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Accueil du site > Actualités > Société > Le « socle commun des connaissances et des compétences », un nouvel intérêt (...)

Le « socle commun des connaissances et des compétences », un nouvel intérêt pour l’Éducation.

« Tout le monde aurait le socle, et certains seulement la statue ! » Entretien avec Ph. Meirieu réalisé par J.-M.Zakhartchouk,2006.

« ..la culture commune pensée encore comme culture des cultures, incluant les cultures du monde et fondant son unité sur sa diversité ». Alain Becker, CRAP-Cahiers pédagogiques, 4 janvier 2006. « Le socle commun des connaissances et des compétences », un nouvel intérêt pour l’Éducation ?

Le HCE et le socle commun.

Dans la Loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005 1,couramment appelée « Loi Fillon » du nom de l’ancien ministre de l’éducation François Fillon, a été inséré un nouveau dispositif, le HCE (Haut conseil de l’éducation), qui dès son apparition a suscité autant de curiosités que de perplexités.

Le Haut conseil 2 a une fonction exclusivement consultative, mais il peut jouer un rôle déterminant dans l’élaboration de plusieurs questions relatives « à la pédagogie, aux programmes, aux modes d’évaluations des connaissances des élèves, à l’organisation et aux résultats du système éducatif et à la formation des enseignants » (art.L.230-2).

Après cinq mois de consultation avec les principaux acteurs de l’éducation et de mise en discussion des problématiques plus générales regardant le projet de « cadre de référence européen », le 30 mars 2006, le Haut conseil a rendu publiques ses recommandations sur les contenus du « socle commun » qui seront soumises au ministre pour la préparation d’un décret correspondant, prévu pour le mois de mai prochain et à appliquer dans le primaire dès la rentrée 2006 3.

Le document s’appuie préalablement sur trois points ou « constats » : 150 000 élèves sortent chaque année sans une qualification ; les enfants issus des milieux défavorisés connaissent plus l’échec que les autres ; la violence à l’école est un phénomène qui s’accroît considérablement au collège. Les autres thèmes sont regroupés en sept « paliers » :

1. Maîtrise de la langue française (lecture, écriture, vocabulaire et orthographe) 

2. Pratique d’une langue vivante étrangère (communiquer lors des situations simples ou usuelles)

3. Compétences de base en mathématiques et culture scientifique et technologique (résoudre les problèmes)

4. Maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication (Internet)

5. Culture humaniste (notions d’histoire, de géographie, d’économie ou de culture générale) 

6. Compétences sociales et civiques (vie en collectivité et travail en équipe) 

7. Autonomie et initiative(apprentissage de méthodes de travail)

Loin de nous la prétention d’aborder tous les points du document. Nous n’aimons pas non plus les querelles sémantiques (socle/culture ; compétences/connaissances). Nous essaierons de porter notre attention (et évidemment celle du lecteur) sur quelques aspects de l’Avis qui nous semblent particulièrement attirants .

Le socle commun, pour qui et pour quoi ?

Les avis du HCE viennent de paraître et les discussions sur le « socle commun » reprennent, animant les tables-rondes et les interviews à la presse, à la télé, dans les établissements, notamment depuis que des milliers de parents, d’enseignants et de lycéens se sont mobilisés pour contester ce dispositif qui aurait dû garantir à tous les élèves l’égalité des chances et permettre de réduire les phénomènes d’exclusion et de ségrégation scolaires.

Certains saluent positivement la nouveauté du « socle commun », partie intégrante d’une logique globale orientée vers la récupération de la dimension culturelle, d’autres l’ont âprement critiquée (Jean Paul Brighelli) 4 exprimant des réserves et limites, presque tous les spécialistes de l’éducation s’accordent sur la nécessité d’intervenir pour faire face à une situation de dégradation du système éducatif 5 dans son ensemble. N’oublions pas que la France a récemment connu la révolte des banlieues et le mouvement anti-CPE, qui ont avivé un état d’inquiétude assez délicat, mettant en danger la cohésion sociale. On reparle avec insistance de « fracture sociale ». Pour le sociologue Louis Chauvel, il s’agit d’une « fracture générationnelle ». Si l’on ajoute à ce cadre d’insécurité diffuse les inégalités territoriales, on se rend vite compte que la situation devient alarmante.

Dans ce contexte de grand embarras, la question du « socle commun », malgré ses imperfections, offre plus d’avantages que d’inconvénients.

C’est quand même une idée innovante qui introduit une logique de prise en compte des difficultés de l’élève en amont, se fixant des obligations afin de le rendre plus sûr et plus conscient de ses potentialités personnelles, lui permettant d’être un citoyen à part entière, « à la fois solidaire et responsable »(E. Morin).

Le fait même que, par l’introduction du « socle commun », on veuille insister pour améliorer la formation de base, montre que les apprentissages et la formation peuvent jouer un rôle d’antidote aux incivilités et aux exclusions de toutes sortes.

Quelle culture humaniste ? Quelle culture scientifique ?

