémunérer Marius Nègre grâce à leurs cotisations et de lancer un appel à la profession.

Le Congrès d’Angers, tenu en 1910 décide de constituer une coopérative d’édition et de lancer dès la rentrée une revue pédagogique hebdomadaire.

Quelle témérité ! : sortir une revue corporative avec moins de 2000 adhérents, sans moyen.

Pour financer les premiers numéros, les dirigeants n’hésitent pas à vider leur caisse d’épargne personnelle...

« Instruisons-nous et armons-nous. Ce sera le but de cette revue. Ce sera aussi sa devise.... »

Il s’agit de se perfectionner dans sa profession, « c’est le premier devoir de l’ouvrier probe et consciencieux, du fonctionnaire soucieux de bien remplir les obligations qu’il a contractées, du citoyen désireux de contribuer de son mieux à la prospérité publique. »

Les instituteurs syndicalistes prennent position clairement sur la question du contenu de l’enseignemement :

Les objectifs visés sont clairs

« Montrer la chose avant le mot ; remonter du fait à la cause, aller de l’exemple à la règle, du simple au composé ; procéder par analyse et non par synthèse. Au point de vue enseignant, alléger les programmes, supprimer l’accessoire, les détails que l’enfant apprend de lui-même et sans effort, n’enseigner que ce qui est essentiel... »

En ce mois d’août 1910, les premiers articles de l’Ecole Emancipée sont écrits, l’équipe de militants et de militantes totalement bénévoles préparent la sortie pour la rentrée scolaire d’une revue sera dès son premier numéro un vecteur de formation professionnelle et un outil au service de l’action syndicale, sociale, éducative et laïque.

L’Ecole Emancipée, fidèle aux principes de lutte de classe et d’internationalisme sera suspendue par la censure militaire au cours de la guerre 1914-1918.

Elle mènera le combat pour la reprise des relations internationales, pour la cessation des hostilités et une paix juste immédiate.....

Si elle salue et soutient la révolution russe, elle s’opposera très tôt au stalinisme qui est pour elle la négation du socialisme....

Jean-François Chalot


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8 réactions à cet article    


  • raymond 12 août 2010 11:06

    Bonjour Chalot, cela méritait d’être souligné en effet, surtout avec sa dure condition de travail dûe à la nouvelle composition sociétale et à la misère qui augmente (misère dans tous les sens )


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 12 août 2010 12:40

      C’est vrai que cette revue est exceptionnelle. Elle a réussi à traverser les innombrables crises de l’extrême-gauche politique et syndicale jusqu’à la déplorable scission-captation de l’héritage par la fraction enseignante de l’ex-LCR. Tant que chacun a accepté de jouer le jeu du « consensus », la cohabitation des diverses sensibilités a été possible, malgré les heurts et les crises. La crispation sectaire de certains trotskistes impatients d’occuper les strapontins offerts par U&A au sein de la FSU a rendu la scission inévitable. Les manœuvres juridiques qui ont permis la main-mise d’une fraction politique sur le vieux et prestigieux titre ont contraint les militants fidèles à l’esprit des fondateurs à se perpétuer en reprenant le vieux titre du bulletin de la Fédération des Instituteurs de 1905, l’Émancipation. C’est pourquoi ses responsables actuels sont fondés de revendiquer l’héritage et de célébrer « leur » centenaire.


      • anty 12 août 2010 13:29

        L’Eglise, encore toute puissante continue à dénoncer l’école du diable et à poursuivre de sa haine l’école « sans dieu »

        Bientôt il faudra dire la mosquée toute puissante....


        • Amadéi Henri 12 août 2010 15:16

          Tout à fait d’accord avec l’article de Jean-François CHALOT.
          Quelques remarques :
          Les premières et premiers instituteurs-trices qui rejoignirent les Bourses du Travail (leurs camarades de classe et de luttes) et s’organisèrent syndicalement le firent malgré les risques (sanctions, révocations, interdictions). Le refus de parvenir était un principe syndical. Leurs revues furent L’Emancipation de l’instituteur (fondée en 1903) puis l’Ecole Emancipée (1910) puis L’Emancipation Syndicale et Pédagogique (2002). L’Emancipation rimait avec l’Ecole du Peuple (face à tous les pouvoirs, notamment politiques, militaristes, patriarcaux et cléricaux). Des militantEs de sensibilités diverses (pédagogiques, anarchosyndicalistes, syndicalistes révolutionnaires, féministes, antimilitaristes, antiautoritaires,...). Des fractions politiques à prétentions avant-gardistes tentèrent parfois de noyauter, certains par exemple vers 1969 (échouèrent), 2000 (« succès » partiel et scission : voir le message de Jean Mourot). Des militantEs de l’Emancipation interviennent dans la FSU (tendance oppositionnelle, de lutte), SUD, la CNT, la CGT, PAS Pour une Alternative Syndicale, les collectifs et coordinations de lutte, des mouvements laïques, antimilitaristes, féministes, ... au service des mobilisations et sans prétentions prétendument « avant-gardistes » d’une soi-disant « juste ligne » parachutée. Dans les manifs laïques nous scandions notamment « Une Ecole sans patrons, une Ecole sans curés, une Ecole sans armée, une Ecole Emancipée ! ».
           ; amadei.henri@wanadoo.fr ; 


          • CHALOT CHALOT 12 août 2010 16:36

            Luc Bentz, militant de l’UNSA Education a adressé ce billet qu’il me permet de mettre ici


            Des lecteurs aiment ça (article) :
            "Et tout ceux qui, à un moment ou à un autre de leur engagement, ont été proche de la revue ou de ses orientations. D’Aigueperse (que j’ai eu le plaisir de connaître) à Rollo au tragique destin, sans oublier ces deux compères que furent mes regrettés amis Robert Chéramy et Louis-Paul le Tonturier, intervenant de l’EE au congrès de la FEN de 1956 dénonçant énergiquement le coup de Budapest"

              • Nabulio 13 août 2010 13:17

                Les Français ont plus que jamais besoin de ce type de publication et des idées qu’elle véhicule.
                Est-ce que cette vieille dame qui bat tous les records de jeunesse est disponible sur l’internet ?


                • CHALOT CHALOT 13 août 2010 15:05

                  Cette revue est une revue papier mais possède un site






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