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Accueil du site > Actualités > Société > Le collège unique, plaie ouverte de notre système éducatif

Le collège unique, plaie ouverte de notre système éducatif

eleves-college.jpgA l’heure où fréquemment, des études témoignent de la faiblesse du niveau scolaire des collégiens français vis-à-vis de leurs homologues européens, la contestation à l’égard de la réforme Haby, qui a instauré le collège unique en 1975, trouve une certaine légitimité. Cette réforme, de tout temps source de polémique, avait pour objectif d’assurer pour tous les élèves un même bagage de connaissances dans les mêmes disciplines. Fini les classes de niveaux, bonjour les classes hétérogènes ! Pis, le collège unique a sur le dos la responsabilité non seulement de l’uniformisation des connaissances scolaires des collégiens mais également de notre société toute entière. Uniformiser les programmes et donc les connaissances n’est jamais souhaitable dans une société, en quête de diversité et de multiculturalisme.

Le système d’options ou d’emploi du temps à la carte avec un nombre très restreint de matières obligatoires, qui a prouvé son efficacité aux Etats-Unis d’Amérique, assure un très large choix de disciplines potentiellement enseignées qui correspondent aux goûts de chacun. A l’âge de 13-14 si ce n’est 11-12 ans, les préférences d’un élève pour telle ou telle thématique sont d’ores et déjà tranchées. Une vocation peut d’ailleurs s’être ouverte chez un élève (poterie, danse, sport, journalisme, cuisine, jardinage etc...) qui, plus tôt ses connaissances progresseront dans son domaine de prédilection, plus ses compétences dans son métier seront riches, et ne sera pas ainsi contraint de rattraper le retard accumulé au collège par un travail soutenu et acharné en école supérieure ou en apprentissage.

Autre aspect néfaste du collège unique, l’hétérogénéité des classes, présentée par les défenseurs du collège unique comme "mixité des niveaux". Cette mixité ne profite à personne. Ni aux bons élèves, handicapés par des camarades de classe présentant de grosses lacunes et qui nécessitent une plus longue explication des notions étudiées en cours ; ni aux mauvais élèves qui ne suivent pas la cadence imposée par les élèves disposant de plus facilité.

Pis, l’hétérogénéité des classes crée une insupportable inégalité entre les classes populaires et supérieures : dans l’impossibilité de sélectionner son établissement en raison de la carte scolaire, les bons élèves issus des classes aisées se rendent au collège privé, tandis que les bons élèves dont les moyens ne permettent pas l’inscription à un établissement privé, stagnent au sein de collèges public dont le niveau est incompatible avec l’épanouissement et la progression sereine d’un élève possédant certaines capacités.
 

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9 réactions à cet article    


  • Surya Surya 9 juin 2009 13:02

    Bonjour Alex,


    Ton article propose à mon sens deux interprétations possibles de l’idée de « collège unique ». La première repose sur son opposition à l’idée de classes de niveau, et est plus idéologique, et la seconde se réfère à la diversité des matières enseignées, l’absence de choix suffisants dans le cursus, donc un seul et unique cursus pour tout le monde.

    Je partage ton avis concernant la diversification des matières, mais pas vraiment en ce qui concerne la nécessité d’instaurer des classes de niveau. Voici donc mon point de vue :

    1) Pour ce qui est du manque de diversité dans les matières proposées, donc là où je partage ton avis, personnellement j’aime bien aussi le système tel qu’il a été instauré en GB (« A levels »), avec un choix important de matières, et l’équivalent d’un bac pour chaque matière, et non un seul bac global pour toutes les matières. Il faut au minimum trois « bacs » pour entrer à la fac, à l’élève de choisir les matières qui lui seront nécessaires, (et d’en ajouter d’autres s’il le souhaite). Je ne sais pas si ce système est toujours en vigueur là bas de nos jours, mais selon moi c’est parmi les meilleurs. Visiblement ça ressemble fort au système américain que tu décris.