Une considération particulière doit être accordée aux paliers consacrés à la culture humaniste et à la culture scientifique et technologique. Le « socle commun » reconnaît « à la transmission de la culture humaniste » une fonction fondamentale. Parallèlement, l’observation et l’expérimentation sont considérées comme indispensables à la culture scientifique et technologique .

Or, nous sommes convaincus par l’exigence « d’améliorer l’école » 6 , de modifier les programmes scolaires et de réconcilier les élèves avec l’école par la culture, l’expérimentation et le sport (Ph. Meirieu). Mais nous pensons également que tout doit passer par une récupération du goût d’apprendre, du goût de la culture, qui ne s’arrête ni dans un espace défini (cadre scolaire), ni dans le temps (à la fin du socle commun). Dans le Rapport mondial de l’UNESCO : Vers les sociétés du savoir (2005), on fait référence à un nouveau type de société, « la société apprenante » qui va se développer « sur la base de la valorisation des savoirs, indispensable dans l’acte de l’innovation » (Blandine Raoul-Réa,2006,Café pédagogique,n°71). Pour que la formation ne soit pas insuffisante pour faire comprendre les multiples mutations avec lesquelles nous devons quotidiennement nous mesurer, il faut que l’école ne fournisse pas seulement des « répères » et ne donne pas une connaissance-en vrac-des œuvres artistiques... ou encore pis, des « éléments de culture civiques.. ». Nous ne croyons pas à une formation soft, évanescente, « périssable ». Nous craignons que le socle commun ne fasse passer l’idée qu’il suffise à l’élève de s’approprier des mécanismes d’apprentissage, plutôt qu’un corpus de connaissances bien défini. Ce sont les éducations humanistes et scientifiques approximatives « coupées de la société et de la culture, expulsées des débats publics, marginalisées dans les médias » 7 qui fabriquent, nous semble-t-il, de l’exclusion.

Certes, nous n’attendons pas trop du socle. Nous savons très bien que ce ne sont pas les dispositifs pris à part qui changent l’école. Il ne nous paraît pas non plus que les slogans aient beaucoup favorisé le développement de la culture scolaire.

Il s’agit tout simplement de garantir les « fondamentaux » pour que soit acquise une culture réellement démocratique.

Facile optimisme ? Peut-être. Une nouvelle politique de la République ? Certainement, oui.

Les questions sur le « socle commun ».

« Minimaliste et étriqué » pour certains, « une vraie révolution » pour d’autres, le « socle commun » se prête à beaucoup d’interrogations. En voilà quatre qui semblent le plus récurrentes et qui méritent une précision ultérieure et immédiate, sinon on risque de donner de la culture scolaire une vision plutôt vague et inutilisable : si le socle commun regarde la formation initiale des élèves du primaire et du collège, quelle formation la réforme va prévoir pour les lycéens ? Si le soutien sera accordé dans les disciplines insérées dans le socle commun, qu’en est-il des autres ? Et encore, quand on passe des compétences fondamentales à maîtriser pendant la scolarité obligatoire aux compétences dites « transversales », est-ce qu’on donne de la culture une vision simpliste, voire banale, divisée en deux, dont l’une serait « excluante » et l’autre indispensable à toute émancipation et liberté individuelle ? Quelles sont les compétences dites « utiles », et quelles disciplines contribuent davantage à l’acquisition du socle ?

L’idée contenue dans l’Avis du HCE selon lequel l’acquisition du socle ne dépend pas de telle ou de telle autre discipline est certainement à retenir. En éducation, il n’y a pas de discipline qui soit déterminante, et les programmes traditionnels par disciplines cloisonnées sont souvent un obstacle aux acquisitions. La condition nécessaire à la réussite éducative est tout autre : c’est la capacité de l’élève à mobiliser les connaissances que les enseignants veulent qu’il apprenne. Il ne s’agit plus, en fait, de raisonner exclusivement en termes de quantité d’informations, mais d’offre qualitative. A la fin du socle, l’élève devrait avoir consolidé les savoirs de base et avoir assimilé le travail en équipe. Il faut noter, à ce sujet, avec surprise, que rien n’est dit dans les recommandations du HCE à l’égard de dispositifs alternatifs tels que les IDD (initiatives de découvertes) et TPE (travaux personnels encadrés) abandonnés ces derniers temps mais qui ont connu un grand succès de participation de la part des enseignants et des élèves. Il serait mieux de rétablir ces travaux interdisciplinaires, parce que non seulement ils favorisent l’interaction, mais surtout ils exercent une utile fonction d’apprentissage au même titre que les formes d’enseignement dites « classiques ».

La continuité éducative pour une meilleure réussite de tous.

Au moment où le document du HCE reconnaît une formation initiale commune aux enfants les plus « fragiles », ce qui suppose la mise en place de pratiques pédagogiques diversifiées et différenciées , et une formation successive plus « lourde » mais plus complète, de facto, il réalise une discontinuité entre les cycles, incapable de donner aux savoirs une dimension culturelle unitaire et partagée.

