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Accueil du site > Actualités > Société > Le réchauffement climatique, entre écologistes et économistes

Le réchauffement climatique, entre écologistes et économistes

Le changement climatique est à l’honneur cet automne : il n’y a pas si longtemps encore domaine réservé des écologistes, il est aujourd’hui objet d’attention de la part des économistes. Economistes et politiques mettent particulièrement l’accent sur le coût financier du réchauffement planétaire dans les décennies à venir. Il en est ainsi de Nicholas Stern dans son rapport rendu au gouvernement britannique, ou du film Une vérité qui dérange (An Inconvenient Truth dans la version originale) où Al Gore joue son propre rôle et tente de faire prendre conscience à ses concitoyens des dangers qui les menacent.

Menaces en effet, sur les pays les plus pauvres déjà : les catastrophes naturelles que ne manquerait pas de provoquer un réchauffement généralisé des températures ne pourrait qu’affaiblir encore ces pays, en proie à des sécheresses, ou au contraire à des inondations terribles, ou encore à des épidémies endémiques.

Mais pour certains observateurs, délaisser trop rapidement les énergies fossiles, comme le pétrole ou le gaz, pour se tourner vers des énergies renouvelables conduirait tout aussi rapidement et immanquablement ces pays à leur propre perte, avec le risque d’un appauvrissement accru.

Des voix s’élèvent, certes minoritaires dans le champ médiatique, pour protester qu’un changement climatique n’aurait pas forcément que des conséquences négatives, et que l’on pourrait aussi en attendre quelques bénéfices, comme un allongement de la période favorable à la mise en culture des terres, une stimulation de la croissance des plantes, ou encore le fait de rendre à nouveau cultivables des zones aujourd’hui incultivables.

Pour ces analystes, il va de soi que renoncer au pétrole aurait un coût important, qui se répercuterait immanquablement dans la vie quotidienne : une augmentation du prix des transports aurait pour corollaire une augmentation du coût de production, et donc du prix final des produits proposés à la vente. De plus, il deviendrait plus difficile de satisfaire les besoins de première nécessité, en particulier pour les pays pauvres.

Pourtant, sur cette question dont les conséquences ne seront véritablement perceptibles que dans quelques décennies, plusieurs incertitudes demeurent  :

  • à combien de degrés peut-on estimer le réchauffement climatique ?

  • quels en seront les coûts, écologiques (de la disparition de certaines espèces, ou des catastrophes à venir ), et sociaux (coût des changements sociaux et de l’adaptation des ménages et des industriels) ?

  • impact des changements de comportements sur les coûts ?

Autrement dit, c’est à une double inconnue que nous sommes aujourd’hui confrontés, celle de l’évolution climatique proprement dite, et celle de son coût.

Beaucoup d’hypothèses donc, et l’on voit bien qu’en fonction du résultat des différentes combinaisons des questions laissées en suspens ci-dessus, il est difficile aujourd’hui de trancher pour savoir exactement ce qu’il faut faire, de quoi sera fait l’avenir, et à quel moment il est préférable de prendre des mesures, si mesures à prendre il y a.

Ainsi, dans son ouvrage qui avait suscité de nombreuses polémiques au moment de sa parution, The Skeptical Environmentalist, Bjorn Lomborg plaide pour que les pays riches aident directement et efficacement les pays pauvres, en luttant à leurs côtés par exemple contre la malaria ou le Sida, plutôt qu’en essayant de les convaincre de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Une telle position bien sûr sous-tend la non-ratification du protocole de Kyoto par les Etats-Unis.

En réalité, devant tant d’incertitudes, l’éthique se heurte à l’économique  : le souci de prendre en compte les générations futures se heurte aux arguments économiques de certains (et desquels se dissocie par exemple Nicholas Stern dans son rapport), qu’il est peut-être urgent de ne rien faire, ou de ne pas en faire trop : si les conséquences du réchauffement climatique se font sentir à long terme, il y a fort à parier qu’alors les gens seront plus riches qu’aujourd’hui, et que par conséquent leurs besoins fondamentaux seront mieux satisfaits. De ce fait, il peut être considéré comme normal qu’ils accordent plus de prix aux questions environnementales, et qu’ils soient prêts à payer davantage pour l’environnement ; de plus, il reviendrait sans doute moins cher de réparer les erreurs en matière d’environnement des hommes d’aujourd’hui, pour les générations futures, que pour nous de prévenir aujourd’hui les risques pour le futur.