    Déjà, ça permet de ne repasser l’année suivante que les matières que l’on a ratées, et pas la totalité de l’examen ! Deuxièmement, ça permet, comme tu le fais remarquer, à ceux qui souhaitent se spécialiser très tôt, de le faire en fonction de leurs vocations (mais rien n’empêche d’étudier plus de trois matières), et finalement cela donne le droit à l’erreur si on pense que l’on s’est mal orienté, et cela offre plus tard aux adultes qui le souhaitent de réelles opportunités de reconversions professionnelles, de changer radicalement de voie.


    2) Pour ce qui est des niveaux, il faut sans doute faire plus encore la distinction entre :

    - classes de niveau à l’intérieur d’un seul collège (exemple la « 6ème1 » regroupera les bons élèves et la « 6ème2 » les élèves en difficulté, donc système officiellement rejeté, à juste titre à mon avis)

    - les regroupements de niveaux, si je peux dire, qui existent malheureusement à cause du lieu géographique où se situe le collège,

    - et les disparités au sein d’une même classe.

    — Un collège ZEP situé dans certains quartiers où, par exemple, le taux de chômage est élevé, où les familles qui y vivent n’ont pas forcément eu la chance de recevoir une instruction longue, ou qui ne maîtrisent pas bien le français, a plus de chances de regrouper des enfants qui auront plus de difficultés que des élèves scolarisés dans des quartiers regroupant des familles d’un niveau socio culturel très élevé. C’est une triste réalité et il faut se battre contre ça. Tu parles des élèves qui cherchent à échapper à la carte scolaire et vont dans le privé, mais il faut garder à l’esprit qu’il y a des établissements publics bien meilleurs que certains établissements privés. Privé ne veut pas toujours dire qualité.

    — Maintenant, tu poses très justement le problème des disparités au sein d’une même classe, soit disant de même niveau puisqu’officiellement c’est le cas. La mixité est facteur d’enrichissement, mais si l’on regarde les choses par rapport à l’efficacité de l’enseignement, alors c’est vrai que les classes étant surchargées, une trop grande disparité rend le travail de l’enseignant très difficile, et handicape certains élèves, qu’ils soient en grande difficulté ou au contraire en grande facilité d’apprentissage.

    Tu peux en effet avoir des différences de niveau considérables dans une classe et du coup, les enseignants sont obligés de laisser sur le bas côté de la route les élèves en réelle difficulté (car ils n’ont tout simplement pas le temps de s’occuper d’eux individuellement, ce dont ils ont besoin) mais aussi les élèves ayant une grande rapidité de compréhension et d’apprentissage, car comme tu le dis la répétition est alors insupportable, et à la fin certains finissent par décrocher ou prennent l’habitude de rêvasser en attendant que ça se passe. Or, les enseignants n’ont pas le temps d’approfondir, d’offrir plus de contenu, et ils n’ont pas non plus le temps de préparer des exercices supplémentaires et ensuite de les corriger.

    — Dans les deux cas, élève en grande difficulté ou élève en grande facilité, il y a comme tu le dis un problème, un risque que cela aboutisse à un échec scolaire, mais pas pour les mêmes raisons.

    — Cependant, mon opinion est que les problèmes viennent en fait des effectifs et non des différences de niveaux. C’est là, à mon avis, le réel nœud, que l’on refuse de dénouer. Entasser 35 élèves dans une classe et demander ensuite à l’enseignant de leur assurer un même bagage de connaissances, c’est tout simplement impossible, c’est prendre les enseignants soit pour des imbéciles, soit pour des surhommes et surfemmes, et c’est du mépris envers les élèves. Les classes surchargées seraient impossibles à gérer même dans une classe dite « de niveau ». Avec quinze élèves par classe, l’enseignant aurait le temps de s’occuper de tout le monde, et pourrait prendre en compte toutes les différences, toutes les individualités, enfants en difficulté, enfants précoces, etc.