A ce propos, il convient de faire une dernière réflexion sur la question de la continuité école-collège/lycées, qui me semble centrale. Le système éducatif français, comme la plupart des systèmes d’enseignement européens, est construit sur une étroite relation entre les divers cycles d’apprentissage. En ce sens l’éducation de base est considérée comme propédeutique, en vue des « études longues », selon l’expression de Ph. Perrenoud 8. Or, la mise en place du « socle commun » semble justifier l’idée que l’éducation de base suffirait par elle-même à la solution des problèmes pratiques ordinaires, déplaçant la charge de préparer les jeunes aux savoirs plus complexes.

Une interprétation du socle évidemment simpliste, car nous ne pensons pas qu’il existe deux modes « antagonistes » et donc discontinus dans la conception de la formation. La réussite éducative des élèves, à laquelle aspirent les parents et les enseignants, est le fruit non seulement d’une constante et quotidienne collaboration entre tous les acteurs de l’éducation, mais surtout d’un concours entre toutes les disciplines et les parcours culturels mis en œuvre, pour forger une conscience culturelle commune, en fonction des besoins qui émergent.

« La continuité école-collège me paraît absolument décisive », dit Ph. Meirieu,de même que décisive est la mise en relation des divers segments d’apprentissage. Car il n’est pas question de distinguer les disciplines dites « principales » de celles considérées « marginales » ; tout l’engagement de l’enseignant doit être porté à les impliquer dans un projet plus complexe et homogène, pour que chacun puisse s’approprier les acquis culturels qu’elles sont à même de produire.

Mes conclusions.

Je pense que l’idée du « socle commun » est une bonne chose, mais je me demande si cette mesure ne limite pas l’enseignement. Car le « socle commun », c’est un problème essentiellement d’enseignement. Philippe Meirieu a profondément raison quand il affirme, au sujet de ce dispositif, qu’il ne s’agit pas de lister une par une les compétences que chaque élève doit posséder à la fin de la scolarité obligatoire (16 ans). Pour le célèbre pédagogue, « l’important c’est d’échapper à la dérive encyclopédiste (la grande culture commune) » 9. Écrire que tout est essentiel, c’est facile, et en même temps fourvoyant. Les contenus comptent, mais ils ne sont pas suffisants. Je pense que dans un cadre scolaire en évolution, l’enseignant joue un rôle plus déterminant que dans le passé. C’est à lui que revient la responsabilité d’éveiller la motivation et l’intérêt des élèves pour les études. La trandisciplinarité, c’est bien, mais c’est toujours l’enseignant qui attire l’attention sur les savoirs et les savoir-faire. Bien entendu, rien ne lui est imposé a priori, mais fidèle au respect des diversités culturelles, il a la tâche d’accompagner l’élève vers la connaissance de soi et des autres. J’ai l’impression que le « socle commun » a été construit sans considérer le travail et les compétences de l’enseignant, vrai moteur de l’innovation. Le grand risque est que le vase soit rempli de notions, mais qu’il n’y ait aucun formateur qui sache les transmettre correctement.

Construire un « édifice » plus solide qui résiste aux multiples mutations, voilà la mission principale de l’Ecole. Est-ce que le « socle commun » supportera tout le poids de cette construction, aussi ambitieuse que complexe, qu’est la loi Fillon ? On va le voir.

Prof. Raphaël FRANGIONE


Notes :

1.Elle remplace la loi du 1989, dite Loi Jospin, reconnue inadéquate pour faire face aux échecs et à la violence à l’école.

2.Le HCE se compose de neuf membres. Trois sont nommés par le président de la République, deux par l’Assemblée nationale, deux par le Sénat et deux par le Conseil économique et social. Ce dispositif remplace le Conseil national des programmes et le Haut conseil d’évaluation. Le président de la République désigne le Président de ce Haut conseil. « Organe consultatif indépendant », le HCE est chargé par la loi de rédiger « annuellement un bilan public des résultats obtenus par le système éducatif ». (Titre V, article L.251-1)

3.Le ministre de l’Éducation et de la Recherche a présenté le mercredi 10 mai le projet de décret définissant le futur « socle commun des connaissances et compétences ». M. Gilles de Robien a repris les recommandations du Haut conseil de l’Éducation en ajoutant aux cinq champs de compétences indiqués dans le document du 30 mars dernier deux autres, à savoir « les compétences sociales et civiques » et « l’autonomie et l’esprit d’initiative ». Lors de sa conférence de presse sur le socle commun, le ministre a tenu à souligner qu’il s’agit là « d’un acte refondateur ». Après Jules Ferry, a-t-il dit, « la République va indiquer clairement le contenu impératif de la scolarité obligatoire ». Il a précisé, entre autres, que l’éducation artistique et l’éducation physique et sportive entrent dans le socle commun et que l’enseignement du français (langue maternelle) prend appui sur la lecture, la grammaire et le vocabulaire. Ce projet a vite suscité des critiques, surtout de la part des syndicats. Pour la FSU, « ce projet reste marqué par les faiblesses et les contradictions du concept même du socle contenu dans la Loi Fillon et la volonté de renoncement qu’elle traduit. » L’UNSA conteste dans son communiqué « la vision trop compartimentée de l’enseignement de la langue » et pose la question de l’évaluation des élèves. Le flash du 11.05.2006 de L’Expresso ! se demande ironiquement si « le socle est simplement incantatoire ou pas si commun. »

4.Lire, entre autres, ses textes de récente publication et notamment les deux pamphlets : 1) La fabrique du crétin (2005) J.-Cl. Gawsevitch Éditeur 2)La bonne école, avril 2006, J.-Cl. Gawsevitch Éditeur.

