Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Le crash du chômage, la politique dans le mur

Le crash du chômage, la politique dans le mur

La situation économique et sociale n’a rien de catastrophique. Elle n’est pas bonne mais le système reste stable avec des gagnants et des perdants. D’ailleurs, la vie est faite d’existences dites réussies, sous une bonne étoile, alors que d’autres existences sont parsemées d’embûches et de malheurs. L’opinion pense qu’il y a des chanceux et des malchanceux. Les intégristes socialistes pensent que tout est dû à la société et que l’action politique peut rendre heureux tout le monde. Les intégristes libéraux pensent que les gens sont responsables de leur existence, que tout le monde peut s’en sortir, que ceux qui ont fait des efforts méritent récompenses et que ceux qui sont sur le bord de la route n’ont qu’à maudire leur démission face à l’action. Collectivistes et purs libéraux sont les deux pôles opposés structurant la plupart des débats politiques. Mettez deux intégristes, l’un libéral, l’autre socialiste, et ça fera des étincelles, des prises de tête, comme lorsqu’on approche une électrode positive et une autre négative. Sinon, dans les débats télévisés, un libéral social face à un social libéral, ça donne un débat bien tempéré, poli, bref, le courant passe mais chacun reste dans son camp. Pour peu, la technicité des discussions politiques actuelles nous fait oublier que derrière ce décor, il y a des existences, réussies ou souffrantes ou intermédiaires, composées, complexes, scénarisées en séquences de vie. Quant aux sages antiques, ils avaient aussi leur idée sur la question. Les stoïciens croyaient que chacun est né sous une bonne ou mauvaise étoile, avec un caractère sociable, promis au bonheur, ou une mauvaise composition. La sagesse c’est de parvenir à connaître qui on est et de suivre son destin librement accepté. Dans les Evangiles, la parabole des talents dit la même chose pour ce qui est de la fortune à la naissance. Chacun naît avec des talents, certains 10, d’autres 1, mais tous doivent faire fructifier ce qu’ils ont reçu. La sagesse antique prévaut encore, bien que les sociétés soient devenues extrêmement complexes et que la plupart aient perdu le sens de la justice, de la morale, de la république. Alors, il reste l’économie et les décideurs ont dit : on fonce, le salut, ou à défaut, la solution, est dans la croissance.

Une allégorie devrait permettre de poser une question fondamentale sur l’économie et le social. Prenons le trafic automobile. Des centaines de milliers de morts et des millions de blessés en France, depuis que cet usage s’est répandu. Tel est le prix à payer pour conduire un véhicule et nul ne remettrait ce droit en question. Ensuite, c’est une question de formation, de responsabilité, de respect des réglementations et de l’établissement des normes de conduite, notamment la vitesse maximale. Il est possible de réduire le nombre de tués et de blessés. Mais pour y parvenir, il faut une volonté politique puissante, une détermination sans faille et des dispositifs efficaces. Ainsi peut-on parler de manière générale.

Transposons cette situation à l’économie. Certes, il n’y a pas de tués, excepté les « accidentés » du travail. Il y a des morts, des blessés et puis aussi des types d’accidents distincts dans leur essence mais qui peuvent faire des ravages. Le chômage est un accident de la vie, l’expulsion aussi et pour certains le divorce avec parfois des enchaînements, on perd son travail, son conjoint, son logement et on finit dans la rue. Le monde du travail et de la sécurité professionnelle intervient sur ces destins tragiques de l’existence. Les Etats établissent des règles. L’économie oriente et régule avec le marché les flux monétaires, non sans que des institutions règlementent l’ensemble. Les banques centrales influent sur l’économie, la fiscalité aussi, la recherche, l’éducation, la formation, bref, tout se tient et se détermine selon des processus qu’on ne sait pas contrôler complètement. Croissance, production, consommation, dettes, chômage.