    Pour gérer efficacement une classe dont les niveaux sont très divers, il faudrait donc que l’enseignant puisse dégager du temps pour prendre à part des tous petits groupes d’élèves en grande difficulté, et donc que les élèves en grande facilité aient droit à plus d’autonomie. Je pense que l’enseignant devrait avoir la possibilité d’autoriser l’élève ayant fini son travail à lire, se documenter, sortir de la classe pour aller en bibliothèque, aider les autres… au lieu d’attendre. Impossible dans une classe surchargée.

    — Finalement, pour déterminer le niveau d’un élève, on le juge par rapport à ses performances générales, et non matière par matière. Avec cette méthode, on organiserait des classes de niveau très figées, qui ne reflèteraient pas les réelles compétences dans chaque matière, et ne permettraient aucune mobilité.

    La solution résiderait alors dans un réel système « à la carte », un collège totalement « ouvert », où l’élève passerait d’un groupe à l’autre pour suivre le cours correspondant à son niveau réel dans chaque matière. Tel prof de maths, par exemple, au lieu d’enseigner à tous les élèves de telle classe de 3ème, serait chargé d’enseigner à ceux (quelque soit leur âge) ayant acquis telles et telles compétences. Système idéal, mais pas réaliste : j’imagine déjà les problèmes de gestion que cela engendrerait, autant pour les profs que pour les élèves eux-mêmes, pour déterminer avec justesse chaque niveau, et avec les changements de groupe en plein milieu d’année, en raison des progrès effectués…

    Pour conclure ce (trop) long commentaire, je pense que tu as bien compris le problème en cela qu’il faudrait officialiser et accepter une situation qui existe bel et bien (niveaux différents, mais je ne parle pas des injustices liées aux problèmes sociaux, bien sûr), mais dont on nie la réalité, mais je crois d’une part que ce serait stigmatiser l’élève en difficulté (sauf dans un système ouvert où il sait qu’il a la possibilité de changer de niveau en cours d’année) que de créer des classes de niveau, et d’autre part je pense qu’il est plus important (et urgent) d’instaurer des classes à petits effectifs. C’est sans doute la solution la plus réaliste si toutefois on décide enfin de la mettre en place. Mais petits effectifs veut dire plus de classes, donc plus d’établissements scolaires à taille humaine, donc plus de profs à payer…



    • Alex Joubert 9 juin 2009 17:43

      Des petites classes avec des différences de niveau ? Quel intéret ? Cela n’aide personne, et je t’assure que dans de nombreux cas, en Finalnde notamment, ils sont tous sauf stigmatisés !


      • Surya Surya 9 juin 2009 20:01

        Je pense que les groupes de niveau (pas les classes de niveau, ce sont elles qui stigmatisent les élèves (enfini, à mon avis), et non les groupes de niveau) sont nécessaires même dans les petites classes.

        Les instits et profs qui ont pu expérimenter cette méthode parce qu’ils avaient des classes pas trop surchargées, (ça existait avant, même à Paris, mais maintenant pratiquement plus, vu qu’on veut faire des économies... ) ont tous constaté que cela leur permettait d’être présents auprès des groupes d’élèves en difficulté pour les aider, et ces élèves bénéficient également du contact avec les meilleurs.

        Les très bons élèves peuvent arriver à être plus autonomes dans leur apprentissage, si l’enseignant travaille dans des conditions qui permet cela (toujours cette histoire d’effectifs...), et cela n’empêche bien sûr nullement l’enseignant d’être présent auprès d’eux.

        Les classes qui ont expérimenté l’aide aux moins bons faite par les meilleurs ont constaté à quel point cela les valorise, et cela crée un lien très fort, une atmosphère tout à fait particulière dans la classe qui, elle aussi, contribue à favoriser l’apprentissage.

        Bien entendu, ces classes un peu différentes ne travaillent pas dans une atmosphère de concurence entre les élèves. Personnellement je ne vois pas l’intérêt que les bulletins trimestriels actuels indiquent, à côté de la note de l’élève, la moins bonne note de la classe et la meilleure note de la classe.