5.Les évaluations internationales OCDE et PISA le montrent : la France est classée parmi les nations moyennes. En tête : la Finlande et le Canada.

6.Lire l’intéressant livre de D. Muret et de G. Chapelle intitulé Améliorer l’école, Ed.PUF, Paris, 2006.

7.Cfr, André Giordan,CRAP-Cahiers Pédagogiques, n°443, 5 mai 2006.

8.On renvoie à la lecture de son très intéressant article « Le socle et la statue », 2005. On peut trouver le texte, au format RTF, sur le site de l’Université de Genève.

9.Entretien avec Ph. Meirieu réalisé par J.-M. Zakhatchouk (2006).


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28 réactions à cet article    


  • Cyberthi (---.---.74.201) 16 mai 2006 12:46

    Un intérêt pour l’éducation mais pas pour l’instruction ?

    Il est a noter d’abord que parmi les trois membres du Haut conseil de l’éducation désignés par le Président de la République en octobre 2005 Monsieur Laurent Lafforgue qui analyse de manière lucide le système éducatif français et la décrépitude dans laquelle il est tombé, a été poussé a la démission par les autres membres du HCE.

    On lira quelques uns de ses textes à cette adresse : http://www.ihes.fr/ lafforgue/education.html

    et notamment celui-ci : http://www.ihes.fr/ lafforgue/textes/SavoirsFondamentaux.pdf

    Un « socle commun » : il faut se méfier de ce genre de concept qui risque de faire sombrer encore un peu plus un système déjà bien malade. Les « recherches pédagogiques » sont menées trop souvent par de dangereux incompétents qui dans leurs publications ne s’appuient jamais sur des comparaisons de l’intérêt et de l’efficacité des leurs propositions et travaux, leurs syllogisme intellectuel. Conséquences jamais le poucentage d’enfants d’origine sociale défavorisée n’a été aussi faible dans les grandes écoles, jamais les diplômes n’ont eu aussi peu de valeur, etc. etc. etc.

    Oui il est temps de reprendre les programmes, de revoir les manuels scolaires (souvent affligeants dans leur structure), de reprendre complètement les fondamentaux dès le primaire, comme cela va doit se faire pour la lecture, mais comme cela devrait se faire pour la grammaire et les mathématiques principalement. Pour cela il faudra se battre contre les pédagogistes et les leurs antennes dans certaines structures de syndicats d’enseignants et de fédération de parents d’élèves qui ne servent ni les intérêts des enseigants ni ceux des parents et surtout pas ceux des élèves.


    • barph (---.---.186.94) 16 mai 2006 18:46

      L’instruction, c’est l’enseignement subi. Moi, je préfère les apprentissages choisis . L’école a trop laissé de gens sur le côté par le passé qu’il faut se garder du passéisme. Être réactionnaire, penser que d’anciennes méthodes vont fonctionner dans notre monde moderne avec des élèves qui ont déjà de nombreuses autres sources d’information me paraît aberrant. Vous traitez l’enfant comme une outre que l’enseignant emplirait à loisir, quand il l’aurait décidé. Enseigner, c’est un métier et apprendre, un acte complexe et différent suivant les individus ; ceci est antagoniste de vos méthodes et de celle de lecture du ministre de l’EN actuel.


    • (---.---.162.15) 17 mai 2006 07:36
        L’instruction, c’est l’enseignement subi. Moi, je préfère les apprentissages choisis

      Voici le genre de discours dangereux que dénonce l’intervenant précédent Cyberthi. Il y a cent ans, les enfants apprenaient mieux à lire, écrire et compter que maintenant. Mieux vaut donc faire comme il y a cent ans, plutôt que de « préférer » des « choix » individuels d’enfants à apprendre comme ils veulent. Il FAUT savoir lire, écrire et compter. Ce sont des « fondamentaux » que tout le monde doit acquérir. Ce n’est plus le cas maintenant, alors corrigeons ça. En ce sens, la démarche du ministère de l’éducation nationale m’apparaît saine. Et, pour moi, cela fait très longtemps que ce ministère n’allait pas dans la bonne direction...

      Am.


