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Accueil du site > Actualités > Société > Le mythe de la croissance infinie lourd de conséquences

Le mythe de la croissance infinie lourd de conséquences

Le mythe de la croissance infinie est lourd de conséquences. D’ailleurs, de quelle croissance parle-t-on ?

Si c’est le développement de la société qui est sous-entendu, alors une mise au point s’impose. On admet en général que le développement est un mouvement vers le haut de l’ensemble du système social. La confusion entre croissance économique et développement subsiste car, depuis 1991, la banque mondiale retient comme seul critère de développement le produit national brut par habitant (PIB). Pourtant, certains pays exportateurs de matières premières, minerais, gaz, pétrole, connaissent la croissance économique mais leurss sociétés n’ont pas réussi la transition d’un pays en voie de développement à un pays en voie de développement dit développé.

L’ID, UN NOUVEL INDICATEUR ECONOMIQUE PLUS « SOCIAL »

Amartya Sen, économiste indien, a conçu l’IDH comme alternative économique aux indicateurs monétaires issus des doctrines économiques en vogue. L’indice de développement humain englobe certes le produit intérieur brut par habitant si cher aux économistes monétaristes, mais le dépasse. Repris depuis 1990 par le programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il prend en compte, d’une part l’espérance de vie, d’autre part le niveau d’éducation mesuré par le taux d’alphabétisation des adultes, puis le taux de scolarisation et enfin le produit intérieur brut par habitant.

Et là, surprise, malgré les imperfections de ce mode d’estimation, on constate d’emblée que les pays en tête du classement du produit intérieur brut par habitant ne se superposent pas du tout au classement en fonction de l’IDH. Les pays nordiques y tiennent le haut du pavé et certains pays latins font piètre performance. Cet indice est à n’en pas douter plus fiable pour rendre compte d’une certaine réalité parce que pluridimensionnel.

LE POUVOIR D’ACHAT N’EST PAS ROI AU PAYS DES INDICES

Focaliser les statistiques des instituts de sondage uniquement sur la hausse ou la baisse du pouvoir d’achat est un faux problème dans une société de forte consommation, fondée sur une croissance infinie, cause d’exodes migratoires dans des mégalopoles insalubres où l’on constate une paupérisation du cadre de vie, un accroissement des maladies liées au stress, un excès de pollution atmosphérique et sonore, un entassement des populations, une régression de l’hygiène de vie. En outre, l’encombrement des déchets toxiques s’intensifie.

Derrière l’apparente société d’abondance, la société technicienne dévaste les richesses naturelles.

Outre la pression démographique, les friches industrielles, la déforestation, la pénurie de terre et d’eau potable sont l’une des causes latentes des conflits territoriaux.

En outre, ont prospéré des civilisations remarquables, des sociétés hors développement économique dans lesquelles la croissance ne constituait ni l’objectif ni même le système de valeur principal. Ces sociétés stables ont perduré des millénaires. Dans les cités antiques la culture était à l’honneur, les débats sur la place publique étaient riches, la vie politique était relativement égalitaire, l’économie était certes agraire mais les niveaux de vie étaient convenables. A l’apogée des empires antiques, les institutions furent imprégnées de démocratie directe et surpassèrent la plupart de nos démocraties parlementaires occidentales. Le progrès de l’humanité ne peut donc se résumer au développement d’une structure technicienne et à la création de nouveaux besoins de consommation.

L’ISH, UN INDICE DE REFERENCE EN ECONOMIE SOCIALE

Un autre indicateur permet de faire apparaître une forte décroissance depuis 35 ans, il s’agit de l’ISH (Index of Social Health), dit indice de santé sociale. Il s’appuie sur le chômage, le suicide des mineurs, la maltraitance des enfants, le niveau d’éducation, la fréquence des délits violents (vols avec violence, violences en réunion...), le prix de la location immobilière, le réel pouvoir d’achat (prix des produits de consommation courante, évolution des prélèvements obligatoires). Cet indicateur n’est jamais repris par les politiques et pour cause... Il est difficile de faire l’aveu d’une régression continue depuis une trentaine d’années. L’ISH de l’ensemble des pays occidentaux décroît depuis les années 1970.