        Je suis plutôt branchée sur les pédagogies alternatives et les écoles expérimentales, en ce qui me concerne, mais je me suis rendue compte que là aussi,il y a à prendre et à laisser. Comme quoi aucun système n’est parfait...

        Dans un sens tu as raison car les classes de niveau n’ayant jamais été réellement mises en place en France (il existe quelques classes pour enfants précoces dans quelques établissements scolaires, quelques classes (ou toutes petites écoles hors contrat) pour enfants en grande difficulté, on n’a donc pas suffisamment d’éléments pour faire un bilan de l’apport de ce type d’enseignement « par niveau », et il n’est donc pas prouvé que cela stigmatise qui que ce soit.

        Je ne connais pas du tout le système finlandais, mais cependant, je pense qu’il suffit de voir que chez nous, l’apprentissage et les filières menant directement au monde du travail ont longtemps été déconsidérées, au profit du bac général, considéré comme la voie royale, pour craindre un peu cet effet de stigmatisation. C’est encore plus ou moins le cas, mais les choses changent tout doucement.


        • Daerel Daerel 10 juin 2009 00:52

          Bon, je prends mon courage à deux mains et je reposte mon message bouffé par ce site qui n’accepte pas opéra.


          L’auteur dit avoir quatorze ans et j’avoue que je suis impressionné par la qualité de sa prose... mais j’avoue que la position ici avancée, bien trop facile à énoncer actuellement, ne me satisfait pas.


          Tu sais, je vais te tutoyer si tu le permets, le collège unique est effectivement malade. Mais je n’accepterai jamais de lire que la réforme Haby fut une erreur. Le collège unique a été une avancée énorme pour notre pays mais il a été massacré par la logique comptable qui domine et dirige l’Education nationale depuis 20 ans.

          Mais comme il est facile de tirer sur une ambulance en feu, je vais prendre la défense de ce collège unique qui a permis à ma famille d’atteindre les études supérieures, n’en déplaise à des petits libéraux en goguette.

          Tout d’abord, Alex, je trouve que tu fais trop d’injonction sans jamais fournir de preuves à tes arguments incantatoires. Tu dis avoir quatorze ans, tu devrais donc être capable de faire un paragraphe argumenté et donc de fournir chiffres, citations, analyses et statistiques... mais ici le néant. Tu surfes sur des on-dits qui ne se basent que sur des approximations, des analyses partielles...

          Allons au fond des choses, tu dis :

          « des études témoignent de la faiblesse du niveau scolaire des collégiens français vis-à-vis de leurs homologues européens »

          —> Ah tiens ? Peux-tu me donner tes chiffres,s ’il te plaît ? J’aimerais que tu me dises où est la situation en Allemagne ? En Grèce ? En Espagne ? En Belgique ? En Grande-Bretagne ? Et le niveau des petits Français par rapport à ça ? Ensuite, tu portes la faute de ces mauvais résultats à la réforme Haby... si tu lisais les vraies analyses, tu verrais que les gens actuellement citent les tests de 1987-1998 des élèves français de CM2-6e comme la meilleure génération où tout allait bien par rapport aux élèves actuels (qui ne savent forcément rien)... Or, les élèves de 1987-1988 bénéficiaient de la réforme HABY et du collège unique. Peux-tu m’expliquer cette incohérence ? (il se trouve que je fais partie de ces cohortes excellentes). Je vais te l’expliquer : Haby a été trahi. Son but était de démocratiser l’école mais très vite, dès 1988-1989, son projet a été assassiné lors de l’émergence de Meirieu qui servait de bonne conscience à la mise en place d’une logique comptable des élèves. Le collège unique est devenu un collège de masse et pas un collège démocratique servant d’ascenseur social comme il devait être. Quand j’étais collégien, on était 26 par classe. L’année prochaine, mes 6e (et oui, je suis prof) seront 30-31 par classe.


