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Le prestige des racailles

Théorie du complot oblige, on avait commencé par mettre en cause la véracité des images. Un type tabassé à quatre contre un dans un bus pour n’avoir pas cédé son portefeuille, abandonné à son sort par le conducteur et les passagers, et last but not least, traité de « sale français de merde  » par un agresseur d’origine étrangère, cela ne pouvait se passer en France. Ou alors ce ne pouvait être qu’anecdotique, rien d’autre, un incident de parcours dans la paisible existence de l’Hexagone. Une fois prouvée l’authenticité des images, il fallait donc surtout s’interroger sur l’opportunité de leur diffusion et sur la pureté des intentions de chacun. Ce n’est qu’après ces préliminaires d’usage, censés assurer la bonne moralité de tous les participants au débat, que la question jugée cruciale fut enfin posée. L’agression avait-elle été raciste un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout ?
 
La victime elle-même, sacrificielle jusqu’au bout, a fait beaucoup pour lever le doute sur la question dans son interview au Figaro. Si des propos racistes avaient été proférés lors de son agression, il fallait prendre en compte qu’ils étaient intervenus « dans un contexte où (les) agresseurs étaient drogués ou ivres  ». Et la victime d’ajouter que la « couleur de peau très pâle de l’un des agresseurs  » rendait en tout état de cause peu crédible la théorie de l’agression raciste. Dans un tout autre registre, sur Causeur.fr, on a paradoxalement fustigé l’angélisme du jeune étudiant tout en invoquant des raisons nouvelles de douter du caractère raciste de l’agression. Selon Elisabeth Lévy, il importait ainsi de garder à l’esprit que l’injure raciste était monnaie courante en banlieue, «  y compris entre personnes de même origine  ». Elle suggérait ainsi que tout ce qu’on avait pu entendre de la bouche du dernier agresseur, finalement, n’avait pas grand sens.
 
En résumé, la messe ne devait surtout pas être dite. Il était urgent de se méfier des évidences, impératif de ne pas s’arrêter au témoignage cru des actes et des paroles, et indispensable de multiplier les précautions pour ne pas tenter malgré soi le démon xénophobe. En clair, le mot d’ordre était de se forger une âme à l’épreuve du réel.
 
Sauf que les arguments des uns et des autres n’étaient guère convaincants. Inutile de se livrer à de longs développements pour comprendre que le racisme n’est pas un accident alcoolique, et que la pâleur de l’un des agresseurs n’est pas un gage très convaincant de la moralité des trois autres. Difficile également de partager les doutes d’Elisabeth Lévy lorsqu’ils se fondent pour l’essentiel sur la banalisation des injures racistes entre personnes de même origine, tant cette dérive du langage paraît au contraire être le paroxysme du communautarisme, l’instant critique où la stigmatisation de la race est devenu le seul moyen d’exprimer le ressentiment, même dirigé contre quelqu’un de sa propre communauté, réelle ou fantasmée.
 
Bref, quelle que soit la partition jouée ici ou là, il n’y avait au final aucune raison sérieuse, aucun alibi pour ne pas entendre autre chose qu’une injure raciste dans le « sale français de merde » éructé par le plus acharné des agresseurs. Pas un doute auquel se raccrocher pour édulcorer le réel, pas même un espoir à se ménager : le racisme n’était plus à nos portes mais bel et bien dans la cité, au propre comme au figuré. Et plus grave encore, il avait pris la place autrefois réservée à ce sentiment d’unité qui, s’il existait encore, aurait vu les passagers solidaires anéantir la morgue de quatre gamins abâtardis par l’habitude de l’impunité.
 
Alors ensuite, savoir si l’agression avait été exclusivement raciste ou non, seulement crapuleuse ou un brin communautariste, quelles avaient été les intentions respectives des quatre délinquants et à partir de quels préjugés ils avaient choisi leur proie, tout cela devenait dérisoire. Et surtout, à trop vouloir sonder les âmes des agresseurs, on en oubliait encore une fois de s’intéresser à celle de la victime, pourtant atteinte d’un mal plus profond que l’angélisme et au moins aussi inquiétant que la rage primitive de ses agresseurs.
 
