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Accueil du site > Actualités > Société > Le Petit Nicolas à la Mairie de Paris

Le Petit Nicolas à la Mairie de Paris

Pour le cinquantième anniversaire de sa création, une exposition consacrée au personnage de Jacques Sempé et de René Goscinny se tient actuellement à la Mairie de Paris jusqu’au 4 juillet. Pour les plus jeunes, il s’agit d’une découverte, pour ceux qui ont largement dépassé les cinquante ans, c’est un pan de leur jeunesse qui refait surface. Or, sans se prendre au sérieux, ce petit personnage nous interpelle sur ce qu’est devenue la France depuis un demi-siècle. Découverte pour les uns, mais introspection plus que nostalgie pour les plus âgés.
 Le petit Nicolas est à la fois désuet et attachant. Il nous ramène à une France quasi disparue, celle de l’après-guerre, du début de la croissance et en même temps à un pays presque mono ethnique et vivant doucereusement dans le carcan gaulliste.
 
 Nicolas va comme tous les gamins de son âge dans une école de garçons, il n’y avait pas de mixité dans le primaire à cette époque, elle ne commençait que dans certains lycées lors de la fameuse entrée en classe de sixième qui faisait que l’on quittait l’enfance pour entrer doucement dans l’adolescence. Le Petit Nicolas va dans un établissement urbain (on ne sait pas exactement de quelle ville, mais ce n’est pas un village, peut-être une banlieue pavillonnaire). Cette école pourrait être aussi bien publique que privée, mais surement pas catholique, car aucun crucifix n’orne les salles de classe et parce qu’il n’est jamais fait référence au catéchisme.
 
Par contre, tous les petits copains de Nicolas sont des petits Français de souche aux prénoms démodés, même à l’époque, comme Agnan, Clotaire, Eudes, Alceste , Rufus, ou Geoffroy. Remarquez qu’il n’y a dans cette classe aucun Paolo, ni même Nathan ou David (aucun gamin n’est juif dans cet établissement). Quant à Joachim, il ramène plus à du Bellay et à Murat qu’à un éventuel fils d’ouvrier ou de concierge portugais. Et si l’on regarde les dessins, ils sont tous bien blancs ces petits gamins, ni basanés, ni crépus et ne pourraient en aucun cas être des Mohamed, Mamadou ou Yacine. Les copains de Nicolas sont tous de la même classe sociale, c’est-à-dire moyenne. Un seul a un père patron plein aux as qui paye à son fils des cadeaux qui semblent magnifiques pour les autres gosses. Ils ne sont pas vraiment jaloux, mais font payer au fils de riche sa différence sociale, tout en l’aimant bien. La morale est qu’il ne faut surtout pas être trop au dessus des autres. Le premier de la classe est considéré comme un chouchou, mais il n’est pas victime d’exclusion, tout juste un peu charrié.
 
Cela ne présuppose en rien une volonté raciste ou discriminatoire des auteurs, mais montre une société française telle qu’elle était il y a cinquante ans. Car, en dehors des premiers HLM de périphérie urbaine et des derniers bidonvilles qui perduraient à la naissance de Nicolas, le fils d’émigré n’existait pas en France. Le travailleur algérien, espagnol, portugais venait seul et vivait en foyer ou en hôtel meublé. Quant aux Maliens et Sénégalais, ils étaient encore rares et s’entassaient dans des foyers Sonacotra sans enfants. Il ne faut pas oublier que le petit Nicolas a vécu sa jeunesse avant le regroupement familial voulu par Giscard d’Estaing.
 
Nicolas a un père qui travaille, porte une cravate et possède une petite voiture, il habite dans une petite maison avec un jardinet et non en appartement. On peut en conclure qu’il s’agit d’une famille relativement aisée mais qui ne vit pas dans l’opulence car tout le monde n’avait pas de véhicule à cette époque. D’ailleurs, l’arrivée du poste de télévision est un évènement dans la famille. La mère de Nicolas ne travaille pas, elle est mère au foyer et la situation n’est pas pour lui déplaire. Elle ne réclame aucune émancipation et se satisfait des tâches ménagères comme beaucoup de femmes alors.

 Et si la mère pleure quelquefois, se plaint de son mari, il ne lui viendrait pas à l’idée de divorcer, de prendre un amant ou de devenir lesbienne. Nicolas est fils unique et parmi ses copains, aucun n’est issu d’une famille nombreuse. Cela tendrait à monter indirectement que l’école est privée car les prolétaires des années cinquante et du début des soixante étaient encore prolifiques.
 
