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Accueil du site > Actualités > Société > Le droit de mourir

Le droit de mourir

Un médecin italien a déclaré, jeudi 21 décembre 2006, qu’il avait débranché les appareils respiratoires de Piergiorgio Welby, un homme atteint de dystrophie musculaire (une maladie dégénérative atrophiant les muscles et qui l’empêchait de bouger) décédé dans la nuit à l’âge de soixante-et-un ans, et qui réclamait le droit à une mort digne depuis plusieurs mois. Le cas de ce sexagénaire assigné à rester pour le restant de sa vie sur un lit d’hôpital, nourri par sonde gastrique et n’ayant plus la capacité de s’exprimer au-delà des flammes du regard, a une fois encore sollicité l’attention du monde sur la capacité de chaque individu à pouvoir disposer de lui-même ou non.

Le « droit » d’euthanasie est une question éthique que bon nombre de gouvernements n’ont su trancher, puisque cette question nécessite d’avoir un courage terriblement humain, celui de dire solennellement, et suivant des conditions limitant évidemment les excès possible, qu’un individu condamné à souffrir pour le reste de sa vie dans une agonie sans nom devrait avoir le droit de disposer de lui-même, et donc être en mesure de signer de sa main le droit de mourir.

En Italie comme en France, où l’euthanasie n’est pas autorisée, le cas a profondément divisé, faisant ressurgir les pieux de pacotilles de leur carcan d’ivoire et la papauté de son conservatisme aveugle et destructeur.

Luca Volonte, responsable de l’Union des démocrates chrétiens (UDC), un parti d’opposition, a même osé aussitôt demander l’arrestation pour meurtre du docteur Mario Riccio (peine de prison de quinze ans possible). Pour se protéger et donner enfin le salut à M.Welby, ce docteur a dû slalomer dans les méandres du droit pour trouver la faille séparant « l’euthanasie » du « refus de traitement légal ».

"Le cas de Welby n’est pas un cas d’euthanasie. Il s’agit de refus de traitement", a poursuivi l’anesthésiste, se disant prêt à répondre aux questions de magistrats. Welby, qui avait conservé toute sa lucidité, avait auparavant saisi la Justice pour obtenir le droit à une mort digne. Sa demande avait été rejetée par un tribunal romain, mais le Parquet avait fait appel.

Dimanche, à la veille de Noël, le pape utilisant ce fait d’actualité a prononcé : « Toutes les vies humaines sont précieuses », plongeant comme à l’accoutumée les auditeurs (italiens ou non) dans l’interprétation des mots, entre protection sage de la vie, et aveuglement digne de celui de l’usage salvateur du préservatif, se plaçant à la place de l’autre là où la liberté la plus intime devrait être un droit.

Dans un pays où le catholicisme est encore très influent (L’Eglise catholique est opposée à l’euthanasie mais elle admet que les traitements médicaux lourds et disproportionnés puissent être arrêtées), le cas « Welby » fait écho à la pirouette française occultant la question posée, aux différents Etats tolérant ou non l’euthanasie (à ce jour, seuls la Suisse, les Pays-Bas, la Belgique et l’Etat américain de l’Oregon autorisent le suicide médicalement assisté pour les malades en phase terminale).

L’an passé, le magistral film de Clint Eastwood Million Dollar Baby avait pourtant osé s’attaquer frontalement à la question (lors des élections, qui plus est), montrant que dans certains cas précis, lorsque tous les espoirs sont vains, lorsque l’être humain est condamné à l’alitement et à la dépendance, lorsque le poids des mois et des différents handicaps font leur travail de sape, il devient humainement intolérable de laisser autrui dans une agonie sans nom, souvent humiliante, toujours loin des droits de l’homme.

Bien sûr, une loi sur l’euthanasie doit prendre en compte les excès prévisibles auxquels certains n’hésiteraient pas à recourir pour accélérer la mort d’un parent ou d’un proche en vue d’une macabre succession, d’une mise au silence d’un témoin et autres cas nauséabonds. Mais si l’on souhaitait réellement se poser la question des droits de la vie, du droit à la mort, conditionné par la situation réelle de l’individu, la condition des soins nécessaires pour maintenir en vie et la durée de cette situation devraient être les fondements d’une loi allant pleinement s’inscrire dans les premiers alinéas de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, et donc de la constitution. Je tiens à en souligner les quatre premiers articles qui devraient aujourd’hui avoir une grande résonance face au cas Welby :

« Article premier - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 2 - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. (Le politique devrait donc aller en ce sens et protéger l’intégrité des individus, donc leur droit à choisir leur mort.)