La situation des pays avancés comme la France répond à ce schéma général. D’un côté, les multinationales, les PME, les cadres, managers, PDG, rentiers qui demandent à produire plus, croître, augmenter leurs profits et de l’autre, les régulateurs institutionnels, surtout les Etats, qui fixent quelques règles sociales, protection, droit du travail. Les uns sont à l’image de ceux qui voudraient faire sauter les limitations de vitesse, voire même autoriser quelques entorses au code de la route pour les meilleurs conducteurs. Le risque, c’est qu’il y aura plus d’accidents de la vie, chômage, précarité mais c’est pour le plus grand plaisir des pilotes de la croissance, ivres de voir leur compteur exploser. La société est à l’image de son phénomène le plus emblématique, la voiture. Et si la croissance vise à augmenter la puissance des moteurs de l’économie, alors, il se peut bien qu’il y ait de la casse sociale. L’allégorie voit ici ses limites car un économiste rationnel fera valoir qu’une croissance substantielle pourra générer des emplois et donc, qu’il est faux de laisser croire, comme je le sous-entends ici, que l’augmentation des profits spéciaux, liée à celle des moteurs économiques performants (tout un réseau), constitue la cause de la casse sociale parce que pour des raisons de bonne gestion, il y a forcément (et non pas nécessairement) des accidentés de la vie, comme il y en a inéluctablement sur la route. Ce n’est pas le fait d’une volonté mais le résultat d’un choix de société. Et d’ailleurs, au moment du référendum sur l’euro, j’avais entendu un membre d’une confrérie un peu secrète et influente, affirmer qu’en dernier ressort, le choix s’imposait et que tout grand dessein historique ne peut se faire sans casse. Certes, le chômage n’est pas un drame, comme le sort des Koulaks en Ukraine, mais ce n’est pas une fatalité pour qui connaît les rouages de l’économie. Par contre, pour le grand public, le chômage est devenu une fatalité comme les accidents de la route. On comprend alors pourquoi le consensus libéral s’est imposé, comme le choix du profit contre l’existence. Un peu comme on choisit l’automobile et le plaisir de la conduite, au lieu d’établir des règles plus sévères et de prendre les transports en commun. A la limite, donner du travail à tout le monde reviendrait - peut-être mais pas sûrement - à restreindre les vitesses (du profit ?) ; 90 sur autoroute, 70 sur les routes, 30 en agglomération. Ca ne plairait pas à tout le monde.

Cette allégorie ne fournit aucune solution. Elle vise à donner une image globale sur des liens possibles entre les politiques économiques, le soin apporté à certains moteurs de la croissance et le chômage qui en résulte comme phénomène résiduel, non voulu, pénible pour un grand nombre, problématique pour la société. Les accidents de la route sont dans le même schème. Ils sont accidentels, résiduels, non voulus, très pénibles, un fléau social et résultat d’un usage du dispositif routier. Diminuer les accidentés de la route repose sur des règles, un choix, une volonté. Maintenant, diminuer le chômage, est-ce que les responsables sociaux le veulent, y a-t-il le choix et si oui, quelles règles économiques faut-il adopter ?


Moyenne des avis sur cet article :  4.11/5   (18 votes)




Réagissez à l'article

15 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 2 octobre 2007 11:04

    « ...Maintenant, diminuer le chômage, est-ce que les responsables sociaux le veulent... ».

    Les responsables sociaux sûrement mais pas le patronat (très bien représenté aujourd’hui au pouvoir).

    Un taux de chômage important a pour conséquences de diminuer les prétentions des chercheurs d’emploi et la pression sur les salaires ... donc les marges des entreprises, dont je rappelle la devise : « Privatisons les profits et mutualisons les pertes ».


    • Argoul Argoul 2 octobre 2007 12:41

      Je crains que « les partenaires sociaux » ne se foutent royalement du chômage. Aucun chômeur ne vote aux élections professionnelles. Les syndicats - si représentatifs en France, on le sait... - sont majoritairement l’émanation de la fonction publique - donc non concernés par le chômage (qui, par définition, ne saurait toucher les 3/4 de leurs électeurs).

      Je crains aussi que la culture française ne soit contaminée par le « jeunisme », tellement à la mode dans les médias : donc, dès 45 ans, vous êtes « finis ». On vous garde si vous êtes « in », on ne vous prend surtout pas si vous êtes « out ». Avec la « bonne conscience morale » qui réunit les cathos, les socialos, les gauchos et autres libéros pour favoriser « la jeunesse-celle-qui-paiera-nos-retraites ». On a tous les fils et des filles.

      Mais avec le courtermisme de vue d’époque : QUI pairera donc les cotisations qui permettront de servir une retraite, si on commence à ne quitter le précaire qu’à 30 ans et qu’on est « fini » à 45 ?

      C’est de tout cela que lagôch-bien pensante tout comme la droitaupouvoir ne parlent jamais. Pour ne pas fâcher la base - fonctionnaire dans 50% des cas ?


    • MagicBuster 2 octobre 2007 11:40

      ça n’empechera pas le #£%§&@ de président d’importer la main d’oeuvre des autres pays s’il a besoin. (l’immigration choisie).

