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Accueil du site > Actualités > Société > Le sens de l’existence dans l’Occident technicien (...)

Le sens de l’existence dans l’Occident technicien (I)

Quel sens trouve-t-on à l’existence ? Quel sens les uns tentent-ils d’imposer ou de proposer aux autres ? Il fut un temps, la religion fournissait une part essentielle de sens aux membres des sociétés et empires. L’adhésion au religieux impose des contraintes. Une transaction morale permet d’obtenir le salut dans l’éternel moyennant l’observance de règles de vie dans le temporel. Quand la religion s’est estompée au XVIIIe siècle, les idéologies, porteuses d’espérance, se sont emparées des consciences. Le progrès fut une religion sécularisée, avec l’homme au service de fins humaines réalisées et soldées dans le temporel (des Lumières jusqu’à l’européisme).

Le sens de l’existence est un jeu entre le temporel et le spirituel (attention, le spirituel n’est pas l’éternel). Un jeu qui, désigné comme dialectique par un Habermas interprétant Hegel, se révèlerait en réalité comme supra-dialectique. Cette question est entrelacée dans celle de l’Occident. Après deux articles consacrés à l’évolution récente du sens (II) et (III) voici le premier volet de cette série.

Parmi les textes importants d’Habermas, en voici un méritant une attention toute particulière. En 1967, au cœur des bouleversements sociaux liés aux médias et à la contestation de la jeunesse, Habermas publie un article intitulé Travail et interaction, avec comme sous-titre, remarques sur la philosophie de l’Esprit de Hegel à Iéna. Allusion aux cours professés par le jeune Hegel en 1804-1806 alors que l’Occident était également en phase critique, sous l’emprise de trois révolutions, celle du pragmatisme et de l’économie en Angleterre, celle du rationalisme et de la liberté en France, celle de l’esprit et du sujet en Allemagne. Ajoutons à ce tableau la rupture épistémologique de 1750-1820 mise en évidence par Foucault (Pouvoir et savoir, in Dits et écrits, II, Quarto, p. 409), étudiant les traités de médecine, on s’aperçoit d’une révolution dans le compte rendu des symptômes, au point qu’un manuel de 1830 est intelligible pour les praticiens contemporains, ce qui n’est pas le cas des traités publiés avant 1750. Du langage et de son pouvoir de dire, justement, il est question dans le texte d’Habermas. Pouvoir de dire les choses (Foucault) mais aussi la société, les hommes et le sens.

« Les catégories du langage, de l’outil, et de la famille désignent trois modèles de relations dialectiques ayant une valeur comparable : la représentation symbolique, le processus du travail et l’interaction sur la base de la réciprocité médiatisent respectivement le sujet et l’objet, chacun selon sa manière propre. La dialectique du langage, celle du travail et celle de la relation morale sont chaque fois développées comme figures spécifiques de la médiation [...] ce n’est pas l’esprit dans son mouvement absolu de réflexion sur lui-même qui, entre autres, se manifeste dans le langage, le travail et la relation morale ; au contraire, ce n’est que par le lien dialectique entre la symbolisation du langage, le travail et l’interaction (ici Habermas désigne l’intersubjectivité médiatisée) qu’est déterminé le concept de l’esprit » (Travail et interaction, in La technique et la science comme idéologie, Tel Gallimard, p. 164).

Il y a deux choses importantes dans ces lignes écrites par Habermas. En premier lieu, la conception de l’esprit qui n’advient que comme résultat d’un procès existentiel mettant en relation dialectique le sujet et diverses expériences du monde. Autrement dit, si l’existence précède l’essence, elle précède l’esprit. Voilà ce que défend Habermas. Mais le plus important, c’est ce triplet de médiations constituantes du sujet spirituel. Le travail, le langage, la relation morale. Ce dispositif renvoie à la triple essence de l’homme qui par ailleurs le différencie radicalement de l’animal. L’homme est un animal qui travaille, un animal politique, un animal moral (et religieux). Le développement des techniques, des Etats, des œuvres et « pratiques transcendentales » (éthiques, philosophiques, esthétiques) ont façonné l’homme occidental, autant que l’homme oriental (mais ce qui semble caractériser la modernité occidentale, c’est en quelque sorte un refus du monde présent et, donc, un désir d’avenir. Bref, le négatif hégélien ainsi que nietzschéen).

