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Accueil du site > Actualités > Société > Le Projet Venus : analyse critique (1/3)

Le Projet Venus : analyse critique (1/3)

A l’heure où tout part à vau-l’eau, où tout se mêle dans un vaste cacophonie, où les valeurs s’entrechoquent et se perdent, où les repères s’estompent et se brouillent, à l’heure où demain est plus incertain qu’il ne l’a jamais été, cette heure qui semble, comme dans un poème, être la plus sombre avant l’aube, nous en sommes à chercher une lumière, n’importe laquelle, pourvu qu’elle puisse éclairer notre route et indiquer un chemin. Un espoir.

Rien d’étonnant en pareilles circonstances, de voir poindre les utopies. Or, des utopies, il n’y en a plus guère de nos jours. Elles sont le plus souvent battues en brèche avant même de naître, tuées dans l’œuf par une propagande que certains ont appelés « la fin de l’Histoire », "la fin des idéologies", alors même que ceux-là, se faisant, défendent la dernière idéologie dominant le monde : le capitalisme.

Or, voici que je découvre un projet utopique au sens premier du termes : cette utopie s’appelle « The Venus Project » (Le Projet Venus), et elle est véhiculée à travers le Mouvement Zeitgeist, issu des films diffusés sur internet Zeitgeist (2007) et Zeitgeist : Addendum (2008). Ce début d’année 2011, le 26 janvier, sortira sur internet, simultanément et en vingt langues, le troisième volet, Zeitgeist : Moving Forward (Zeitgeist : Aller de l’Avant).

C’est donc l’occasion que j’ai choisie pour rédiger une analyse critique de cette utopie qu’est le Projet Venus. Etant donné la longueur de cette analyse que j’ai voulue argumentée, je la propose ici en trois parties, dont voici la première.

J'ai découvert le Projet Venus lorsque j'ai visionné le film Zeitgeist : Addendum. Ma première impression a été mitigée. Alors que la critique des errements effarants de notre société monétariste, consumériste, manipulatrice, fondée sur le pouvoir, la rareté et la hiérarchie, promouvant le compétition, la guerre et la domination, traduit parfaitement mon propre sentiment et mes propres préoccupations, la solution proposée dans le film afin de refonder une civilisation reposant sur le "tout technologique" ne m'a pas convaincu. Malheureusement, à l'époque ou j'ai vu le film (à sa sortie en 2008), il n'y avait que la version anglaise du document "Designing the Future", et je ne maîtrise pas suffisamment l'anglais pour pouvoir en saisir les subtilités. Aucun approfondissement n'étais alors possible. J'ai donc attendu que ce document soit traduit en français, ce qui est maintenant chose faite (Concevoir le Futur). Je me suis donc penché sur ce document, non sans a priori il est vrai, mais néanmoins disposé à accueillir tout argument susceptible de me convaincre.

Tout d'abord, je me suis intéressé au concepteur principal du Projet Venus, Jacque Fresco. J'ai visionné une conférence où il défend son analyse et présente ses motivations. En l'entendant, il ne fait pour moi aucun doute que ses intentions sont des plus louables. C'est visiblement un homme intelligent, bienveillant, sensible à l'intérêt de tous, désireux de voir une civilisation humaine digne de ce nom se développer et qui puisse profiter à tous, sans exception. C'est à l'évidence un humaniste, et sa critique argumentée de notre civilisation actuelle est des plus pertinente. Dans cette conférence, il encourage chacun à "ne pas être poli avec lui", c'est-à-dire, à ne pas craindre de poser des questions, quitte à "déranger", "bousculer" son projet et ses idées. Il se montre donc très ouvert à la critique, et cela prêche en faveur de son honnêteté intellectuelle.

En parcourant le Projet Venus qu'il a développé, il apparait qu'il s'agit d'une utopie. Qu'est-ce qu'une utopie ? Le mot utopie est un néologisme de l'écrivain Thomas More, fondé sur base de termes grecs signifiant à la fois "lieu qui n'existe pas" et "lieu de bonheur". Un projet utopique est donc un projet qui propose une ville, un pays, voir un monde où règnerait le bonheur et l'harmonie. Le Projet Venus entre donc pleinement dans la définition de l'utopie : il propose une civilisation globale, planétaire, mondiale, fondée sur une économie basée sur les ressources, abondantes équitablement et intelligemment réparties ne nécessitant plus de système monétaire, excluant ainsi de facto la compétition, la hiérarchie, le pouvoir, le contrôle et la domination. Une société où tous les humains seraient considérés, sinon "égaux", du moins de façon équitable. Une société qui vivrait en harmonie et en bonne intelligence avec son environnement. Une symbiose entre l'Homme et la Nature. Pour Jacque Fresco, le moyen de parvenir à réaliser cette utopie est la science, la technologie : "Or - dit-il dans une conférence - on ne peut gérer intelligemment les ressources de la Terre qu'en ayant recours à la technologie". Tel est le créneau porteur, la clef de voute, le "hook" du Projet Venus. Le credo du Projet Venus repose donc entièrement sur les bénéfices de la méthode scientifique.

Dans son exposé, Jacque Fresco explique que tous les humains sont le fruit de leur éducation et de leur environnement : ils ne sont ni "bons" ni "mauvais", ils répondent seulement aux attentes et pressions de leur environnement. C'est indéniable, et lui-même est le fruit de son éducation et de son environnement. Quoi d'étonnant, dès lors, à ce que son projet repose entièrement sur ce qui a conditionné toute sa carrière et l'ensemble de sa vie : la science et la technologie ? Mais l'on pourrait toutefois déjà poser une question : pourquoi Jacque Fresco, qui a lui-même évolué dans un milieu formaté par la compétition, l'élitisme, le profit, la rentabilité et la guerre (il a travaillé notamment pour l'armée de l'air), semble échapper à ces conditionnements ? Pourquoi, évoluant dans de telles sphères, vivant au Etats Unis d'Amérique - ce pays qu'il n'aime pas, dit-il - pourquoi n'est-il pas devenu comme la majorité de ses compatriotes ? Il doit bien y avoir un facteur déterminant qui lui permet d'échapper à cet environnement conditionnant, non ? Je ne connais pas la réponse, mais je suis certain que cette question est des plus pertinente, parce que si l'on souhaite pouvoir mettre en œuvre un tel projet, il est essentiel de comprendre par quel processus un être humain peut se soustraire aux conditionnements néfastes.

Le raisonnement principal de Jacque Fresco (notons qu'il n'est pas le seul à tenir ce raisonnement), c'est que dans un environnement sain, bienveillant, un être humain déploie son potentiel créatif, tandis que dans un environnement malveillant, malsain, stressant, un être humain sera amené à développer des comportements destructeurs. Je partage en grande partie cette analyse. Des expériences humaines concrètes tendent à le démontrer, notamment la Summerhill School, fondée par le pédagogue anglais A.S. Neill, un projet qui devrait inspirer les écoles du Projet Venus.

Les individus qui, comme Jacque Fresco, A.S. Neill, et tous les exégètes du Projet Venus, échappent peu ou prou aux conditionnements de leur environnement ne constituent qu'une minorité d'êtres humains. Il est vrai que le succès de Zeitgeist et l'extension du Mouvement Zeitgeist à travers le monde semble traduire une attente, un besoin d'un nombre grandissant d'hommes et de femmes. Mais pour voir le jour, un tel projet devra se mesurer à des forces contraires extrêmement puissantes, belliqueuses, arrogantes et d'autant plus féroces qu'un tel projet, s'il voyait le jour, représenterait une menace de mort pour leur monde ! Alors il me semble que découvrir ce qui permet à une personne comme Jacque Fresco de s'affranchir des conditionnements dus à son environnement serait un grand atout pour promouvoir le projet.

Alors commençons à explorer les chapitres du Projet Venus. Attention, comme le titre du sujet l'indique, je vais soulever les points qui me semblent critiquables. L'intention n'est pas de détruire ou décrédibiliser le projet, je ne veux pas jeter le bébé avec l'eau du bain, mais soulever les points qui me semblent peu pertinent, erronés ou fondés sur des a priori. Je vais donc suivre le conseil de Mr Fresco, me montrer "impoli" et "bousculer" le Projet Venus.

Science vs superstition ?