Article 3 - Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. (Le pape n’a donc aucune autorité.)

Article 4 - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. (Une loi pour cadrer l’euthanasie volontaire et ses modalités est cohérente.)

Alors oui, je pense que le cas Welby est une preuve de plus qu’il est grand temps pour nos sociétés de clarifier la question en octroyant le « droit de mourir » à ceux et à celles que la vie a malheureusement condamnés. Comme Romano Prodi, et bien loin des palabres de l’évêque Elio Sgreccia (président de l’Académie pontificale pour la vie), je pense que nous devons tous manifester un profond respect devant la mort de Welby et la prise de risque du médecin Mario Riccio.

Sans doute que lors de ce dernier combat, ils ont tout donné (cf. Million Dollar Baby).


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60 réactions à cet article    


  • Bill Bill 26 décembre 2006 13:06

    J’attendais un article sur ce sujet.

    Je ne cache pas l’admiration que j’ai pour Benoit XVI, que je trouve fin, intelligent et tout à fait sage. Je comprends d’ailleurs très bien la position de l’église sur l’euthanasie et je suis plutot contre moi aussi !

    Mais ce cas est un peu particulier ! en effet cet homme n’était maintenu en vie qu’artificiellement et incapable de vivre sans soin, qui plus est dans une souffrance insupportable de chaque jour.

    Je n’ai pas encore été chercher plus d’information sur ce sujet, cela émane d’Italie et j’aime avoir de bonnes informations avant de me faire une idée.

    Bill


    • F. (---.---.174.149) 26 décembre 2006 13:42

      Selon le Conseil supérieur de la santé (CSS) italien, saisi par la ministre italienne de la Santé, il ne s’agissait nullement d’un cas d’acharnement thérapeutique.


    • Bill Bill 26 décembre 2006 13:48

      Merci F.

      Mais pouvez vous nous apporter plus d’information ? Je vais tacher de trouver des liens moi aussi !

      Bill


    • Bill Bill 26 décembre 2006 14:02

      Il ne s’agirait en effet pas d’un ancharnement thérapeutique sur cet page-là

      http://www.fenetreeurope.com/php/page.php?section=actu&id=7095

      Bill


    • Bill Bill 26 décembre 2006 14:07

      Et sur ce lien http://www.spcm.org/Journal/spip.php?article4937 on devine que le débat est vif de l’autre coté des Alpes ! Mais le curé a quand même proposé une messe en sa faveur.

      Bill


    • XXXXX (---.---.208.137) 27 décembre 2006 17:01

      Moi je n’ai aucune admiration pour Benoît XVI qui est encore plus réac que le précédent. As-t-il jamais eu un membre de sa famille dans une situation aussi dramatique ?


    • D@rk Not (---.---.159.65) 28 décembre 2006 17:21

      Etant anti-religieux ... je m’abstiendrai de tout commentaire sur la personne du pape.

      Concernant, l’article en lien plus haut, je reprend une citation officielle : «  »Le traitement de Piergiorgio Welby, et en particulier le respirateur artificiel qui le maintient en vie ne constitue pas un acharnement thérapeutique« . Les experts ont notamment considéré qu’il n’était pas en danger de mort. »

       ???

      Je me suis toujour flatté de n’être pas plus bête que ... smiley mais là retour à une certaine modestie : j’ai du mal àavec la situation au dessus. 1/ Un respirateur artificiel qui le maintient en vie ne constitue pas un acharnement thérapeutique : quand la personne demande le droit à mourrir à la justice avec les médias pour témoins ???? 2/ Les experts ont notamment considéré qu’il n’était pas en danger de mort : quel rapport ? sans l’appareil, bien sur que si !

      Au delà de ça, j’estime que l’église (ou toute autre institution religieuse, majoritaire ou non en son pays) n’a le droit d’interférer dasn la décision d’un homme. Qu’il soit de la même confession, ou d’une autre.