Les questions de langage sont fondamentales. Ce langage qui, à l’image du joug en bois liant les bêtes de somme, permet de relier les hommes. Mais d’autres usages du langage sont envisageables. Au XIVe siècle, Pétrarque et ses condisciples européens ont rêvé une utopie humaniste avec le langage comme élément central. Le langage est porteur de multiples fonctions, notamment une fonction philosophique (lien avec la vérité), esthétique (représentation des vécus, littérature), éthique (morale et religion). A l’ère de la technique, Habermas a élucidé un double usage de la communication, l’un lié aux fins rationnelles poursuivies dans l’œuvre technique, et l’autre de nature sociale et politique, lié à la discussion démocratique et l’intersubjectivité. C’est ce second usage qui ouvre le champ des médiations symboliques. En d’autres termes, il y a les discussions autour de la maîtrise d’œuvre et de la maîtrise d’ouvrage. Le comment et le pourquoi. Une dialectique s’opère entre des décisions nécessitant d’usage des techniques, et des développements techniques imposant des décisions politiques. Mais actuellement, le champ technique tend à dominer le champ des médiations symboliques. Et l’idéologie s’est fondue dans la propagande (voir un prochain billet)

A chaque civilisation, à chaque époque, correspond une place du langage, avec ses formes et contenus, son positionnement dans les différents dispositifs, techniques, politiques et religieux. Manière de parler, de dire, de transmettre. Champ des savoirs et des savoir-faire. Dialectique des autorités répressives ou libératrices.

Mai 68 a voulu libérer les corps et les paroles, liquidant les anciennes autorités, traditions, valeurs, moralités. Un sens nouveau est apparu en Occident. Idéaux de justice, de liberté, d’émancipation. On aurait pu croire à de nouvelles Lumières. Le new age a promu de nouvelles spiritualités, non sans que les sectes ne dévoient le mouvement. Et à terme, le résultat fut que l’individu s’est retrouvé désarmé, voué à la dictature des marchandises, des technologies, soumis à la loi de l’argent et sous l’emprise des plaisirs et désirs artificiels implantés dans les esprits par les prédateurs du cerveau. Le langage s’est appauvri. La richesse des opérateurs de communication est proportionnelle à la pauvreté des SMS. Le message se fond avec le médium et le langage avec la technique (propagande)

Ce trait a bel et bien été analysé par Habermas qui, avec Marcuse, dénonçait l’emprise de la technique sur les hommes. Et l’avènement d’une société technocratique du « contrôle technique » de l’humain. Habermas en met en avant un trait majeur, celui d’un effacement progressif du dualisme entre travail et interaction ; ce qui, dans la signification de l’auteur, désigne une emprise progressive de la technique sur un ordre de médiation hétérogène, celui de l’intersubjectivité et j’ajoute, une double médiation, relevant de la morale, des émotions, de la vie affective mais aussi de la vie politique et raisonnée, par l’usage de la parole, du discours, de l’écrit. De cette conjoncture découle une alternative si on veut que les sociétés « restent humaines ». Ou bien comme Marcuse on envisage de nouvelles sciences, une technique, de telle manière que l’homme reste maître de son aptitude émancipatrice et soit affranchi de son instrumentalisation, ou bien on renforce, comme le souhaite Habermas, le champ des médiations intersubjectives. On voit bien la différence, d’un côté on diminue la puissance des pouvoirs technocratiques, de l’autre on renforce les capacités politiques et démocratiques de l’individu qui, de ce fait, affronte une technique, lui fait face, la dompte au service de fins qui ne sont pas uniquement l’accroissement de la puissance, la performance, la croissance économique.

Quarante ans ont passé, et force est de constater que la technique, par on se sait quelle ruse, s’est imposée comme moyen érigé en fin au service des puissances, et que les « vœux démocratiques » d’Habermas n’ont pas été exaucés. C’est même le contraire, la démocratie est en crise. Où sont passées les médiations symboliques ? Quel est le rôle joué par les images, les divertissements, les propagandes ? Quels sens nouveaux attribuer à l’existence ? Et quels faits et tendances se révèlent comme insensés ? Comment les médiations symboliques s’exercent-elles avec les interférences des images et le délitement de la langue ?

En conclusion, quelques textes majeurs parus entre 1950 et 1970 s’avèrent cruciaux pour bien comprendre ce qui se passe actuellement. Ce billet critique est écrit comme un texte ouvert, il évoque sans imposer de réponse. Chacun y ajoutera ses propres résonances. Mais plus fulgurants sont les textes d’Ellul parus à cette époque. Un éclairage sur la technique et la propagande actuelle (billet à venir).