«  Hostile à toute forme de récupération par des discours démagogiques  » autre que le sien, le jeune homme a en effet décidé de porter plainte pour violation du secret de l’instruction et de l’enquête. L’objectif avoué, doctement expliqué par ses avocats pour le Post.fr, est de mettre en garde tous les sites continuant à diffuser la vidéo de l’agression, qui une fois le délit de violation établi pourraient être poursuivis pour « recel de violation du secret de l’instruction ». Interrogé sur l’éventualité d’une action contre le site russe qui héberge actuellement les images, l’avocat affiche la plus grande détermination : « Nous savons que nous nous heurterons à des difficultés mais cela ne nous empêchera pas d’agir. »
 
Dans d’autres circonstances, la plainte aurait pu être comprise. Dans l’absolu, chacun a droit à l’oubli. Mais lorsque l’on sait que l’étudiant n’a jamais porté plainte contre ses agresseurs, et qu’il a seulement fait part à ce jour de son intention de se constituer partie civile, l’injure faite à la logique et à la morale est trop grande. En comparaison de son indulgence à l’égard des agresseurs, la célérité avec laquelle il prétend poursuivre les témoins virtuels de son agression ne peut être qu’une violence supplémentaire contre la raison.
 
Sa complaisance pour les agresseurs s’explique, peut-être, par un humanisme hors du commun, par un devoir d’abnégation d’autant plus fervent qu’il a sans doute été encouragé par la peur des représailles. Mais qu’en est-il de son intransigeance retrouvée ? D’où lui vient ensuite cette volonté inébranlable de poursuivre, à travers les diffuseurs de la vidéo et jusqu’en Russie si nécessaire, tous ceux qui se sont sentis agressés à travers lui pour un motif qu’il réprouve et dont il veut nier l’existence ?
 
On pourrait ici avancer encore beaucoup d’hypothèses, à vrai dire autant que nécessaire pour dissimuler la plus plausible. D’autres peut-être feront ce travail consciencieusement, multipliant les conjectures pour trouver à la victime d’aimables alibis comme lui-même a forgé ceux de ses agresseurs. Il faudra se souvenir alors que si la victime n’a pas hésité un seul instant, cette fois-ci, c’est qu’elle est tout simplement persuadée de n’avoir rien à craindre en poursuivant aujourd’hui de son ressentiment les spectateurs de son impuissance.
 
Pour beaucoup, mieux vaut sans doute écarter cette hypothèse, car la reconnaître pour vraie conduirait à une autre interrogation, à un doute encore trop honteux peut-être pour faire l’objet d’un débat public. Mettons alors que cette question restera confidentielle ou qu’elle n’est posée que pour la postérité. Mais est-il vraiment certain que la victime aurait si facilement renoncé à demander justice pour elle-même, préféré excuser les coupables et accabler d’instinct ses semblables, si la civilisation avait réellement conservé ce prestige que surpasse aujourd’hui la crainte des barbares ?

 

par JC. Moreau vendredi 24 avril 2009 - 316 réactions
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  • Par barbouse (xxx.xxx.xxx.240) 24 avril 2009 13:55
    barbouse, KECK Mickaël

    bonjour,

    Pour quantité de personnes agressées qui ne déménagent pas pour autant, ou continue a prendre le bus sur les mêmes trajets, il est impossible, surtout lorsque l’on constate a son corps défendant combien l’opinion des autres n’est pas là pour vous protéger des coups que vous prenez, de s’afficher contre ses agresseurs, surtout au masculin blanc.

    du moins si on souhaite retourné a une vie "normal" de victime consentante, comme la plupart des parisiens et autres habitants de villes entourées de ghettos, là où vivent aussi l’essentielle des personnes qui travaillent dans les médias et qui font bien attention a leurs propos médiatique, surtout pour les moments ils vont faire leur courses dans Paris et rencontre eux aussi les "bandes", ce qui arrivent même quand il ne prennent pas le métro, ni le bus, ont des garde du corps et des secteurs mieux protégés par la police que le quidam.

    Il va de soi aussi que la peur qui vous étreins lorsque votre visage est visionné des milliers de fois, sans prévenir, sans vous demandez votre avis, et qui engendre autant de réactions de personnes qui ont des opinions bien plus facile a avoir tranquillement chez soi que de lever le petit doigts dans le bus,

    n’engendre pas autre chose qu’une panique vis a vis de sa propre sécurité, et motive pour que surtout cela se tasse, que les vidéos soient enlever, loin de l’ensemble des gens qui s’amusent a commenter sur votre vie et votre sécurité au quotidien, et sont complètement inconscient des dangers réels qu’ils vous font porter, a vous qui avez déjà pris les coups,

    parce évidemment devenir une cible a récidiviste, où le symbole de la France qui se couche, où encore l’évidente descente de l’illusion sécuritaire sarkozyste, etc, cela vous casse une vie tout autant, voir plus, que quelque coups. Et on ne peu pas demander a un gamin naif d’avoir et le cran et la maturité adéquate pour en assumer le 10 ème.

