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Accueil du site > Actualités > Société > Le placement publicitaire dans la littérature ?

Le placement publicitaire dans la littérature ?

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On connaissait le placement de marques au cinéma, l’agent 007 et sa voiture BMW, sa montre Swatch, son Martini on the rocks, son ordinateur Apple, ou encore dans les Visiteurs. Même dans le sport, le naming semble effectuer une percée. Une prochaine application de la réglementation européenne en France va permettre le placement de produits dans les programmes télévisés (fictions et sports) et en particulier les séries. Le CSA réfléchit sur l’extension de ce principe après avoir dit pratiquement l’inverse en 2005. Ainsi, après avoir été supprimée des programmes après 20 heures sur les chaînes publiques, la publicité va effectuer son grand retour via un concept qui pour ne pas être subliminal ne manquera pas d’interpeller. Le potentiel est d’ailleurs considérable. Face à un auditeur captif, les marques jouent sur du velours. Les études en comportement du consommateur ont montré à plusieurs reprises l’influence des prescripteurs, en particulier les plus médiatiques, sur les achats. On s’habille comme Madonna, on porte son string comme Britney Spears, on achète le lave-linge de Mère Denis. Si vous avez saisi la dernière référence, vous avez plus de trente ans. Vous verrez on se fait très bien à l’idée de vieillir tant que l’on croit que la mort ne touche que les autres. Un peu comme le loto. La preuve vous n’avez encore gagné le gros lot.

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Attendons-nous donc à une déferlante de placement de produits en tout genre dans les programmes télévisés. Les séries américaines sont déjà coutumières du fait. Mais comme les français ne comprennent rien à l’anglais et que toutes les marques ne sont pas mondiales, l’honneur était sauf. Plus pour longtemps.

Imaginons maintenant ce que cela donnerait en littérature. Déjà certains éditeurs, par le passé, ont tenté de vendre des pages de publicité au sein des livres. Les versos des couvertures étaient les plus prisées. L’idée a fait long feu et à ma connaissance il n’existe aucun livre en France, sorti récemment, qui s’est laissé subjuguer à cette idée.

Bientôt la littérature ?

 

"Je n'aurais pas pu écrire Les Chouans sans mon café Latte Starbucks"
"Je n’aurais pas pu écrire Les Chouans sans mon café Latte Starbucks"

Néanmoins, pour des auteurs en mal de revenus, pour des éditeurs au bord de la faillite, gageons que l’idée pourrait être tentante. Imaginons ce que cela donnerait sur quelques chefs d’oeuvres de la littérature française.

 

Marcel Proust. A la recherche du temps perdu à cause des retards des avions d’Easy Jet ®. « Longtemps, je me suis couché de bonne heure grâce à ma tisane Eléphant au tilleul de Chine ®. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors sur mon matelas Dunlopillo ®. » Et, une demi-heure après, grâce ma montre Panerai ®, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil grâce à mon Prozac ® m’éveillait ; je voulais poser le volume, de ma chaîne hi-fi Akai ®, que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière d’Electricité de France ® ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, dans le Journal du Dimanche ®, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier à particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une église de la scientologie ®, un quatuor diffusé par Harmonia Mundi ®, la rivalité de François Ier, 39 euros la nuit ®, et de Charles Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil sur Radio Nova ® ; elle ne choquait pas ma raison mais pesait comme des écailles de poisson de marque Repères « pêche artisanalement par des marins bretons » ®sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n’était plus allumé à cause de Poweo ® (contre-publicité comparative). Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme un livre d’Alain Finkielkraut ® (contre-publicité d’Arrêts sur Images ® ) comme après la métempsycose (trouvez la définition du Gros Marcel dans le Petit Robert ®) les pensées d’une existence antérieure ; le sujet du livre en vente à la Fnac ® se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non ; aussitôt je recouvrais la vue d’Optic 2000 ® et j’étais bien étonné de trouver autour de moi une obscurité, douce et reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui elle apparaissait comme une chose sans cause, incompréhensible, comme les positions de l’Action Royaliste ®, comme une chose vraiment obscure comme une émission de Jean-Marc Morandini ® . Je me demandais quelle heure il pouvait être à New York, the big city life ® ; j’entendais le sifflement des trains de la SNCF ® qui, plus ou moins éloigné, comme le chant d’un oiseau dans une forêt, relevant les distances, me décrivait l’étendue de la campagne déserte où le voyageur se hâte vers la station prochaine de la RATP ® ; et le petit chemin qu’il suit va être gravé dans son souvenir par l’excitation grâce à mon sex toy pour senior ® qu’il doit à des lieux nouveaux, à des actes inaccoutumés, à la causerie récente et aux adieux sous la lampe étrangère de marque Ikéa ® qui le suivent encore dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du retour ».