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36 réactions à cet article    


  • Marsupilami Marsupilami 5 décembre 2006 11:41

    Excellent article, comme d’habitude. O rouages, O désespoir, O transcendances enfuies !


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 12:25

      Avé Marsu,

      ai-je rêvé ou bien viens-tu d’endosser la toge grise du rédacteur qui n’a pas encore publié,

      à quand la toge bleue ?


    • Marsupilami Marsupilami 5 décembre 2006 12:36

      @ Bernard

      Je reste humblement en toge grise. Vu qu’une grosse partie de mes activités est consacrée à l’écriture, je porte la toge bleue ailleurs que sur Agoravox. Ça changera probablement un jour.

      Peut-être un article sur l’ombre portée des Lumières techniciennes et rationalistes, ombre si obscure qu’elle masque les transcendances en faisant ainsi croire qu’elles ont disparu ? Qui sait ?


    • DEALBATA (---.---.166.140) 5 décembre 2006 16:32

      @Marsu

      J’ai du mal à te suivre, tu fais une critique des rationalistes et des lumières mais d’autres parts, tu me dis ne pas faire une approche spiritualiste, entre 2 chaises, cela ne doit pas être très agréable non ?


    • Marsupilami Marsupilami 5 décembre 2006 16:43

      @ Dealbata

      Je ne suis ni matérialiste ni spiritualiste, ni rationaliste ni irrationaliste. J’essaie d’avancer sur la ligne de crête qui sépare et réunit ces vrais-faux antagonismes. C’est pas toujours confortable mais on voit les oppositions classiques sous un autre angle, celle de leur unité possible ou relative, ce qui est très jouissif. Ça n’a rien à voir avec avoir le cul entre deux chaises. Je n’ai pas une mentalité d’assis.


    • DEALBATA (---.---.166.140) 6 décembre 2006 10:54

      @Marsu

      Je suis d’accord avec toi et je vois que tu prends peut-être sans t’en rendre compte le chemin de la non-dualité qui est le propre de la réalité supérieure (l’infini ou Dieu au choix comme tu veux !) Voir l’unité en toutes choses au-delà des apparences est, à proprement parlé, réservé à certains initiés dont le parcours les a qualifiés pour l’Unique. Mais s’il ne reste qu’à l’état mental, le chemin peut-être encore long ... « Cherches et tu trouveras »


    • BB (---.---.134.117) 5 décembre 2006 12:05

      voila un article à faire questionner son entendement. Chose difficile s’il en est en ces temps brumeux. La question à se poser ; mais dans quoi et encore quel piège allons nous tomber dans un proche avenir ???. BB de bordeaux aussi http://inventionconception.free.fr


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 12:36

        Cher voisin, à nous de déjouer les pièges de la propagande,

        Vous devez être un « compagnon du Prioré » j’imagine ?


      • BB (---.---.134.117) 5 décembre 2006 13:16

        Ce sera un plaisir d’en discuter autour d’un café . Dejouer la propagande est un dur metier qui ne peut s’apprendre qu’en étant en amont des pensées de gens payés pour nous noyer..... A part cela pas mal d’autre méthodes sont possibles. moqueries,provocation... le choix est grand ,mais quel est le meilleur ????. En fait je ne fais que reprocher à l’individu de manquer de personnalité et non pas d’individualisme, j’aime ne pas être aimé dans ce que j’écris car j’ai le sentiment de déranger. QUOI DE MIEUX QUE LE POIL A GRATTER !!!!! bb


        • Tristan Valmour 5 décembre 2006 15:58

          Encore un excellent article, comme d’habitude, monsieur Dugué. De toutes les façons je suis un inconditionnel !!!

          Connaissez-vous l’encyclopédie de l’Agora, fondée par le professeur Dufresne ? Peut-être pourriez-vous leur envoyer vos textes ! L’adresse : www.agora.qc.ca


          • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 16:55

            Je connais ce site, on y trouve des articles fort instructifs, par exemple sur Mumford. Pour l’instant, je préfère me cantonner à Avox pour mes articles mais c’est une suggestion intéressante, merci


          • Gelone 5 décembre 2006 16:34

            Quels sens nouveaux attribuer à l’existence ?