Mais ce raisonnement économique ne repose que sur de l’incertain, et n’est en aucun cas fondé sur des données objectives du calcul économique.

De plus, rien ne nous dit que lorsque le changement climatique sera suffisamment avancé pour qu’on puisse le mesurer et le chiffrer, il ne soit pas trop avancé, et donc qu’il ne soit pas déjà trop tard pour que les hommes puissent prendre la moindre mesure efficace.

Seul le principe de précaution semble donc s’imposer aujourd’hui, en l’absence de données certaines : rien ne nous permet par exemple de penser qu’il n’y aura pas un phénomène de seuil dans le changement climatique à venir, au-delà duquel les dommages deviendront inévitables, et irréparables.

Si une politique de lutte efficace contre le changement climatique doit venir de tous les pays, et être menée de front par tous , si le pouvoir politique a donc un rôle évident à jouer, le secteur de la finance (qui devra faire face, financièrement, aux catastrophes naturelles) est de plus en plus conscient de l’enjeu que représente un changement de climat et impliqué dans la lutte, ce qui se manifeste dans la pression qu’exerce ce secteur, via ses actionnaires, sur les entreprises pour les inciter à des pratiques plus « écologiques ».

Même si la solution n’est sans doute pas entre les mains de ce seul secteur, c’est là, à n’en point douter, un allié sérieux, même s’il est inattendu, des écologistes dans leur lutte pour freiner les effets néfastes du changement climatique...


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9 réactions à cet article    


  • Jojo2 (---.---.158.64) 5 décembre 2006 13:21

    Suffit de regarder du coté des assurances.


    • (---.---.116.185) 5 décembre 2006 15:01

      Oui bof !!!! En résumé, cela s’appelle une Enarquerie ou comment faire de l’argent avec les problèmes de la vie (plus on en rajoute, plus cela rapporte...).

      On ne peut pas dire qu’au départ ce sont les écologistes qui... car ce sont toujours les scientifiques qui ont fait les mesures et réalisé les analyses... Certe, certains d’entre eux sont écologistes (pratique ce type de politique) mais pas tous...Par contre on peut dire que les premiers à avoir fait du commerce avec les resultats des scientifique sont, dans ce cas, le mouvement politique des écologistes.

      Avant tout, il serait souhaitable que les scientifiques se mettent d’accord... Certain sont persuadés que nous sommes franchement responsables de quelque chose qui va perdurer, d’autre font remarquer qu’un volcan qui rentre en éruption, dégage bien plus de substances qui modifient le climat, d’autres sont à la recherche de budgets et naviguent au gré des vents, d’autre encore sont à la recherche de notoriété et enfin certains scientifiques admettent que l’échelle de temps de nos données climatiques ne nous permet pas d’être aussi affirmatif...

      Quant au financiers, fidèles à eux même, ils sont à l’affut et vois là, une opportunité de s’en mettre plein les poches. Le pouvoir politique, lui, est comme d’habitude, incompétent et se rallie à quelques barons de la finance qui eux même n’écoutent que les scientifiques qui sont à la mode...

      On à déjà oublié l’hiver dernier et sa période de froid mais là aussi, c’est probablement à cause du réchauffement de la planète nous dirons certains... Toute la problématique consiste à savoir si ce réchauffement est naturel ou pas et s’il ne l’est pas, doit-on jouer les apprentis sorciers style : j’envoie un filtre dans l’espace pour occulter le rayonnement solaire (ce n’est pas dans Spirou mais dans Science et vie de ce mois). Si on n’est pas responsable, et que l’on se trouve dans un cycle normal de l’évolution de la terre, doit on intervenir ??? Quelles nouvelles conséquences cela engendreraient ???