    On retrouve le même comportement chez les victimes de viols collectifs, ou d’agression par les gamins en bas de chez eux, tant qu’ils ne peuvent pas déménager, vivre loin de leurs agresseurs, ils prennent partie pour eux, parce que eux ils restent, il ne viennent pas 3 jours avec une caméra, pas sur appel 15 mn aprés comme la police avant de repartir, et ne sont pas virtuel malgré la quantité de personnes qui post leur sympathie, leur indignation, leur crainte, etc... avec vous,

    Non, la bande du bas de l’immeuble, en virée centre ville ou en territoire conquis, est constante, et fini forcément par vous chopper si vous sortez des clous qu’elle vous impose avec son gout prononcé pour l’humiliation et une jouissance non dissimulée pour se taper des laches petits blancs, les "guillaumes", considéré comme des sous hommes sans couilles.

    Tu peu traiter sa mère de pute, lui baiser sa copine en manque de vrai mecs, et lui marcher dessus, il te dira excuse moi, je comprend, je veux pas d’histoire, etc... nique son pays, nique le systême, il s’en fout, traite le de raciste il baisse les yeux tellement il a peur d’etre matraquée partout où il y a de la couleur, et sert toi sans te priver, la vie n’appartient qu’aux forts et leurs règles sont faites pour faire semblant de protéger les faibles.

    Et ce discours que j’ai entendu pour la première fois il y a plus de 19 ans maintenant, quand je vivais en banlieue, force est de constaté qu’il était et reste vrai. Et si les moutons avaient l’intelligence de sortir de leur propre omerta, et ne serais ce que de créer une association de toutes les victimes d’agressions issuent des bandes, qui garderai leur anonymats,

    vous seriez surpris de voir a quel point on ne parle pas d’une seule agression dans un bus que l’on veut ramener a la dimension de "fait divers", mais d’une bien plus profonde et plus ample crise, quasi proportionnel a l’acharnement des politiques de la minimisée et de la cacher, tellement n’importe quel blancs vraiment conscient de cette situation, même quand comme moi il a beaucoup d’amis et compatriote issuent des immigrations récentes,

    ne pourraient pas ne pas en tenir compte, et réagir quasi militairement pour endiguer le problème devant des personnes qui ne comprennent que la violence et le rapport de force, et de virer manu militari aussi l’ensemble des laches et des incompétents qui ont laisser perdurer autant de souffrances française, loin des caméras et de l’attention médiatique, pour faire leur bénéfice.

    amicalement, barbouse.

  • Par Lapa (xxx.xxx.xxx.139) 24 avril 2009 15:31
    Lapa

    Imaginons que la même scène eut opposée quelques franchouillard se défoulant sur un pauvre immigré.

    la personne remettant la vidéo sur le net, au lieu d’être suspectée de quelconques mauvaises intentions aurait été immédiatement louée pour sa probité, son courage et sa capacité à montrer la vérité.
    Nos poltiques tous partis politiques confondus, auraient accourus à qui mieux mieux pour déblatterer devant les micros "dégueulasse... racisme... xénophobie... heures sombres de l’histoire.... haine de l’autre....inadmissible...."
    les associations subventionnes telle licra, soso racisme et tutti quanti auraient hurlé au loup et crée quelques manifs de soutien.
    Les medais auraient repris l’affaire en boucle.
    Notre président aurait inclus rapidement dans un discours des réponses toutes faites comme "innacceptable... les auteurs devront êtres punis sévèrement... je m’emploierai à ce que les coupables payent.... préparation d’une loi exceptionnelle pour lutter contre ce phénomène... chaque enfant de CP devra parrainer un petit immigré en situation régulière et lire une lettre de ses parents...."
    Sur AV, Gazi et momo, le toujours prompts à défendre la racaille immigrée surtout quand elle est islamisée auraient loué le courage de la vidéo et se seraient interrogés si le fait que la victime ne porte pas plainte n’était pas due à des consignes gouvernementales ou à une peur des représailles des skinheads liés à l’axe américano-sionniste.

    mais voilà.. pas de bol. A défaut de voir leurs convictions profondes s’effondrer ils essayent de détourner l’attention en allumant des contre-feux...

    Et que n’aurait-on eu commes réactions hystériques si la victimes avait été juive.... On aurait eu au moins trois propositions de lois direct !


    bilan des courses : quand tu ne fais pas partie d’une "minorité visible" ; tu es véritablement invisible.