    • barph (---.---.186.94) 17 mai 2006 10:21

      Vous êtes péremptoire et n’avez aucune étude sérieuse sur laquelle vous appuyer. Qu"est-ce qui vous permet de dire que les enfants ne savent plus ni lire ni écrire ni compter ? Vous êtes victime comme nous tous d’ailleurs du martèlement médiatique récurrent sur « c’était mieux avant ma brave dame ! ». C’était déjà le cas pour ma génération quand j’étais au lycée (j’ai 46 ans) où l’on nous disait que le bac n’avait plus de valeur. Les méthodes de lecture d’il y a 50 ans étaient faites pour boucler à la va-vite et a minima cet apprentissage car la scolarité s’arrêtait très vite (10-12 ans). Je vous rappelle qu’avant 1964, 1 élève de primaire sur 3 allait au collège. Et les autres ? Il savaient mieux lire, écrire ou compter que votre fille en CM2 ? Les méthodes de lecture type Rémi et Colette, cela marche encore avec les élèves qui n’ont pas besoin qu’ont leur apprennent à lire car ils apprennent tout seuls, ou avec ceux qui sont capables de mettre du sens après le déchiffrage. MAIS TOUS N’EN SONT PAS CAPABLES ! Votre méconnaissance des apprentissages vous fait rallier à des solutions simplistes (ou alors de motivation politique, tel le ministre de l’EN). Encore une fois, comme on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, on n’apprendra pas à lire à un gamin qui n’en éprouve pas le besoin par un simple coup de b-a ba, fut-il anachronique. Les méthodes actuelles, largement syllabiques d’ailleurs, permettent d’assimiler le code et, souvent, de donner du sens à la lecture, ce qui est quand même le plus important !


    • (---.---.162.15) 17 mai 2006 11:28
        Qu"est-ce qui vous permet de dire que les enfants ne savent plus ni lire ni écrire ni compter ?

      D’abord je n’ai pas dit ça. Ensuite vous êtes peu au courant des choses. A l’entrée en sixième, 15 % des élèves ne maîtrisent pas la lecture, ni l’écriture (cf. ici après une très courte recherche). Ce n’était pas le cas il y a 50 ans.

      Si quelqu’un est péremptoire et déconnecté des réalités observées, c’est donc vous.

      Am.


    • barph (---.---.186.94) 17 mai 2006 12:13

      J’observe quotidiennement, et dans des différents milieux, des collègues professeurs des écoles faire leur boulot. Je ne pense pas être si déconnecté de la réalité. J’observe des doutes, des échecs, et même des instits qui bossent avec des vieilles méthodes syllabiques ! Les meilleurs lecteurs, c’est sûr ne se trouvent pas dans les CLA-SEU de ces DE, non, DER-NI-É ! Vous affirmez de façon encore péremptoire qu’il y a 50 ans le pourcentage d’élèves de 10 ans « ne maîtrisant pas la lecture ni l’écriture » était plus faible que maintenant ! Mais d’où sortez vous ça ? De vos souvenirs d’enfance ? Les miens, bien qu’édulcorés, me renvoient l’image d’un enfant de ma classe de CM traumatisé par les meu et i MI que la maîtresse lui assénait en vain bien évidemment ou d’autres qui avaient toujours 0 en dictée parce que l’apprentissage de l’orthographe était confondu avec son évaluation. L’article que vous citez est sorti d’un attelage Figaro-Le Bris - Boutonnet qui roule pour d’autres motifs que le bien de nos chères têtes multicolores. Les positions Le Bris - Boutonnet étant, je vous le rappelle, vous qui êtes au fait des choses de l’éducation, ulta-minoritaires dans le métier d’enseignant du premier degré.


    • (---.---.162.15) 17 mai 2006 14:55

      Si le premier article que j’ai trouvé ne vous convient pas, cherchez par vous même, cela vous ouvrira peut-être les yeux (j’en doute quand je vous vois descendre à 10 ans l’entrée en 6ème...). Vous pourriez aussi interroger votre entourage, même en dehors de l’enseignement. Nous sommes très nombreux à avoir fait le constat que j’ai décrit, il est à la portée de tout le monde.

      Par exemple « Depuis de nombreuses années, les professeurs de collèges, lycées, et des diverses formations - y compris de l’enseignement supérieur - constatent une forte dégradation de la maîtrise de l’écrit chez un très grand nombre d’élèves. », préambule à cet article.

      Am.


    • barph (---.---.87.155) 17 mai 2006 16:54

      Je suis entré en 6ème les yeux ouverts à 10 ans sans année d’avance comme beaucoup d’autres élèves... Je ne sais pas pour vous... Votre constat à propos du 2nd degré est réel mais, et je vous le répète (comme quoi ne pas s’impliquer dans les apprentissages...), 2/3 des écoliers n’allaient pas au collège dans les temps bénis et immémoriaux que vous citez et je ne vous parle pas du bac. Aujourd’hui, TOUT LE MONDE va au collège et plus de 70% d’une génération se présente au bac ! Êtes-vous sûr que sur une génération (cohorte d’ados de 15 ans par exemple) il y en ait moins qui maîtrisent l’écrit maintenant qu’il y a 50 ans ? Moi, je suis presque certain du contraire et en tous cas, dans ma commune rurale, je vois beaucoup moins (pour ne pas dire plus) de jeunes adultes illettrés comme c’était le cas il y a quelques dizines d’années. Il y a eu (encore ?) un décalage entre les méthodes du 1er degré et celles du 2nd degré. Peut-être est-ce de là qu’est partie cette polémique (Comité Sauvons les Lettres par exemple). Les profs de lettres du 2nd degré n’ont peut-être pas anticipé dans leur pédagogie l’enseignement à TOUS les élèves, y compris ceux qui étaient exclus de ces voies par l’orthographe, autrefois.

