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Le phénomène néo-rural, quelques hypothèses

Le phénomène néo-rural en France prend de l’ampleur. Selon une étude d’Ipsos de fin mai 2005, « 34% des citadins, soit près de 7 millions de personnes, déclarent avoir l’intention de s’installer à la campagne ; 13% vont engager des démarches en ce sens d’ici 5 ans ». Sans entrer dans un débat complexe « ville versus campagne », qui mérite de faire l’objet d’une véritable réflexion approfondie, il est intéressant de s’interroger sur les facteurs de cet engouement croissant des citadins pour les campagnes.

De tels chiffres indiquent nettement qu’il ne s’agit plus d’un épiphénomène, mais plutôt d’un début de changement de paradigme. En seconde analyse, ces néo-ruraux ne peuvent plus simplement être considérés comme des "baba-cools" sur le retour, voire comme des populations marginales.

Pour tenter de comprendre ce phénomène, voici quelques pistes ressenties de l’intérieur. Ces pistes sont davantage le résultat d’une introspection que le produit d’une analyse sociologique. Pour une étude sociologique de ce phénomène, je vous invite à prendre connaissance de l’ouvrage Paradis verts : Désirs de campagne et passions résidentielles, de Jean-Didier Urbain (titre amicalement fourni par l’un des visiteurs du blog "S’installer et vivre à la campagne", mr oing). Bien que cet ouvrage semble s’appuyer sur des statistiques détaillées, il serait toujours intéressant de confronter les conclusions de l’auteur à d’autres points de vue. Pour le moment, c’est l’un des seuls ouvrages vraiment médiatisés sur le thème de la néo-ruralité en France.


Liste non exhaustive de quelques facteurs saillants

Quelques faits historiques

Il faut se rendre compte que l’exode rural est un phénomène récent à l’échelle historique. Ces processus se sont enclenchés à partir des années 1840 avec une accélération dans la seconde décennie du XXe siècle. Par exemple, en 1945, les campagnes comptaient 50% de la population française. Aujourd’hui, 75% de la population vit en ville. Les progrès de l’agriculture, et en particulier sa mécanisation, ont sans doute rendu une main d’oeuvre locale sous-employée à nouveau disponible pour satisfaire la demande d’une industrie naissante. Cette industrie en plein essor s’est développée principalement aux abords des grandes villes et dans les banlieues.

Hypothèse : une grande majorité de Français ont des racines rurales, même si beaucoup de ceux appartenant aux deux ou trois dernières générations sont de purs enfants de la ville. La campagne et la ruralité sont encore solidement ancrées dans l’inconscient collectif.

La révolution des transports

Le développement des moyens de transport individuels et celui des réseaux routiers ont introduit davantage d’échanges entre les villes et les campagnes. Là où autrefois un simple déplacement de quelques dizaines de kilomètres se transformait en un véritable voyage de plusieurs jours (aller et retour), aujourd’hui, c’est devenu une question d’heures. Le rapport au temps et à la distance a changé. Passer de la sphère rurale à la sphère urbaine (et vice-versa) est devenu un acte banal, aisé et rapide.

Hypothèse : la population est devenue mobile et a développé de nouvelles capacité de nomadisme.

Concentration urbaine

Un afflux massif de population en quelques décennies a eu un impact tangible sur l’aménagement du territoire. Les villes et villages sont devenus un espace continu pour ne finalement former qu’une sorte de "continuum" géographique. La ville est le domaine de l’artificiel (du construit) par opposition au domaine naturel, voire sauvage, qui caractérise les campagnes.

Le fait que les villes soient construites et "lisses" n’est pas sans impact sur le désir de campagne croissant généré, en particulier, par un rejet d’une pollution multiforme et omniprésente :
- les eaux usées, canalisées par les réseaux routiers, se concentrent, et les molécules chimiques s’étalent sur de vastes surfaces bitumées
- le trafic automobile sature l’atmosphère urbaine et provoque, probablement, des maladies et, sûrement, de la gêne et des sensations désagréables
- un bruit de fond permanent (infra-sons) et des bruits ponctuels frisant l’intolérable (sons > 100dB) accompagnent le citadin une grande partie de la journée, et parfois même la nuit

La pollution existe, bien évidemment, aussi dans les campagnes. Toutefois, elle y est plus localisée et plus sporadique. Même traitée, la pollution urbaine n’est pas complètement éliminée. Elle est une constante qui accompagne les citadins tout au long de leur vie.

Hypothèse : en ville, l’être humain subit une perte de sa "nature". L’être humain, tout en étant un "homme" est aussi en même temps d’essence animale. Cela signifie que l’homme a besoin de conditions originelles propres à répondre à des besoins biologiques (air et eau purs) pour assurer son développement vital dans un confort maximal.