      Pendant qu’on demande à ceux qui bossent de bosser + , soit disant pour gagner + (A vérifier car il va falloir payer les cadeaux fiscaux fait aux plus riches).

      Ceux qui ne bossent pas ont de moins en moins de chance de trouver du boulot.

      Bravo c’est exactement ce qu’il ne fallait pas faire.


      • alberto alberto 2 octobre 2007 13:06

        La circulation routière est régie par un code, lui-même illustré par des panneaux, surveillé par des agents, etc...selon des procédures de plus en plus acceptées universellement.

        La circulation des marchandises, des biens et des capitaux s’effectue en fonction de règles élastiques et fluctuantes dans l’espace et le temps : dérégulation diront les uns, bordel diront d’autres !

        En matière d’économie, nous en sommes un peu comme la sécurité routière dans certains pays qui n’ont pas encore acquis la culture du respect du code : le poids lourd a toutes les priorités sur tout et sur les voitures qui elles-mêmes ont priorité sur les deux roues qui eux-mêmes l’ont sur les piétons...

        Et, pour en finir avec l’analogie : en matière de circulation, il y existe des assurances « au tiers » !

        Bien à vous.


        • maxim maxim 2 octobre 2007 14:10

          eh oui Mr Dugué ,votre article resume tout ,et nous sommes à l’époque où il n’est pas bon d’avoir dépassé une certaine limite d’âge, encore jeune mais trop vieux pour travailler selon les nouveaux critères ..... et maintenant comment faire ????une relance de l’économie ???de la consommation qui boosterait l’offre d’emplois ???qui a envie de consommer en ce moment,avec quoi ,les tendances sont à la morosité actuellement ,de plus et c’est une évidence ,le travail a foutu le camp de chez nous .... les plus jeunes surdiplômés se taillent aux States ,ou dans d’autres pays où ils ont des chances de faire leur trou ..... ceux qui ont perdu leur emploi en pleine force de l’âge ,malgré une évidente expérience ,n’intéressent plus guère d’employeur ,l’intérêt pour le patron étant de prendre quelqu’un de souple, malléable ,non établi géographiquement et sans attaches ,et acceptant un salaire de départ au taux rabaissé,bien heureux de travailler malgré tout ...... la cause ???la mondialisation,et le pli est pris et plus personne n’y peu grand chose ,quelque soit le gouvernement en place ,de droite ou de gauche ,était ce prévisible ???oui certainement ,et encore ,le phénomène s’accélère de plus en plus ..... y’a t’il actuellement des générations sacrifiées au nom du changement de société ???oui !!!!est ce qu’à terme certains pays pour ne pas subir les crises vont avoir tendance à se replier sur eux mêmes ???certainement ,les Anglais en sont l’exemple ???,l’ouverture de l’Europe telle qu’elle est maintenant est elle une connerie ,personnellement je le crois ,il aurait d’abord fallu harmoniser les lois sociales ,faire des plans communs Européens pour retenir les industries et la production ,harmoniser les salaires ,rien n’a été fait dans ce sens ,et au lieu d’une union,il n’y a qu’une gigantesque concurrence ,et nous en sommes actuellement les perdants ..... sans tirer de plans sur la comète,espérons que notre gouvernement actuel fera le necessaire pour améliorer le situation,ça ne se fera pas du jour au lendemain c’est certain ,mais l’erreur de jugement n’est plus permise ,il en va aussi bien d’assurer un minimum décent à ceux qui recherchent un emploi et qu’à terme celà débouche sur du positif ....... Monsieur Dugué,nous connaissons votre situation ,et vous souhaitons que ça marche pour vous .......


          • idyllique 2 octobre 2007 21:58

            C’est simple ! La France finance le train de vie de 5 millions de chômeurs et de 1,5 millions de rmistes. Il faut donc commencer par stopper l’immigration dite du travail et renvoyer chez eux tous les étrangers en situation irrégulière. Pour les réguliers ne pas renouveler leur contrat de travail.

            On ne peut plus financer l’assistanat de millions de français au chômage et donner des emplois aux 7% d’étrangers (93% viennent pour gagner un statut d’assisté-du-système-français = regroupement « ethnique » = euphémisme pour « familial » Quand je lis dans la presse économique que le sol français a accueilli ces dernières années 18 000 ouvriers polonais... qu’environ 100 000 à 300 000 étrangers continuent de s’installer chez nous ... je me demande pourquoi parmi les 5 millions de chômeurs et 1,5 million de rmistes aucun ne s’est manifesté pour occuper ces emplois ! A quoi sert l’ANPE ?