Le premier point qui me fait tiquer est celui-ci, en introduction : "Les prédictions des prophètes et des sages étaient basées sur les rêves, les hallucinations, la ferveur religieuse, l’interprétation des organes des animaux, les boules de cristal, etc. Certaines se révélèrent exactes car la chance leur sourit parfois, et non parce qu’ils étaient en communication directe avec le surnaturel." Voilà un cas remarquable d'affirmation fondée sur un a priori, lui-même reposant sur le conditionnement dut à l'éducation scientifique et le scientisme matérialiste qui succéda au mouvement ésotériste de la fin du dix neuvième et début du vingtième siècle. Rappelons que Mr Fresco est né en 1916, et a donc grandit dans les pensées des années vingt et trente. A cette époque, de même que dans l'après seconde guerre mondiale, la pensée dominante était que la science et la technologie serait le sésame de tous les problèmes rencontrés par l'humanité. La science répondrait à toutes les questions, proposerait des solutions à tout et offrirait un monde d'abondance et de bonheur pour tous ... Il semble que Jacque Fresco ait toujours gardé vivace cette idée, puisqu'elle est au cœur du Projet Venus.

Toutefois, il est des scientifiques qui ont une autre vision, une autre perception des choses. Au lieu d'opposer science et spiritualité, au lieu d'opposer science et ésotérisme, ils considèrent que l'un et l'autre étudient l'univers selon des approches différentes, mais complémentaires. Ils ne rejettent pas l'un pour l'autre. Ainsi, Werner Heisenberg, physicien Allemand, fondateur de la mécanique quantique, disait : "Je considère que l'ambition de dépasser les contraires, incluant une synthèse qui embrasse la compréhension rationnelle et l'expérience mystique de l'unité, est le mythos, la quête, exprimée ou inexprimée, de notre époque." Les phénomènes spirituels et ésotériques que Jacque Fresco dépeint comme de l'ordre de la superstition ne peuvent devoir qu'à la chance (c'est-à-dire au hasard), selon lui, les résultats probants dont ils peuvent se targuer. Il affirme cela, bien entendu, car ces résultats ne peuvent répondre aux exigences de l'expérimentation scientifique. Il voudrait qu'une méthode de connaissance ésotérique réponde au canevas de la méthode scientifique pour être considérée comme valable. Or, des recherches ont été faites dans ces domaines, par des personnalités qui, si on ne peut véritablement les qualifier de "scientifique" au sens "pur" du termes, sont pourtant considérées comme des sommités dans leur domaine. Ainsi, par exemple, pour C.G. Jung, qui a étudié le mécanisme de ces phénomènes de divination, ceux-ci ne relèvent pas de la chance, mais d'un phénomène mystérieux qu'il a nommé synchronicité. Un phénomène que j'ai personnellement expérimenté, et de façon si spectaculaire que le doute n'est pour moi pas permit sur la réalité et l'importance du dit phénomène.

Au sujet du hasard, l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan nous explique : "L'interdépendance implique des interactions fluctuantes et dynamiques. La nouveauté peut donc émerger de la synergie de l'ensemble sans être attribuée à un nombre limité de causes, ni faire appel au "hasard vrai", c'est-à-dire à l'absence de cause. Nous faisons appel à la notion de hasard parce que cette infinité nous échappe. Le chaos, tel que le physicien le comprend, ne signifie pas "absence d'ordre", mais se rattache à une notion d'impossibilité de prédiction à long terme. Appeler cela "hasard" n'est qu'une commodité de langage qui est source d'ambiguïté." En effet, il est curieux qu'un scientifique comme Jacque Fresco fasse appel à la notion de chance, alors que la science repose sur l'étude et l'observation des phénomènes manifestés, qui répondent eux-mêmes, à l'évidence, sur une loi fondamentale : la loi de causalité[1]. Impossible d'évoquer le "hasard vrai" (absence de cause) dans un univers où tous les phénomènes répondent à la loi de causalité : ce serait incohérent.

Rien, donc, dans cette affirmation de Jacque Fresco, ne démontre que les anciens n'étaient pas en communication avec le surnaturel[2]. D'ailleurs, qu'est-ce que cette notion de "surnaturel" vient faire dans la bouche d'un scientifique ? Un scientifique étudie les phénomènes naturels. La science considère qu'elle peut décrire l'univers et les forces qui le régisse par l'observation de la nature, c'est-à-dire par l'observation des phénomènes manifestés. Considérer des phénomènes comme étant d'ordre "surnaturel" (au dessus des phénomènes naturels), est une façon ambigüe de réifier l'univers : "tout ce que je ne peux comprendre et expliquer, je le range dans le domaine du surnaturel". Ce n'est pas une démarche scientifique. C'est tout le contraire. La bonne attitude serait donc de dire "je ne comprend pas ce phénomène, il convient donc que je l'étudie".

Dans le premier chapitre, intitulé D'hier à demain, est dressé un résumé succinct de l'état des lieux de notre société actuelle, ses travers et ses erreurs. L'accent principal vise à convaincre que des idées novatrices sont nécessaires pour remplacer l'ancien paradigme par un nouveau. Ce nouveau paradigme repose, cela a déjà été dit plus haut, sur l'usage de la technologie. "Les décisions doivent découler de l’usage de la méthode scientifique." nous est-il expliqué. Il est dommage que cette méthode scientifique ne soit pas présentée, car enfin, peu d'entre nous sommes au fait de cette méthode. Jacque Fresco est convaincu, c'est son rayon, il sait de quoi il parle, nous n'en doutons pas. Il est dommage qu'il soit paradoxalement si peu convaincant sur le fait que ce soit la méthode scientifique qui doive guider les décisions. "Nombre d’évènements de nos vies sont dus à des causes échappant à notre contrôle." nous est-il dit avant cela, afin de nous faire comprendre que beaucoup de nos malheurs sont dus au fait que nous n'avons pas prise sur les événements. Mais quelle prise pourrions-nous avoir dans le cadre d'une civilisation régie par la technologie, les machines et les ordinateurs ? Nous y reviendrons.

Le principe d'entropie

Dans le chapitre deux, intitulé Toute chose change, nous est expliqué que rien ne demeure jamais tel quel, que tout évolue, mais que les hommes ainsi que les systèmes de société qu'ils élaborent ont une résistance au changement. Hélas, une fois de plus, peu d'arguments sont apporté et le sujet, pourtant très intéressant, sinon fondamental, n'est pas développé. Je vais tâcher, dans la mesure de mes moyens, d'y remédier un petit peu. Pour faire simple, le sujet dont il est question est ce que l'on appelle "principe d'entropie". Ce principe démontre que l'état de désorganisation d'un système tend toujours vers plus de désordre. Qu'est-ce que cela signifie ? Prenons un exemple simple. Lorsque nous construisons une maison, nous dépensons de l'énergie afin de transformer un ensemble de matériaux bruts et "désorganisés" dans le but d'en faire un ensemble de matériaux transformés et organisés. En faisant cela, nous établissons dans un système désordonné une "zone d'ordre". Toutefois, cette zone d'ordre, qui a demandé une grande dépense d'énergie, ne restera pas ordonnée. Si rien n'est fait pour que cette zone d'ordre demeure en l'état, elle retournera progressivement à un état de désordre. C'est l'usure du temps. Pour maintenir cette zone d'ordre, il faut entretenir l'ordre (entretenir la maison), ce qui demande une dépense supplémentaire d'énergie, constante et régulière. Le "coût" énergétique d'un édifice, d'une construction, d'un objet fabriqué, est directement proportionnel à la durée dans laquelle on veut maintenir son état "d'éléments ordonnés". En d'autres termes, une maison coûte, par exemple, beaucoup plus que le prix de sa fabrication.

Considérant cela, il n'est pas difficile de voir que l'on puisse naturellement avoir tendance à s'attacher à tout ce qui nous coûte, ce qui explique en partie que nous résistions au changement. Or, cela pose problème, puisque ce changement est inscrit dans les principes mêmes de notre environnement. Ce que cela peu nous enseigner, c'est que la meilleure attitude à adopter, plutôt que de nous attacher aux choses, aux concepts, aux idées ou aux croyances, serait d'aborder la vie avec plus de détachement et de pragmatisme, et ainsi développer une pensée fondée sur l'adaptation. Contrairement à une idée fausse, largement diffusée dans notre mode de pensée par une interprétation sophiste de la théorie de l'évolution de Darwin, ce ne sont ni les qualités du plus fort, ni celles du plus compétitif qui déterminent la durabilité et le fait de s'inscrire dans l'évolution : c'est l'adaptabilité. Ce qui fait la force d'une espèce à travers les âges, ce sont ses qualités d'adaptation, qui impliquent dans bien des cas la coopération, bien plus efficace que la compétition. Alors il conviendrait de rompre avec l'esprit de compétition et la loi du plus fort, et cesser de croire que cette loi est la seule et unique qui puisse régir l'Homme et la Nature : c'est un sophisme des plus primaire et subséquemment, une perfide et tragique tromperie.