CONSOMMER, OUI, MAIS MALIN

Il semble de fait que la croissance du PIB va à l’encontre du bien-être général, de la cohésion sociale et de l’écologie globale. S’agit-il pour autant de restreindre sa consommation ? Sûrement pas ! Consommer malin, refuser la dépendance aux nouveaux besoins de consommation, n’est-ce pas faire croître l’indice de santé sociale, favoriser une économie alternative respectueuse de l’environnement et du monde du vivant ? Georgescu Roegen, théoricien et économiste roumain, à mis en évidence que la décroissance de l’économie néfaste passe par une forte croissance de l’ISH, valeur sûre pour le développement durable.


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13 réactions à cet article    


  • Deltarho Deltarho 15 janvier 2007 13:42

    @ l’auteur.

    J’ approuve votre « recherche » de références hors du « pot » à ragots.

    Il existe effectivement dans le concert des nations bien des études sérieuses démontrant la stupidité des concepts de la croissance « divine » !

    Il faut préciser que Georgescu Roegen est décédé en 1994 et que ses travaux sont déjà anciens bien que toujours entiérement valables, ce qui explique toutes les publications actuelles.


    • Angus (---.---.131.193) 15 janvier 2007 13:58

      Cela aurait été bien de présenter en graphique comparé les trois courbes (PIB, IDH et ISH) sur la période cité soit environ 30 ans.

      A partir de là, il serait possible de décortiquer le programme de nos différents challengers à la présidentielle (enfin, quand il existe ...) pour voir ceux qui agiront sur telle ou telle de ces courbes.

      Il reste trois mois pour les interpeller et publier leurs réponses (enfin, s’ils daignent le faire ...).

      Cela nous changerait des habituels catalogues de promesses invérifiables ...


      • jcm (---.---.107.122) 15 janvier 2007 15:07

        En effet le problème des indicateurs est une question majeure pour nous situer par rapport à ces concepts de développement et de croissance.

        Divers indicateurs sont proposés (voir par exemple LE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT ET LES AUTRES INDICATEURS SOCIAUX ET ÉCONOMIQUES) mais on remarquera une caractéristique qui leur est commune : ils permettent un classement entre les pays (ou diverses types de structures territoriales) sans donner de position par rapport à des objectifs que l’on pourrait (devrait ?) se fixer.

        On peut pourtant envisager que tous les pays du monde devraient se fixer pour objectif de ne pas dépasser une empreinte écologique de 1, et qu’un équilibre social et économique acceptable devrait tenir compte des prescriptions de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui réunit un large consensus, même si elle ne fait pas une totale unanimité.

        De là on pourrait définir un cadre dans lequel devraient s’inscrire croissance et développement, et il semble qu’il serait possible de paramétrer le PIB, outil à peu près universellement utilisé, afin de situer l’évolution du PIB de chaque pays par rapport à ce cadre : Du PIB au PIB+.

        Par ailleurs notons que Corinne Lepage a mené une réflexion intéressante à ce sujet : Les indicateurs.


        • ZEN zen 15 janvier 2007 18:00

          @jcm

          Merci pour ces liens précieux..


        • gem (---.---.117.250) 15 janvier 2007 17:33

          bon article. Le PIB a été victime de son succès : tout indicateur qui devient une cible, un but en soi, devient n’importe quoi et ne sert plus à rien.

          Résultat : il faut changer d’indicateur.


          • ZEN zen 15 janvier 2007 17:52

            @ Gem

            Bien d’accord. Le petit livre de Patrick Viveret :« Reconsidérer la richesse » donne d’excellentes pistes.


              • Michel (---.---.148.45) 15 janvier 2007 21:01

                « A l’apogée des empires antiques, les institutions furent imprégnées de démocratie directe et surpassèrent la plupart de nos démocraties parlementaires occidentales. »

                Faut dire que faire mieux les pseudo-démocraties représentatives, telle que celle qui existe en France, c’est vraiment pas difficile. Encore faut-il le vouloir...


                • miaou (---.---.3.176) 15 janvier 2007 22:34

                  Tout à fait d’accord quant à la pertinence de définir d’autres indices que le PIB.