      Je pense vraiment que les politiques comme les financiers, devraient unir leurs efforts pour qu’une étude internationale soit menée sur ce sujet et qu’enfin il en ressorte une certitude.

      C’est bientôt noël n’est-ce pas !!!


      • mauvaisens (---.---.243.251) 5 décembre 2006 15:08

        Bonjour,

        De l’art de profiter.

        Le lycée de ma fille à organisé le visionage gratuit dans un cinéma de ma ville du film d’Al Gore. Ma fille étant en seconde, et le film passant en dehors de l’enceinte du lycée, il lui fallait une autorisation parentale. N’ayant moi-même pas vu le film, j’étais gênée,mon autorisation suppose mes compérences.Comme toute ado elle voulait aller avec ses copines,alors me voilà partie dans des explications : influence des médias, rôle de l’argent public de faire ces opérations de communications.Bref essayer de l’en dissuader où du moins de ne pas prendre ce film au pied de la lettre et que son esprit reste critique.

        Conclusion

        Après visionnage, elle n’est pas traumatisé (ouf de soulagement de la mère) et de toutes les façons c’était en anglais donc soutitré( elle est germanophone)et pas facile de lire et de voir.

        Voilà tout l’art de Mr Al Gore, faire de l’argent sur le dos les lycéens français, avec la contribution généreuse des contribuables français pour sa future campagne présidentielle.


        • h (---.---.197.170) 5 décembre 2006 16:26

          oui, madame la grande malade. La planete va prendre votre fric, alors surtout, il faut avoir peur comme en 2002. Vous seriez pas de droite pas hasard ? Si vous n’ètes pas généreuse dites le et cessez de chercher des excuses...


          • jmcognet (---.---.20.126) 5 décembre 2006 16:56

            je suis bien d’accord... Le problème est que les banques ne font pas toujours aussi attention que ca aux actions des entreprises, ni des projets qu’elles financent (cf ABN AMRO décriée par Greenpeace tout récemment)

            Pour ce qui est du film d’Al Gore et du rapport Stern, il faut recadrer en rappelant que les anglo saxons ne réagissent pas à la même logique que nous et sont beaucoup plus sensibles à ce type d’exercice : un exposé de « facts and figures » qui les confronte à leurs choix quotidiens... Preuve en est la rupture de stock de Toyota aux US pour sa Prius suite au succès du film « An inconvenient truth »... on est pas sortis de l’auberge....


            • jcm (---.---.169.14) 5 décembre 2006 18:32

              Désolé, le problème me semble très mal posé !

              La question principale porte sur notre type de société, qui produit une grande abondance pour certains, qui produit une grande pauvreté pour d’autre (car certains de nos comportements appauvrissent des fractions de la population en France et ailleurs) et laisse à l’écart du « progrès » environ la moitié de l’humanité.

              Le réchauffement climatique n’est qu’un aspect de ce problème de société, problème qui nous concerne tous et ne doit pas être laissé à la seule décision des experts (économistes et écologistes).

              Il faut donc prendre en compte l’épuisement de certaines ressources (il nous resterait une soixantaine d’années de platine au rythme de l’utilisation actuelle, qui est croissante) tout autant que la pollution galopante que l’on constate partout.

              Qu’il s’agisse de l’utilisation du bromure de méthyle très néfaste à l’ozone atmosphérique à la présence de plus en plus de molécules médicamenteuses dans les eaux de surface ou souterraines que l’on sait fort polluées en France, de mercure, zinc et plomb dans de nombreuses régions US à des taux inquiétants, de produits phytosanitaires qui se retrouvent partout, véhiculés par les eaux et les vents et se concentrent jusque dans la graisse des ours polaires dont on se demande bien comment ils survivront au réchauffement actuel...

              La pollution serait à l’origine de l’apparition de plus de 100 000 nouveaux cancers par an en France, et ce n’est pas un plan anti-cancer uniquement focalisé sur le tabac qui nous évitera les maladies causées par ces pollutions.