      9a pose en toile de fond, la question du poids infondé des institutions religieuses sur un pays donné. Et leur capacité à aller à l’encontre d’un idéal ou d’une décision personnel(le)


    • Bill Bill 28 décembre 2006 17:59

      D@rk Not

      C’est d’une certaine façon à moi que vous vous adressez...

      Mais je vous comprends parfaitement ! Ce qui est curieux dans tout ça c’est qu’on mélange souvent tout. Le pape intervient en tant qu’autorité morale, pas en tant qu’autorité politique...

      Mais je trouve que le discours de Cambronne que vous trouverez plus bas, est très équilibré, et Cambronne est vraiment catholique.

      Bien à vous

      Bill


    • ka (---.---.30.12) 26 décembre 2006 13:28

      Peu importe que l’on soit croyant ou pas on ne peut pas être insensible à la douleur, à la tristesse et au désespoir des autres. ET l’on peut comprendre même si l’on trouve ça dur que quelqu’un qui souffre puisse souhaiter en finir avec cette souffrance comme on a le droit d’avoir accès aux soins on devrait avoir le droit de mourrir sans assistance respiratoire ou autres moyens qui maintiennent le malade en phase terminale dans un état de vie sans vie un état végétatif qui est aussi douloureux pour le malade que pour son entourage. Si le suicide n’est pas sanctionné par la loi pourquoi pas l’arrêt volontaire de sa vie quand celle-ci n’est plus possible que par l’assistance d’appareils. Mais le problème se pose pour ce qui est de savoir qui donne la mort ? Parce qu’à partir du moment où c’est une autre personne qui donne la mort il s’agit juridiquement d’un homicide mais que dire dans le cas où la personne malade ne peut elle-même débrancher les appareils qui la maintiennent en vie, dans le cas par exemple de cet italien paralysé il ne peut se donner la mort tout seul il a besoin pour cela qu’on l’aide. Personnellement je ne pourrais pas le faire même s’il ne reste plus beaucoup de temps à la personne mais c’est difficile de se prononcer tant qu’on n’a pas vécu une telle expérience autant du côté du malade que de celui de l’entourage ou des médecins. Il est aussi difficile parfois de savoir où s’arrêtent les soins et où commence l’acharnement thérapeutique, de faire la différence entre donner tout simplement la mort, soulager les souffrances ou accompagner vers la mort.


      • Battement d’elle (---.---.90.133) 26 décembre 2006 15:54

        « Si le suicide n’est pas sanctionné par la loi » je vous cite ! un peu de bon sens et de logique aurait pu vous éviter cette remarque ! ’’Personnellement je ne pourrais pas le faire même s’il ne reste plus beaucoup de temps à la personne’’ je vous cite encore ! seriez-vous assez égoïste pour laisser souffrir les personnes que vous aimez sous prétexte de ne pas avoir à vous impliquer ? Bien sur que tous ces gens ont eu raison d’aider cette personne à abréger sa vie végétative ! Et puis... s’il existe un Dieu quelque part cela m’étonnerait fort qu’il ait donné comme consigne un passage obligé par les dorures de l’église !


      • ka (---.---.30.12) 26 décembre 2006 16:20

        Quand je dis que je ne pourrais pas le faire ça ne signifie pas que je ne voudrais pas le faire mais j’en serais peut-être incapable parce que je me dirais au fond que j’ôte la vie à quelqu’un même s’il est vrai que cette vie finalement n’a plus rien d’une vie pour la personne qui demande à mourrir, maintenant je comprend très bien les gens qui préfèrent abréger leurs souffrances je ne sais pas moi-même comment je réagirais à leur place. Je crois que vous m’avez mal compris je ne juge personne loin de moi cette idée même si je suis croyante.


      • ka (---.---.30.12) 26 décembre 2006 16:23

        Quant à la question du suicide je me suis peut-être mal exprimée je parlais de tentative de suicide puisqu’il est évident qu’une personnne qui a réussi son suicide ne peut-être poursuivie par la justice puisu’elle est morte.


      • josé (---.---.53.193) 27 décembre 2006 13:43

        @ Ka. Mais vous vous trompez. Un soldat dans mon pays il y a 30 ans ne pouvais pas se suicider. Après son décès il était jugé et mis en prison pour un certain temps. Seulement après il était rendu à la famille.


      • ka (---.---.30.12) 27 décembre 2006 14:55

        @ José

        Je ne sais pas de quel pays vous venez, moi je parlais de la France.