D'un autre côté, la faculté d'adaptation qui a permis à l'homme de s'étendre et de se multiplier à la surface de la terre est-elle due à la technologie ? Là se pose une question fondamentale dans le cadre du Projet Venus. Nous y reviendrons également[3].

La méthode scientifique

Au chapitre trois, intitulé User de la méthode scientifique, le seul paragraphe probant qui apporte un début d'explication sur ce que peut être la méthode scientifique est celui-ci : "La méthode scientifique s’oppose aux partis pris, aux préjugés et aux idées préconçues. Cette méthode exige que toute déclaration soit vérifiée et que les chercheurs découvrent au moyen de l’expérimentation ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Les scientifiques posent la question suivante : « De quoi s’agit-il ? » Puis ils pratiquent des expériences pour déterminer la nature du monde physique."

Il va sans dire que l'on ne peut qu'être d'accord avec ce principe. Mais il ne s'agit que d'un principe. Dans ce chapitre est développé et défendu l'idée que nous devrions utiliser ce principe pour organiser la structure de la société. Soit, mais comment ? Un exemple, une illustration, une ébauche de structure sociale fondée sur le principe scientifique serait intéressant pour juger sur pièce de la pertinence de la proposition. Mais rien de tout cela. Jusque là, je reste donc sceptique. La seule chose que je puisse percevoir, c'est que la société, au lieu d'être dirigée et/ou gérée par des politiciens et des économistes, serait dirigée par des scientifiques et des experts ... Permettez-moi d'émettre des réserves, au regard de ce que cela donne de nos jours. Certes, vous me rétorquerez que ce n'est pas comparable, car dans le cas du Projet Venus, les scientifiques et les experts ne seraient pas conditionnés dans un monde régit par le profit, mais par la seule rationalité et le pragmatisme scientifique, dans un cadre bienveillant.

Je regrette, mais cette pensée est naïve. Le fait d'évoluer dans un environnement bienveillant et sain ne suffit pas à écarter certaines tendances notables du comportement humain. Le pouvoir, quel qu'il soit, a toujours tendance à être grisant. De plus, la curiosité scientifique a un fâcheux revers : elle peut entraîner une soif de connaissance d'où peut résulter des désastres. Aucune recherche scientifique ne devrait être engagée sans une réflexion approfondie des conséquences possibles qu'une découverte mise en application peut engendrer. Les choix de société les plus sages ne peuvent résulter que de la vision que l'on a de la chaîne de causalité de chacun de ces choix. Or, on ne peut voir au delà des choix que l'on ne peut comprendre.

Je ne me sens pas plus rassuré à l'idée de vivre dans une société dirigée par des scientifiques et des techniciens (autrement dit, des technocrates au sens propre du terme) que par une société dirigée par des prêtres, des banquiers, des rois ou des présidents. N'en déplaise à Mr Fresco, la science est elle-même, à bien des égards, une religion. Une preuve se trouve dans les affirmations même de Jacque Fresco, lorsqu'il explique que la science procède tout à la fois de l'observation d'événements fortuits (par exemple, la découverte du métal à mémoire de forme), et d'innombrables erreurs et ratés. Il explique que ceux qui reçoivent des prix Nobel ne devraient pas les recevoir, car ce ne sont que des gens chanceux à qui le sort à sourit, tandis que derrière eux, ce sont des dizaines, des centaines voir des milliers de chercheurs qui ont travaillé avec autant de passion, mais sans avoir la chance de voir aboutir un résultat.

D'autre part, et voilà qui sera encore plus pertinent, la science se montre le plus souvent dogmatique, en cela qu'elle repousse avec force les théories nouvelles qui mettent en cause les théories anciennes. Einstein disait d'ailleurs à propos : "Il est beaucoup plus facile de désagréger un noyau d'atome qu'un préjugé humain." Bien souvent, les idées anciennes (scientifiques ou autres), c'est à dire les idées les plus véhiculées, sont celles qui ont cours et ces idées forment le canevas des croyances sur lesquelles repose tout l'édifice scientifique. Mais comme le montre l'évolution constante des sciences et techniques, une théorie chasse l'autre[4]. Scientifiquement, nous savons déjà que ce que nous croyons aujourd'hui est déjà mis en défaut par les théories nouvelles, qui ne demandent qu'à être démontrées. C'est une question de temps. Einstein, encore lui, disait que "Les concepts physiques sont de libres créations de l'esprit humain, même s'ils ont l'air d'être déterminés uniquement par le monde extérieur." Alors, au regard de ces objections, pensez-vous toujours que fonder une civilisation reposant sur la méthode scientifique soit aussi pertinent que cela ?

Le langage scientifique constitue, comme cela est expliqué dans ce chapitre, un langage commun entre les peuples de la terre. Vraiment ? Mais qui, sur terre, peut vraiment prétendre connaître et maitriser le langage scientifique suffisamment bien pour pouvoir développer une critique des solutions proposées dans le cadre du Projet Venus ? Ne nous faudrait-il pas déposer entre les mains des scientifiques et des ingénieurs des décisions qui nous impliquent ? Il faudrait donc une fois de plus faire acte de foi. Personnellement, ce n'est pas ainsi que je conçois une démocratie participative. Nous sommes bien souvent dépassé par les décisions prises par nos élus car la complexité des arcanes de la politique nous dépasse et que bien peu d'entre nous peuvent comprendre réellement les tenants et aboutissant des problèmes. Qu'en serait-il si nous déposions le pouvoir de décision entre les mains de techniciens et de scientifiques, ou plus encore, entre les circuits électroniques d'ordinateurs ultra perfectionnés ? N'y a-t-il pas autant de divergences d'opinion entre les scientifiques et les techniciens qu'il n'y en a entre politiciens ou bureaucrates ? Comment le citoyen pourra-t-il juger avec discernement et influer sur les choix à faire lorsqu'il y a divergence, comme le veut toute démocratie digne de ce nom ? Les citoyens seront forcé de croire telle ou telle opinion, en se basant sur des arguments qui, par nécessité d'emporter les suffrages, seront au mieux vulgarisé, au pire mensonger. Il se peut tout aussi bien que la mauvaise foi et l'émotionnel s'insère dans les débats : lorsqu'il s'agit de faire triompher une idée, que celle-ci soit religieuse, philosophique, politique ou scientifique, les travers humains risquent fort de pointer leur nez. Toutes ces questions, il faut les poser.

(fin de la première partie)



[1] la loi de causalité en physique est étroitement liée au déterminisme, mais celui-ci est battu en brèche par la mécanique quantique, qui tend à donner une tout autre perspective à la loi de causalité, perspective qui se rapproche alors fort curieusement de la définition bouddhiste de la loi de causalité réciproque également appelé karma.

[2] Albert Einstein disait "Il semble que les anciens connaissaient quelque chose que nous avons oublié."

[3] voir le paragraphe intitulé Retour sur la civilisation.

[4] de nos jours, la théorie quantique tend fortement à chasser la théorie déterministe de l'univers, par exemple.

 

Bibliographie

Nouveau dictionnaire étymologique du français, par Jacqueline Picoche, éd. Hachette-Tchou (1971)

L'infini dans la paume de la main, par Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan, Nil Edition (2000)

Les dernières heures du Soleil ancestral, par Thom Hartman, éd. Ariane (1998-1999)

Essai d'exploration de l'inconscient, par C.G. Jung, éd. Robert Laffont (1964)

La clé, par Grace Gassette et Georges Barbarin, éd. Astra (1950)

Le chemin le moins fréquenté, par Scott Peck, éd. Robert Laffont (1987)

Libres enfants de Summerhill, par A.S. Neill, Librairie François Maspero (1970)

Le meilleur des mondes, de Aldous Huxley, éd. Plon (1977)

1984, de Georges Orwell, éd. Gallimard (1950)

La stratégie du choc, la montée du capitalisme du désastre, par Naomi Klein, éd. Acte Sud (2008)

 


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28 réactions à cet article    


  • ARMINIUS ARMINIUS 6 janvier 2011 11:27

    Ouf, trois articles pour critiquer un projet utopiste, c’est osé ! Avant de vous lire j’ai voulu savoir qui était ce Jacques Fresco : bon, designer aéronautique O.K (la voiture de Batmann, ça aurait pu être lui) par contre ses idées, testées et approuvées par Raël et sa secte de cosmiques comiques + ses maisons en Aluminium alors que l’on connait la nocivité de ses sels ( Alzheimer, Cancer...) +ses sympathies pour l’Opus Dei, je passe... et « Zeitgeist »c’est un concept philosophique développé par Hegel et Heidegger....