      Pour terminer, j’ai été longtemps (et jusque récemment) enseignant en CM2 (les yeux ouverts avec des élèves de 9-10-11 ans). J’ai eu évidemment de élèves en difficulté mais elles portaient beaucoup plus sur des raisonnements ou sur des compréhensions déficients que sur des techniques opératoires mathématiques, grammaticales ou lexicales. Et pourtant la réforme du ministre ne s’attachera qu’à ces dernières...


    • cyberthi (---.---.74.201) 17 mai 2006 20:28

      Je n’ai pu répondre plus rapidement aux réactions de Barth. En vrac quelques réflexions (avec fautes de frappe sûrement...) L’école va se transfomer en garderie si on suit vos idées. Prenons l’exemple de la grammaire : dans sa scolarité, un enfant ne voit plus l’ensemble des conjugaisons. Des notions simples logiques structurées deviennent compliquées on ne parle plus de sujet mais de GNS, un jour j’ai ressorti un vieux bouquin de grammaire pour mon fils qui ne comprenait pas sur son manuel (l’île aux mots, allez voir la première leçon : affligeant) : l’explication lui est apparue claire et compréhensible, les éléments essentiels à retenir étaient bien mis en valeur. Il ne s’agit pas d’être réactionnaire mais un enseignement se structure. On pourra choisir une fois les fondamentaux maîtrisés, par exemple je suis pour les TPE qui ont été supprimés parce qu’il me parait important de relier des matières parfois trop cloisonnées.

      Je crois que l’enfant-« outre à remplir » est malheureusement plus ce que je dénonce que ce que je préconise : un enfant qui recrache par coeur des pages de lecture et qui en CM2 me lit « fouane » pour le mot foin qui fait 30 fautes par page au collège, qui ne sait plus faire (et n’a pas besoin de faire d’ailleurs) de division en 5ème : vous trouvez ça parfait !

      Oui enseigner c’est complexe et on est ou on n’est pas pédagogue ça ne s’apprend pas, un enseignant est lucide ou ne l’est pas.

      Dommage que nous ne puissions plus échanger concernant les études sérieuses : j’ai plus de 800 documents sur la pédagogie, les méthodes de lecture, etc. sans parti pris sur les auteurs, mais les études comparatives sont extrêment rares, par exemple concernant la lecture c’est la seule étude que j’ai trouvé, lisez là : Savoir lire : question(s) de méthodes ? de Jean-Marc BRAIBANT et François-Marie GERARD vous la trouverez ici : http://www.ecoledemocratique.org/IMG/rtf/Lir_meth.rtf

      Je vous rappelle que juqu’au début des années 70 on pouvait intégrer l’Ecole Normale après le brevet, et les intituteurs valaient bien les professeurs des écoles qui entrent à l’IUFM après au moins un bac+3...

      Discutez avec des enseignants d’expérience qui ont du recul en collège ils sont tous d’accord avec moi, un jeune enseignant vous dira « ah bon » je vais vérifier... (vécu).

      Pour terminer regardez les résultats de l’étude de la DPP du MEN publiée récemment sur les enfants entrés au collège en 1989 et leurs études en fonction de leur âge d’entrée en 6ème : Sur 9 catégories socio-professionnelles d’origine, une recouvre les enseignants (!) dont les enfants ont les meilleurs résultats. « le fait que les enfants d’enseignants atteignent le niveau V et pas les enfants d’ ouvriers non qualifiés est un évènement qui a 12,8 plus de chances de se produire que la situation contraire » vive l’égalité !!!!!!! Enfin les enfants étant entrés en 6ème avec un an d’avance ont les meilleurs résultats... Au fait ils ont sauté quelle classe ? le CP ? ils savaient lire avant d’entrer au CP ? qui leur a appris à lire ?

      Si vous êtes enseignant ne changez rien tout va bien, l’avenir de vos enfants est assuré !


    • barph (---.---.87.155) 18 mai 2006 10:51

      J’arrêterai là car il est inutile de perdre notre temps en vaines querelles générationnelles. On est complètement dans le syndrome « De mon temps, c’était mieux... » ou alors « si ils ne savent rien au collège, c’est la faute au primaire... » Il ne faut pas confondre Agoravox et café du commerce ! « L’école va se transfomer en garderie si on suit vos idées. » C’est justement le contraire ! la différence entre la classe et la garderie ou le centre aéré est que chaque séance est pensée en termes d’objectifs d’apprentissage qui pourront être évalués de façon objective si clairement énoncés. L’activité support de l’apprentissage s’efface derrière les processus et compétences mis en œuvre par les élèves. Et oui, pédagogue -même si on y est plus ou mois prédisposé- ça s’apprend, ça se travaille tout au long d’une carrière, ça s’appelle enseignant aussi !