  • Par JC. Moreau (xxx.xxx.xxx.33) 24 avril 2009 14:34
    JC. Moreau

    @ Gazi Borat

    D’une certaine façon je crois qu’il me faut vous remercier d’avoir ouvert le bal. Je vais vous répondre point par point

    Encore ?


    Ca sent le réchauffé...

    Un phénomène courant quand la maison brûle.

    Les agressions ne sont pas un fait nouveau, les bandes non plus... Des Apaches aux Blousons Noirs puis aux Loubards, le premier niveau de la criminalité organisée n’est pas né au XXI° siècle.

    Tout comme la pédophilie, l’inceste et le viol... leur pratique récurrente les rend-il plus acceptable ? Cherchez dans un code pénal, vous les trouverez encore en bonne place dans le catalogue des tabous odieusement imposées par la société.


    Oui mais voila, grâce à la vidéosurveillance et à internet, le petit peuple peut s’effrayer grâce à un « snuff movie » habilement diffusé.

    Le phénomène, visible, devient insupportable.

    Visible, le phénomène devient surtout un témoignage embarrassant pour qui croit encore que l’insécurité est un « sentiment » , une affabulation de prolos. Visible, il renvoie également la population face à face avec ses contradictions, et la confronte aux dangers de la résignation.

    A quand alors des attouchements pédophiles en direct, une scène d’inceste en live, un viol devant la caméra ?

    Chiche ! Curieux de voir alors à l’aide de quels seront vous essaierez encore de relativiser.

    Oui mais, voilà, cette vidéo tombe à pic pour tenter de faire diversion aux résultats clamiteux de notre économie que les promesses pharamineuses de Mr Sarkozy n’ont pas permis d’éviter.

    Alors on nous ressert le bon vieux spectre de l’Insécurité.

    Quatre spectre, quatre… Mais dans le fond, ce sont des ectoplasmes, je vous l’accorde.


    A noter qu’ici, curieusement, ceux qui exploitent cette vidéo ne peuvent guère se placer en défenseur des victimes, comme à leur habitude, car celui qui fut la cible du tabassage refuse son instrumentalisation.

    Et c’est bien ce qui fait tout l’intérêt de cette affaire. Elle montre à quel point la résignation est entrée dans les moeurs, la victime ayant manifestement considéré qu’il était plus urgent de poursuivre les diffuseurs de la vidéo que les agresseurs, les témoins virtuels plutôt que les coupables.


    Qu’a cela ne tienne, il est régulièrement sali par tout ce que le net compte comme orphelins du Front National.

    C’est à ce moment du débat, j’imagine, qu’il me faudrait exhiber quelque preuve irréfutable de ma moralité politique et pleurer ma vertu outragée ?
    Salir la victime, dites vous ? Le jeune noctilien n’est pas une « victime » lorsqu’il engage des poursuites contre des sites internet. Il ne subit pas les plaintes, il les engage de son plein gré : c’est un acteur à part entière, libre de ses actes et susceptible d’être critiqué en conséquence.
    VIctime, il ne l’était qu’au moment de l’agression, et pour ce que l’on a pu en voir, je doute que les agresseurs aient véritablement été des nostalgiques du FN.

  • Par JC. Moreau (xxx.xxx.xxx.33) 24 avril 2009 15:11
    JC. Moreau

    @morice

    Fort heureusement, le monde n’est pas aussi binaire que celui auquel vous aspirez (déduction faite à partir de la lecture occasionnelle de vos articles).

    Pour vous présenter la chose autrement : le fait que la victime n’ait pas porté plainte contre ses agresseurs résulte de deux hypothèses possibles, et qui ne sont pas nécessairement exclusives l’une de l’autre :
    - Soit le jeune étudiant est un humaniste exceptionnel, pardonnant à ses victimes et considérant que les hypothétique remords de ses agresseurs serait un plus cruel châtiment qu’une sanction pénale
    -Soit le jeune homme, plus simplement, n’a pas osé porter plainte àl’époque par peur des représailles.

    Ensuite, que cela vous plaise ou non, il est tout à fait possible que la seconde hypothèse justifie la première. Par ailleurs, une seconde lecture de l’article vous permettra, peut-être, de comprendre que mon propos n’est pas de reprocher à la victime d’avoir eu peur, mais d’amener à s’interroger sur le fait que cette peur soit encore si courante dans un Etat de droit.

    Ceci vous ayant été, je relève avec un certain amusement mêlé de dépit ( et oui, que de sentiments contradictoires....) que vous associez naturellement la notion de courage au fait d’injurier. Ce qui vaut tous les discours.

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