            Il faut être de gauche pour croire qu’on peut décréter un sens à l’existence, ou plusieurs. Hors des sens unanimement partagés, il n’en existe aucun de viable.

            Pour l’immense majorité des gens - tous ceux qui sont épargnés par l’onanisme cérébral -, le seul sens désormais de jouir le plus possible et tout de suite.

            En fait, cette perte de sens - prévisible - lié au discrédit du sacré, signifie la fin d’une civilisation, la nôtre. Ce sera, in fine, l’ultime victime des aberrantes Lumières !


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 16:57

              «  »« n fait, cette perte de sens - prévisible - lié au discrédit du sacré, signifie la fin d’une civilisation, la nôtre. Ce sera, in fine, l’ultime victime des aberrantes Lumières ! »«  »

              C’est une lecture possible de l’article. Je vous confie que le premier titre était, « le sens de l’existence et l’avenir de l’Occident technicien ». J’ai opté pour un intitulé plus neutre, pour ne pas (dé)orienter le lecteur


            • fouadraiden fouadraiden 5 décembre 2006 17:16

              salut,

              j’ai juste vu la mention faite à foucault.il m’interesse.

              vous dites qu’il aurait mis en évidence la(une ou deux ou trois) rupture épistémologique ? d’où tenez vous cette information ?

              vous dites qu’il a lu des traités de médecine(clinique ??) ? d’où tenez vous cela ? vous dites qu’un medecin actuel ne pourrait pas lire un medecin passé. d’où tenez vous cela ?


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 17:32

              @ Fouad, sur la rupture de 1800, c’est indiqué dans l’article

              «  »« Ajoutons à ce tableau la rupture épistémologique de 1750-1820 mise en évidence par Foucault (Pouvoir et savoir, in Dits et écrits, II, Quarto, p. 409), »«  »

              Pour plus de détails, lire les Mots et les choses. D’autres ruptures sont décrites


            • fouadraiden fouadraiden 5 décembre 2006 17:58

              à bernard,

              les problèmes que vous soulevez sont tres remarquables ,permettez moi de ne m’en tenir qu’à celui de la rupture. ce n’est pas tres grave, mais j’ai vu votre référence dans votre article. et j’ai le plus grand doute sur l’idée d’une mise en « evidence » des ruptures de la part de foucault.le mot évidence est ce lui ou vous qui l’employez ?

              sinon sur la medecine.je ne comprends pas ce que vous voulez dire.

              qu’entendez vous par traité de medecine ? cette inintelligibilité serait elle singulière à l’époque classique occidentale ou est elle propre à toutes les cultures ? mais alors comment on fait les occidentaux du moyen age pour lire les « medecins grecs » par exemple.

              cette idée d’incompatibilité entre deux medecins d’époque differentes, est ce foucault qui la suggère ou vous ?


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 18:08

              Lisez le texte et vous aurez la réponse

              Foucault parle explicitement de rupture, et l’assume

              Son analyse repose sur l’étude des textes. Il dit que dans un traité de médecine d’avant 1750, une fois sur deux, on ne peut être certain de la pathologie désignée, ce qui n’est pas le cas pour un traité de 1830


            • fouadraiden fouadraiden 5 décembre 2006 18:46

              oui,je pense qu’il l’assume à titre d’hypothèse.mais je ne pense pas qu’il parle d’évidence,car ce mot a un sens précis dans la bouche d’un « épistémologue »,meme français. bien quil ait inventé un mot pour illustrer cette idée :l’episteme d’une époque dans les mts et les choses où jamais le mont evidence est employé.

              je ne me souviens pas du texte que vous indiquiez à titre de reference,mais c’est possible.

              le probleme de la medecine(aspect clinique) est un probleme tres difficle.foucault n’a pas apporté de solutions valables.


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 19:03

              Non et je vous renvoie au texte, ce n’est pas une hypothèse mais un constat de Foucault, qui constate des changements brusques, qu’il appelle rupture, et qu’il ne constate pas dans d’autres champs.