    • Morpheus Morpheus 6 janvier 2011 13:18

      Salutations ARMINIUS

      Que ce tartufe de Raël approuve son projet ou non ne constitue pas pour moi un argument pour ou contre le projet. Raël et sa secte de zozos n’ont rien à voir avec Jacque Fresco. Les choses eussent été différentes si c’était l’inverse, mais ce n’est nullement le cas. Ne vous laissez pas manipuler par ce genre de ragot, mais concentrez votre analyse et votre critique sur le sujet lui-même, ce sera non seulement plus intéressant, mais plus constructif.

      Concernant l’aluminium, ainsi que le choix de béton et de l’acier pour la construction, j’y viens dans la troisième partie. J’ai en effet développé mon analyse, voilà pourquoi elle est en trois parties.

      Cordialement.


    • Kalki Kalki 6 janvier 2011 14:00

      « il est essentiel de comprendre par quel processus un être humain peut se soustraire aux conditionnements néfastes. »

      Une crise dirait un psychologue, mais il parle en fait d’une crise existentiel : personnel, individuel

      Alors pour créer ces « micro » crise (individuel) on peut influer sur le système globale , une fausse grosse crise qui met des tensions.

      On vit des temps dangereux, car il y a pas que les fausses crises, il y a des vrais dangers : et des fausses crises qui peuvent en devenir des vrais ;


    • Kalki Kalki 6 janvier 2011 14:07

      Le changement apporte son lot de folie, ces hitlers, mussolini, bush et la bétise ambiante pour les mettre au pouvoir

      Le plus gros choc qui arrive c’est l’humain ( crise collective et prise de conscience « collective ») fasse a un android réaliste.

      Pourtant , vous savez, bon : le coeur de votre système de votre ordinateur personnel est la chose la plus complexe que l’homme est JAMAIS CREE, en comporaison, un moteur a réaction , une voiture c’est un bocal d’eau fasse a la mere

      C’est une réalité latente : seul ceux qui connaissent le vrai le pouvoir et les possibilités de la techniques voient le prochain coup.

      L’informatique a été fait dans les années 50, on a pas fait grand chose de plus pour le moment.

      L’intelligence artificielle forte arrive , ca sera un autre étape

      Les autres imbéciles polémiques, sur des choses qu’ils n’ont pas la capacité, les informations, pour comprendre


    • Kalki Kalki 6 janvier 2011 14:08

      Alors les enfants vont devoir tuer leurs parents, rapidement

      ils ne doivent pas laisser plus longtemps le pouvoir a des imbéciles, qui vont reproduire les meme erreurs


    • 2102kcnarF 6 janvier 2011 11:53

      Pour ceux que la litterature d’anticipation intéresse il n’est pas surprenant que les utopies scientifiques débouchent sur ’ Le meilleur des mondes ’. D’ailleurs les auteurs de SF souvent sont d’horribles mégalomanes et réactionnaires, tout en possédant un solide bagage scientifique. Lire la pensée politique d’Einstein d’avant guerre par exemple .... on est surpris que le ’ Zeitgeist ’ est à ce point perverti le vocabulaire d’une des plus grandes intelligence de son temps. Aujourd’hui loin des utopies, ’ ils ’ travaillent pour les consortiums, le complexe militaro-industriel ...bien sûr ce ne sont pas des utopies qui les mènent, ils travaillent sans aucun but autre que celui du profit rapide et maximum. Si une utopie c’est mettre un semblant d’ordre dans le chaos, actuellement c’est au chaos qu’ils consacrent leurs sciences. On appelle celà aussi le pragmatisme ... smiley


      • Morpheus Morpheus 6 janvier 2011 13:22

        De qui parlez-vous lorsque vous dites « ils », 2102kcnarf ? En tout cas, Jacque Fresco n’est visiblement pas (ou plus) dans ce cas, si j’en juge par sa critique très argumentée de notre mode de société et ses propositions universalistes.


      • Deneb Deneb 6 janvier 2011 12:54

        Le surnaturel, il faut le chercher dans l’avenir plutôt que dans le passé. En effet, le progrés de la noosphere et l’accroissement de sa performance peut engendrer des embryons de conscience universelle, le « Sur-être » qui ne sera pas simplement la somme de toutes les connaissances humaines mais aussi leur multiplication par interaction, un monstre, construit avec de l’Histoire humaine, qui dévorera sans cesse les idées émises par l’ensemble des humains. Nous seront tous ses esclaves heureux, car il nous débarrassera du soucis de la gestion et de la distribution des ressources, la seule chose qu’il éxigera de nous c’est de nous concentrer sur nos idées, cette singularité précieuse de la race humaine qui la distingue des autres formes de vie.


        • Morpheus Morpheus 6 janvier 2011 14:24

          Je reste dubitatif, Deneb, car je considère qu’il ne peut y a voir d’évolution sans épreuve, c’est-à-dire prise de responsabilité (individuelle et collective).

          Disons que j’estime qu’il y a un nécessaire équilibre à établir entre assurer la production de nos ressources de base, et réflexion / méditation / idées.

          Les idées viennent principalement des chocs entre la pensée et la réalité (ce que j’appelle épreuve), donc se trouver dépendant de machines pour assurer nos ressources ne nous libère pas d’avantage que d’être dépendant de l’argent : l’aliénation est différente, mais c’est toujours une aliénation.


        • Deneb Deneb 6 janvier 2011 21:28

          « se trouver dépendant de machines pour assurer nos ressources ne nous libère pas d’avantage que d’être dépendant de l’argent »

          Nous ne seront pas dependants de la machine mais de la conaissance. Comme nous ne sommes pas dépendants de la voiture, mais du déplacement. Pouvoir se déplacer, c’est la liberté. Devoir se déplacer, c’est l’esclavage. Avoir accès à la conaissance, c’est la liberté. Etre obligé d’avoir la conaissance necessaire pour une survie dans des conditions les plus confortables possibles, c’est l’esclavage. De toutes façons on est déjà l’esclave de son corps. Esclaves de la connaissance également, dans la vie, si l’on ne sait lire, compter et connaître un minimum de conventions sociales, on n’existe pas. Je vois, dans l’avenir immédiat, une croissance exponentielle des informations disponibles. Il y aura du boulot pour faire le tri.. La machine sait calculer, l’humain sait décider. Il va falloir alimenter le monstre.


        • Walid Haïdar 6 janvier 2011 13:14

          Bonjour Morpheus,


          et merci, merci beaucoup pour cet article aussi intéressant que l’ampleur du flop qu’il semble avoir fait...

          Ne vous découragez pas, j’espère sincèrement que vous nous pondrez les deux suites très bientôt.

          Je n’ai pas lu le Venus project mais vu les Zeigetz et addendum (même si c’est un peu loin pour ma mémoire de poisson rouge).

          Les aspects que vous soulevez sont fondamentaux : vous avez visé juste !

          Entrons par là, pourquoi avez-vous visé juste ? On peut raisonnablement supposer que votre parcours qui n’a pas grand chose à voir avec celui de fresco, vous permet de poser un regard complémentaire, et DONC salutaire. Peut-on voir toutes les inscriptions d’une bouteille d’eau en se tenant d’un seul côté ? Peut-on, dans la finitude de la vie, être de tous les bords à la fois ?

          Ce point montre, je crois, le biais fondamental de toute « cratie » qui n’est pas la plus multiple possible : elle se prive d’informations fondamentales.

          La carence d’information est la manifestation, le stigmate, le fait, du monolithisme, ou la déficience de points de vue, d’approches. Mais c’est la conséquence STATIQUE. D’un point de vue dynamique, que se passe-t-il ?

          Beaucoup plus de choses, et beaucoup moins de maîtrise.

          En effet, pour faire simple et intuitif, si à chaque instant nous occultons d’une manière ou d’une autre des approches, nous façonnons des projets qui divergent exponentiellement de ce qui serait raisonnable pour nos intérêts.

          On peut bien entendu objecter que tout savoir à chaque instant est impossible, et c’est vrai, mais l’idée est de s’interdire d’inhiber des approches en en favorisant d’autres. Je veux dire, non pas sombrer dans la cacophonie, mais permettre que l’expression bien ordonnée d’une idée ou d’un projet (y compris sa réalisation), n’inhibe pas l’expression d’autres idées, même (ou surtout) contradictoires. Il faut apprendre à COMPOSER, et non plus à DÉCOMPOSER.

          Mais alors comment faire ? en effet on pourrait schématiser la « gouvernance » en quelques modèles distincts, mais la démarche de tout organisme (individu, groupe, institution, état, groupe d’états...) agissant est toujours la même :

          Observation>analyse>intégration à la connaissance>détermination des projets (ou politiques)>action

          La démarche est universelle (sauf cas très particulier du genre : prise d’halucinogènes>délires>saut par la fenêtre, mais on s’en passera).

          La question est de savoir quelle forme de gouvernance employer pour limiter les biais de cette méthode universelle.

          D’abord, la première chose, et qui est déjà faite, mais dans une certaine mesure que je vais critiquer, c’est de fermer la boucle en rajoutant >observation après « action ».

          Il est nécessaire de donner toute sa dimension au principe du cycle. Tout droit, on ne va nulle-part. En circuit ouvert, l’humanité perd une quantité phénoménale d’information. Il faut fermer le circuit de l’action de l’homme pour former une roue plus à même de nous faire avancer efficacement. La rétroaction entre action et observation est capitale. La rétroaction est en effet la condition sine qua none du progrès non destructeur. Car comment avancer en poussant à bout des logiques finies sans les réinterroger pour les adapter à la réalité mouvante du monde, sinon en les remplaçant à base de tables rases successives, si dispendieuses, parfois traumatisantes, brutales, et souvent dommageables pour la mémoire de l’humanité (voire par exemple la révolution « verte », celle de la culture intensive qui porte si mal cette couleur) ?

          Mais il ne va pas de soit que telle ou telle gouvernance permette de lui donner la dimension nécessaire.

          Aujourd’hui par exemple, cette rétroaction est étouffée par les fameuses « contraintes », de tous ordres : économiques, politiques, structurelles, administratives, culturelles... qu’on nous assène pour nous dire que les concepts c’est bien beau, mais la réalité est là, et elle est pas jolie !

          L’idée est donc, non pas de détruire ou de nier les réalités que sont l’économie, la politique, l’administration et la culture, mais, compte tenu de ces réalités justement, de définir les termes d’une gouvernance à même de composer avec ces réalités, sans compromettre la nécessité de cycle entre action et observation. Il est évident comme on va le voir, que la gouvernance adéquat finirait par modifier en profondeur et de façon dynamique les contraintes sus-citée.

          Revenons à notre introduction via le danger de la réduction des points de vue, la nécessité de la pluralité et de son entretien, car nous avons avec toutes ces idées un beau...cycle conceptuel : en effet, quel meilleur « outil » pour observer ce que l’on fait que « l’autre ». Super outil « l’autre » pour nous tirer de la ligne droite infernale. « L’autre », et a fortiori la multiplicité DES autres, est l’arme ultime qu’il faut ménager pour avancer de façon avisée.

          Or qu’est-ce donc que « les autres », sinon d’autres organismes agissants, c’est à dire effectuant eux aussi le cycle en question, auquel nous avons le droit et le devoir dans la mesure de notre énergie disponible, de contribuer par l’observation ?

          Il apparaît ainsi que le cycle sain n’existe qu’en tant que noeud dans un réseau de cycles, et que la bonne gouvernance devrait, à mon avis et c’est l’idée que j’ai tenté de faire sentir en ces quelques lignes, s’attacher à promouvoir la société en tant que machine métacyclique.

          On a vu pourquoi alors (et vous émettez des doutes légitimes dans votre article) tout monolithisme, y compris une technocratie « bienveillante », ne rempli pas les bonnes conditions pour cette société de cycles, mais il y a une autre dimension capitale qu’il faut penser pour créer les conditions de ces cycles : l’idée de résilience.

          La résilience, qui a de multiples définitions, mais que j’entend comme la faculté d’un organisme à exister par delà les difficultés, les changements, autrement dit, c’est ce que vous appelez la faculté d’adaptation, l’adaptabilité.

          Je vais brièvement expliquer pourquoi cette dimension fondamentale s’oppose à la volonté de puissance, tout en s’y raccordant, mais en la manifestant de façon bien plus évoluée que les manifestations conventionnelles de la puissance, ou disons, à un niveau plus élevé, ou sur un temps bien plus long, pour résumer : en donnant à la volonté de puissance la dimension de la conscience humaine hautement intégrée.

          D’une part, si un organisme ou une entité (la société scientifique dans le Venus Project par exemple) est dominante ou simplement prépondérante, avec les meilleures intentions du monde, cet organisme va influer de façon prépondérante sur le cours des événements, et sur la mobilisation des énergies. Ainsi, c’est à une polarisation des forces, que toute prévalence conduit. Or toute polarisation est anti-adaptative, à moins d’être certain d’être sur le bon chemin adaptatif, mais on entre alors dans le domaine de la croyance, et non de la science. Aucun scientifique sérieux ne peut prétendre être certain de ne pas être surpris par la réalité : au contraire, les plus grands scientifiques sont avides et certains, de ces surprises. L’adaptabilité suppose donc de laisser le plus de possibilité d’échappement en cas d’erreur : c’est l’ouverture de la société sur le monde plutôt que la fermeture d’un bloc compact autour du projet salvateur et universel prédéterminé.

          Prenons un exemple : imaginez un projet gigantesque, où une énergie physique et émotionnelle phénoménale est mobilisée, où des gens ont mis tout ce qu’ils avaient, et qu’en plein milieux des travaux des gens qui n’ont rien à voir avec ça, qui découvrent une façon de faire bien plus économique et qui a beaucoup plus d’avantages.... que se passera-t-il ? La gentille super organisation bienveillante va-t-elle être raisonnable ou la réalité de l’énergie et des situations concrète va-t-elle prévaloir et tenter d’écraser l’émergence de l’alternative ? La bienveillance dont parle Fresco est-elle d’ordre divin ? échappe-t-elle aux réalités concrètes ?

          Peut-être cependant que si la survie des acteurs ne dépend pas des projets qu’ils mettent en place, la résilience pourrait être effective, même pour un énorme projet. C’est à dire si une carrière ne dépend pas d’un projet avorté, si la liberté d’apprendre, de manger, de boire et de respirer, d’écouter de la musique et de se reposer ne dépend pas de la sauvegarde à tout prix de son poste, la résilience serait grandement facilité, même dans le cadre d’un méga-projet.

          Ainsi, on a d’une part nécessité de la diversité, et d’autre part danger de la prévalence de l’unique, mais aussi le danger de l’optimisation à outrance, de la gouvernance sur le fil du rasoir : il faut de la marge, de la souplesse.

          La gouvernance a donc deux objectifs à atteindre :

          1/ garantir les conditions de maintien de la diversité
          2/ contrôler l’émergence des polarités excessives

          Et cette gouvernance ne peut donc être que le fait de la multitude. Par définition même, aucun organisme central ne peut remplir cette mission.

          Le dernier objectif est à mon avis plutôt culturel, et émergera ou pas :

          Sortir de la conception de la maximisation, de « mettre le paquet » en permanence, de tout donner tout le temps pour le moindre projet. On pourrait aussi considérer l’optimisation outrancière, le culte du maximum, comme un super-organisme virtuel agissant sur tous les fronts, et qu’il conviendrait de dompter avant qu’il ne nous dresse...les uns contre les autres de façon dramatique si ce n’est déjà fait.

          Il s’agit donc d’un modèle coopératif, mais qui repose sur la conscience de la globalité, c’est à dire qui suppose que les organismes indépendants s’organisent pour se défendre contre les super organismes, car le super organisme draine les forces de la société.

          Il n’y a pas de « bonnes intentions ». Celui qui se déclare bon peut prouver facilement sa bonne foi en abandonnant son excès de pouvoir, mais il ne le fera jamais seul : il a besoin du contre-pouvoir que constitue l’expression de la volonté de puissance de la multitude.

          Alors il se peut très bien que de bonnes idées soient sacrifiées parce qu’on aura pas su privilégier, voir la bonne idée, que tel super organisme menaçant (par sa dimension croissante) aurait pu ou était en train de développer. C’est même très probable qu’une telle forme de gouvernance produise ce genre d’effets, mais il ne faut pas bêtement oublier toutes les idées et projets que cette gouvernance aura créé par rapport à un autre, et surtout, le fait que la gouvernance de multitude est la seule voie non tyranique, résiliente, et efficace sur le long terme.

          Ainsi donc, la volonté de puissance ne se pense plus au sein du seul organisme particulier, mais compose la volonté de puissance brute inhérente à tout organisme, à la conscience du réseau d’organismes, qui par rétroaction refaçonne l’essence même de chaque organisme en lui donnant en plus de la sienne propre, la dimension du super-organisme, et donc aussi sa volonté de puissance. Alors on perçoit encore plus pourquoi le contrôle de l’émergence des polarités excessive est capital, car à défaut, la volonté de puissance du super-organisme se confondrait avec celle d’un seul, et étoufferait par définition les volontés de puissances particulières.

          Il n’y a pas de formule miracle mais un dosage délicat et instable qu’il faut oser manier, ou alors se résigner aux ténèbres du dirigisme d’état ou à l’enfer du marché « libre », qui n’est autre qu’une emprise féodale aveugle qui polarise la société en des pyramides plus ou moins imbriqués de parasites : commerçants, financiers, et faux productifs les plus à mêmes de satisfaire des désirs après les avoir créés de toutes pièces, la prévalence de la forme « marché » utilise l’illusion de la nécessité de l’optimisation instantanée pour s’imposer : dissipons cette fable grossière de notre civilisation.

          Tout ceci rejoint vous l’aurez compris le trop peu en vogue « agir local, penser global ».

          • Morpheus Morpheus 6 janvier 2011 14:09

            Réaction très intéressante, que je vais prendre le temps de relire attentivement, Walid smiley

            Concernant la résilience, j’y vois en effet une expression particulière de l’adaptabilité, mais plus spécifiquement, une adaptation qui, au lieu d’occulter les parts d’ombre, de faiblesse et de souffrance, accepte ces parts d’ombre, de faiblesse et ces souffrances comme faisant partie du chemin, afin de s’en affranchir, comme l’on s’affranchit d’une épreuve difficile.

            Ainsi, sur le plan de la civilisation, on peut dire qu’elle n’aura pas humainement fait sa résilience tant qu’elle considérera la « préhistoire » comme « avant » l’Histoire : autrement dit, la civilisation aura humainement accomplit sa résilience lorsque la « préhistoire » fera partie intégrante de l’Histoire.


          • Walid Haïdar 6 janvier 2011 14:24

            oui c’est ça, mais j’aime concevoir la résilience comme une aptitude qui ne se cantonne pas à cet aspect ombre et lumière, conscient-inconscient, mais qui est plus globalement un équivalent de l’adaptabilité.


            Je préfère alors le mot résilience à adaptabilité, car il a une connotation plus complexe, et fait résonner la dimension de la gestion du mal, de la douleur.

            La résilience « antrhopologise » l’humanité, en rendant son concept moins dangereux car plus humain justement.

            L’humain est trop humain comme disait Nietzche, mais la société ne l’est pas assez je trouve.

            • Morpheus Morpheus 6 janvier 2011 14:27

              « L’humain est trop humain comme disait Nietzche, mais la société ne l’est pas assez je trouve. »

              complètement d’accord.

              Et en effet, résilience a une connotation bien plus humaine que adaptabilité.

              Merci smiley


            • Bélial Bélial 7 janvier 2011 00:30

              Salut Morpheus,

              autant je trouve que TOUT LE MONDE devrait regarder Zeitgeist et se forger son opinion, parce qu’il balance des clés essentielles sur les religions, le système bancaire, l’impérialisme américain qui a dégénéré en nouvel ordre mondial à base de puces...
              autant Jacques Fresco me fait un peu flipper (comme Deneb, le prends pas mal mec :-> ) quand il part en couilles avec son projet Venus et sa vénération de la technologie, surtout dans Zeitgeist 2 Addendum.
              Je regarderai quand même le docu Zeitgeist 3.

              En tous cas allez sur dailymotion et faites l’effort de vous forger votre opinion devant Zeitgeist bande de fainéants lobotomisés par tf1 (je vous préviens il faut avoir un peu d’ouverture d’esprit pour supporter la musique cheloue même moi j’ai eu 1 peu de mal mais ça vaut le coup, si vous n’êtes pas déjà réveillés vous allez l’être)


              • Morpheus Morpheus 7 janvier 2011 02:21

                C’est parce que j’ai le même sentiment que toi, Bélial, que j’ai voulu rédiger cette analyse critique du Projet Vénus smiley

                Mais sans pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain, et en essayant de faire une critique constructive.

                Dans les deux autres parties, tu verras que je soulève pas mal de lièvres smiley


              • glaza 7 janvier 2011 10:23

                Morpheus,
                Je ne connaissais pas les travaux de Jacques Fresco. Votre première partie est suffisamment limpide pour penser qu’il s’agit ici d’une « ébauche » de projet utopiste. Et je sens poindre en vous une envie de développer une réflexion commune à partir du chantier de Fresco. Et avec habileté et intelligence vous posez les importants et nécessaires jalons de cette réflexion :
                Être lucide sur la « capacité » des forces puissantes, sur les « dérives » du comportement humain, sur les « emballements » de la soif de la Connaissance scientifique. Je retiens aussi votre attachement à « l »humilité intellectuelle" une notion que l’occident arpente très peu, si ce n’est jamais. Et votre éloge de l’adaptabilité au détriment de la compétitivité est d’une grande clarté. J’attends avec impatience vos deux prochains articles. Merci à vous


                • Morpheus Morpheus 7 janvier 2011 13:37

                  C’est moi qui vous remercie de votre réaction, glaza, et je pense que les deux autres parties vous intéresseront également, du moins je l’espère. smiley


                • renato666 13 janvier 2011 15:40

                  Bonjour Morpheus

                  « ...Ne vous laissez pas manipuler par ce genre de ragot, mais concentrez votre analyse et votre critique sur le sujet lui-même, ce sera non seulement plus intéressant, mais plus constructif... »

                  On ne peut évidemment qu’être d’accord avec votre conseil de ne pas se laisser manipuler par les ragots et d’être constructif . Je trouve dommage que vous n’appliquiez pas ce sage discours à vous-même dans les lignes qui précèdent, dans les termes méprisants et le jugement - couperet au sujet de Raël et des Raëliens.

                  Vos propos érudits et votre apparente connaissance du sujet ne vous autorisent en aucun cas, pour moi, à porter un tel jugement à l’emporte-pièce sur un groupe d’êtres humains que manifestement vous ne connaissez pas. Cela jure, je trouve, avec l’analyse savante et l’apparente connaissance de l’humain que vous développez dans votre article. 

                  Ce mépris n’est pas digne de quelqu’un qui a la prétention d’élever le niveau de conscience de ses semblables, aussi docte que soit par ailleurs son discours et aussi belle que soit la thèse qu’il défend.

                   Vous venez, à mes yeux et en quelques mots, de vous disqualifier.


                                              René Jourdren - Raelien

                   



                  • Morpheus Morpheus 13 janvier 2011 16:16

                    Vous avez raison concernant la façon dont j’ai porté un jugement péremptoire.

                    Néanmoins, ayant été approché par le mouvement raelien il y a quelques années, et pour avoir écouté différentes interventions de Raël à plusieurs reprises, je dois vous dire en toute franchise que je ne peux considérer le mouvement raelien que comme une dérive sectaire, en ce sens que Raël, selon ma perception, ne crois pas lui-même un instant à ce qu’il dit, mais fais beaucoup d’effort pour le faire croire. Ce n’est bien sûr que mon opinion, libre à vous d’adhérer ou pas. Je concède cependant que le mouvement raelien est moins dangereux que les religions établies.

                    Du reste, je n’ai pas de critique à émettre sur les choix individuels en matière de croyance, de foi ou de spiritualité. Seulement sur le prosélytisme. Vous comprendrez peut-être aussi que, si je dénonce le prosélytisme religieux, il est logique que je dénonce le prosélytisme du mouvement raelien, tout comme je dénonce celui de la scientologie.

                    Soi dit en vous présentant mes excuses si j’ai pu, dans ma précédente intervention à ce suejt, vous blesser.

                    Cordialement.


                  • Emilie 06 Emilie 06 14 janvier 2011 18:27

                    @Morpheus (de la part de René qui ne parvient pas à revenir sur le site )

                     

                    Merci tout d’abord pour ce dernier commentaire que je perçois comme honnête et courageux de votre part et qui, vous vous en doutez, me plait infiniment plus que le précédentJ.

                    Ceci dit, je me permets malgré tout d’y répondre, au moins sur 2 points que vous soulevez dans vos propos.

                    Le 1er concerne la façon dont vous avez perçu le témoignage de Raël. Je dois vous dire que personnellement, et c’est je crois le cas des Raëliens en général, je n’ai pas adhéré au message de Raël sur son apparente (ou non) « bonne foi », mais sur la teneur du message lui-même.

                     Et 2ème point, je ne suis pas du tout gêné, comme vous semblez l’être, par le prosélytisme, d’où qu’il vienne. Je le considère comme le droit de tout être humain à affirmer en public sa croyance, quelle qu’elle soit. Droit d’ailleurs reconnu sans ambiguïté par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans son article 19.

                    De plus, le prosélytisme ne semble pas être le seul apanage des religions et philosophies puisqu’il est ouvertement pratiqué aussi par la science officielle qui présente quasiment tous les jours à la télévision (et de façon dogmatique), la théorie de l’évolution comme un fait scientifique acquis.

                     

                    Et encore merci d’avoir fait « amende honorable » et présenté vos excuses.

                    Sachez que j’y suis très sensible. C’est tout à votre honneur et malheureusement très rare sur « la toile ».

                     

                     Amicalement René Jourdren


                    • Morpheus Morpheus 14 janvier 2011 19:27

                      Je ne conteste évidemment pas votre liberté d’expression, monsieur Jourdren, néanmoins, il y a une différence entre la liberté d’expression et le prosélytisme.

                      Prosélytisme : Zèle déployé pour répandre la foi, pour faire des adeptes, des prosélytes ; par extension, zèle déployé pour convertir autrui à ses idées, pour tenter d’imposer ses convictions.

                      Liberté d’expression (art. 19 DUDL) : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

                      Beaucoup de croyants (religieux ou autres) considèrent les « textes sacrés » ou leurs idées comme des « informations », ou font volontairement la confusion entre opinion et information.

                      Exprimer une opinion (sur quelque sujet que ce soit) est légitime. Faire passer son opinion pour une information (c’est-à-dire un fait vérifiable) l’est beaucoup moins.

                      Certains font cette confusion par ignorance (et de bonne foi), d’autres, malheureusement, utilisent cette confusion, et en cela, trompent leurs interlocuteurs.

                      De plus, comme l’indique la définition du terme, le prosélyte montre beaucoup de zèle pour convertir et imposer leur opinion.

                      C’est donc en cela que je m’oppose au prosélytisme.

                      J’ai mes propres convictions, et j’use de la liberté d’expression afin de les exprimer, cependant je m’interdit de le faire dans le but d’imposer mes idées. Je considère que l’humanité se porterait beaucoup mieux si chacun faisait usage d’esprit critique, il serait donc contraire à cette éthique de vouloir imposer mes opinions. D’autant que je sais que j’obtiendrais exactement le contraire.

                      Cordialement,
                      Morpheus


                    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 24 juillet 2011 08:12

                      J’arrive bien après la bataille suite à l’article de giridhar sur « le monde que nous voulons ».
                      Il mentionne votre article comme un travail de qualité.
                      Je confirme.
                      Je n’ai lu encore que cette première partie et j’en suis ravi car vous me dispensez de venir à écrire la même chose car vous dites très bien ce que j’avais envie d’exprimer après avoir vu Zeitgeist Addendum (que j’ai moins aimé que le premier Zeitgeist qui se contentait d’être dans le constat de l’état apocalyptique de notre monde).
                      Il y a une profonde et terrible naïveté dans le technologisme. Une terrible ignorance de la nature humaine.
                      Bref, pour ma part, je n’y crois pas une seconde.
                      Les forces à abattre sont encore là qui barrent le chemin vers quelque utopie que ce soit !
                      Et, au demeurant, je préfèrerais trouver le chemin vers une utopie qui unisse nature et spiritualité.
                      Le technologisme reste l’expression d’une volonté de puissance plus inquiétante qu’autre chose.

                      Enfin, bravo pour votre réaction responsable suite aux plaintes des raëliens qui ont fort justement remarqué combien cela est rare. Ma conviction est que nous ne connaîtrons la paix que par la généralisation d’une telle attitude. Et je n’hésite pas pour ma part à faire du prosélytisme en ce sens smiley


                      • OpenDelMundo OpenDelMundo 8 décembre 2011 03:38

                        Morpheus, je te remercie du fond du coeur pour cet article.
                        Il est agréable de voir une critique si juste, respectueuse et pointu comme celle là.
                        Comme souvent, le juste milieu est une bonne voie =). 
                        Je ne ferai pas long, j’ai vu dans un commentaire que tu critiquais la démocratie actuelle et que tu insistais sur l’importance d’élire par tirage au sort. Je trouve ça tout à fait judicieux et cela me fait penser à ce site qui justement promulgue cela =)
                        http://www.le-message.org/

                        Merci encore.


                        • Morpheus Morpheus 8 décembre 2011 15:39

                          Merci, je vais aller voir le site que vous mentionnez.

                          Au cas où vous ne le connaitriez pas déjà, je vous recommande également, sur ce sujet, le site d’Étienne Chouard.

                          Cordialement,
                          Morpheus


                        • Heavenwill 11 mars 2012 13:13

                          Bonjour, 

                          Je viens de lire votre article, pas encore les deux autres parties mais je me permettrais de revenir vers vous lorsque je l’aurais fait.

                          J’aimerais ajouter ma petite interpretation de ce que j’ai vu et lu sur le projet Venus. Je vous avouerais avant tout que j’ai reçu une culture scientifique dans mes études et que l’idée de la « méthode scientifique » est pour moi centrale dans l’histoire de notre humanité, côte à côte avec ce que j’appellerais la spiritualité, le mythe, le surnaturel. Il est important de voir que ces deux concepts (comme vous semblez l’avoir remarqué dans cet article) ne sont pas opposables, mais plutôt complémentaires.

                          L’on ne peut imaginer l’humain non composé de ces deux ’idées’. L’artiste, qu’il soit peintre sur les parois d’une caverne ou illustrateur pour une production Hollywoodienne utilise ses capacités d’observation et de conception pour réaliser une oeuvre magique. Ils sont cependant dépendant de leur technologie de réalisation : l’un utilise une savante mixture de pigments récupérés dans la nature, l’autre utilise un ordinateur moderne relié à un écran. Cela limite leurs capacités à véhiculer l’idée, la partie que certains appeleraient divine de leur conscience.

                          Cela amène à un point sur lequel je trouve votre analyse simpliste. La perception de notre monde à toujours existé, nos capacités de rêver, d’imaginer, sont certainement les mêmes que celles de nos ancêtres de la préhistoire. Cependant, c’est l’utilisation de ce que j’appelle la « méthode scientifique » , qui a permit l’avancée des outils du rêveur. Prenons quelques exemples comme les pinceaux du peintre, la caméra du cinéaste, l’ordinateur, l’imprimerie.

                          Ces outils nous permettent aujourd’hui de transmettre aux autres êtres humains, de façon toujours plus précise, notre propre expérience de cette expérience qu’est la vie. Opposer les deux aspects du monde que sont le spirituel et le matériel n’a aucun sens nous semblons d’accord sur ce point. 

