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Le regard des autres

Bertrand Dicale est journaliste spécialisé dans les musiques populaires à France Info. Métis, il est l’auteur de La chanson française pour les nul et du récent essai Maudit métis. Rencontre avec cet homme multiple. 

Cette phrase de Bertrand Dicale est paradoxale.

 « Ce qui me surprenait le plus c’était qu’on ai besoin d’un noir tel que moi pour ne pas avoir ce compte à zéro » Dans Maudit métisse son dernier ouvrage, il évoque les résultats de l’enquête paru en 2006 dans le livre Noir et français. Ce décompte du nombre de journalistes noirs dans les rédactions des quotidiens nationaux est explicite. Bertrand Dicale, alors au Figaro, est le seul à entrer dans la catégorie « journaliste noir ».

Le seul ! Il est pourtant métis. D’un père noir et d’une mère blanche. En été les parisiens qui bronzent sur les plages de Saint-Raphaëlle sont plus foncé que lui. Pourtant ce jour là, deux confrères écrivains l’ont volontairement classé dans la catégorie noire. « Métis née à Paris » aurait été adéquat mais il était noir. Un, c’était mieux qu’aucun.

Heureux qu’une étude prouve ce qu’il savait déjà, il était partagé entre la honte d’appartenir à une presse qui n’intègre pas et la fierté personnelle d’avoir réussi « malgré le plafond de verre ».

Ce jour la il était donc devenu « noir ». De toute façon selon le sujet sur la table il a toujours été plus ou moins foncé selon les commodités de la conversation. S’il devait évoquer les subtilités de la chanson française de l’entre deux guerres, il devenait naturellement plus blanc. Un ancien amour lui a dit un jour « on ne t’imagine pas noir ». Compliment ou critique ?

 Lorsqu’un noir comme Anelka, injurie Domenech, il est fortement invité à livrer le mauvais bougre aux chiens en tant que noir et « servir de passeport à une opinion » afin qu’elle s’exprime librement sans être taxé de racisme.  « Je suis en général, le moins blanc des équipes, des assemblées ou des entreprises dans lesquels je travaille ». Il en devient donc un peu plus noir.

Complexe d’être, selon l’environnement ou le besoin, plus blanc qu’on ne l’est ou assez noir pour être institué en porte parole d’une couleur de peau. Une situation que n’ont connu ni sa mère auvergnate ni son père guadeloupéen. Ils ont par contre eu le courage d’affronter les regards de la société française des années 60 ou il arrivait que des arabes "tombent" dans la Seine lorsque les manifestations dégénéraient.  

Il évoque surtout son père partit de rien devenu ingénieur qui lui dit un jour « Si tu veux être clochard, sois clochard-chef ». Cet homme d’une détermination sans faille est arrivé à Paris où il vivait de petits boulots tout en passant les concours Math Sup, Math Spé en révisant le soir après le travail. Un beau jour il l’emmena avec toute la famille pour vivre en Guadeloupe de l’âge du primaire jusqu’à l’adolescence. Il y découvrira la culture créole et y apprendra la langue.

Là-bas, il était devenu un « ti-blanc », non pas seulement parce qu’il était le plus clair de sa classe mais aussi parce qu’il était toujours le premier. 

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