      • ka (---.---.30.12) 27 décembre 2006 15:08

        @ José

        En plus c’est ridicule de mettre une personne décédée en prison. La punition n’a plus aucun intérêt pour quelqu’un qui n’est plus conscient si ce n’est faire doublement souffrir des innocents : les proches, c’est très sadique, irrespectueux et indigne comme méthode vraiment je ne comprend pas quel est ce pays dont vous parlez.


      • José (---.---.53.193) 27 décembre 2006 17:31

        @ Ka. Un soldat ne peut pas disposer de sa vie. C’est son pays qui lui demande des comptes s’il se suiicide. Je suis portugais et j’habite au Portugal. Je ne suis pas quand même dans un pays de l’autre monde, par rapport à la France. Je pense qu’en France si um militaire commet un suicide il faut aussi ouvrir une enquête. Dans mon pays il étaite mis en prison dans un cercueil. Se suicider était un crime punit avec prison s’il était militaire.


      • ka (---.---.30.12) 27 décembre 2006 18:00

        Militaire ou pas militaire je trouve ça indigne. L’armée a parfois des principes bizarres. Vous êtes portugais donc ça explique beaucoup de choses, le Portugal étant un pays à majorité catholique, le suicide n’est pas bien vu mais de là à trimbaler un corps dans une prison histoire de respecter une règle complètement stupide vous ne trouvez pas ça malsain ? Que l’on ne veuille pas l’enterrer de façon chrétienne parce que le suicide est un pêché grave passe encore mais emprisonner un mort c’est surtout con avant d’être indigne. En définitive c’est la famille du soldat, qui n’a rien fait, qui paye pour le suicide d’un de ses membres, déjà qu’elle souffre de voir disparaître ce membre en plus elle doit subir l’humiliation de passer au second plan.


      • José (---.---.53.193) 28 décembre 2006 11:35

        @Ka . Comme d’habitude pour un français moyen la faute est toujours à l’église. C’est vraiment votre problème pas le mien.


      • ka (---.---.30.12) 28 décembre 2006 17:20

        @ José

        Doucement José je ne rejette la faute sur personne, je donne seulement mon avis sur ce dont vous m’avez parlé. Je suis moi-même croyante, pas catholique mais musulmane et dans ma religion aussi le suicide est un péché grave mais pour nous la dépouille d’un mort doit être respectée quoiqu’ait pu faire le défunt. Ca me semblait bizarre que l’armée ne prenne pas compte ce genre de chose c’est tout.

        PS : et ne vous en faîtes pas pour votre français il reste très compréhensible malgré quelques erreurs et nous en faisons tous de toute façon, je serais pour ma part incapable de parler le portugais comme vous parlez le français.


      • (---.---.7.126) 26 décembre 2006 13:52

        Un coup monté pour médiatiser la question au plan international...la veille de Noêl.


        • eugène wermelinger eugène wermelinger 26 décembre 2006 16:29

          Alors, IP 6 7 126 je vous propose de faire pareil pour le jour de l’an, mais de grâce sortez de l’ombre puisque ce sera votre dernier jour de gloire posthume. Humour déplacé et noir comme le vôtre. Longue vie et bonnes années encore à vous, tous.


        • Bill Bill 26 décembre 2006 14:12

          En effet http://www.info690.com/nouvelle-responsables_vatican_refusent_funerailles-43859-12.html tout cela n’est que pour créer la polémique, je comprends mieux à présent la position de l’église sur ce sujet en particulier !

          Reste que cette histoire est bien triste !

          Bill


          • (---.---.7.126) 26 décembre 2006 14:38

            Militer pour le droit à l’euthanasie, sensibiliser l’opinion publique et tenter d’ébranler la forteresse archaïque du dogme, soit, pourquoi pas. Nous sommes beaucoup à être pour !

            Mais ce qui est inadmissible, est de prémediter une tentative de manipulation de l’opinion publique internationale en créant un évènement choquant, et en le mettant en scène juste au moment de Noël, époque propice pour hypersensibiliser la perception de l’évènement.

            Ceci par contre, est particulièrement minable, et le fait que cette pantalonnade ait été orchestrée avec la complicité des médias qui n’ont dit mot de la supercherie alors qu’ils sont censés objectiviser l’information, en dit long sur l’entreprise de désinformation généralisée dont nous sommes tous victimes.