              Depuis quelques années le taux d’extinction d’espèces a été multiplié par un facteur supérieur à 100 et certains avancent que 1/4 des espèces de mammifères pourraient disparaître au cours de ce siècle, ne parlons pas des poissons menacés par la surpêche mais aussi par une acidification des eaux océaniques déjà bien mise en évidence (captation du CO2) et qui pourrait devenir catastrophique pour le plancton, donc pour toute la chaîne alimentaire.

              Tous ces problèmes et bien d’autres sont indissociables, autant que le réchauffement du climat, de notre « modèle de société ».

              C’est probablement ce modèle qu’il nous faut remettre en cause, la question du climat fera partie de cet ensemble, et c’est une question qui doit se régler dans le cadre de la démocratie : elle nous concerne tous de près et les experts ne doivent être rien de plus que nos éclaireurs.

              A nous de choisir la couleur de la lumière !


              • (---.---.120.80) 6 décembre 2006 08:54

                Article interessant à mon avis. Sur le traitement du réchauffement climatique dans nos medias, je voudrais m’insurger contre un fait : certes depuis quelques mois, le sujet est abordé dans quasiment chaque journal / émission. Mais c’est trés souvent pour ne faire ressortir que des aspects anecdotiques, supposés positifs : on va pouvoir faire pousser de la vigne et des oliviers en Angleterre, on peut se baigner à la Toussaint,les plagistes sont contents, on va faire des économies de chauffage, etc... Les sujets autrement plus importants (refugiés climatiques, impact sur le biodiversité, nécessité d’un modèle de société alternatif, ...) ne sont que rarement abordés, en passant... (pour ne pas effrayer le téléspectateur ?)

                Un autre point est à mon avis l’importance capitale du rapport Stern. J’ai la faiblesse de croire que ce rapport va marquer le début d’un réel changement, car il parle un lauguage (celui du profit...) qui est le seul que les multinationales et les gouvernements (occidentaux du moins...) comprennent. Loin de sous estimer l’impact et l’utilité des actions individuelles au niveau local, je pense cependant qu’un changement radical dans l’évolution actuelle ne pourra venir que des gouvernements / multinationales, et si ils commencent à réaliser que leurs profits sont mis en péril à cause du changement climatique et qu’il y a de l’argent à se faire en luttant contre, ils ne vont pas tarder à réagir.


                • Tom Tom (---.---.253.163) 6 décembre 2006 11:52

                  Encore un article (monde) pour tous les pseudos ecologistes omnivore.

                  http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3228,36-841603,0.html

                  et il est plutot cool.

                  bonne journée


                  • charlie (---.---.48.89) 7 décembre 2006 13:21

                    @ l’auteur : vous parlez d’un phénomène de « seuil » au-delà duquel « les dommages deviendront inévitables, et irréparables ». C’est sûr : le rythme de disparition des espèces s’accroit, et ça, c’est irréversible... « Ainsi, les espèces disparaissent à un rythme mille fois supérieur au taux d’extinction naturel et cette crise d’extinction sans précédent est due à l’activité directe ou indirecte des hommes. L’indice planète vivante qui estime les effectifs de certaines populations d’animaux dans les forêts, dans les océans et côtes, et dans les eaux douces, s’est réduit de 30% depuis les années 1970 . » [http://www.wwf.fr/s_informer/nos_missions/especes_menacees] Ce n’est qu’un exemple...

                    @ au deuxième commentateur inconnu : « il serait souhaitable que les scientifiques se mettent d’accord... » Ben, ils le sont, il faudrait arrêter de raconter ou de croire le contraire. Le GIEC, c’est justement ça : les scientifiques qui bossent sur le climat et qui se mettent d’accord. Ce n’est pas nouveau, il faut seulement dépasser la désinformation. Le film d’Al Gore n’est pas un film de « scientifique », mais il présente, à l’américaine, le constat que font les climatologues. Allez chez Jancovici : http://www.manicore.com/ vous y trouverez toutes les explications nécessaires sur le GIEC.

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