      « et qui en CM2 me lit »fouane« pour le mot foin » . Vous êtes vraiment très bizarre... C’est exactement ce que je dis sur les méfaits du b-a ba EXERCÉ SEUL : Une association de phonèmes sans sens car l’enfant n’a pas fait appel à d’AUTRES compétences (contexte, anticipation.... Parenthèse : pour avoir observé de nombreux CP, je n’y ai jamais vu de méthode globale pure. La plupart des méthodes de lecture aborde les 1ers sons (et lettres) dès septembre et la combinatoire commence en suivant. Si vous avez des enfants, je pense que vous pourrez vérifier cela aisément.

      « Je vous rappelle que juqu’au début des années 70 on pouvait intégrer l’Ecole Normale après le brevet, et les intituteurs valaient bien les professeurs des écoles qui entrent à l’IUFM après au moins un bac+3... » Ben... oui (j’en suis, mais... chut !) et alors ? Que voulez-vous dire par là ? Que l’enseignement ne nécessite pas de culture ou de formation pointue ? Que nommer professeur un simple instituteur, c’est abusif ? Que dans le premier degré, pour enseigner pas besoin d’études supérieures et que cela est à réserver au secondaire ?

      « Discutez avec des enseignants d’expérience qui ont du recul en collège ils sont tous d’accord avec moi, un jeune enseignant vous dira »ah bon« je vais vérifier... (vécu) » C’est ben vrai, ça ! Blague à part, j’ai fait de nombreuses réunions de liaison CM2 - 6ème et si il y avait quelquefois des points de vue différents, cela n’a jamais été aussi tranché !

      « Prenons l’exemple de la grammaire : dans sa scolarité, un enfant ne voit plus l’ensemble des conjugaisons. » Les programmes de 1882 (et oui, je ne recule devant rien pour vous séduire !) stipulaient « Apprendre à l’élève, ce qu’il n’est pas possible d’ignorer », ceci afin d’éviter toute surcharge encyclopédique ; ce à quoi vous nous conviez maintenant. Il y a quantité de formes rares en conjugaison que les programmes, en effet, préconisent d’éviter : le passé antérieur ou même les formes nous et vous au passé simple par exemple. Au delà de leur aspect humoristique, on peut surseoir à l’apprentissage formel de nous fûmes et vous pûtes et le laisser pourquoi pas au collège où il y trouvera peut-être plus de nécessité qu’en primaire.

      L’anecdote sur le vieux bouquin de grammaire et votre enfant montre encore que vous n’envisagez qu’un aspect de l’apprentissage : la méthode. Si l’enseignant de votre fils avait eu le vieux bouquin et vous, l’Île aux mots, peut-être seriez-vous arrivé au même résultat ? Et si c’était votre explication - préceptoriale, c’est quand même plus facile qu’avec 25 gamins- qui lui avait été bénéfique et que tout n’avait pris de sens qu’à ce moment là.

      « Par exemple je suis pour les TPE qui ont été supprimés parce qu’il me parait important de relier des matières parfois trop cloisonnées. » Bien ! Et surtout, cela permet de donner du... du... du SENS aux apprentissages.


    • Raphaël Frangione (---.---.251.193) 18 mai 2006 16:11

      Vous me posez en peu de lignes plusieurs questions qui meriteraient une analyse bien plus profonde que la suivante. Je vais préciser mon idée sur le choix des méthodes.Je voudrais vous répéter ce que ma collègue de travail, la meilleure, me disait, il y a des années, au sujet d’une méthode performante.A savoir que« en didactique il n’y a pas de méthodes bonnes ou mauvaises,pas de méthodes modernes ou anciennes, ce qui compte c’est le résultat final ». Ma collègue avait pronfondément raison.Je lui serai reconnaissant car elle m’a appris à savoir envisager les nouveautés avec attention et curiosité, mais toujours avec prudence. D’ailleurs, ce n’est pas facile de réactualiser les méthodes.

      Vous dites justement que l’enseignement est un« métier ».J’ajouterais que enseigner requiert du monde enseignant une grande responsabilité éthique et une forte compétence disciplinaire, car il ne s’agit pas de remplir l’enfant de notions mais de l’accompagner dans son évolution identitaire et cognitive. Je vous assure que ce n’est pas si simple . Certainement, il faudrait avoir plus de confiance en lui. Ne croyez-vous pas ?


    • Raphaël Frangione (---.---.251.193) 18 mai 2006 16:33

      Je suis tout à fait d’accord que l’écriture, la lecture et savoir compter sont des compétences fondamentales.Le document présenté par le Ministre est très clair à cet égard.Maîtriser la lecture est un« impératif » à respecter et à renforcer. Moi aussi je crois que cette question est une priorité de la Nation ,« la clef indispensable de la construction personnelle »(F.Fillon,2005). Certes on me dira que les conditions sociales(l’environnement de l’école, les copains, la famille) et culturelles n’encouragent pas la dynamique motivationnelle des élèves, et encore, que bon nombre d’enseignants sait fort peu de choses de l’apprentissage des stratégies lectorales.Oui, d’accord, mais soyons réalistes,le système éducatif a connu trop d’innovations pédagogiques et fourni plusieurs méthodes d’enseignement de la lecture(des quelques 135 méthodes en vente) qui ont engendré plus de confusion que de bons résultats(150.000 élèves quittent l’école sans maîtriser les apprentissages fondamentaux).