Albert Camus. L’étranger. “Aujourd’hui ®, en vente dans tous les kiosques, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas car j’ai oublié mes pilules Pfizer ® pour la mémoire. J’ai reçu un télégramme de Brest et de l’ouest ® de l’asile : « Mère décédée. Enterrement grâce à son contrat Obsèques Norwich Union ® demain. Salutations distinguées. » Cela ne veut rien dire comme un roman de BHL ®. C’était peut-être hier sur la côte varoise ®. »

Louis Aragon. Aurélien. « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide sur la photo de son profil Meetic ® par rapport à celui de Facebook ® ».

Milan Kundera. La lenteur. «  L’envie nous a pris de passer la soirée au Macumba discothèque ®et la nuit dans un château Relais et Châteaux ®. Beaucoup, en France, sont devenus des hôtels agréés par le Ministère du tourisme ® : un carré de verdure perdu dans une étendue de laideur sans verdure ; un petit morceau d’allées, d’arbres, d’oiseaux au milieu d’un immense filet de routes Vinci ®. Je conduis et, dans le rétroviseur Valéo ®, j’observe une voiture Citroën Picasso C3 ® derrière moi. La petite lumière à gauche clignote et toute la voiture Citroën Picasso C3 ® émet des ondes d’impatience. Le chauffeur attend l’occasion pour me doubler grâce à son disque dur de sauvegarde 7.200 tours SATA Western Digital ®, satisfait ou remboursé chez Darty ® ; il guette ce moment comme un rapace guette un moineau sans son assurance-vie Axa ® ».

Saurez-vous reconnaître les marques commerciales cachées dans ces textes ?

 


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3 réactions à cet article    


  • stephanemot stephanemot 13 mai 2009 02:13

    rien de neuf sous le soleil : au XIXe siecle deja, Stendhal, Mérimée, Victor Hugo ou encore votre cher Balzac ont place Breguet dans leur texte... qui leur a sans doute renvoye l’ascenseur (ou ce qui faisait office d’ascenseur) a l’epoque, et continue a exploiter ces citations dans ses pubs.

    prenez tous les best sellers actuels et vous aurez quelques surprises.

    Stephen King cite un grand nombre de marques mais essentiellement a des fins quasi ethnologiques, pour planter le decor ou un personnage. Desormais, il n’a guere besoin de l’aumone des annonceurs.


    • barbouse, KECK Mickaël barbouse 13 mai 2009 10:13

      bonjour,

      la placement des marques dans la littérature est la conséquence logique du placement des marques au cinéma, et d’un contexte sociologique où les images de marques sont médiatisées pour « faire sens »,

      aussi, quand vous écrivez un roman, par exemple un policier, si vous esperez qu’il devienne un film si c’est une réussite, y placer des marques sert l’illusion plus souvent que la raison, que ces marques vont y voir un support de publicité, et financer, ou embaucher l’écrivain pour tel ou tel taches que les grandes marques savent leur donner.

      Et cette tendance va allez en s’accentuant parce que de plus en plus, la notion du « tu es ce que tu consommes et rêve de devenir de quoi consommer Ce(s) produits de »grandes« marques, symbole de victoire et de réussite, va servir, comme dans la population réelle, de référend moteur pour expliciter la »psychologie d’un personnage« ,

      et grâce a ses marques, les héros ou héroïnes vont, aprés leur périple romanesque, enfin avoir l’amour, la reconnaissance, le statut, etc... Autant de valeur ajoutée a l’image publicitaire de ses marques,

      qui par la suite auront encore moins de mal a utilisé la crise inexistentielle des gens pour continuer de leur faire croire qu’ils sont quelqu’un si et seulement si il ont acheté tel marque de vétement qui donne tel look distinctif, tel marque de voiture, etc...

      Aussi, le placement des marques dans la littérature n’est pas uniquement dans le fait de les écrire dans le roman, mais s’insinue aussi dans la trame de l’histoire, dans l’idenditification des personnages et dans la »moral" idéologique qui en découle.

      amicalement, barbouse.


      • Ferocias 14 mai 2009 22:30

        En fait, le placement de marques en littérature n’est pas nouveau.
        Dans les polars par exemple ou dans certaines séries d’espionnage, des années 1950 à 1970 au moins, des marques d’alcool et de cigarettes payaient pour apparaître.

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