Cette liste de facteurs explicatifs n’est pas limitative. Nous pourrions ajouter le "sentiment" d’insécurité, les aspirations psychologiques individuelles, des aspects de santé, le besoin d’horizon...

Toutefois, vus de l’intérieur, ces quelques facteurs donnent une explication plausible des motivations d’un projet de vie campagnard pour un citadin. Une démarche qui se situe quelque part entre retour aux sources et fuite !

Alors, existe-t-il un profil néo-rural ? Doit-on parler de néo-rural ou de paléo-citadin ? Ils ne sont la plupart du temps pas des "néo-réactionnaires". À défaut de racines, et dans un monde qui évolue à des rythmes nouveaux, ils sont à la recherche de leur véritable identité, qui, loin d’être ancrée dans un passé mythique, est plutôt de nature complexe et composite, peut-être une réminiscence des contes d’enfance qui glorifient la nature. Il pourrait s’agir de l’expression d’un nouvel ADN identitaire qui synthétise tout à la fois le passé, le présent, le futur, la culture, la nature, la modernité et la tradition, une identité plurielle et non pas unitaire.

Quelques précisions

Il existe plusieurs réalités à prendre en compte dans la description des phénomènes néo-ruraux. Voici une grille de lecture de l’espace :
- ceux qui résident en gravitation autour de Paris mais dans les confins "verts" de la grande couronne
- ceux qui vivent dans une ville importante en région
- ceux qui vivent dans des bourgades (capitales de cantons)
- ceux qui vivent dans des hameaux (à 2-10 km des bourgades)
- ceux qui vivent en pleine campagne.

Une autre grille de lecture temporelle est liée aux différentes postures adoptées par les néo-ruraux :
- ceux qui quittent définitivement la ville (les "transitionnels" en font partie)
- ceux qui "commutent" ville et campagne les fins de semaines (les "nomades")
- ceux qui alternent en fonction des saisons (retraités)
- ceux issus d’autres régions d’Europe, principalement des pays nordiques, à la recherche d’un climat plus favorable et d’une meilleure qualité de vie (ils ne sont plus tout à fait des touristes, car ils résident plus longtemps et plus fréquemment dans une région dans laquelle ils ont aussi accédé à la propriété. Par exemple, les Britanniques dans le Périgord).

Dans cette logique concentrique, l’ensemble Paris laisse la place à l’ensemble "grande couronne" et "ville de province", qui, eux-mêmes, laissent la place à des "bourgs", puis plus loin à des hameaux, et finalement, on trouve aussi la résidence rurale isolée, dans la campagne. Cette dernière est plus rare et très prisée. Il s’agit fréquemment d’anciens corps de fermes restaurés.


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4 réactions à cet article    


  • Luis (---.---.24.123) 11 janvier 2006 16:26

    Il y a quelques éléments peut-être fondamentaux mais il manque une analyse sous un angle économique. En fait il faudrait quelques statistiques pour appuyer la réflexion sur du concret. Des éléments comme la diminution des coûts de communication et des ruptures comme la virtualisation des relations professionnelles devraient être prises en compte. Les modifications étant souvent liées à l’évolution des infrastructures je crois que l’élément « coût de communication » dans les réseaux relationnels sont et seront de plus en plus importants.

    Je suppose que dans quelques années les réunions virtuelles ne coûteront rien(ou presque) et ceci induira des modifications qui permettront de nouveaux fonctionnements relationnels qui sont la base de la socialisation. De mon vécu, je crois que si je ne disposais pas d’échanges avec mes pairs grâce à Internet, la ruralité me serait devenu moins agréable. Ce qu’il y a de certain c’est qu’économiquement sans Internet je n’aurais certainement pas pu rester si longtemps dans mon village.

    D’autre part je crois qu’il faut tenir de nombreuses évolutions et paramètres :
    - L’équilibre entre consommations et besoins réels (il existe une certaine remise en question de la surconsommation)
    - Disponibilité de l’offre de consommation (on peut acheter de tout à la campagne notamment via internet. Ceci change les fonctionnements notamment les achats d’impulsion)
    - Rapport temps/argent/ qualité de vie
    - Equilibre économique (possibilité d’entretenir un réseau professionnel à distance)
    - Grégarisme des humains / évolution des communications
    - Tendance cooconning/jardin qualité de vie familiale
    - Européanisation des campagnes françaises (certains facteurs spécifiques comme pour les anglais. En Angleterre nul n’est propriétaire de son terrain)
    - Désindustrialisation des pays occidentaux(la concentration péri-citadine se justifie moins) ... Tout ceci mériterait un ample travail de manière à vérifier si nous avons à faire à une tendance de fond ou à un simple effet de mode passager et là seul le croisement de quelques courbes d’évolution pourraient apporter une vue réaliste. Des cartographies haut-débit rural et montée en gamme des emplois seraient un indicateur.

