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Le communautarisme à la française

Le modèle économique dessine aussi les contours d’un nouveau modèle d’organisation sociale. Dans ce système, les inégalités sociales laissent la place aux inégalités ethnoculturelles au plus grand bénéfice des classes dominantes. Jamais la “bourgeoisie” ou la “petite bourgeoisie” n’a vécu dans des espaces aussi inégalitaires. Cette accentuation des inégalités au cœur des lieux de pouvoir n’a pourtant débouché sur aucun conflit social majeur. Si les violences urbaines et les émeutes sont récurrentes, elles ne traduisent nullement une contestation radicale du système et restent donc inoffensives. L’économie de marché et l’idéologie libérale ne souffrent d’aucune remise en cause dans les quartiers dits sensibles. D’ailleurs, les émeutes n’ont jamais débouché sur la moindre conquête d’acquis sociaux mais sur des relances de la politique de la ville centrée sur la discrimination positive.

Laboratoire sociologique et idéologique, les grandes métropoles montrent leur capacité à gérer une société de plus en plus inégalitaire en substituant la question ethnoculturelle à la question sociale. Les différences de classes entre couches populaires immigrées et catégories supérieures disparaissent, tandis que les différences culturelles sont valorisées. La diversité culturelle des grandes métropoles participe ainsi à un efficace brouillage de classe qui permet aux couches supérieures urbaines de maintenir leur domination. La lutte des classes pour l’égalité sociale laisse ainsi la place à un combat pour la diversité et à une légitimation de l’inégalité. Débarrassé d’une “question sociale”, aujourd’hui délocalisée dans les espaces périurbains et ruraux où se concentrent désormais la majorité des ouvriers et des employés, le champ politique des métropoles s’avère particulièrement apaisé. Les débats politiques se focalisent sur les sujets de société où les socialistes et les Verts excellent, et assure la pérennité d’un système de plus en plus inégalitaire socialement. On peut d’ailleurs se demander si aujourd’hui les métropoles ne sont pas le laboratoire d’un “communautarisme à la française”. Car si le renforcement des flux migratoires et les concentrations ethnoculturelles favorisent un communautarisme de fait, elle est aussi favorisée par une nouvelle bourgeoisie dont les idéaux l’éloignent de l’égalitarisme républicain.

La mobilité est l’une des caractéristiques des habitants des métropoles. Dans la logique de la mondialisation libérale, les individus doivent être mobiles, nomades. La positivité des concepts de “villes en mouvement”, de “mondialisation des échanges”, de “mobilité” permet de légitimer la recomposition sociale, c’est-à-dire l’embourgeoisement des villes et la relégation des couches populaires. La “mobilité” et le “nomadisme” représentent des valeurs positives indépassables. Il apparaît ainsi que, pour les élites, le “world way of life” passe par une mobilité permanente des personnes. Dans ce contexte, l’immigration devient peu à peu la norme. Peu importe que le fait migratoire ne concerne en réalité qu’à peine 3 % de la population mondiale, la mobilité des personnes apparaît désormais comme un horizon indépassable. L’immigration sera ainsi perçue comme un progrès, jamais comme un arrachement.

Dans les métropoles, cette idéologie, qui confère au “bougisme”, est d’autant plus forte que la mobilité caractérise l’ensemble de l’éventail social, des couches supérieures aux couches populaires immigrées. La sociologie des métropoles est aussi une sociologie de la mobilité. Cette dernière constitue une part de l’identité des habitants des grandes villes et sous-tend un rapport particulier au territoire et à la Nation. Cette “déterritorialisation”, qui se confond parfois avec une “dénationalisation”, explique que les métropoles mondialisées soient les territoires qui plébiscitent le plus la gouvernance européenne en attendant la gouvernance mondiale.

D'apres un texte de Christophe GUILLUY

http://2ccr.unblog.fr/2012/10/23/le-communautarisme-a-la-francaise/

A lire également : QUARTIERS IMPOPULAIRES




par ROBERT GIL (son site) mercredi 24 octobre 2012 - 6 réactions
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  • Par Alinea (---.---.---.38) 24 octobre 2012 17:18
    Alinea

    Je pense que la mobilité, le « bougisme » des classes supérieures n’est pas un arrachement puisque ces gens n’ont plus de racines et se décrètent « citoyens du monde », sans forcément bien voir le ridicule d’une telle assertion !
    le déracinement, il est pour les pauvres ; du reste, ils ne sont pas déçus quand ils arrivent à destination ! ils ont tenté une aventure. Et souvent se ramassent, plus ou moins bien il faut le dire ! les nantis ne vivent pas une aventure : ils vont là où leur boulot les mène.
    Dans un monde où les richesses seraient équitablement partagées, l’immigration ne serait pas plus un problème pour les autochtones que ne l’est le va-et-vient des nantis, de capitale en capitale, de métropole en métropole.
    Par ailleurs,il existe encore à l’heure actuelle des fonctionnaires déchirés de devoir faire cinq, six ou sept ans ( ou plus) à Paris, avant de pouvoir trouver un poste chez eux !

  • Par raymond (---.---.---.254) 28 octobre 2012 12:03

    Yvance, ne confondez pas les promesses et le réailisé, en promesses, les banlieues nous auraient couté fort cher, mais en réalisé elle ne coutent que peanuts, juste quelques milliers de crs...

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