            • Philippe MEONI Philippe MEONI 2 octobre 2007 22:58

              Bonsoir M. DUGUE,

              J’aurais aimé pouvoir expliquer mes désaccords avec votre article cependant, la dernière fois que j’ai osé le faire, avec un autre auteur, je me suis retrouvé accusé de « trollerie »... Je ne prendrai donc pas le risque d’exprimer mon opinion et j’ai dû me contenter de marquer ce désaccord en votant NON sur l’intérêt de l’article... Dommage, peut être aurions nous pu avoir un échange constructif mais qui ne semble pas possible sur ce site... Cordialement


              • La Taverne des Poètes 3 octobre 2007 07:59

                Pareil pour moi : j’évite d’intervenir sous les articles pour la même raison. Mais j’ai bien aimé l’allégorie de la vitese et le style bien fluide du papier.


              • Philippe MEONI Philippe MEONI 4 octobre 2007 03:55

                Bonsoir Ægidius REX et merci de vos encouragements...

                Cependant, et pardonnez m’en par avance, je ne donnerai aucun avis sur ce fil qui n’a déjà plus cours... C’est un des inconvénients des forums très fournis, on passe vite à autre chose...

                Par contre, je suis flatté que vous preniez un certain plaisir à me lire cependant, j’ai aussi renoncé à proposer des articles par lassitude de voir de longues heures de labeur balayées par une modération qui n’a pas la même appréciation que la vôtre...

                Ceci dit, je pense avoir beaucoup de difficultés à contenir mon envie d’intervenir dans certains cas et nous aurons probablement l’occasion de nous croiser de nouveau dans le cadre de futurs commentaires...

                De nouveau merci, avec mes salutations les plus cordiales, à bientôt peut être...


              • Marc P 2 octobre 2007 23:11

                Bonsoir,

                « Dans les Evangiles, la parabole des talents dit la même chose pour ce qui est de la fortune à la naissance. Chacun naît avec des talents, certains 10, d’autres 1, mais tous doivent faire fructifier ce qu’ils ont reçu. »

                oui mais « faire fructifier » dans l’Evangile ne signifie pas exactement la même chose que pour des philosophes grecs ou pour Bill Gates... (il se pourrait bien que le mot talent ait aussi un sens un peu différent). Adam Smith a essaye de suivre les préceptes de Jésus. L’Evangile ne se satisfait d’aucun laissé pour compte et « il est plus difficile pour un riche... » ...« que pour un chameau de » ...

                Pour poursuivre avec cette allégorie pertinente, pourquoi ne produit on pas des autos qui ne dépassent pas les 115 - allez... 130 km/h... Même si on en cherche, c’est introuvable... et pourtant tellment plus sûr...

                En économie les plus débridés fixent la vitesse « cible et »la vitesse minimum« de la société toute entière en deça de laquelle vous êtes »out"...

                Cordialement.

                Marc P


                • moebius 3 octobre 2007 00:08

                  ...il y a deux royaumes, deux domaines dans les évangiles ( et pourquoi pas deux classes d’éléments), et si mes souvenirs sont bons on ne peut appartenir au deux à la fois... Deux systémes identiques structurellement fonctionnant en parralelle et ne s’interpénétrant jamais parce que logiquement ils ne peuvent le faire. L’un n’excluant pas l’autre mais compensant l’autre


                  • moebius 3 octobre 2007 00:08

                    ...lutte de classes...


                  • moebius 3 octobre 2007 00:12

                    ...pour les voitures , il y a un probléme de la reserve de puissance disponible...l’apprentissage risque d’etre meurtrier


                  • Christoff_M Christoff_M 3 octobre 2007 06:39

                    si nous avions de vrais chiffres pour le chômage, nous pourrions peut-être estimer une situation...

                    mais comme la comme prime sur l’info, il ne faut pas affoler les masses on donne des chiffres minorés donc on fait de faux débats ; en attedant nous avons un des plus fort taux de chomage parmi les jeunes en Europe donc nous avons un gros problème...


                    • caramico 3 octobre 2007 10:56

                      Dans la comparaison entre la jungle routière et la jungle économique, vous oubliez des « acteurs » essentiels que sont les actionnaires, qui dans les deux cas n’ont pas « intérêt » à investir dans les infrastructures pour pouvoir générer annuellement leur petit profit immédiat.

                      Deux exemples à citer : la privatisation des chemins de fer anglais et le tout dernier scandale des initiés d’EADS.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès