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Accueil du site > Actualités > Société > Le Projet Venus : analyse critique (2/3)

Le Projet Venus : analyse critique (2/3)

A l’heure où tout part à vau-l’eau, où tout se mêle dans un vaste cacophonie, où les valeurs s’entrechoquent et se perdent, où les repères s’estompent et se brouillent, à l’heure où demain est plus incertain qu’il ne l’a jamais été, cette heure qui semble, comme dans un poème, être la plus sombre avant l’aube, nous en sommes à chercher une lumière, n’importe laquelle, pourvu qu’elle puisse éclairer notre route et indiquer un chemin. Un espoir.

Rien d’étonnant en pareilles circonstances, de voir poindre les utopies. Or, des utopies, il n’y en a plus guère de nos jours. Elles sont le plus souvent battues en brèche avant même de naître, tuées dans l’œuf par une propagande que certains ont appelés « la fin de l’Histoire », "la fin des idéologies", alors même que ceux-là, se faisant, défendent la dernière idéologie dominant le monde : le capitalisme.

Or, voici que je découvre un projet utopique au sens premier du termes : cette utopie s’appelle « The Venus Project » (Le Projet Venus), et elle est véhiculée à travers le Mouvement Zeitgeist, issu des films diffusés sur internet Zeitgeist (2007) et Zeitgeist : Addendum (2008). Ce début d’année 2011, le 26 janvier, sortira sur internet, simultanément et en vingt langues, le troisième volet, Zeitgeist : Moving Forward (Zeitgeist : Aller de l’Avant).

C’est donc l’occasion que j’ai choisie pour rédiger une analyse critique de cette utopie qu’est le Projet Venus. Etant donné la longueur de cette analyse que j’ai voulue argumentée, je la propose ici en trois parties, dont voici la deuxième.

Les mythes

Dans le chapitre quatre est abordé la question des mythes, c'est-à-dire des récits collectifs communs qui, dans chaque groupe humain, forgent les croyances destinées à orienter et à diriger l'ensemble de la population. Le passage suivant illustre cette analyse : "En général, les valeurs collectives sont influencées par la structure sociale et les sous-cultures existant au sein d’une société donnée. Pour le meilleur ou pour le pire, les systèmes sociaux, pétris de forces et de défauts, ont tendance à se perpétuer. Que nous nous en rendions compte ou non, la plupart des gens sont constamment manipulés par les médias et les institutions établies qui rédigent le « programme » national. Ce dernier, à son tour, exerce une grande influence sur notre comportement, nos attentes et nos valeurs. Notre conception du bien et du mal et de la morale sont également les fruits de notre héritage culturel et de nos expériences. Cette méthode de contrôle de la population ne nécessite pas le recours à la force physique et est tellement efficace que rares sont les personnes qui ont le sentiment d’être manipulées."

Elle pose ainsi les difficultés qui existent lorsque l'on souhaite orienter le peuple dans une autre direction. L'on se trouve alors confronté aux idées majoritairement véhiculées, qui bénéficient de la force d'imprégnation dans la conscience collective durant des dizaines (parfois des centaines) de générations. Comme chacun sait, nous avons tendance à résister à toute forme de changement, d'une part par peur de l'inconnu, d'autre part à cause de l'attachement à nos traditions. Or, si, dans la mesure où elles marquent nos différences, nos traditions participent à notre identité, elles freinent également notre évolution, et par voie de conséquent, notre faculté d'adaptation aux changements de notre environnement. Toute société se trouvant face à un environnement en train de changer se trouve en proie à des tensions entre les traditionnalistes (conservateurs) et les modernistes (progressistes). En elle-même, cette dualité s'avère le plus souvent stérile.

Que ce soit sur un plan individuel ou collectif, un changement de comportement nécessitant une remise en cause des valeurs est difficile à obtenir, et nécessite que se pose une série de problèmes qui ne trouvent pas de solution. C'est donc lors de périodes de crises que ces changements peuvent se produire. Cette observation a déjà été faite par des sociologues, des anthropologues et des politologues. Elle a notamment été détournée et exploitée au sein de l'école d'économie ultra libérale de Milton Friedman, qui a expliqué que les réformes "libérales" souhaitées par les néo conservateurs ne pouvaient être adoptées que lors de périodes de crises "réelles ou imaginaires" (sic). La journaliste canadienne Naomi Klein a mis en lumière cette méthode utilisée par les capitalistes à travers le monde depuis les années septante, méthode qu'elle a appelé "la stratégie du choc" (the choc doctrine, en anglais), et qu'elle nomme également "capitalisme du désastre". Nous reviendrons ultérieurement sur ce concept.

De façon générale, l'analyse présentée dans ce chapitre, et présentant les causes des problèmes de pénurie, des conflits et de ce que nous appelons en nous abusant "nature humaine", nous apparait pertinente. Gandhi le disait de façon simple : "Il ne faut pas confondre ce qui est naturel et ce qui est habituel" : ce que d'aucun veulent nous faire passer pour la "nature" humaine, ne résulte en effet que d'habitudes comportementales prises afin de répondre à des contingences inhérentes à nos croyances et nos peurs - ce qui avouons-le ne manque pas d'être paradoxal. Ce qu'il est important de préciser, c'est que cette croyance profondément ancrée chez bon nombre d'individus, que la prédation est un fondement naturel de l'Homme, est une croyance volontairement véhiculée par les tenants de l'idéologie capitaliste, qui fait de la prédation la base même sur laquelle repose toute la théorie du capital. Il faut lire Adam Smith pour comprendre ce dont il s'agit.

Les théories de Adam Smith sont loin d'être inintéressantes, même si elles peuvent être contestées, mais ce qu'il est important de comprendre également c'est que ce sont surtout les thuriféraires d'Adam Smith qui ont caricaturé sa pensée afin d'en soustraire uniquement les aspects qui les intéressait dans le but de justifier leurs propres théories[1], c'est-à-dire justifier leurs méthodes prédatrices destinées à s'emparer du pouvoir et des richesses du monde. En cela, ces panégyristes non seulement trahissent une bonne part de l'œuvre de A. Smith, mais construisent une théorie radicale, extrémiste et dogmatique, qui est la cause fondamentale de tous les maux que notre civilisation occidentale connait. Croyez le ou non, il y a une petit groupe de gens dirigeant le monde qui ne nous veulent pas du bien. Ces gens méprisent les peuples, les "gens de la rue", et ne nous considèrent que comme des ressources à exploiter et à presser, au même titre que l'on exploite les animaux, les plantes ou le pétrole. N'avez-vous jamais entendu parler du "responsable des ressources humaines" au sein d'une entreprise ? ... Les choses ne sont même pas cachée ! Mais qui s'en indigne et se rebelle contre cela ? "Quelques-uns sont tenus en servitude, un plus grand nombre y tiennent" disait Sénèque. On pourrait aussi nous intéresser au discours de la servitude volontaire d'Etienne de la Boétie.

Le point suivant abordé dans ce chapitre traite de la question des lois. En résumé est exposé l'idée audacieuse que les lois en elles-mêmes ne peuvent résoudre les problèmes si elles ne s'attachent qu'aux symptômes de ceux-ci, et non à leurs causes. La principale cause évoquée dans la thèse est bien entendu celle des ressources, de leur inégale répartition et de leur mauvaise gestion. Cette partie ce conclu par cette phrase : "En fait, plutôt que de personnes soucieuses de l’éthique, nous avons besoin que prévale une façon intelligente de gérer les ressources de la Terre afin que tout le monde puisse en profiter." De cette façon, le Projet Venus objecte à l'idée qu'il suffirait que nous élisions des personnes éthiques pour régler les problèmes ; le fait que même doté d'éthique et de bienveillance, tant que l'on demeure dans un système géré par le profit, cela ne change rien[2]. Bien que je sois entièrement d'accord avec cette analyse, la question de l'éthique reste posée. Car pour élaborer une stratégie globale permettant la mise en œuvre du Projet Venus, il semble qu'il soit indispensable - il s'agit même à mon avis d'une condition sine qua non - que les décideurs soient animés de bienveillance et d'une forte éthique humaniste et universaliste. Or, comment peut-on réaliser cet objectif dans un monde comme le nôtre, presqu'entièrement dominé par le paradigme du profit et de la prédation ? Cela semble impossible, à moins de recourir à quelque stratagème de manipulation, ou d'imposer par la contrainte les "bonnes personnes aux bonnes places". Ce qui irait à l'encontre même des principes de bienveillance, d'éthique et de démocratie. Sans réponse adéquate et lumineuse à cette question, je ne vois guère de chance au projet d'aboutir. Une fois encore, les problèmes sont bien posés, les analyses sont justes, mais le moyen d'y apporter une solution reste vague et incertain.

Le chapitre cinq, D'un système à l'autre, n'apporte que très peu à la thèse, se bornant à conclure compte tenu de tout ce qui a déjà été dit que le système actuel ne pouvant plus durer, il est probable qu'il s'effondre bientôt, et que c'est sans doute ce qui est nécessaire, notamment si l'on veut voir la fin du système monétaire.

La conception du futur

Le chapitre six, Concevoir le futur, amorce l'entrée en matière du "plat de résistance" du sujet par ceci : "Pour commencer à mettre en œuvre une économie basée sur les ressources, les concepteurs sociaux doivent avoir recours à la méthode scientifique et poser la question suivante : de quoi disposons-nous ? (...) la première des priorités est de faire une estimation purement technique des besoins fondamentaux de la population du globe." Première question que je me pose : qui seraient ces "concepteurs sociaux" ? Subséquemment, je déduis que cette proposition induit l'idée que ce sont ces concepteurs qui décideront des besoins fondamentaux de la population du globe. Comment feront-ils cela ? Sur quelle base ? En tenant compte de quels critères ? Feront-ils la part des besoins particuliers de chaque population, voir de chaque famille - pour ne pas dire chaque individu ? Ou devrons-ils se simplifier la tâche en faisant des raccourcis, en généralisant, en déduisant des besoins ? Opéreront-il par sondage ? Par voie de référendum ? ... Voilà des questions de méthode qui nécessiteraient d'être posée. Car selon son environnement, sa culture, son expérience, les besoins et aspirations de chaque individu diffèrent grandement à travers le globe. L'autochtone amérindien vivant au cœur de la jungle amazonienne, l'hispano américain vivant dans la banlieue de Mexico, le pêcheur africain vivant au bord du lac Kivu, le médecin néo zélandais vivant dans un village de l'Ile du Sud, le mécanicien russe vivant à Moscou, l'informaticien coréen, le Berbère vivant dans le désert du Sahara, etc., ont tous des besoins et des aspirations différentes.

Il y a certes des besoins de base, des besoins fondamentaux communs mais ils s'expriment certainement différemment. L'informaticien de la Silicone Valley et l'amérindien d'Amazonie ont tous deux besoin d'un toit, mais ce besoin ne s'exprime pas de la même manière : le premier aura besoin d'une construction sophistiquée en dur, l'autre sera parfaitement satisfait d'un emplacement où il puisse lui-même construire un habitat rustique constitué de rondins et de feuilles. Ils ont l'un comme l'autre besoin de se nourrir, mais le besoin de l'un n'équivaut pas à celui de l'autre : l'informaticien aura besoin de nourriture prête à la préparation, l'amérindien cherchera et transformera lui-même la nourriture dont il a besoin dans son environnement proche. Le premier (l'informaticien) est beaucoup plus dépendant que le second. A vrai dire, l'amérindien sera heureux simplement si on lui fout la paix et qu'on n'empiète pas sur son espace (son territoire), tandis que l'informaticien aura besoin de beaucoup de chose afin d'être satisfait. Question de culture et d'environnement. L'ingérence du "concepteur social" dans la vie de l'amérindien sera invasive, voir nuisible, tandis qu'elle sera nécessaire, sinon indispensable, à l'informaticien. Le besoin de l'un n'équivaut pas au besoin de l'autre. Et la liberté de l'un est bien plus exigeante que la liberté de l'autre ... L'apport technologique sera totalement inutile et même destructeur à l'un (l'amérindien), tandis qu'il sera indispensable à l'autre. Comment résout-on cette disparité ?

Je note également ceci : "Si nous voulons créer une civilisation viable et durable aussi rapidement que possible, nous avons besoin de grandes quantités d’énergie." Mais pour qui a-t-on le plus besoin d'énergie ? L'informaticien de la Silicone Valley ou l'amérindien d'Amazonie ? Car la question que Jacque Fresco ne pose pas dans son projet, c'est la question de l'influence de la culture (l'environnement) sur la nature des besoins. Oh certes, cette question est abordée autant dans le film que dans l'exposé du sujet, mais uniquement lorsqu'il s'agit de dénoncer la structure actuelle du conditionnement au consumérisme (qui impose et crée des besoins artificiels). Il faudrait également la poser dans le cadre du déconditionnement au consumérisme, et poser la question de la dépendance. Car si le Projet Venus aborde le sujet en tenant compte de l'interdépendance - ce qui est une excellente chose ! - il ne peut négliger la question de la dépendance dans laquelle le système actuel à plongé la majeure partie de l'humanité. Faut-il absolument répondre aux besoins excentriques imposés par le monde moderne que beaucoup exprimeront (ce qui implique une forte industrialisation - industrialisation qui induit de grandes quantités d'énergie et par conséquent, un fort impact environnemental), ou faudra-t-il "raisonner" ces groupes de personnes dépendantes ? Et comment ces groupes de personnes prendront-il la chose ? Il se peut qu'ils ne soient pas content de se voir imposer des limites à leur exigences. Tout le monde n'a pas une conscience élevée de la mesure.

Retour sur la civilisation

Qu'est-ce qu'une civilisation ? La question peu sembler désuète ou naïve. Mais qui en connait la réponse ? Ce mot est issus du latin civis, qui signifie "cité" ou "ville". Le terme civilisation, apparaissant au XVIIIe siècle, se définit comme opposé à la barbarie ou à l'état de nature. Le mot barbare est issu du grec barabaros et signifie celui "qui ne parle pas le grec", autrement dit l'étranger, désigné comme "brave". Bien que le mot "barbare" ait pris de nos jours un sens péjoratif, celui de "brute", "sans foi ni loi", c'est un abus de signification, afin de discréditer par la propagande, tout qui choisit de vivre différemment. Est donc "civilisé" ce qui appartient à nos mœurs, et est "barbare" (non civilisé) ceux qui ne vivent pas selon nos mœurs (qui ne "parlent pas notre langage") : en d'autres termes, selon le credo du Projet Venus, seront considérés comme barbares et non civilisés ceux qui ne parlent pas le langage scientifique ... Bon sang, je savais que j'aurais dus faire plus d'effort en cours de sciences : me voilà réduit au rang de barbare ! Snif ...

Aussi surprenant que cela puisse paraître, une contradiction ontologique se trouve donc dans l'énoncé même du Projet Venus. En effet, lorsque le Projet Venus propose de construire une civilisation qui apporte tous le confort et tous les bienfaits de la technologie, tout en demeurant en harmonie avec la Nature, c'est éminemment contradictoire. Pour comprendre cela, il nous faut développer notre propre analyse des causes de la dysharmonie qui règne dans notre société.

Si selon le Projet Venus - ainsi que les films de la série Zeitgeist -, la corruption est le fait du système monétariste et des "valeurs" qu'il sous-tend (compétition, avidité, profit, ...), d'après moi, la disharmonie qui règne vis-à-vis de la nature provient de l'avènement de la civilisation elle-même. Or, si nous recherchons une cause fondamental aux problèmes du monde, il faut remonter à la cause la plus ancienne : entre l'avènement de la civilisation et celui du système monétariste, lequel des deux est le plus ancien dans notre Histoire ?

Pour développer mes arguments, permettez-moi de faire appel au personnage de l'agent Smith du film Matrix. Lorsque dans ce film il tient le personnage de Morpheus entre ses griffes, il lui tient un petit discours qui intéresse notre propos. Il dit :

« Je souhaiterais vous faire part d’une révélation surprenante. J’ai longtemps observé les humains, et ce qui m’est apparu, lorsque j’ai tenté de qualifier votre espèce, c’est que vous n’étiez pas réellement des mammifères. TOUS les mammifères sur cette planète ont contribué au développement d’un équilibre avec le reste de leur environnement, mais vous, les humains, vous êtes DIFFERENTS. Vous vous installez quelque part et puis vous vous multipliez, vous vous multipliez, jusqu’à ce que vos ressources naturelles soient épuisées. Et votre seul espoir pour réussir à survivre, c’est de vous déplacer jusqu’à un autre endroit. Il y a d’autres organismes sur cette planète qui ont adopté cette méthode. Vous savez lesquels ? Les VIRUS. Les humains sont une maladie contagieuse, le cancer de cette planète, vous êtes la peste. Et nous, nous sommes l’antidote »

Nous avons par réflexe tendance à rejeter pareil discours, pourtant, en même temps, cela nous touche, car il semble paradoxalement frappé de bon sens. Nous avons l'impression que Smith exagère, caricature, force le trait. Pourtant, les faits sont là. Ce que dénonce le Projet Venus n'est pas différent de ce que Smith dénonce ... Alors qu'est-ce qui cloche dans son discours ? C'est simple. Le sophisme de l'agent Smith tiens dans le fait qu'il n'analyse le comportement humain que dans sa période dite "civilisée", c'est-à-dire dès l'instant où, dans son histoire, il a commencé à se sédentariser et vivre en cité[3]. Dès cet instant, en effet, les humains n'ont eut de cesse de vouloir domestiquer et dominer la nature. Ils ont développé l'agriculture, la sélection des plantes, et pour se faire, ont commencé à développer la technologie. D'abord primitive, elle a lentement mais sûrement progressé. L'apport de ces techniques ont rapidement permis une expansion. Le taux de natalité à commencé à grimper, grimper, obligeant à étendre les cités et à rechercher de plus en plus loin les ressources nécessaires à combler les besoins eux-mêmes grandissant, non seulement du fait de la natalité croissante, mais d'une extension des besoins qui sont passé de besoins de base à des besoins de plus en plus superfétatoires.

De fil en aiguille, il a fallu étendre un réseau d'échange avec d'autres cités, puis étendre le contrôle à des territoires ruraux et dominer leurs populations, voir les asservir. La guerre, la servitude et l'esclavage sont venus en même temps que la hiérarchisation de la civilisation et en même temps que la spécialisation dans les tâches. Le réseau de dépendances s'est ainsi instauré au sein de chaque cité, créant une cohésion de plus en plus aliénante. Avec la civilisation sont venues également les religions structurées, les classes sociales et les castes ainsi que la quête de pouvoir et de grandeur. Paradoxalement, c'est dans le Livre de la Genèse de l'Ancien Testament que l'on peut trouver trace du schisme qui s'est produit entre les peuples sédentaires et les peuples nomades.

GENESE 4:2 à 4:7 « 2 (...) Et Abel devint gardien de moutons, mais Caïn devint cultivateur du sol. 3 Et il arriva, au bout d'un certain temps, que Caïn se mit à apporter des fruits du sol en offrande à Dieu. 4 Mais quant à Abel, il apporta, lui aussi, quelques premiers nés de son troupeau, et même leurs morceaux gras. Or, tandis que Dieu regardait avec faveur Abel et son offrande, 5 il ne regarda pas avec faveur Caïn et son offrande. Et Caïn brûla d'une grande colère et son visage commença à s'allonger. 6 Alors Dieu dit à Caïn : "Pourquoi brûles-tu de colère et pourquoi ton visage s'est-il allongé ? 7 Si tu te mets à faire le bien, n'y aura-t-il pas élévation ? Mais si tu ne te met pas à faire le bien, il y a le pêché qui se tapi au commencement, et vers toi et son désir ardent ; et toi, te rendras-tu maître de lui ?" » Selon moi - qui ne suis pas religieux (loin s'en faut !) -, à l'aune du résultat de nos huit ou dix mille ans de civilisation tels que décrite par l'Histoire, il ne fait aucun doute que le Dieu qui s'exprime dans ce passage, tout au début de la Bible, approuve le choix de vie nomade du berger Abel, tandis qu'il n'apprécie pas le choix de vie sédentaire de l'agriculteur Caïn. Il stigmatise le "désir ardent qui se tapi au commencement". Au commencement de quoi ? Peut-être de ce que nous appelons "civilisation ? En suivant cette interprétation, Dieu interroge Caïn sur sa capacité à devenir maître de l'avidité qui se tapi au cœur de la vie sédentaire. Cette interprétation paraîtra peut-être audacieuse, pourtant, je la trouve plus pertinente que tout autre entendue à ce jour, qui ne s'attarde à y voir que la dénonciation de la jalousie et de la vanité blessée de Caïn. Aucun exégète ne semble se demander pourquoi Dieu préfère la viande de mouton aux fruits et céréales. Cela est-il étonnant ? Peut-être pas si l'on considère que la religion s'est développée dans les cités : on ne dénonce pas celui pour qui on roule ... Pourtant, en insérant ce passage dans la Bible, les fabricants du mythe ont commis une erreur : ce texte a été rédigé à l'origine par des nomades et pour des nomades, et ces nomades condamnaient le mode de vie civilisé, voilà pourquoi ils placèrent ces mots dans la bouche de leur dieu.

Pour savoir si cette interprétation est pertinente ou non, demandez-vous donc ce qui différencie l'homme qui vit de façon nomade (ou semi nomade) et celui qui vit de façon sédentaire, au sein d'une cité. Lequel des deux se trouve, par la force des circonstances (par les conditions de son environnement), "contraint" d'être en symbiose avec les rythmes naturels - donc, comme dit Smith "ont contribué au développement d’un équilibre avec le reste de leur environnement" - et lequel se trouve - toujours de par son environnement - isolé, séparé et progressivement de plus en plus déconnecté de la nature et de ses rythmes ? La réponse ne fait pas mystère, n'est-ce pas ?

Un autre critique de la société de consommation et du capitalisme, Louis Charpentier, a écrit ces mots, que je trouve très parlant, et que Jacque Fresco et les exégètes du Projet Venus auraient tout intérêt à méditer et intégrer : "Dans le domaine matériel, on peut presque tout apprendre à des mains d'homme. Dans le domaine intellectuel, on peut presque tout apprendre à un cerveau humain. Mais cela ne concerne qu'un degré supérieur d'animalité. Car sans l'éveil spirituel, le travail manuel n'est que du réflexe conditionné et le travail intellectuel n'est que la mémoire appliquée. Or, éveiller le spirituel est un problème qui ne se résout pas avec l'ergot de la dialectique. Il y faut une gymnastique personnelle dont la première étape est une mise en accord avec les rythmes naturels, manifestation du spirituel dans la matière."

Sans cette mise en accord des individus avec les rythmes naturels, sans cette reconnexion interne, personnelle, individuelle, des citoyens avec la Terre, tous les efforts pour créer une société en harmonie et en symbiose avec la nature resterons vains et inutiles. Toute la technologie et toute la connaissance de l'univers ne suffiront pas à créer ou recréer ce lien, et les mêmes perversions ressurgirons au cœur même d'un projet pourtant noble et idéaliste. Car la technologie et la science ne sont pas une panacée en soi : ce ne sont que des outils, des instruments. Et qui plus est, des instruments essentiellement mentaux. Or, qu'est-ce que le mental ? Le mental, nous dit Gitta Mallasz dans son Dialogue avec l'Ange, est un instrument, un outil entre les mains du maître. Non pas conducteur, mais conduis. "Tu portes la cuillère à sucre à la bouche et tu te dis c'est bon ; ce n'est pas la cuillère qui est bonne ; essayes de la mordre et tes dents vont s'y casser !" En comprenant cela, je comprend que le mental, qui ne devrait qu'être un serviteur, un outil pour chacun de nous, s'évertue à être le maître. Nous confions la direction de nos actes et nos choix de vie à notre seul mental, et se faisant, nous nous coupons de nos autres facultés, qui se trouvent en friche et perdues en nous. N'est-il pas habituel dans notre société de confondre sans arrêt l'intelligence et la sagesse ... ?

Krishnamurti (qui apparait dans Zeitgeist : Addendum) nous dit à propos : "L'intelligence n'est pas l'aptitude au maniement habile d'arguments, de concept, d'opinions contradictoires - comme si les opinions pouvaient donner accès à la découverte de la vérité, ce qui est impossible - mais elle consiste à se rendre compte que la mise en actes de la pensée, en dépit de toutes ses capacités, de ses subtilités, et de l'activité prodigieuse qu'elle ne cesse de déployer, n'est pas l'intelligence." L'intelligence, il est sans doute temps de l'admettre, n'est que notre faculté de discernement - c'est-à-dire de séparer, diviser, partager. Par conséquent, l'intelligence en elle-même ne nous est pas d'un secours essentiel pour retrouver le lien avec la Nature et recréer la symbiose avec la Terre Mère. La question qui se pose alors est de savoir si tout le confort que nous apporterait la civilisation fondée sur une économie basée sur les ressources, supportée, dirigée et gérée par la science et la technologie, est vraiment apte à permettre aux humains de se rapprocher des rythmes naturels et ainsi recréer son lien avec la Terre ? Le confort et l'accès à de nombreux bien de consommation - même si cette consommation est gratuite - n'entraînera-t-il pas une perversion plus grande ?

Selon le Bouddha, il existe trois causes fondamentales à tous nos maux. Pas plus. Ces trois causes sont l'avidité, l'aversion et l'ignorance. L'aversion provient de l'avidité et procède de l'ignorance. L'ignorance engendre la peur du manque, la peur du manque génère l'avidité et l'avidité provoque l'aversion. L'avidité survient lorsqu'un besoin, une sensation agréable se produit, et lorsque l'on s'aperçoit que cette sensation ne perdure pas éternellement. Lorsqu'un besoin est satisfait, encore, encore et encore - par exemple un jeu ou le chocolat -, on finit inévitablement par se lasser, se dégoûter. Lorsque cela se produit, on se met en quête de sensations nouvelles de plaisir. Si nous ne trouvons pas, nous avons un sentiment de manque, et cela génère de l'aversion pour toute cause - ou toute personne - jugée être la source de ce manque. Ainsi, même dans la société apparemment idéale proposée par le Projet Venus, le risque demeure de voir se développer avidité et aversion, causes de perversions, corruptions et crimes en tout genre.

Ce qui peut-être à manqué à nos illustres ancêtres, après avoir fondé les premières cités états et fait prospéré celles-ci, c'est leur connexion avec la Terre Mère. Ce lien spirituel a été coupé - tout comme le cordon ombilical à la naissance - et avec le temps rien ne s'est arrangé. La religion a vainement - et très maladroitement tenté, peut-être, de recréer ce lien (le mot "religion" vient du latin religare et signifie "se relier") ; non seulement elle y a échoué, mais en plus elle a été utilisée à des fins en totale opposition à ce dessein. Car rien n'éloigne plus de la spiritualité que la religion. La science, qui est venue à la charnière du XVe et du XVIe siècle, remplacer et supplanter progressivement la religion dans l'esprit des hommes, est devenue petit-à-petit la source de réponses à toutes nos questions, à tous nos problèmes, mais elle n'a pourtant pas fait beaucoup mieux jusqu'ici. Alors certes, il est bien possible, en effet, que le système monétariste ait pervertit les bénéfices de la science (j'en suis intimement convaincu), mais le doute subsiste quant à la pertinence de cette orientation exclusive de la science et de la technologie comme direction du monde.

Matthieu Ricard, ancien biologiste qui signe une thèse en génétique cellulaire à l'Institut Pasteur, sous la direction du Pr. François Jacob (Prix Nobel de médecine), nous explique dans le livre entretien réalisé avec Trinh Xuan Thuan L'infini dans la paume de la main : "S'adonner pendant des siècles à l'étude et à la recherche ne nous fait pas progresser d'un pouce vers une meilleure qualité d'être, à moins que nous ne décidions de porter spécifiquement nos efforts en ce sens[4]. La spiritualité doit procéder avec la rigueur de la science, mais la science ne porte pas en elle les germes de la spiritualité. (...) La science n'engendre pas la sagesse. Elle a montré qu'elle pouvait agir sur le monde mais ne saurait le maitriser. (...) La science est fondamentalement limitée par le domaine qu'elle a elle-même définit. Et si la technologie a apporté d'immenses bienfaits, elle a engendré des ravages au moins aussi importants. De plus, la science n'a rien à dire sur la manière de conduire nos vies." Si la science n'a rien à nous dire sur la manière de conduire nos vies, comment peut-on envisager de placer des scientifiques, des techniciens et des machines à la direction de notre projet de civilisation ? N'est-ce pas la porte ouverte à une technocratie tout aussi dangereuse que l'est notre système actuel basé sur le monétarisme ? Le doute est permit. Il est même nécessaire, il me semble.

(fin de la deuxième partie)



[1] notamment Friedrich Hayek ainsi que l'Ecole de Chicago.

[2] dans le même sens, Anacharsis a écrit : "Les lois sont comme une toile d'araignée : les pauvres et les faibles s'y font prendre et meurent, mais les riches et les puissants la déchire et passent" ; "La loi - disait-il également - n'est que l'ombre de la Justice."

[3] on peut se demander si le choix du nom "Smith" dans Matrix est fortuit ou s'il fait référence à Adam Smith, alors assimilé au programme qui doit être la cause de la destruction de la Matrice (du système) ; le sophisme du personnage est pratiquement le même que celui de la théorie d'Adam Smith.

[4] c'est certes l'espoir du Projet Venus.

 

Bibliographie

Nouveau dictionnaire étymologique du français, par Jacqueline Picoche, éd. Hachette-Tchou (1971)

L'infini dans la paume de la main, par Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan, Nil Edition (2000)

Les dernières heures du Soleil ancestral, par Thom Hartman, éd. Ariane (1998-1999)

Essai d'exploration de l'inconscient, par C.G. Jung, éd. Robert Laffont (1964)

La clé, par Grace Gassette et Georges Barbarin, éd. Astra (1950)

Le chemin le moins fréquenté, par Scott Peck, éd. Robert Laffont (1987)

Libres enfants de Summerhill, par A.S. Neill, Librairie François Maspero (1970)

Le meilleur des mondes, de Aldous Huxley, éd. Plon (1977)

1984, de Georges Orwell, éd. Gallimard (1950)

La stratégie du choc, la montée du capitalisme du désastre, par Naomi Klein, éd. Acte Sud (2008)


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22 réactions à cet article    


  • logan 7 janvier 2011 12:34

    Il me semble qu’au contraire de ce qu’explique l’auteur de l’article, les changements peuvent très bien se produire en dehors des périodes de crise, et il me semble que justement l’idéologie néo-libérale en est l’exemple le plus flagrant, celle-ci s’étant développée et ayant été mise en oeuvre en pleine periode d’expansion sociale et économique que l’on appelle les 30 glorieuses en France.

    Ces changements ayants surtout été mis en place par une certaine oligarchie politique et économique, en fabriquant le consentement de la population plus par des mensonges que par une défense claire et transparente des réformes qu’ils engageaient. Il manque donc un élément dans cette réflexion, celui de la démocratie.

    Il me semble que vous présupposez dans vos explications une société où c’est le peuple qui décide, bref une démocratie. Hors ce n’est pas le cas, et cela n’a jamais été vraiment le cas jusqu’à présent.
    Vous partez donc d’hyppothèses erronées.


    • Morpheus Morpheus 7 janvier 2011 13:47

      L’idéologie et les « réformes » néo-libérale se sont développée après les trente glorieuses, justement au moment de la première crise pétrolière (1973-74). La période de crises à répétitions (une crise chasse l’autre) qui s’en est suivit a été le moteur de la montée de ce néo-libéralisme. L’outil des néo-libéraux pour imposer les « réformes structurelles » et les « mesures d’ajustement » a été toutes ces crises. Lisez La stratégie du choc de Naomi Klein.

      Les mesures sociales sont apparues pour une part, entre les deux guerres mondiales (années trente), mais surtout après la seconde guerre mondiale (une crise majeure !). Si, après la seconde guerre mondiale, l’économie a admit de nombreuses réformes sociales et l’imposition d’un modèle social important, c’est parce que les grandes entreprises étaient dans leurs petits souliers et voulaient se faire oublier, vu qu’elles avaient pour la plupart participé et collaboré avec l’Allemagne nazie. Après deux générations, la mémoire de ces coopérations étant bien moins vive, le retour de l’idéologie capitaliste s’est faite en force.

      Dès lors, c’est vous qui argumentez à partir d’une hypothèse erronée.


    • logan 8 janvier 2011 01:21

      Non les réformes néo libérales, les dérégulations et la construction européenne sur le modèle néo libéral ont commencé bien avant 1973/1974.

      Ici une vidéo de Pompidou qui vous explique son projet politique :
      http://www.dailymotion.com/video/xgaimz_souriez-la-racaille-politique-vous-rend-esclave-1_news#from=embed

      Je pense que vous avez une sérieuse remise en cause à faire sur vos théories ^^


    • Morpheus Morpheus 7 janvier 2011 14:07

      You loose.

      Try again !

      Insert a coin.

       smiley


    • Walid Haïdar 7 janvier 2011 14:45

      Bonjour Morpheus,


      encore un article fort intéressant, merci bien.

      J’en commente donc la question centrale.

      Vous, pointez plus particulièrement le doigt sur le rapport entre les « rythmes naturels » et la condition de l’humanité, en vous demandant quelle compatibilité existe ou n’existe pas, entre civilisation et harmonie avec la nature.

      C’est un problème fondamentalement équivoque, pour un raison simple : nous ne connaissons pas la nature de la Nature, et nous ne pouvons donc pas juger intellectuellement de l’Harmonie que nous entretenons avec elle. L’Harmonie avec la Nature est donc à mon avis une notion intellectuellement biaisée. Alors peut-on réduire le « champ harmonique » pour parler de l’Harmonie avec la Nature Vivante ? Ce serait déjà différent et il faut le noter, il s’agirait d’un choix arbitraire. Pourquoi l’homme se soucierait-il de son harmonie avec le vivant plutôt qu’avec le cosmos dans son entièreté ? Que sait-on du rythme imposé par le cosmos et toutes les particules, énergies vibrations de l’univers, sur nos petits corps et nos « grands » esprits ?

      Revenons à la Nature Vivante : il est clair que si on continue sur notre lancée consumériste, en léguant l’orientation de la civilisation à nos grands industriels et militaires, les êtres vivants vont en « souffrir » et on pourra le mesurer avec des données assez objectives, notamment par la réduction drastique de la biodiversité. Mais nous savons aujourd’hui qu’il y a 20 000 ans à peu près un cataclysme gigantesque a fait disparaître la quasi-totalité de l’humanité et bien des espèces. La biosphère a connu d’autres cataclysmes, à la suite desquels elle s’est lentement reconstituée, sous des formes nouvelles : les cataclysmes, les extinctions catastrophiques font donc partie du rythme « naturel » imposée à la biosphère par on ne sait trop quoi. L’homme n’étant pas grand chose d’autre qu’une composante de la nature, son comportement destructeur est-il si dysharmonique ?

      La réponse ne me paraît pas si évidente. En fait, pour être tout à fait honnête, la Grande Harmonie, me paraît être une notion assez bancale et dangereuse. Pour moi, l’harmonie que l’on doit rechercher en tant qu’être humain, est avant tout d’ordre pragmatique. Si nous voulons limiter nos souffrances, nous avons plusieurs voies, et la question alors, bien plus prosaïque, est de savoir quelle voie nous choisissons, dans quelle optique, et avec quelles compromissions pour l’avenir. C’est pourquoi je goûte très peu, mais alors très très peu de cette histoire du berger et du cultivateur. Vous ne devez pas être sans ignorer par ailleurs que l’élevage d’Abel (même extensif et bio) est bien plus néfaste que la culture bio de Caïn, car l’élevage consiste ni plus ni moins qu’en une pullulation de grands mammifères que la biosphère avait, avant l’homme, une toute autre façon de réguler : je vous retourne en effet la question : quelle est la capacité de l’homme de résister à la tentation de protéger son troupeau à l’excès, en le mettant à l’abri de la régulation « naturelle », en s’alliant avec les chiens créatures artificielles, ou en chassant les prédateurs potentiels ? Les bêtes dont se nourrissent les humains, vous le savez, consomment des ressources de la terre, plus que ne le font les ressources de la terre dont se nourrissent les humains sans bêtes, c’est simplement arithmétique...

      Il n’est pas évident non plus, que le nomadisme soit la meilleure façon de contraindre l’homme aux rythmes de la biosphère. Les Néandertaliens étaient peut-être de grands chasseurs qui suivaient les troupeaux et les mammouths, et ils ont peut-être été la cause de leur disparition (mutuelle). Mais plus certainement, pour se chauffer, le nomade va éternellement couper du bois, et rien ne garanti que le rythme de croissance de sa population soit compatible avec le maintien de la forêt, car nomade ou pas, l’homme croît et pullule en s’organisant pour améliorer sa survie à un rythme incomparablement plus élevé que les autres animaux, et c’est parce qu’il pullule qu’il se sédentarise dans un mouvement tout...naturel ! et alors la sédentarité lui permet de construire des abris avec une meilleure isolation, et des fours, qui lui permettent d’utiliser moins de bois de chauffe, et de construire des abris durables plutôt que d’en fabriquer d’éphémères continuellement. C’est dire la relativité de cette notion d’harmonie. Je pense qu’on peut pousser par ce genre de raisonnements à toutes les régressions, sans qu’on puisse choisir l’une plutôt que l’autre.

      Rentrons alors dans le vif du sujet, par votre comparaison entre l’informaticien et l’amérindien. On voit souvent les amérindiens comme des gens qui vivent d’une certaine façon, ont toujours vécu de cette façon, et souhaitent vivre ainsi éternellement. Peut-être est-ce les travaux de ce réactionnaire de Lévi-Strauss qui ont conditionné cette vision grotesque (ce ton péremptoire que je ne peux réprimer, je le dois à mon aversion profonde pour la pensée statique de Lévi-Strauss, comme celle d’à peu près tous ceux qui sont bien établis). Les amérindiens ont grosso-modo les mêmes aspirations que l’informaticien qu’on peut résumer par : le confort matériel et intellectuel, ainsi qu’une étrange chose qui se situe entre les deux : l’AMOUR.

      Et oui... C’est seulement la DÉCLINAISON de cette aspiration au confort et à l’amour qui change. Car la démarche pour y parvenir dépend alors d’un contexte socio-culturel (et technologique bien entendu). 

      Je laisserai grande ouverte la question de l’amour. Cette notion est pour moi un mystère que je ne voudrais pas épaissir en m’hasardant à l’analyser. Mon impression est que l’amour est plus qu’une sensation et plus qu’un état intellectuel. L’amour est peut-être la résonance de la vérité sur nos conscience, tandis que la vérité serait la résonance de l’amour sur la réalité. C’en est en tous cas ma conception actuelle, et d’après cette conception, l’amour nécessiterait alors de se mettre au parfum des contingences...

       Je veux en revanche m’attarder un peu sur la notion de confort, car elle est l’embranchement entre les solutions et les problèmes de l’humanité, la porte ouverte par nos instincts sur l’enfer matériel et l’empire de l’erreur.

      Notre besoin de confort matériel et intellectuel, de quoi s’agit-il donc ?

      Un grand sujet de fâcherie entre moi et un ami soufi, c’est qu’il ne voit pas la nature hautement terre à terre de la spiritualité. A quoi rime donc l’élévation de l’esprit si elle n’est pas impulsée par la fange d’ici bas ? Il est vrai que quand on pense qu’un quelconque bouquin sorti de la bouche même de l’ange Gabriel recèle toutes vérités fondamentales qu’il s’agit de méditer, on peut se permettre de penser ainsi au dessus des contingences, alors qu’à mon humble (je plaisante smiley ) avis ce bouquin n’avait à la base que la prétention de sortir la tête du guidon de quelques barbares incultes. Mais comme cette hauteur hautaine est autiste ! Et comme les religieux sont de la pensée des bouchers bouchés débauchés ! Le grand livre, le vrai, c’est plutôt la nature et ce que nous en percevons, c’est à dire les contingences mêmes !

      Le spirituel n’est que le parfum des contingences.

      C’est pourquoi le confort est bien à l’embranchement des problèmes et des solutions, l’accès et l’obstacle vers le spirituel (et l’« amour véritable » dont j’ai évoqué la conception ci-dessus). Car le confort matériel donne le temps du spirituel, mais détache des contingences et donc de leur parfum. A l’inverse, le confort intellectuel donne la sérénité pour résoudre les problèmes concrets conçus selon nos modèles, mais nous enferme dans des certitudes qui dénaturent notre perception des parfums.

      Nous avons donc besoin de confort, mais aussi d’une dynamique qui empêche le confort de prendre ses aises, et mieux : qui utilitarise le confort, en le replaçant non comme une fin (ainsi que notre instinct nous le fait rechercher), mais comme un outil délicat, un rouage coupant de notre marche vers l’avenir :

      Le confort a tout d’une « faux » : il n’est pas toujours vrai, il doit être entretenu pour ne pas s’émousser, on doit y faire attention et le ranger après usage, on ne doit pas le laisser entre les mains d’un autre qui pourrait l’utiliser à mauvais escient (y compris nous tuer avec).

      Ici donc, nous rejoignons le développement que j’ai fait dans mon commentaire de la partie précédente. Car la structure sociale littéralement duale de cette nécessité de prise de contrôle sur notre confort, EST la structure métacylique, qui sous-tend du mouvement, de la remise en question permanente, l’autonomie des organismes particuliers, l’empêchement des émergences de « trusts ».

      Je ne suis pas certain que les amérindiens soient si spirituels que cela. Je pense qu’ils sont engoncés dans un confort intellectuel qui n’est pas moins dramatique que le confort matériel de l’informaticien californien : ces deux conforts occultent avec la même intensité la détresse existentielle dont émerge la spiritualité véritable.

      La détresse existentielle n’est pas mauvaise ou bonne : elle est inhérente, à celui qui marche vers son propre chemin. Ceux qui s’arrêtent trop longtemps de marcher ne doivent pas se plaindre de leur disparition, car la réalité, elle, ne stoppera jamais son propre mouvement.

      Je pense donc, au contraire des fadaises de Lévi-Strauss (qui aurait du se contenter de décrire, ce qu’il a très bien fait), que l’humanité est faite pour communiquer dans un grand mouvement métacyclique. La menace qui pèse sur les cultures ne vient pas de l’échange et du changement, mais de la perte de mémoire qui résulte des tables rases, qui résultent d’une civilisation des ornières, de la ligne droite, du mur et de la refondation.

      Il nous faut une FONDATION permanente, ne jamais choisir de chemin, mais choisir de façonner des chemins incomplets qui forment le grand dessin de notre histoire, la grande fresque de notre existence, le grand tissu, NOTRE réalité, NOTRE barque à l’assaut et CONTRE les assauts de la réalité que nous proposent les contingences. Ceci est le seul gage de l’émergence de la spiritualité véritable. Tous ces chamans peuvent bien ergoter, ils ne sont que des ignorants, engoncés dans leurs habits de sages, et non pas connectés à la réalité, c’est à dire non pas aux 4 éléments bidons, aux plantes médicinales certes utiles, aux vieux dictons parfois vrais, mais au monde, à la nature, aux hommes, et au mouvement des choses et des cultures : il n’y a aucune réalité statique, et tout ce qui se stabilise est donc ontologiquement mort. A l’opposé, les scientifiques peuvent bien résoudre leurs équations, ils ne sont que des particules élémentaires qui ne font pas de sens. Les uns s’arrêtent pour chercher un sens fugitif et ne trouvent que des illusions, les autres avancent le long de leurs lignes théoriques et n’y trouvent aucun sens.

      C’est en formant un TOUT multiple et dynamique, un grand TOUT-MULTUEUX que l’humanité satisfait ses besoins fondamentaux de nourriture matérielle et spirituelle, et mène sa barque à travers le tumulte de l’univers. Selon les rapports qui seront mis en circulation (et non pas « qui seront établis » !) entre ses parties, ce TOUT-MULTUEUX sera ou ne sera pas, se désintégrera ou se développera.

      Seule la vie s’oppose à l’entropie et à la destruction par la ruse du change-forme.

      La question est alors : saura-ton faire de l’humanité un véritable organisme vivant, se développant tel un archipel chatoyant dans les steppes arides du cosmos, à l’avant-garde de ses frères et soeurs de la biospère ?

      • ddacoudre ddacoudre 7 janvier 2011 22:43

        bonjour walid

        j’ai été très intéressé par ton commentaire.
        « Un grand sujet de fâcherie entre moi et un ami soufi » y en a t’il encore qui connaissent la théosophie soufiste.
        j’ai écrit un article sur le sujet que tu abordes sous le titre « je suis contre la gouvernance mondiale »
        je pense qu’il t’intéressera. je n’utilise pas les même terme justement pour ne pas leur donner le poids et le sens culturel qui les recouvrent.ddacoudre.over-blog.com.

        cordialement.


      • Crazy Horse Crazy Horse 7 janvier 2011 15:22

        Je m’intéresse de près au projet Venus et tes critiques sont les bienvenues.

        Je voudrais réagir sur le passage où tu évoques la civilisation comme cause des déséquilibres et où tu cites Mr. Smith dans Matrix.

        Je ne partage pas cette vision du bon sauvage et de l’animal sage qui contribuent à l’équilibre de leur environnement, car mes lectures me poussent à avoir une autre vision de la nature - que je ne chéris pas moins pour autant.

        Le monde animal - et que dire du monde végétal - est un monde impitoyable gouverné par l’individualisme, l’égoïsme et l’ignorance. Les espèces sont en lutte permanente les unes contre les autres pour posséder les territoires et leurs ressources. Lorsqu’une espèce a un avantage majeur sur les autres, elle prend le dessus et cela peut aller jusqu’à l’élimination pure et simple des autres espèces. Croyez-vous, par exemple, qu’une lionne se contenterait d’un bébé buffle arraché au troupeau au prix d’efforts énormes si elle avait les moyens d’abattre tout le troupeau à coup de fusil et de stocker la viande dans un congélateur ?

        Concernant la démographie, on distingue deux stratégies : la première concerne les prédateurs et consiste en une régulation des naissances proportionnelle aux ressources - proies - disponibles. On pourrait voir une forme de sagesse dans une telle stratégie, puisqu’elle est basée sur une estimation des ressources disponibles. Mais la réalité, c’est que ce sont les conditions naturelles qui contraignent les prédateurs à adopter cette stratégie. D’ailleurs on observe un phénomène très intéressants chez les chats et dans certaines régions avec les loups : ces prédateurs, grâce à l’abondance qu’amènent les activités humaines, se mettent à se multiplier dans des proportions inédites. Pourquoi ? Simplement parce que tout à coup, il y a plein de bouffe facile à consommer, soit que les grands-mères gagas soient particulièrement généreuses, soit que les éleveurs aient oublier comment protéger leurs bêtes des animaux sauvages.

        Une autre stratégie de reproduction est celle qu’adoptent la plupart des herbivores. Elle consiste à faire le plus de petits possible quelle que soit l’état des ressources. Une façon pertinente de garantir la survie de son espèce lorsqu’on est tout en bas ou presque de la chaîne alimentaire. C’est cette stratégie reproductive naturelle qui permet la pullulation de certaines espèces lorsqu’un prédateur disparait, par exemple. L’expérience prouve que ça n’est pas parce que tout d’un coup la pression de l’environnement se fait moins forte que ces espèces ont la « sagesse » de ralentir leur croissance. Tout se passe comme si au contraire elles en profitaient pour « envahir » l’espace, et surexploiter les ressources, quitte à provoquer leur propre disparition.

        Je crois donc que l’accumulation, la propriété, le vol, le meurtre... découlent directement de la condition animale. On ne peut en vouloir aux animaux pour cela, et on peut continuer à s’émerveiller devant la nature sans remords. Les animaux ne se prennent pas la tête avec des considérations éthiques, avec des questions existentielles complexes, ni avec des calculs compliqués destinés à anticiper l’avenir. Leur intelligence est une intelligence pragmatique de situation, une vision à court terme. Ils n’ont pas les moyens de faire autrement, c’est la nature qui les a faits ainsi.

        J’ai fait ces petits détours qui demanderaient à être développés pour en venir à cette hypothèse : et si, loin d’être civilisé, l’homme moderne était au contraire toujours mu par son animalité ? Et si c’était justement cela qui en faisait une sorte de virus ? L’homme est au sommet de la chaîne alimentaire, il bénéficie d’avantages incommensurables sur toutes les autres espèces, grâce au langage et aux capacités d’abstraction qui en découlent et qui l’amènent à créer des outils toujours plus perfectionnés pour maîtriser son environnement, pour le dominer, et ce au prix de moins en moins d’efforts - grâce à la maîtrise de l’énergie.

        Je crois que le problème n’est pas la technologie « en soi », ni l’agriculture, ni la sédentarité et ses villes. Je crois que le problème c’est que l’Homme ne s’est toujours pas élevé « au-dessus » de sa condition animale, et qu’il se comporte comme le ferait n’importe quel autre animal à sa place.

        Ainsi je pense que c’est la civilisation - dans l’idéal - qui est censée permettre aux êtres-humains d’élever leur niveau de conscience au-delà des limitations de la chair - sans la négliger pour autant - afin de devenir véritablement « les gardiens de la Terre », ou quelque chose comme ça...


        • Morpheus Morpheus 7 janvier 2011 16:06

          Effectivement, nous ne partageons pas du tout la même vision du règne animal, ni du règne naturel.

          La lionne ne tue pas un troupeau entier de buffle, non parce qu’elle n’en a pas le moyen, mais tout simplement parce qu’elle n’en éprouve pas le besoin. La lionne, comme n’importe quel prédateur, se contente de prélever au sein de la nature ce qu’elle a besoin, en fonction de ses besoins. Elle vit dans l’abondance que lui offre la nature, tout simplement parce qu’elle n’a aucune notion de « rareté » : ce n’est pas inscrit dans ses gènes, ce n’est pas inscrit dans ses instincts. Elle ne tue pas par cruauté, ni par vengeance. Elle ne tue pas pour faire des réserves. Elle tue pour se nourrir, au jour le jour, et s’en satisfait pleinement.

          On peut aussi voir, lorsqu’on observe la biodiversité et ses interactions, un grand nombre d’exemple de collaboration entre espèces. Ces formes de collaboration ne sont pas dues à la morale ou à la bienveillance, mais uniquement à leur instinct. Il y a donc un instinct de collaboration inscrit dans les rythmes des principes naturels.

          Cette vision de la « nature impitoyable » est bien celle des civilisés, ces créatures misérables vivant dans la peur et l’ignorance, et se croyant intelligentes et sages. Allez demandez à des hommes vivant de façon dite « primitive », en Amazonie, en Afrique ou ailleurs (n’importe où), s’il considère que la nature est impitoyable : ils rirons doucement. Ils vivent, selon nos critères, dans le plus grand dénuement, et pourtant ils sont satisfait de leur vie et de leur condition, à une seule exception : lorsque la civilisation les rattrape et saccage leur environnement.

          Votre réaction est une réaction de projection : vous projeter sur le règne animal - que vous craignez parce que vous ne le connaissez pas et qu’on vous en dresse une image terrible - l’aspect impitoyable que l’humanité a envers le règne animal et naturel. Car c’est bien l’être humain - du moins l’Homme civilisé - qui est impitoyable. Il suffit de regarder Earthlings pour s’en convaincre (si toutefois vous avez le courage de le regarder jusqu’au bout).

          Non, Crazy Horse, le règne animal et la nature ne sont pas impitoyables : seul l’homme civilisé est impitoyable.


        • Crazy Horse Crazy Horse 7 janvier 2011 21:12

          Je pensais aussi que la nature était bienveillante avant de terminer mon cursus de gestion et protection de la nature. Ce qu’on m’a appris c’est que si la lionne ne tue pas tout le troupeau c’est parce que c’est déjà une sacré galère que d’attraper une seule bête.

          Mais peut-être que mes profs étaient tous des nazes incompétents...

          Je ne souhaitais pas donner l’impression que je soutiens la tendance historique à considérer la nature comme une menace. Je ne crois pas cependant qu’il faut l’idéaliser comme modèle de sagesse et de compassion. On a beaucoup à apprendre de la nature, certes, mais on doit surtout apprendre à occuper notre juste place en son sein.

          Et en ce qui concerne les indigènes, que j’ai étudié un peu quand je faisais de l’anthropologie, ils savent où sont les dangers dans la nature et ne s’y frottent pas. Ils ne considèrent pas la nature comme une menace parce qu’ils la connaissent mieux que personne et s’en sont fait une alliée. Mais leurs récits racontent qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Par exemple en Amérique du Nord, certaines tribus ont dû faire l’erreur consistant à tuer plus qu’ils ne pouvaient consommer - précipiter tout un troupeau du haut d’une falaise - et se retrouver sans gibier pour comprendre qu’il ne devaient prélever que ce dont ils avaient besoin.

          Bref, je crois simplement que l’on s’est mal compris.


        • ddacoudre ddacoudre 7 janvier 2011 21:28

          bonjour crasy horse

          « Non, Crazy Horse, le règne animal et la nature ne sont pas impitoyables : seul l’homme civilisé est impitoyable »

          j’aime bien l’optimisme de Morpheus, il est dans la voie qui conduit l’homme vers l’hominisation qui devrait le sortir de l’animalité. il y a bien long temps que Théodore Monod écrivait que l’homme avance vers l’hominisation avec une lenteur désespérante. votre échange l’illustre parfaitement.
          nos création ne sont que des paradigme de nos instincs animaliers corrigés ou modeléspar notre capacité culturelle.
          dans un article un peut long sur mon blog j’explique cela dans « je suis contre une gouvernance mondiale »ddacoudre.over-blog.com.
          mais tu tetrompe en pensant que nous sommes le sommet de la chaine alimentaire, il y a des organismes vivant qui nous consomment et entrainent notre mort, nous appelllons cela maladies pour ne pas reconaitre que ces minuscules organismes se nourrissent de nous, ou parce que nous sommes mégalomane à l’opposé d’un groupe d’indien d’asie qui évitent même de tuer des microbes dans le respect symbolique de la toutes vies y compris celles-ci.

          cordialement.


        • Abou Antoun Abou Antoun 7 janvier 2011 23:38

          @ Crazy Horse
          Vos interventions sont tout à fait convaincantes et parfaitement accessibles.


        • glaza 7 janvier 2011 15:50

          Votre exégèse sur le schisme sédentarité/nomadisme en vous appuyant sur le récit de Caïn et Abel est osé, mais reste séduisante. Vos observations sur quelques aspects négatifs du projet Venus dans la partie une, se sont transformées ici à une dénonciation des impasses « structurelles » de ce projet. « L’eau du bain » vous l’avez déjà vidée, que reste-il du bébé ?


          • Morpheus Morpheus 7 janvier 2011 16:16

            Il reste beaucoup : le principe de l’économie basée sur les ressources est valable, même sans recours unilatéral de la technologie. Dans de très nombreuses régions du globe, le recours à des structures technologiques dantesques (voyez les structures proposées dans le P.V.) ne sont pas utile à bon nombre de gens, qui n’en demande pas autant, mais seraient parfaitement satisfaits en ayant simplement la possibilité de subvenir par eux-mêmes à leurs besoins de base : un lopin de terre, une maison, même rustique, quelques poules et une ou deux vaches. Pourquoi imposer une dépendance à des structures technologique pour ces besoins ?

            La technologie peut néanmoins s’avérer un outil utile dans d’autres cas, par exemple dans des régions arides. Donc, je préconise des réponses et des solutions locales pour des questions et des problèmes locaux, tandis que j’évoque la crainte de voir imposer des solutions globales à des questions et problèmes globaux, parce que cela n’est pas à l’échelle humaine, et ce qui échappe à l’échelle humaine devient par nature, selon moi, inhumain.

            La critique du système actuel contenue dans le P.V. reste tout-à-fait pertinente. Le principe de répartition équitable des ressources et de l’accès à ces ressources reste tout-à-fait valable.

            Je ne pose des questions et soulève des réserves que vis-à-vis de l’aspect apparemment exclusivement technique, scientifique, voir scientiste du paradigme proposé par le P.V. Mais si des réponses convaincantes sont apportées à mes questions, et que des solutions rassurantes sont exposées devant mes réserves, alors je peux réviser mon analyse.

            C’est le but.


          • Walid Haïdar 7 janvier 2011 15:55

            J’aime beaucoup ce que vous avez dit Crazy Horse et vous invite à lire le commentaire qui précède le votre pour m’en dire votre avis.


            A la confluence de nos trois pensées, je dirais qu’il ne faut pas oublier, occulter nos origines, et l’histoire tourmentée ainsi que les black-out qui ont jalonnés notre passage de l’état de nature à la civilisation.

            Parfois, souvent, les chemins vers la civilisation nous ont été dictés par nos instincts, c’est pourquoi cette civilisation consiste pour une part en une transmutation de la sauvagerie, dont la nature nous échappe et que nous occultons trop souvent. Cette trans-sauvagerie est peut-être plus monstrueuse que la sauvagerie naturelle.

            D’autre part, la civilisation, la sagesse, et toutes les formes de maîtrise sont des mutilations plus ou moins douces de notre état précédent de nature. Ces mutilations sont sources de souffrances existentielles, mais ces souffrances sont apaisées lorsque nous nous tournons sans honte vers ce que nous avons été, sans le glorifier (ce qui stimule la souffrance du regret), et sans en avoir honte (ce qui témoignerait d’une coupure alors que nous avons besoin d’intégration, de construire notre civilisation en intégrant ce que nous avons été, et non en l’occultant).

            • ddacoudre ddacoudre 8 janvier 2011 10:22

              bonjour Walmid

              la sédentarisation nous a sorti de « l’animalerie » (qui n’est pas une image négative contrairement à ce que l’on en repend) pour nous faire entrée par la civilisation autour de l’apprentissage et des mythes castrateurs sources de névrose, dans la barbarie plus ou moins meurtrière en fonction des outils dont nous nous sommes dotés

              l’étude de Calhoum fait comprendre cela, je te mets le lien d’un article sur ce sujet, et elle est complète sur le net.http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=67081.

              cordialement.


            • ddacoudre ddacoudre 7 janvier 2011 22:45

              bonjour morpheus

              bon article qui permet des échanges de commentaires intéressants.
              ddacoudre.over-blog.com .
              cordialement.


              • ffi ffi 8 janvier 2011 00:16

                Ce projet vénus semble ignorer la question de Dieu.
                Vraiment ? Vénus n’est-il pas le symbole de Lucifer ?


                • Morpheus Morpheus 8 janvier 2011 02:29

                  Le Projet Venus s’appelle comme cela parce que son créateur, Jacque Fresco, habite à Venus, en Floride (USA) ...

                  Sinon, en effet, le Projet Venus n’a rien à faire de la question de Dieu. En tout cas, il exclu la religion, dénonçant avec assez bien de justesse qu’elle est parfaitement inapte à mener à construire un monde meilleur et plus juste et équitable, mais plutôt le contraire : guerre, racisme, dissensions, haine, dogmatisme, souffrances, ...


                • Walid Haïdar 8 janvier 2011 10:25

                  et surtout ORNIÈRES, le truc le plus pourri qu’on ait trouvé pour avancer dans la bonne direction : on s’en sert pour les chevaux...


                  Jésus prodiguais de la sagesse, on l’en remercie sincèrement, la bible établi une religion : très peu pour moi.

                  Enfin DIeu... quel mot fourre tout. Si votre Dieu est parfait, c’est que rien ne lui échappe, alors on a à peu près le même : moi je l’appelle Nature, ou Cosmos. Qu’on ne s’abrutisse pas à faire converger nos esprits et que chacun puisse faire tourner sa tête librement.

                  La spiritualité n’a pas besoin de religion, mais de paix et de liberté (choses qui ne s’accordent pas de façon évidente, et que les religieux pensent savoir marier avec leurs rites, leurs traditions, et leurs croyances, mais tout ceci n’est qu’illusion).

                  Ah oui, j’oubliais : l’amalgame Vénus-Lucifer... vous n’avez pas des arguments plutôt ? Si je vous suis, tout ce qui se réfère de près ou de loin à Vénus pourra être discrédité par cet amalgame ? ou alors c’est juste un truc qui reviens des tréfonds du moyen-âge, d’assimiler tous les athées à des lucifériens, des suppôts de Satan ? Merci pour nous. C’est vrai que décidément, c’est vachement tolérant la religion !

                • ddacoudre ddacoudre 8 janvier 2011 10:36

                  bonjour morpheus

                  j’ai visionné toutes les créations imaginatives de ville sur mer. toutes portent le symbole de leur échec une dimension qui n’est pas humaine et qui conviendra très bien aux humanoïdes que nous seront capables de construire à partir de2050.
                  pour comprendre cela, l’étude de Calhoum sur les rats en fait la démonstration. toutes concentrations sur des espace restreint (ce qui est le cas avec ce projet) distordent nos comportements instinctifs et engendrent une « policiarisation » accru, nous vivons déjà cela, et ce projet ne ferait que l’accroitre dans la recherche d’une solution qui n’existe pas, sauf à se redonner de l’espace, il en découlerait moins d’innovations, mais une plus grande sérénité. nous vivrions à un rythme plus lent, car beaucoup de nos problèmes viennent de la rapidité avec laquelle nous voulons vivre.

                  je te mets le lien de mon article si non tu l’as sur le net 
                  http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=67081.
                  cordialement.


                  • Morpheus Morpheus 8 janvier 2011 10:52

                    Intéressante, cette expérience sur les rats. On dirait une expérience sur les hommes dans une ville smiley


                  • firebird 28 juillet 2012 12:54

                    Je fais une petite intervention à propos du passage sur l’aversion. En prenant en effet l’ignorance comme point de départ, il s’en va alors que l’éducation et la sensibilisation peuvent être une solution. D’ailleurs c’est déjà comme ça que ça se passe aujourd’hui. Cette connaissance peut cependant passer par une grande connaissance de soi et un cheminement spirituel. Évidemment on se demande bien ce que deviendrait la bonne éducation en temps de crise ou plus exactement en temps de manque (relatif à le dépendance de chacun). En tout cas dans les médias on nous montre une décadence, mais en vérité peut-être que nous aurions encore le cœur à nous organiser pour au moins faire fonctionner le plus important. Serions-nous vraiment en proie à l’aversion ? Aussi n’y a t’il pas déjà beaucoup de gens n’ayant que peu de choses ? Le système du projet Venus aura au moins comme point fort (en théorie) de supprimer les inégalités matérielles que l’ont considère comme source de jalousie. Mais en effet il ne propose pas de solutions aux dépendances en soit, juste une abondance mieux répartie et plus écologique. Et en ayant l’abondance alimentaire et de confort on aura toute la paix de l’esprit pour s’adonner à plus de spiritualité et d’ouverture aux autres.

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