          Tu dis encore :

          « Pis, le collège unique a sur le dos la responsabilité non seulement de l’uniformisation des connaissances scolaires des collégiens mais également de notre société toute entière. »

          —> Sors tes preuves, s’il te plaît ! L’uniformisation des connaissances que tu vilipende n’est que le minimum que les professeurs doivent donner... et les professeurs donnent bien plus à leurs élèves que ce qui est demandé. Ensuite, l’uniformisation de la société... elle n’a pas besoin de l’école pour ça, la télévision des années 80-90 dominée par TF1 y a réussi toute seule et très bien.


          Tu dis encore :

          « Uniformiser les programmes et donc les connaissances n’est jamais souhaitable dans une société, en quête de diversité et de multiculturalisme. »

          —> Encore une fois, je te demande des preuves de ce que tu avances. Les sociétés ont plutôt tendance à vouloir s’uniformiser et à rejeter le multiculturalisme. Il n’y a qu’à voir le succès électoral des politiques prônant des mesures contre l’immigration ou le besoin de tous les jeunes de s’habiller identiquement (ok, il existe 4-5 catalogues distincts : le style racaille, le style J-Lo, le style bogoss, le style gothique...).


          Tu rajoutes :

          « Le système d’options ou d’emploi du temps à la carte avec un nombre très restreint de matières obligatoires, qui a prouvé son efficacité aux Etats-Unis d’Amérique, assure un très large choix de disciplines potentiellement enseignées qui correspondent aux goûts de chacun. »

          —> De la même façon, je veux tes preuves ! A ma connaissance, Obama a déclaré priorité nationale la réforme de l’éducation américaine tant c’est devenu catastrophique pour les classes populaires et moyennes. Seuls les riches et les bons élèves peuvent jouer avec l’autonomie que tu cites, pas les élèves en difficulté ou issu de milieux défavorisés (et je compte comme défavorisés les enfants des classes moyennes américaines liée par la culture télé américaine et la junk food). D’ailleurs, les populations Born Again de la Bible Belt ne s’y trompe pas vu qu’une grande partie de leurs enfants étudient à la maison jusqu’à l’université.


          Tu rajoutes :

          « A l’âge de 13-14 si ce n’est 11-12 ans, les préférences d’un élève pour telle ou telle thématique sont d’ores et déjà tranchées. Une vocation peut d’ailleurs s’être ouverte chez un élève (poterie, danse, sport, journalisme, cuisine, jardinage etc...) qui, plus tôt ses connaissances progresseront dans son domaine de prédilection, plus ses compétences dans son métier seront riches, et ne sera pas ainsi contraint de rattraper le retard accumulé au collège par un travail soutenu et acharné en école supérieure ou en apprentissage. »

          —> Je veux voir tes études sur le sujet. En 10 ans d’enseignement, je retire surtout un truc : la majorité des gamins de 13-14 ans ne savent pas ce qu’ils veulent faire plus tard. J’en parle assez avec eux lors du choix de leur orientation. La spécialisation tardive est une très bonne chose comme les études québécoises, françaises et espagnoles l’expliquent. En effet, plus le bagage culturel et intellectuel d’un gamin est étendu, plus sa capacité d’adaptation et de compréhension dans la branche qu’il choisira sera meilleure. Plus on spécialise tôt un gamin, plus son adaptation sera sclérosée. En plus, dans une société où on nous explique qu’au cours de notre carrière, on changera plusieurs fois de métiers, ta proposition est un suicide de masse.


          Par contre, je te rejoins sur l’hétérogénéité des classes. Sous des prétextes fallacieux, on nous a servi cette obligation qui n’est qu’un cheval de Troie pour une logique comptable de l’Education nationale.

          De même, tu parles des options. Mais tu t’égares. La logique comptable et marchande qui mène l’école actuellement a tué les options (j’ai commis un article ici même à ce propos). On assassine actuellement le latin, le grec et l’allemand. Les autres options ont trépassé depuis longtemps. Ce sont les dernières à résister (pour des raisons culturelles et historiques) mais je vous rassure, leur mort est planifiée.