                  « A l’apogée des empires antiques, les institutions furent imprégnées de démocratie directe et surpassèrent la plupart de nos démocraties parlementaires occidentales. »

                  Je ne vois pas bien à quoi il est fait allusion ; s’il s’agit des société grecque ou romaine, rappelons que l’esclavagisme (parfois de façon très massive) qui était au coeur de ces systèmes ne peut contrebalancer certains aspects peut-être plus démocratiques.


                  • Dominique Larchey-Wendling 16 janvier 2007 15:31

                    La « nécessité » de croitre indéfiniment est profondément liée à la manière dont fonctionnent les prêts monétaires aujourd’hui. Lorsque vous empruntez de l’argent à 5% par exemple, vous devez en moyenne sur la durée du prêt être capable de générer un bénéfice au moins égal aux 5% annuels d’intérêts par rapport à votre investissement. Sinon, c’est la faillite.

                    L’économie actuelle globale fonctionne avec de l’argent virtuel, en ayant emprunté de l’argent sur l’avenir, c’est à dire, en pariant que la croissance future remboursera les intérêts des dettes contractées aujourd’hui. Comme ce genre de comportement est maintenant général (pour « dynamiser » l’économie), ne pas croitre signifierait la banqueroute du système dans son ensemble. Le système des retraites par répartition est lui aussi fondé sur la croissance (de la population.)

                    Je ne vois pas de solution à ce cercle vicieux qui ne passe pas par une contraction économique accompagnée d’une réduction brutale des niveaux de vies ou des populations, à moins de changements radicaux dans le fonctionnement de nos sociétés.

                    Ignorer ce problème n’est pas une solution car la croissance de l’activité économique est de toute manière contrainte par celle de l’énergie instantanément disponible et cette dernière est amenée à stagner voir à diminuer dans un très proche avenir, à la suite de l’arrivée du « Peak Oil » global.


                    • Deltarho Deltarho 16 janvier 2007 15:55

                      Vous devriez étudier la vraie signification de l’ « entropie » (révélée par les travaux de Sadi Carnot sur la thermodynamique ).

                      Ceci est loin d’une « vue de l’esprit » ou d’un sophisme et aucun des promateurs du « libéralisme économique » n’a avancé un contre argument aux démonstrations des Jacquard, Roegen et d’une multitude d’autres.

                      La DECROISSANCE est impérative et urgrente !


                    • Deltarho Deltarho 16 janvier 2007 16:07

                      J’oubliais de dire que vous relevez cependant une idée très pertinente : Les bases de l’économie deviennent de plus en plus virtuelles, nous vivons donc à crédit ( je ne dis pas de crédits ! ) sur avoirs inconsistants, mais peut-être que certains se moquent de cette dilapidation d’ héritage, après eux le déluge !


                    • Dominique Larchey-Wendling 16 janvier 2007 16:52

                      @ Deltarho,

                      « La DECROISSANCE est impérative et urgrente ! »

                      Je comprends ce que vous dites et j’y adhère mais je crois que c’est un voeux pieu. Malheureusement, je pense qu’il faudra d’abord passer par une contraction violente avant d’envisager de vivre de manière soutenable (énergie, pollution etc) Le mythe de la croissance infinie nous a conduit à une situation qui n’est plus soutenable. Nous sommes trop nombreux et/ou trop riches pour notre environnement.

                      Les civilisations naissent et meurent. Notre civilisation est arrivée à ses limites naturelles liées à la manière dont elle consomme les sources d’énergie qu’elle arrive à exploiter. La notre souffre d’une particularité supplémentaire qui est qu’elle a probablement aussi atteint ses limites environnementales (pollution). Je ne sais pas s’il est encore possible de revenir en arrière. Je m’apprête à publier très bientôt la traduction d’un article de « William Clark » qui propose une approche politique globale aux deux problèmes du changement climatique et du « Peak Oil ».

                      Après l’avoir lu, posez-vous la question de savoir si les Occidentaux sont prêts à sacrifier leur mode de vie et leur puissance plutôt que de se battre jusqu’au dernier s’approprier des ressources raréfiées.

                      Pour l’approche physique, je veux bien parler d’entropie et de thermodynamique mais j’ai peur qu’un débat théorique, ça n’intéresse pas grand monde. D’autant plus que l’on ne dispose pas de données fiables (non politisées) sur la production énergétique.

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