            • Antoine Diederick (---.---.174.47) 5 décembre 2006 20:57

              @fouadraiden (IP:xxx.x90.196.70) le 5 décembre 2006 à 18H46

              faudrait d’abord lire Foucault pour les paradigmes pas pour une éventuelle histoire de la médecine...hein...après vous réfléchissez un peu puis vous respirez un bon coup, cela ira mieux après .... smiley


            • fouadraiden fouadraiden 6 décembre 2006 18:38

              salut cher compatriote antoine,

              qui a parlé de paradigme ?

              sans doute vos mauvaises habitudes aupres de l’italien

              vous, vous devriez apprendre à distinguer les auteurs.mais je doute que cela vous(ou nous) soit utile


            • (---.---.142.20) 5 décembre 2006 17:09

              Enfin, monsieur Dugué, mais que de détours !

              Je n’apprécie guère vos points de vu politiques, la longueur de vos sujets, mais j’apprécie grandement votre approche philosophique. Comme quoi !

              Le langage ! bien évidement est source de mal entendu. Car nous possédons plusieurs langues ! Et plus nous en possédant, plus nos facultés de communications sont élevées et plus nos difficultés sont insurmontables ! Car nous n’en finissons plus de gérer les contre-sens pendant que notre temporel s’en moque.

              Le mensonge est partie intégrante de notre langage. Il ne reste plus que lui pour nous faire oublier une réalité non maîtrisée. Ces mensonges nous enfoncent dans la spirale de l’échec, entraînant les futures générations dans un univers plus hostile et plus sombre.

              Même le langage des sciences, avec les chiffres comme alphabet, et manipulé, comme notre croissance zéro ! Nos chômeurs-volontaires ! notre plein-emploi.

              Alors que le travail est devenu un placard d’esclaves consentants et si possible aveugles sourds et muets. Quels langages, leur restent-ils, à part le langage des signes ?

              Il est beau notre monde, plein de diplomates qui ne savent même pas éviter les guerres. Oui, le langage et bien la perversion de l’esprit, qui nous prouve chaque seconde que l’humain n’est qu’un animal perverti par sa conscience !

              Et, il en est fier ! absolument très fier ! toujours plus fier de sa bêtise !

              Philgri


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 17:39

                non, le langage n’est pas une perversion de l’esprit mais ce qui peut pervertir l’esprit, asservir moralement les individus par la propagande, les éloigner de l’éthique par les techniques de com, les maoeuvres aliénantes, divertissement, réduction du réel pensable à quelques éléments d’ordre utilitaire. Il y a aussi la parole qui elle, est l’instrument de la libération.


              • BB (---.---.134.117) 5 décembre 2006 17:35

                En cela je suis d’accord avec l’article de philgri. trop de mots tuent le mot. Aller à l’essentiel et sans contorsions aucune permet d’éviter les interprétations. bb : http://inventionconception.free.fr. PS Marc Dugué... Parlez vous de Prioré L’inventeur Bordelais ????. Je ne suis adepte de personne ..


                • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 17:48

                  Oui, Prioré et sa machine, un jeu de mot facile, la confrérie du Prioré, mais je le retire pour ne pas susciter de malentendus.

                  pour le reste, l’essentiel nécessite de faire des textes allongés, notamment parce que des connivences historiques permettent d’élucider le présent.


                • bb (---.---.134.117) 5 décembre 2006 19:33

                  C’est à bouillon qu’est la réponse. bb


                • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 5 décembre 2006 19:24

                  « Ce dispositif renvoie à la triple essence de l’homme qui par ailleurs le différencie radicalement de l’animal. L’homme est un animal qui travaille, un animal politique, un animal moral (et religieux) »

                  Je ne vois aucune essence dans ce constat, ce sont des constatations empiriques du reste relatives discutables : La notion de travail est polysémique et certains grecs refusaient, ce que l’on appelle le travail (transformer la nature pour produire sous contraintes des biens et des services économiques destinées à d’autres) pour des activités qu’ils estimaient plus noble (la guerre la politique, la philosophie, la religion) et dans certains mouvements monastiques (les moines mendiants) on se consacrait à la prière et à la contemplation. dans toutes les sociétés aristocratiques dont la grêce antique (la démocratie athénienne est une oligarchie aristocratique), Les nobles ne travaillaient pas, en tout pas au sens moderne de transformer la nature. D’autres travaillaient pour eux (esclaves serfs, domestiques etc..) ;). Le travail était par eux considéré comme une activité servile, c’est à dire non-libre et méprisable. Le travail n’a donc rien d’une essence et sa généralisation est historique.

                  De même la politique a été longtemps chasse gardée des nobles et autres rois et monarques dont l’immense majorité étaient exclue ; la encore l’élargissement de le chose politique est le résultat d’une évolution historique vers la démocratie.