          De la même façon, tout le monde donne son avis sur l’Education nationale. Nos ministres les écoutent... Et au final, les seules personnes qu’on ne consulte pas et à qui on interdit même de prendre des décisions sont les personnes dont c’est le métier : les profs.


          Combien de profs ont entendu des excuses bidons pour supprimer les classes de 3e insertion ? Combien de profs ont vu les principaux/proviseurs casser leur décision de conseil de classe ? Combien de professeurs de lettres classiques ont été soumis à des pressions pour réduire peu à peu leurs heures et leurs classes de latin/grec ? Combien de professeurs doivent se battre avec une paperasse et des démarches administratives toujours augmentées pour faire des voyages et des sorties ?


          C’est là la vérité ! Le collège unique était une bonne idée mais il a été saboté car on a écouté tout le monde sauf les professeurs.

          Je rêve de classe de 20 élèves maximum, composés uniquement d’élèves moyens et bons. Je rêve d’une base de cours obligatoire accompagnés d’une cohorte d’options (minimum 5 proposées par établissement). Je rêve de pouvoir enfin avoir des classes de 8 élèves uniquement composées d’élèves en difficultés afin de travailler efficacement avec eux. Je rêve qu’un jour, moi, professeur, on me considère comme un professionnel de l’enseignement qui sait ce qu’il faut faire et non pas considérer que la parole du premier trouffion qui passe a plus d’importance et de vérité que la mienne donc c’est le métier !


          Maintenant, j’ai vu que le mot Finlande a été lâché. Ah ça oui, ils sont forts pour les tests de l’OCDE... mais vous avez déjà entendu du niveau universitaire finlandais ? Ah bah non ! Normal, les études actuelles montrent que les élèves finlandais sont peu aptes par ces fameuses méthodes extraordinaires à suivre un cursus universitaire. La même étude point la culture générale et le niveau de réflexion écrite des étudiants français largement supérieurs à la moyenne européenne (et pitié, pas de classement de Shanghai dont la méthodologie et le but sont des affaires politiques internes chinoises et non une véritable étude scientifique impartiale).


          Bref, Alex, pardonne-moi ma prose colérique mais tu ne fais qu’avancer des potins de bar de commerce (certes, serinés tous les jours à la télévision) sans fournir aucune preuve à tes dires. Je te soupçonne d’être un excellent élève qui ne supporte pas que des élèves en difficulté le ralentissent. J’en ai déjà eu des élèves comme ça... et je les ai vite remis à leur place en leur rappelant que la société n’est pas un repaire de loups qui laissent mourir les plus faibles et qui dévorent les moutons. Mais que nous tentions de fonder une société civilisée et fraternelle. Maintenant, tu es peut être un prête-nom mais j’en doute.

          Je te conseille de relire Condorcet. Cela te ferait du bien, je pense plutôt que de nous ressortir ce que Meirieu serait capable de débiter comme connerie (j’ai encore en travers de la gorge son « Faites de la pédagogie différenciée ! » et quand on demandé à ses thuriféraires ce que c’est, personne ne sait répondre !).



          • Massaliote 10 juin 2009 08:49

            HABY, « père » de la méthode globale qui a fait des générations d’illettrés ! Le collège unique vise à l’égalité en instituant le nivellement généralisé. Politique d’éducation suicidaire bien dans la ligne politiquement correcte.


          • Daerel Daerel 10 juin 2009 12:55

            Encore une fois, des idées balancées sans connaissance de cause.

            La méthode globale est une pédagogie qui réussit face à des élèves vivant dans des mileux favorisés culturellement (je ne citerai pas l’étude américaine qui l’explique) mais est destructrice pour les enfants de milieux culturels moins favorisés (même étude américaine).

            Le collège unique a été trahi dès le début. Il ne visait pas l’uniformisation mais la démocratisation du savoir. Or, la logique comptable a conduit à l’uniformisation, aux dogmes des ayatollahs comme Meirieu... etc.

            Cessez de tout mélanger !