            Le diable est décidément partout, même dans le bien. Et l’enfer est pavé de bonnes intentions.


            • ZEN zen 26 décembre 2006 15:23

              Un site bien fait, à mon avis, qui donne à penser sur la question de l’euthanasie en général et la législation de certains pays sur ce problème :

              http://www.admd.net/sommair.htm


              • Sam (---.---.202.248) 26 décembre 2006 17:34

                Oui, c’est de plus en plus sidérant de voir que nous ne pouvons disposer du seul bien véritable et essentiel que nous possédions uniquement et singulièrement : notre vie.

                Euthanasie n’est pas un joli mot. Trop de mémoire sombre dans ce mot-là.

                Il faudrait trouver un autre mot pour dire la grande et triste liberté de choisir la mort et de donner à un autre mortel l’autorisation de nous y aider.


                • lyago2003 (---.---.109.203) 26 décembre 2006 17:54

                  Bonjour, je suis d’avis de légiférer sur cette question, ce n’est pas a l’église d’influer sur les décisions de vie ou de mort. Ma vie m’appartient et je ne vois pas sous quel prétexte autre que la loi quelqu’un s’arrogerait le droit de décider pour moi.


                  • brancardier (---.---.137.24) 26 décembre 2006 18:10

                    Personnellement, je ne pense pas souhaitable qu’une loi ou tout autre chose d’officielle ne soit votée au sujet de l’euthanasie. L’expérience a montrée que lorsque l’on met le doigt dans un engrenage, même avec beaucoup de précautions, tôt ou tard il y a « glissement » pour ne par dire dérapage. Sans vouloir aucunement vouloir remettre en cause la contraception, ce n’est pas du tout le sujet, mais juste pour rappeler le processus qui a mené à la situation actuelle. Si je me souviens bien la « pilule » au début n’était prescrite qu’aux femmes mariées ayant déjà au moins trois enfants, c’est du moins ainsi que l’on nous a présenté la chose. C’était bien le point de départ, puis d’extension en extension nous en sommes arrivé à la pilule (préventive, ou du lendemain) donnée par des infirmières du planning familial à l’école, à des filles de 13 ans sans avoir consulter les parents (c’est peut-être nécessaire, je répète que ce n’est pas ici la question). Aussi, j’ai bien peur qu’à un moment où les caisses de retraites se vident, qu’un jour de telles « extensions » ne se fassent plus ou moins automatiquement pour l’euthanasie. Mon épouse qui a fait carrière dans un service de gériatrie sait très bien que « l’arrêt de l’acharnement thérapeutique » (et rien d’autre) arrive parfois sur décision collégiale et après avoir consulté « à mi-mots » la famille. Dans ces conditions, chacun sait qu’il n’est pas souhaitable d’en faire étalage, et surtout de faire appel aux médias pour lancer un mouvement (c’est peut-être ce qu’a voulu faire la famille). Il en est de même en ce qui concerne la religion catholique, un prêtre conscient sait bien que dans ces cas il vaut mieux fermer un peu les yeux (il en est de même pour sa hiérarchie) mais de là à l’autoriser et en faire une « coutume » il y a une marge (ce n’est pas la fonction de l’église, au contraire). A mon avis, il vaut mieux que tout continue à ce passer de la sorte, en l’âme et conscience de chacun. Pour être clair, il n’est pas souhaitable d’en arriver un jour comme dans le célèbre film « Le soleil vert », ou arrivé à un âge juger non-rentable pour la société, se faire euthanasier d’office. Si nous n’y prenons garde, c’est bien ce qui pourrait arriver un jour, même si on nous promet que toutes les précautions seront prises. Je ne me méfie pas, mais je suis prudent, nuance.


                  • La Taverne des Poètes 26 décembre 2006 19:37

                    Vous dites :« A mon avis, il vaut mieux que tout continue à ce passer de la sorte, en l’âme et conscience de chacun » Et donc laisser prospérer l’inégalité de situation entre celui qui a la chance d’avoir une famille et une équipe médicale compréhensives et celui qui n’est pas dans ce cas ? Cela se discute.