                          Mais n’oublions pas que l’aspiration à vivre dans un monde qui permet à l’individu de vivre passe par certaines nécessités inhérentes à la condition animale : 

                          -Avoir assez à manger et à boire, 

                          -Elever decemment ses enfants, 

                          -Créer des liens dans sa communauté et au delà, 

                          -Se déplacer, 

                          -Eliminer le danger naturel, 

                          -Avoir un toit qui le protège des intempéries et du climat, 

                          -Avoir le temps d’apprécier les bienfaits de notre nature spirituelle, 

                          -Avoir accès à une éducation, (quelle qu’elle soit)

                          -La Justice

                          En j’en oublie surement...

                          La seule façon de résoudre ces problèmes qui se posent à l’ENSEMBLE de la population humaine est la technique, c’est à dire dans mon esprit : la « méthode scientifique »

                          _Construire une maison, comprendre la nature, chasser ou cultiver la terre, gérer ses ressources (humaines ou matérielles), et cetera et cetera

                          Le shamane, le médium, le poête, l’auteur, n’utilisent leur art et font des merveilles qu’après avoir mangé, et lorsqu’ils sont en sécurité. L’utilisation de la méthode scientifique est la seule chose qui a sortit l’homme de l’age de pierre d’après la définition historique : le maitrise du feu, la création de matériaux, le language parlé etc...Tout cela guidé par l’aspiration à remplir nos besoins naturels, propres à tout être humain.

                          L’état déplorable dans lequel se trouve notre civilisation ( qui est de nos jours mondiale à peu de choses près) n’échappe plus à personne comme le montrent votre article et les réponses à celui-ci. Je vous invite à revenir plus haut et observer que cet état provient essentiellement d’une carence dans les besoins naturels cités : La précarité jusque dans nos pays « civilisés » la pauvreté généralisée des pays anciennement du « Tiers-monde », le tout profit, la corruption, la perte des valeurs profondes qui dirigent les peuples humains depuis qu’ils existent, la guerre, la maladie, ....

                          Tous ces problèmes possèdent des solutions. Des solutions qui sont techniques encore une fois : gestion des ressources, science médicale, techniques agriculturales, compréhension des systèmes cycliques et non linéaires par exemple. Le projet vénus présente le concept d’économie basée sur les ressources, une idée ancienne qui dit simplement : 

                          Je ne peux consommer que les fruits qui existent sur l’arbre, si j’ai besoin de plus, il faut trouver un autre arbre, si je coupe l’arbre, il ne donnera plus de fruits, ni à moi, ni aux autres animaux qui vivent à mes côtés, ceux qui m’aident à labourer mes champs, ceux qui me nourrissent de leur chair, ceux qui aident l’arbre lui-même à survivre. Une idée qui n’existe pas dans une économie mondiale de marché libéraux. Le monde est un Système, un système est constitué de parties interconnectées qui fonctionnent comme un ensemble.

                          L’idée centrale de Fresco est que les solutions aux problèmes globaux sont pour la plupart Techniques, on ne parle pas de technocratie ici, seulement d’appréhender intelligemment le monde. Les techniques éxistent DEJA pour résoudre ces problèmes : purification de l’eau, techniques d’agriculture (voir permaculture pour ceux que cela interresse) gestion des ressources, automatisation des procédés, robotique, transports non polluants, productions d’énergies et cetera.

                          Notre problème vient de l’organisation de notre société, qui bloque certaines idées, concepts, techniques car elle en impose d’autres, qui viennent de l’histoire. Ici l’idée de résistance au changement. (Je gagne X milliards par an avec ce procédé, pourquoi changer pour autre chose que je ne connais pas ?) Cette société est fondée sur des principes, sur des idées, qui prennent racine il y a plusieurs centaines (voir pour certaines des milliers) d’années. Pourtant notre compréhension des phénomènes naturels est plus avancée qu’à lors. Cela entraîne des conflits entre l’idéologie et la nécessité.

                          Un exemple simple : la production pétrolière qui crée chaque année des millions de tonnes de plastique, d’engrais, de carburant. L’idéologie vieille de 50 ans qui dit que cette ressource est presque illimitée est encore ancrée dans l’esprit humain, poussant la consommation à augmenter encore chaque année. Pourtant la compréhension scientifique du phénomène d’épuisement d’une ressource (quelle qu’elle soit) est bien connu, et en l’occurence, montre l’épuisement proche du pétrole, et plus proche encore, la baisse drastique de la production. Cependant beaucoup de technologies alternatives ne sont pas encore complètement dévelloppées, ce qui entraîne un risque réel de pénurie d’énergies, au niveau des transports mondiaux, au niveau des productions de nourritures à grande echelle etc...

                          Des changements idéologiques profond sont nécessaires à la survie humaine, cela a toujours été le cas, de la préhistoire à nos jours et nous sommes encore là, jusqu’ici tout va bien.

                          Fresco et beaucoup d’autres se demandent si l’on peut résoudre les problèmes que l’on a créé avant de payer le prix fort pour nos erreurs. Les idées qu’il présente sont pour moi beaucoup plus saines que les anciennes façons de faire.Bien qu’il soit lui-même un vieil homme et que le futur contient d’autres opportunités de problèmes, pousser à un changement global est pour moi nécessaire à notre survie, cela devient urgent. 


                          • Pangée 29 avril 2012 14:20

                            Bonjour,


                            « Pourquoi, évoluant dans de telles sphères, vivant au Etats Unis d’Amérique - ce pays qu’il n’aime pas, dit-il - pourquoi n’est-il pas devenu comme la majorité de ses compatriotes ? Il doit bien y avoir un facteur déterminant qui lui permet d’échapper à cet environnement conditionnant, non ? Je ne connais pas la réponse, mais je suis certain que cette question est des plus pertinente  »

                            Je pense tout simplement que Jacques Fresco et de nombreux êtres humains se posent des questions sur leur environnement... Je pense qu’il serait bon de ne pas mélanger la découverte technologique et la spiritualité... Cela prête à confusion lorsqu’on lit ton article.

                            La découverte technologique est le fil conducteur de l’humanité (de la découverte du feu jusqu’à l’envoi de satellites dans l’espace) cela correspond à l’intelligence qu’à eu l’homme à comprendre, analyser et utiliser son environnement et les ressources qui lui sont offertes. Et cela n’a rien à voir avec l’argent, ces découvertes sont seulement liées à notre capacité de réflexion et à l’utilisation de nos ressources disponibles.

                            La spiritualité correspond à un questionnement sans réponse « scientifique » , du type métaphysique « comment sommes nous arrivés à cet endroit dans l’univers ? » « qu’y a-t-il après la mort ? » etc... Ton exemple de sages avec leur rêves divinatoires est frappant ! Les scientifiques ont une spiritualité comme chaque être humain. Pour moi tu fais une confusion importante entre science (comme technique et outil) et spiritualité (comme questionnement philosophique).

                            Je lis aussi dans ton article la « peur » du tout technologique et de la main mise des « scientifiques »... Il faut bien comprendre que le projet venus implique une EDUCATION extrêmement différente de celle que nous connaissons actuellement et basée sur la connaissance de son environnement, c’est à dire « comment ça fonctionne ? comment on fait ? » et pas seulement lié à la science des machines, mais aux ressources naturelles et leurs fonctionnement, c’est bien + vaste de ce que tu sembles décrire.. Les humains ont tous la capacités d’être éduqué et d’avoir une somme de connaissance importante sur leur environnement.

                            Le mouvement Zeitgeist a été créé pour que les gens prennent conscience ou se posent des question sur leur environnement.

                            Jacques Fresco lui-même dit qu’il n’a aucune idée de ce qu’est une société parfaite de bonheur et d’harmonie, il dit seulement que sa manière d’aborder les choses est cohérente et offre beaucoup moins d’inconvénient que le système actuel qui de toute manière est voué à l’échec (http://www.youtube.com/watch?v=Ip_ElRKNTUQ)

                            Il faut voir la technologie comme un outil et pas une dictature, elle est là pour nous aider à nous consacrer à ce qui est vraiment important : le développement de nos capacités personnelles, notre spiritualité et l’échange des uns envers les autres. Simplement vivre dans un environnement plus cohérent vis-à-vis de nos ressources avec moins de contraintes et des objectifs ou des « light-motiv » différents que la compétition et le profit. Tout cela en ayant un niveau de vie élevée. Une utopie est quelque chose qui n’est pas réalisable. Ce projet ou en tout cas les idées qu’il défend sont cohérentes et réalisables, c’est juste qu’il faut que les gens en prennent conscience et s’affranchissent du sentiment qui domine notre société : la Peur. 






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