    Le concept de paléo-citadin me parait le plus adéquat.


    • HKac HK 11 janvier 2006 16:52

      Bonjour Luis,

      Merci infiniment pour votre commentaire et surtout votre apport de nouvelles idées ! Tous les items de nature à enrichir ce thème sont bien vus et on sent bien que vous avez déjà beaucoup réfléchi à ce phénomène.

      Hélas, ce sujet mériterait une véritable étude avec des métriques que je n’ai pas aujourd’hui les moyens de mener. Effectivement, l’article est rédigé sous le prisme d’un néo-rural qui n’a pas la prétention d’être le représentant de l’ensemble des néo-ruraux ni même du phénomène sociologique (et économique) attaché. C’est davantage un « essai » introspectif pour le moment.

      Je me suis déjà posé la question d’une approche sous la forme d’un calcul de « ROI » (Retour sur Investissement" global pas seulement économique) d’un projet de vie à la campagne. Mais cela me semble insurmontable à ce stade. Je serai prêt à contribuer à ce type d’études au sein d’un groupe ! Il y a là matière à rédiger une véritable thèse !

      Je vous avoue que sans Internet, mon projet actuel de transition serait dépourvu de tout sens. A ce propos, j’anime un blog sur ce thème de la néo-ruralité. Ce n’est pas un blog bien rationnel mais plus un espace d’échanges. Par ailleurs, je suis en cours de montage d’un projet (« La campagne numérique ») visant à contribuer à la réduction de la fracture numérique en milieu rural. Je publierai mon projet prochainement dans le blog.

      Mon ambition, si j’y arrive, serait plutôt de proposer une sorte de « guide pratique pour réaliser son projet de vie à la campagne », vous voyez ?

      Encore une fois merci pour votre point de vue très concret. Bonne journée à tous.

      HK

      http://vivrealacampagne.hautetfort.com


    • patricemorize (---.---.200.159) 21 février 2006 14:00

      Ilfaut faire trés attention avant de se lançer dans l’aventure du retour à la terre car l’économie de marché elle serat bien la à vous faire subir ses contraintes . En occident les prix du marché sont souvant en deça du coût de production et il en résulte un systéme de primes qui à mon avis est humilliant pour le producteur qui doit réaliser que ce n’est pas sa production qui le fait vivre . Le triste spéctacle téchnocratique du RMI ,des allocations chômage , des primes agricoles et autres n’est pas à mon avis ce que la plupart d’entre nous souhaitons .Les intermédiaires et la grande distribution sont autant d’obstacles pour réussir ce genre de reconversion .Bien sur beaucoup d’entre nous en avons assez de cette vie sans perspectives mais ne nous mettons pas dans une impasse en voulant faire autre chose .


      • HK (---.---.242.109) 21 février 2006 14:45

        Bonjour,

        Merci pour votre amical commentaire. Vous avez absolument raison. Changer de vocation (par exemple, devenir producteur quand l’essentiel de la vie a été consacré à une autre profession) représente un défi important et aussi un risque accru d’échec. Une nouvelle vocation reste néanmoins possible mais il faudra lutter. On ne peut pas s’improviser agriculteur ou éleveur du jour au lendemain !

        Toutefois, il existe en milieu rural une vaste palette d’activités pour un citadin peu éloignées des métiers urbains (services [à la personne, notamment], tourisme, artisanat, vie associative, professions indépendantes). Ce qui manque avant tout c’est une accélération des infrastructures numériques en milieu rural qui le rendrait beaucoup plus attractif. Je mentionne entre autres, l’Internet haut débit et un réseau de transports public plus dense et plus fréquent. Ce ne sont pas les seuls développements à mettre en oeuvre mais rien que ceux-ci posent déjà des défis importants. En somme, l’aménagement du territoire, les TIC et la modernisation des services serait une bonne base pour attirer les citadins qui ont un tel projet de vie. L’important étant aussi que ces néo-ruraux sachent s’adapter aux usages de la campagne et ne pas vouloir à tout prix conserver leur critères et leurs exigences urbains pour une intégration réussie au sein du monde rural. De plus les néo-ruraux doivent être solidaires avec les producteurs locaux. Le système des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne voir http://alliancepec.free.fr/Webamap/index.php) sont des signaux positifs de solidarité. En contrepartie de quoi, le monde rural doit aussi s’ouvrir un peu plus aux nouveaux arrivants.

        Encore merci pour votre contribution. Bonne journée.

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