          • Senatus populusque (Courouve) Courouve 10 juin 2009 15:49

            Quelques étapes de cette baisse du niveau moyen des classes ont été le prolongement de la scolarité obligatoire à 16 ans (institué en 1959, effectif à partir de 1967), la suppression des classes de primaire dans les lycées et de l’examen d’entrée en sixième, la suppression de la première partie du bac (1966), l’instauration du contrôle continu dans le secondaire et à l’Université, la suppression de l’enseignement du latin en sixième et cinquième dans les sections classiques (remplacé par une initiation, ce qui n’est pas la même chose), la généralisation des collèges (C.E.S.) avec des professeurs parfois tout juste bacheliers (P.E.G.C.), la prolifération des enseignements optionnels, la suppression des secondes différenciées (1983) et le report en classe de première de l’étude de l’équation numérique du second degré (et encore, pas dans toutes les classes de première ; les séries littéraires et technologiques AAC ne la font pas.)
             
            La mission des professeurs devient, comme en régime totalitaire, politique : s’assurer que tous les élèves possèdent les compétences de base de la culture commune.

            On ne profite d’un enseignement qu’à la mesure des connaissances antérieures (les bases) ; il est évident que chaque classe devrait posséder les bases permettant de recevoir les notions au programme (autre formulation de l’exigence d’homogénéité)

            http://laconnaissanceouverteetsesdetracteurs.blogspot.com


            • aquinatis 25 août 2009 02:29

              Je voudrais vous faire part de ma vision depuis l’étranger, et de mon expérience, en prenant du recul et donc en passant par évolutions plus profondes dans l’enseignement et les idéologies en jeu.

              Pour bien voir les choses, comparons avec les autres pays :


              1 Anglosaxons


              D’un côté le modèle anglo-saxon (Angleterre et Amérique) : pratiquement tout le monde n’apprend rien à l’école et obtient l’équivalent du BAC, qui ne représentent plus rien et ne vaut plus rien dire (c’est la voie prise enFrance avec le collège unique et poursuivie par l’actuelle réforme). MAIS exeption importante : les très riches enfants (de banquiers, etc) vont dans des écoles privées aux coûts astronomiques qui donnent encore une formation acceptable. Quant à la masse, qui n’a quasiment rien appris hormis le politiquement correct à l’école, elle n’a aucune connaissance ni esprit critique et est seulement bonne à être manipulée par la télévision, (et à s’adonner aux jeux vidéo, au sport, ... et à se faire envoyer tuer en Irak, Afghanistan, demain en Iran, pour les intérêts de certaines personnes très puissantes...)


              2 Germaniques


              J’ai habité en l’Allemagne et encore plus longtemps (et encore maintenant) aux Pays-Bas.

              Dans ces pays il y a eu là aussi des expériences de collège unique, qui ont montré comme en France que cela était une absurdité (mais appliquée en France, pays qui s’est également illustré en maintenant pendant des décenies dogmatiquement la fameuse « méthode globale », abandonnée tout de suite dans les autres pays, qui fait que les élèves essayent de deviner les mots d’après leur forme, et donc se trompent, au lieu de lire correctement...). Dieu soit loué, ces pays n’ont pas appliqué ces méthodes prouvées désastreuses !

              Dans ces pays il y a toujours trois niveaux, les formations plus pratiques (professionnelles) sont celles d’apprenti, qui fonctionnent très bien (essentiellement encadré en formation avec un réel “maître” en entreprise, sinon des travaux pratiques, très peu des cours abstraits comme on a dérivé absurdement en France). Ces formations pratiques sont adéquates pour les élèves non studieux et leur permettent de s’épanouir et d’avoir des artisans très bien formés et compétents (au lieu d’avoir des élèves frustrés en situation permanente d’échec dans les collèges et lycées, et des profs et autres élèves frustrés car eux ne peuvent pas avancer à cause des élèves qui ne sont pas là à leur place.)