                  • Zamenhof (---.---.246.122) 26 décembre 2006 18:40

                    Une loi avait déjà été votée en Allemagne dans les années 30 pour « libéraliser le droit à mettre fin aux vis qui ne valent pas la peine d’être vécues » on apellait ça accorder une « mort de grace » (Gnadentod)

                    Et d’ailleurs par la suite les médecins (les médecins, et pas du tout forcés, et parfaitement convaincus de bien faire) s’y étaient mis à fond de train. On apellait ça l’Action T4


                    • Zamenhof (---.---.246.122) 26 décembre 2006 18:44

                      Drôle de société quand même ! de nos jours se faire suicider sous contrôle médical pour mieux passer par le funérarium, c’est bien ! mais fumer par plaisir c’est mal ! Et en plus on ose dire que c’est pour la santé ! smiley

                      Au fait c’est peut-être là le mot clé : contrôle, les fumeurs sont dans un espace de liberté et d’individualité, ils échappent au contrôle tout-puissant de l’« Appareil » . A moins que ça ne soit le mot « plaisir » ... .....


                    • La Taverne des Poètes 26 décembre 2006 19:32

                      Refuser de légiférer sur cette question revient pour l’Etat à porter une atteinte grave au principe de liberté individuelle, puisqu’il refuse ainsi à la personne humaine le droit d’agir librement en la privant des moyens juridiques et médicaux nécessaires à l’assister dans cette action.

                      Refuser de reconnaître le droit de mourir dignement, c’est lui dénier le droit de vivre complètement : de mettre en application son voeu le plus cher. C’est consacrer la rupture d’égalité entre cette personne et celle qui, libre de ses actions, se suicidera. Cela revient à tutéliser l’individu en décidant à sa place. Au nom de quoi ? Parce qu’il est diminué physiquement, il ne serait pas un individu libre de ses choix ? On retrouve un peu de la relation entre le roi et ses sujets, le roi ayant droit de vie et de mort sur ces derniers.

                      A l’autre bout, il y aussi la question des enfants gravement malformés et promis à une vie terrible. Là, la décision de la personne ne peut être recueillie. Mais lorsqu’il s’agit d’une personne adulte capable d’exprimer son discernement avec insistance devant les tribunaux, le refus d’assistance ne me paraît pas justifiable, hors considérations religieuses et sur le seul plan des droits humains.


                      • La Taverne des Poètes 26 décembre 2006 19:49

                        Si j’étais à la place de...

                        Si j’étais dans une telle situation désespérée et que je ne pouvais pas exercer ma volonté parce que l’Etat me l’en empêche ou sur le fondement de préceptes religieux auxquels je n’adhère pas, je considérerais cela comme une atteinte grave, comme la pire des insultes envers ma personne humaine puisque même un animal on le prend en pitié !


                      • brancardier (---.---.19.245) 27 décembre 2006 12:18

                        Pensez-vous vraiment, que le malade soit toujours à même de décider par lui-même ? Il est des souffrances dont on peu guérir, et d’autres pas. De plus en général, arrivé à ce stade, avec les drogues actuelles nous savons soulager la souffrance, mais à ce moment pensez-vous que le malade soit encore à même de prendre une décision de cette importance ? Même si pour le soulager il est plongé dans un coma artificiel ? Facile de dire que l’on préfère prendre soi-même sa décision lorsque l’on est bien portant, beaucoup moins lorsque l’on n’y plus du tout. Quant à dire, que ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une famille derrière, c’est justement à ceux là que je pense. Au risque d’en étonner plus d’un, pour moi, une loi qui permettrait de s’y appuyer serait plutôt au final préjudiciable. La loi permet parfois bien des dérives que personne n’oserait franchir dans l’illégalité totale, car beaucoup trop risqués. En milieu médical, personne ne peu jamais prendre une telle décision seul, il y a du monde, alors qu’avec une loi, il suffirait que le malade le soit « un peu plus qu’en réalité » et ça passerait plus facilement, même si ces cas seraient, je pense tout à fait exceptionnels.


                      • Capreolus (---.---.123.61) 26 décembre 2006 19:50

                        Vous écrivez : « Article 3 - Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. (Le pape n’a donc aucune autorité.) »

                        Auquel cas un père n’a pas non plus d’autorité sur ces enfants ! Réfléchissez ! il ne s’agit là que de l’autorité politique, et pas de l’autorité morale, religieuse, ni de l’autorité scientifique de celui qui sait !

