Ce manifeste met le doigt sur un certain nombre de dysfonctionnements de la République : l’inégalité des chances, la ghettoïsation, le repli identitaire...

Jusque-là, tout va bien... Nous avons tout de même quelques réserves sur le fait que ce texte "ethnicise" la victoire d’Obama, et semble favorable à la discrimination dite positive et à la mondialisation.

Dans une envolée finale, les signataires demandent au pouvoir :

"la mise en œuvre effective d’un programme minimal pour l’égalité réelle  :

1 engager des politiques publiques qui combattent les conséquences sociales des discriminations ;

2 systématiser les politiques volontaristes de réussite éducative et la promotion des talents dans les quartiers populaires ;

3 promouvoir des politiques urbaines qui permettent de réaliser la diversité sociale et de peuplement ;

4 inciter fortement les employeurs et le premier d’entre eux, l’Etat, à mettre en place des politiques de promotion de la diversité, fondées sur l’obligation de résultat ;

5 limiter les mandats électoraux pour forcer le renouvellement du monde politique ;

6 soumettre les partis politiques à un pacte national de la diversité et organiser un Grenelle de l’égalité réelle et de la diversité."

Après une première lecture, l’adhésion semble l’emporter, mais ces 6 points appartiennent au champ politique.

De plus, n’oublions pas que l’UMP est au pouvoir depuis 2002 et, sauf crise politique majeure, jusqu’en 2012.

Majoritaires au Sénat et à l’Assemblée nationale, l’UMP a donc le pouvoir et le temps de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour atteindre les 6 objectifs précités...

Que des responsables de l’UMP signent ce manifeste est soit un aveu d’impuissance, soit une simple opération de communication et de diversion.

N’est-ce pas grâce à l’UMP que :

  • la loi SRU va être un assouplie par la modification de son article 55 qui permettra à certaines villes d’échapper à la contrainte des 20 % de logements sociaux ? N’y a-t-il pas contradiction avec les points 1 et 3 ?
  • le ministère de l’Education nationale a l’intention de supprimer plus de 11 000 postes d’enseignants ? N’y a-t-il pas là encore contradiction avec les points 1 et 2 ?
  • le Parlement étudie un projet permettant aux ministres qui quittent le gouvernement de récupérer automatiquement leurs sièges parlementaires ? MM. Copé et Devedjian ne cumulent-ils pas d’ailleurs plusieurs mandats ? N’y a-t-il pas là aussi contradiction avec les points 5 et 6 ?
  • la fonction publique va perdre plus de 30 000 postes de fonctionnaires, dont près de 400 au ministère du Travail ? Le concours n’est-il pas pourtant la meilleure garantie contre la discrimination ? Recruter des inspecteurs du travail ne serait pas inutile ? N’y a-t-il pas là encore et encore une contradiction avec le point 4 ?

Par conséquent, ce manifeste est une vraie tartufferie qui sème la confusion ! La droite signe un texte qui prône l’inverse de son action...

Mais que dire des Hollande, Taubira et Voynet, également signataires ?

Ce manifeste est un modèle de la pensée dominante du cirque médiatique, selon laquelle le clivage gauche-droite est dépassé.

Par-là même, il est la négation de la politique puisque les responsabilités et les contradictions des uns et des autres depuis 2002, voire avant, ne sont même pas relevées...

Comment ces personnalités de gauche ont-elles pu signer un tel objet politico-médiatique ?

Bref, cela en dit long sur l’état de la gauche :

  • soumission à l’idéologie dominante néo-libérale et à l’air du temps,
  • action au coup par coup sans ligne directrice,
  • sentimentalisme,
  • absence de réflexion politique,
  • absence d’idées,
  • absence de projet d’avenir.