Les gosses jouent entre garçons et ne s’embarrassent pas des filles. Nicolas est vaguement amoureux d’une dénommé Edwige (il est hors de question qu’elle s’appelât Samira, Aminata ou Mai Huong), mais ça ne va pas très loin, les amourettes enfantines. Tout reste pudique, car à cet âge, les enfants sont supposés naitre dans les choux et les roses. Donc pas question d’exclamation du style : « On baise, on baise, mais oui on baise dans l’escalier » et encore moins de jurons dans la lignée de « nique ta mère » ou « sale pute » !
 
Pas de Nintendo et autre console de jeu. On joue aux billes, aux cow-boys et aux indiens dans la cour de récré, on se fait des petites farces pas très méchantes et les bagarres se déroulent gentiment sans trop de dégâts corporels. Pas de cutter dans la cour de récréation de Nicolas, juste quelques horions. La maitresse est aimée et le surveillant, le Bouillon, est respecté et craint quand il fait les gros yeux. De nos jours, les parents d’élèves auraient maintes fois porté plainte contre lui pour excès de sévérité et cruauté mentale. Ce qui au temps de la première publication n’était que tours pendables, serait considéré aujourd’hui comme à peine réprimandable tant la société a évolué.
 
Mais tous les enfants vivent dans un univers bien à eux, non pollué par le monde des adultes. Les histoires sont morales, bien sûr car encadrées par la commission de lecture des fameuses EDEJ, éditions destinées à la Jeunesse.
 
Il est donc question de s’interroger sur les bienfaits d’une telle littérature. Il est d’ailleurs surprenant qu’aucun défenseur de la diversité n’ait attaqué Sempé et Goscinny. Aucun commentateur bien pensant n’a osé considérer cette œuvre comme néo poujadiste avec des relents lepénistes. Et pourtant, on en a vu et entendu d’autres et de bien pire dans l’indignation ! Et même les pédagogistes n’ont pas osé ouvrir le bec pour critiquer les méthodes d’éducation tant des enseignants que des parents de Nicolas !
 
Et puis, malgré un prénom fortement connoté péjorativement en pleine période de Sarkozy, le petit n’a pas souffert de son illustre homonymie. Pourtant, ce n’est pas du tout Anelka et le frère Jalabert qui lui ont été d’un grand secours dans sa notoriété. Curieusement, le petit Nicolas devenu adulte pourrait très bien être Dupont-Aignan, un garçon poli, bien éduqué, issu de la petite bourgeoisie et ayant réussi sa vie sans ostentation. C’est-à-dire quelqu’un ni provocateur ni vraiment bling-bling.
 
Alors, l’engouement pour ce petit bonhomme reste un mystère. Car, parmi ceux qui font la queue, souvent plus d’une demi-heure avant de pénétrer dans l’exposition, ne sont pas tous de grisonnants ronchons et des mémés en imperméable beige. Le petit Nicolas est hors du temps, il permet de rêver à un temps où l’école était barbante pour les gosses, où les adultes faisaient la loi, mais où il était encore possible de s’amuser comme un gamin de son âge, de faire les bêtises de son âge et de finalement être heureux.

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5 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 7 avril 2009 11:16

    Doc,
    Je ne vous remercie pas pour cette ordonnance.
    "Les souvenirs d’enfance nuisent gravement à la santé".

    Où ai-je encore mis mes patch ?....


    • Georges Yang 7 avril 2009 11:28

      Et oui, on n’est pas tout jeune !
      Quand je lisais Pilote au début des années 60, je ne voyais que le côté rigolo du petit Nicolas.
      Avec le temps, l’angélisme passe.


      • Fergus fergus 7 avril 2009 16:22

        Excellent article et très bonne analyse du microcosme dans lequel évolue le Petit Nicolas. Ajoutons-y que lorsqu’un étranger se présente, il est britannique et rouquin, en plein dans le cliché !

        Et pourtant il est vrai que l’on ne ressent rien d’autre, en lisant les aventures du petit bonhomme, qu’une sorte de nostalgie d’un passé révolu où tout était, finalement, bien cadré et rassurant.

        A l’évidence, le Petit Nicolas a vécu et n’est plus du tout dans l’air du temps, et surtout plus du tout représentatif des cours d’école actuelles. Ce rôle a été repris par Titeuf, avec son langage fortement marqué par les jeux vidéos et avec des fantasmes sexuels qui ne sont plus tabous, sans oublier le chômage du père !

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