                        Encore un article écrit sous le coup d’une émotion médiatiquement mise en scène, sans possession de tous les éléments de discernement.


                        • Sam (---.---.202.248) 26 décembre 2006 21:02

                          Capreolus

                          En l’occurence, il s’agit de liberté donc d’un acte éminement politique : accorder ou non la liberté aux gens de décider de leur mort et accorder aux médecins et aux familles le raisonnement, la capacité de décider si une personne peut reposer en paix, une fois établie l’impossibilité pour elle de recouvrir une vie qui ne soit pas végétative.


                        • jipé (---.---.221.74) 26 décembre 2006 22:31

                          encoreun droit, le faire et en plus en être légitimé !


                          • de quoi je me mêle (---.---.99.29) 27 décembre 2006 07:34

                            mon grain de sel. si le droit de naitre n’est pas accordé,le droit de mourir est un choix personnel.Je sais pas ce que ce ’clown en habit de carnaval’ vient prescrire la dedans. C’est une curieuse conception qu’ont tous les religieux de tou poil , c’est de mettre la main sur le législtatif ,le laique et civil. désolé ,mais ce chapitre ne regarde pas B16. s’il veut faire peur il a qu’a le faire à l’interieur de ses églises


                            • anonyme (---.---.12.18) 27 décembre 2006 09:28

                              Le droit de mourir existe en France sous couvert d’anonymat bien sûr mais cela est possible. Il y a des médecins plein d’humanité qui aident le patient et la famille pour en finir avec les divers maux qui rongent le malade. Il faudrait être NAIF pour ne pas le croire. J’en ai connu l’amer expérience sous la question choc « vous souhaitez qu’on l’aide à partir ??? »... Après que l’église dise non... alors là pour ma part je m’en fous (qui est Benoit XVI, d’ailleurs connais pas)


                              • J. Turcas (---.---.174.248) 27 décembre 2006 09:37

                                Après l’affaire Ramon Sampedro en Espagne, celle de Vincent Humbert en France, le cas de Piergiorgio Welby en Italie soulève, dans les médias, la question de l’euthanasie ou, si l’on préfère, de l’aide active à mourir.

                                Ces situations sont emblématiques de nombreuses autres restées ignorées du public, de personnes atteintes d’une maladie incurable qui demandent à être délivrées de leurs souffrances.

                                La question posée à notre conscience de citoyen est la suivante : Doit-on prendre en compte la demande du malade ? Peut-on autoriser un médecin à mettre un terme à une vie dès lors que le patient le demande pour des raisons que l’on peut parfaitement comprendre quel que soit par ailleurs notre avis sur la question ?

                                Peut-on imposer à un être humain de poursuivre une vie de douleur ?

                                N’est-ce pas porter atteinte à sa dignité que d’empiéter sur sa liberté et le contraindre à poursuivre une existence à laquelle il veut mettre un terme ?


                                • Bill Bill 27 décembre 2006 10:22

                                  Bon, mais ce n’est pas de notre époque, on a pensé avant au suicide, par delà toute considération morale... A redécouvrir : l’endormeuse de Maupassant

                                  « Dans le premier que j’ouvris, j’aperçus ces mots : »Statistique des suicides" et j’appris que, cette année, plus de huit mille cinq cents êtres humains se sont tués. Instantanément, je les vis ! Je vis ce massacre, hideux et volontaire des désespérés las de vivre. Je vis des gens qui saignaient, la mâchoire brisée, le crâne crevé, la poitrine trouée par une balle, agonisant lentement, seuls dans une petite chambre d’hôtel, et sans penser à leur blessure, pensant toujours à leur malheur. J’en vis d’autres, la gorge ouverte ou le ventre fendu, tenant encore dans leur main le couteau de cuisine ou le rasoir. J’en vis d’autres, assis tantôt devant un verre où trempaient des allumettes, tantôt devant une petite bouteille qui portait une étiquette rouge. Ils regardaient cela avec des yeux fixes, sans bouger ; puis ils buvaient, puis ils attendaient ; puis une grimace passait sur leurs joues, crispait leurs lèvres ; une épouvante égarait leurs yeux, car ils ne savaient pas qu’on souffrait tant avant la fin."

                                  http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/athena/selva/maupassant/textes/endormeu.html

                                  Maupassant y exprime l’idée d’une machine pour mourir sans douleur et agréablement...

                                  Bill

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