                  Enfin la religion n’est en rien universelle, l’athéisme existait en Grêce antique (Démocrite, Epicure) et à Rome (Lucrèce) et voulez-vous que je vous dise ? je me passe très bien de religion. Comme quoi Habermas a raison. Tout ce que vous appelez essence n’est que produit culturel multiforme variable, et parfois totalement inexistant. L’existence sociale multiforme des humains fabrique des essence idéelles artificielles toujours temporaires..

                  Quant au sens de l’existence , il est aussi culturel et empirique que tout le reste ; Voulez-vous que je vous dise ? La question du sens unique de l’existence n’a peut-être aucun sens, si ce n’est pour qui voudrait m’en imposer un et un seul. Les désirs me suffisent et ils sont pluriels, voire souvent contradictoires ; ce qui m’oblige à faire des choix pour mettre un peu d’ordre dans ce chaos. Et je n’ai pas besoin d’invoquer le bon dieu ou un sens général de ma vie, et encore moins de la vie, pour cela.


                  • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 20:43

                    «  »« Je ne vois aucune essence dans ce constat, ce sont des constatations empiriques du reste relatives discutables : »«  »

                    Je vois ces essences, comme Platon ou Augustin et j’ai tenté de cadrer voire même extrapoler le propos d’Habermas. Pour le reste, je ne parle pas d’un sens imposé mais du processus d’accès au sens (multiple j’en conviens et même le revendique) dans une société où le langage est au centre de médiations servant la libération (liée au sens) ou aliénant par le divertissement et la propagande (liée au non sens)

                    Je suis déçu que vous n’ayez pas compris le sens de mon propos mais comme vous le dites si bien, ne pas voir le sens relève de votre libre arbitre et s’inscrit dans un relativisme qui pour moi n’est qu’une idée régulatrice de la raison, permettant de le dépasser. Il y a une voie entre le relativisme et le sens imposé par les maîtres du sens. Et d’ailleurs certains sont sur la voie. Le relativisme est contre productif, il égalise et rend toutes choses égales si bien que se construire en sachant qu’on devient égal ne fournit aucun sens et aucun ressort. La Liberté en acte se bâtit contre les maîtres, en contestant les valeurs, mais aussi contre les masses propagandées, en déplorant qu’elles n’aient pas de valeur mais une puissance assez conséquente pour pourrir les civilisations.


                  • Nicolas (---.---.93.155) 5 décembre 2006 20:47

                    Merci M. Reboul pour cette mise au point. J’adhère pleinement à vos deux derniers paragraphes. Je suis contre la notion monolithique d’une existence sociale, avec un sens préexistant. Le social existe, bien sûr, mais ses manifestations sont si nombreuses qu’un sens unique est à exclure. Le phénomène humain, comme la matière y connait son mouvement brownien. « Je ne peins pas l’être, je peins le passage » Montaigne.


                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 5 décembre 2006 21:38

                    Je ne suis pas relativiste au sens (sans jeu de mot) où je ne pense pas que tous les désirs se valent et où comme Spinoza je distingue les désirs actifs et les passions passives. Les désirs raisonnés et raisonnables, des folies illusoires destructices et autodestructrices. Le valeurs sont multiples mais ne se valent pas pour autant. Mais c’est pour un autre fois...Comme on dit aujourd’hui : À plus...


                  • DEALBATA (---.---.166.140) 6 décembre 2006 08:51

                    @S.Reboul

                    « Enfin la religion n’est en rien universelle, l’athéisme existait en Grêce antique (Démocrite, Epicure) et à Rome (Lucrèce) »