              Seulement peu d’élèves vont au Lycée. Quand on parle à des allemands des idéologies anglosaxones à la mode en France (le BAC pour tout le monde ou du moins la majorité), ça les fait rigoler, cela revient à un BAC qui ne vaut plus rien et à plein de gens qui ont perdu leur temps à s’embêter à essayer d’apprendre plein de choses qui ne les intéressent pas et leur seront inutiles.

              Aux Pays-Bas tous les établissements publics (des maternelles aux universités) sont libres d’embaucher eux-même leurs professeurs, choisir leurs élèves, fixer les nombres d’heures des matières, ce que tout le monde trouve normal (excepté certains sur le fait qu’il y a des “écoles noires” - “zwarte scholen” dans les quartiers peuplés d’immigrés non-Européens...)


              Je me suis étendu car je crois qu’il faut cadrer les choses dans leur contexte en comparant avec les pays anglo-saxons (libéraux)et germaniques (continentaux / plus traditionnels). Cela permet de mieux percevoir les enjeux politiques et idéologiques qui sont les véritables raisons dont il ne faut pas être naïvement inconscient. Il faut voir que les périls actuels sont une conséquence de la mentalité “collège unique” qui est en train de se transposer au lycée, et qu’encore par derrière on impose la vision libérale anglo-saxone (seulement une pseudo-éducation avilissante, abrutissante pour la masse, au mieux utile aux besoins de certains, eux bien formés dans des établissements hors de prix), comme cela fut commencé par les gouvernements Pompidou, et surtout de Giscard. La marginalisation du grec et latin n’en est qu’est symptôme final : on ne l’enrayera donc qu’en se prenant à la cause plus profonde. D’autre part ce libéralisme s’appuye sur des restes du marxisme, je veux dire le fort égalitarisme qui perdure parmi les enseignants en France : ainsi les libéraux bien rusés se justifient au nom de la “démocratisation” et de l’opposition à la sélection.


              Enfin mon témoignage pour terminer. Né en 1966, je fis partie de la génération cobaye quand la réforme Haby (libérale) fut imposée au collège. Nous étions censés faire tous les anciens programmes de Lycée, mais les enseignants étaient bien contents quand nous arrivions à en faire la moitié. L’hétérogénité des classes était tellement absurde : dans mon cas j’étais toujours de loin premier dans toutes les matières (sauf en musique et sport) et je m’ennuyais profondément pendant les cours. Mais d’un autre côté, il y avait des élèves qui n’arrivaient même pas à comprendre les rudiments, même si les prof. perdaient leur temps à répéter trois fois la même chose. Dans ma classe il s’agissait des premiers enfants immigrés (il y en avait encore peu en région parisienne), mais ils avaient tous été mis dans ma classe, qui contenait par ailleurs les élèves avec allemand première langue : il y avait une volonté politique, marxiste au niveau local, d’empêcher que notre classe d’allemand première langue puisse atteindre un meilleur niveau, plus élitiste, quitte à encore plus défavoriser les immigrés... L’enseignant d’allemand (qui faisait parfois des fautes grossières en allemand... et qui consacraient des cours entiers à défendre l’intervention soviétique en Afghanistan ou les évenements répressifs en Pologne) était souvent furieux après moi, parce que je savais tout des leçons... Il était d’un autre côté également furieux après les mauvais élèves, il ne pouvait pas accepter la réalité des différences de dons individuels, et cela illustre bien un facteurs de nos problème lié à l’aveuglement quant au dogme égalistariste.


              • aquinatis 25 août 2009 11:18

                Une clarification concernant mon expérience de cobaye : les enfants immigrés ajoutés à notre classe de germanistes 1e langue ne faisaient eux pas d’allemand (ni latin), seulement de l’anglais. En fait ils avaient déjà redoublé et continuaient à redoubler, ils ont du passer au moins 6 années de leur vie à se frustrer et perdre leur temps au collège, sans parler des conséquences pour les autres élèves, les profs désespérés et l’argent des contribuables. Dès la toute première année de la réforme Haby, c’était dà la réalité en région parisienne.

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AJ


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