                    Exemple bidon, qui est l’arbre qui cache la forêt. Si il y a eu des passages à vide que l’on pourrait d’ailleurs voir sous une forme de décadence, force est de constater que sous toutes les latitudes et sous toutes les formes, les Religions ou plutôt les spiritualités ont été le « starter » des civilisations. Si certaines formes subtiles de leur expression vous échappe n’en faites pas une généralité. Votre esprit XIX éme siècle à des côtés sympathiques, on vous imagine aisément, la barbichette et la blouse blanche sur une photo jaunie avec quelques alambiques au fond. Enfin, dire que votre vision ne repose que sur un ego qui s’accroche désespérément à lui-même doit engendrer des moments de vide profond : L’ego et son néant. Vos tentatives pathétiques d’essayer de tout réduire à vous même et à votre « esprit » rationnel relève d’une peur intérieur, qui est d’ailleurs une caractéristique commune des athée-rationalo-matérialiste, que vous essayez de dissimuler par des certitudes de l’apparence. Alors bien sûr, tout est discutable et c’est d’ailleurs en cela que l’esprit est une force mais aussi une faiblesse et justement avec cette faiblesse que vous étayez vos propos, vous leurs donnez une auto-suffisance illusoire qui est le reflet de cette humanité vaniteuse et souvent ridicule tellement elle en arrive à nier sa propre existence par des syllogisme cachant des sophismes qui tournent en rond et réduisent l’humanité à ce pauvre petit serpent qui se mord la queue. Excusez ma forme parfois virulente, mais cette exaspération que j’ai parfois quand je lis ces parodies de professions de foi rationaliste cache en réalité une forme de compassion envers mon prochain tant celui-ci paraît profondément aveuglé par son individualité.

                    « L’homme est bien moins que ce qu’il pense mais bien plus que ce qu’il croit »


                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 6 décembre 2006 15:59

                    Merci pour votre compassion que je ne mérite pas ; ceci dit on compte plus de 16% d’athées déclarés en France, plus de 20% d’agnostiques et de moins en moins de pratiquants, chez les baptisés..

                    Que vous ayez besoin de la foi n’implique pas que j’en ai besoin.

                    Moi c’est la philosophie en effet athée et rationaliste. Et cela me suffit pour dire que la religion (du reste laquelle ?) ne définit pas l’espèce humaine telle une essence intemporelle. À moins de me ranger dans un espèce animale ou infra-humaine.. ; ? (Untermensch)


                  • DEALBATA (---.---.166.140) 7 décembre 2006 10:12

                    Vos statistiques, comme le reste de la pensée rationaliste, ne sont que de la poudre aux yeux pour impressionner les gogos. La terre entière pourrait-être athée ou autre , cela ne changerait rien à ces positions pseudo-intellectuelles qui ne se justifient que par une incompréhension profonde de l’existence. Le nombre n’indique pas la Vérité sauf en démocratie ce qui prouve par là, la perversité de ce système. La religion n’est que l’aspect exprimé de la métaphysique qui peut varier selon les peuples mais derrière celle-ci se trouve la véritable essence et justification de l’existence et cette compréhension, il vrai, nécessite une qualification intellectuelle qui est rare de nos jours tant le mirage de l’orgueil individuel masque la Vérité collective. Loin de moi l’idée de vous traiter de sous-homme, mais vous seriez plutôt représentatif d’un courant de pensé désuet car il y a longtemps que les vrais penseurs ont émis plus que des doutes sur les fondements de la rationalité et de sa consistance qui ne se justifie pas par elle-même. Je vous laisse avec vos dogmes, vos « croyances » aux mirages de la matière, votre orthodoxie rationaliste et toutes sortes d’autres cloaques matérialistes qui ne sont que le reflet de la misère intellectuelle de la modernité.


                  • La Taverne des Poètes 5 décembre 2006 23:02

                    Bonsoir Bernard,

                    Votre article est vraiment très...philosophique.

                    Effectivement, où sont les donneurs de sens ? N’y a-t-il plus que des donneurs de leçons ? Le langage est-il asservi à la technique, n’est-il vu désormais que comme un outil (sauf dans les sphères réservées de la littérature) : où est le conte ? Que devient la tradition orale par exemple ?

                    Le langage ne sait plus ce que parler veut dire. Il a perdu le Verbe. Et le monde en devient, sinon absurde, du moins insensé...

                    Je ne sais si je me fais comprendre assez par mon langage de poète... smiley


                    • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 décembre 2006 23:13

                      Cher poète,

                      Message reçu 5/5, oui, le monde peut paraître insensé quand le langage se délite, et que la propagande et le divertissement contraignent la langue à épouser le contour du joug qui asservit l’humain, se faisant complice des systèmes économiques et politiques dont la finalité éthique se trouve dévoyée.

                      Le conte, oui, le mythe aussi, le vrai mythe, antique, loué par Herman Broch en opposition au pseudo-mythe nazi qui engloble la totalité de l’homme avec son infâme propagande au service de son hideuse idéologie


                    • Pluto (---.---.183.219) 18 décembre 2006 18:47

                      ... Et le groupe Bilderberg, avez-vous entendu parler ?

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