      C’est pourquoi il faut sortir de l’ambiguïté de l’abondance/variété de textes didactiques et donner aux enseignants des outils efficaces et pour tous.

      Et alors, si la nouvelle école valorisait davantage l’enfant et son besoin d’apprendre ?


    • Raphaël Frangione (---.---.251.193) 18 mai 2006 16:41

      Il suffirait de lire :
      - les résultats de la récente enquête internationale PISA(2003) ;
      - la Note évaluation du 4.12.2004,p.4 du Ministère de l’EN ;
      - les actes de la Journée d’Appel de Préparation à la Défence(JADP) ; l’étude commandée par l’OFSTED concernant les écoles britanniques, pour affirmer que le phénomène va s’élargir en plusieurs pays de l’UE, y compris le Royaume Uni et l’Italie.

      Est-ce que vous ne considérez pas « sérieux » ces documents ?

      Sur les types de méthodes de lecture vous dites que la méthode syllabique permet de « donner du sens à la lecture ». Je ne suis pas du même avis.


    • Raphaël Frangione (---.---.251.193) 18 mai 2006 16:51

      Je tiens à remarquer que mes considérations sur la lecture et les autres compétences s’appuient sur des raisons « péremptoires » comme vous dites, parce qu’elles tiennent compte rigoureusement des études des organismes internationaux qui, évidemment, vous échappent. Il s’agit quand même d’une affirmation(« les enfants ne savent plus lire.. »)qui s’adresse bien sûr aux élèves « fragiles », ceux qui sont en crise d’apprentissage,pas à tous.

      Quant à la mesure du socle commun que je continue à apprécier en tant qu’idée/intention d’améliorer les « fondamentaux » de tous les élèves, j’ai déjà exprimé mes reserves sur son application du moment que le dispositif est inséré dans un projet global assez ambitieux qu’est la loi Fillon.


    • barph (---.---.204.243) 18 mai 2006 18:05

      Je n’avais pas vu tous vos commmentaires M. Frangione, veuillez m’en excuser.

      "Il suffirait de lire :
      - les résultats de la récente enquête internationale PISA(2003) ;" Je les ai sous les yeux et ils sont loin d’être catastrophiques même si on peut ne pas s’en contenter. Dans les 4 domaines d’investigation, culture mathématique, compréhension de l’écrit, culture scientifique et Résolution de problèmes, la Finlande, Hong-Kong, le Japon et la Corée sont globalement devant tout le monde. Mais ensuite ? La France est toujours au dessus la moyenne des 40 pays testés. Ses résultats ne sont pas significativement différents (dixit le graphique de l’OCDE) de ceux de la Suède, la Suisse, la Belgique ou des Pays Bas par exemple ; nous sommes alternativement devant ou derrière ces pays suivant le domaine. PAR CONTRE, nous devançons toujours l’Allemagne, l’Autriche par exemple. Nous devançons NETTEMENT les Etats-Unis et que dire de l’Espagne ou de l’Italie qui sont beaucoup plus loin. La note d’évaluation du MEN ne pointe d’ailleurs rien d’alarmant contrairement aux grands medias dans leurs shows habituels. Alors continuons par notre travail à progresser et non à régresser.

      « Sur les types de méthodes de lecture vous dites que la méthode syllabique permet de »donner du sens à la lecture« . Je ne suis pas du même avis. » Ouh ! là ! là ! Je n’ai jamais dit ça ! Je suis du même avis que vous ! La combinatoire des sons doit exister (et se pratique réellement dans les classes !) mais ne peut s’exercer seule même si c’est ce qui est prévu dès septembre par le ministre. J’attends d’ailleurs toujours qu’on me prouve qu’il y avait plus de personnes maîtrisant la langue française avec Rémi et Colette qu’avec les méthodes contemporaines ! Pour ce que je constate réellement en cotoyant mes concitoyens de tous âges (dans un conseil municipal par exemple), la réponse est non !


    • Raphaël Frangione (---.---.157.236) 19 mai 2006 15:29

      J’ai grande estime des enseignants du primaire. Leur travail est difficile et compétent.Ils ont la responsabilité de faire comprendre aux enfants que derrière l’identification orthographique et l’image phonique peut y avoir un(des) sens.C’est pourquoi j’estime la question des méthodes un faux problème qui masque l’énorme difficulté en didactique des langues(maternelle et étrangère) à indiquer une démarche cohérente et efficace, capable de véhiculer l’enfant vers les savoirs. A ce propos ,je pense que le déficit du vocabulaire constitue un obstacle à accéder au(x) sens. Ce que je voudrais trouver dans le marché éditorial français ce sont des manuels de lecture et d’écriture qui proposent une multiplicité d’activités attrayantes et adaptées, tout en respectant la rigueur propre aux méthodes.

      C’est vrai que la note d’évaluation du MEN ne présente pas la difficulté de lecture en termes catastrophiques mais,est-ce que vous considérez 15% des élèves en « grande difficulté » de lecture à l’entrée en sixième(Les Dossiers n°112 du MEN,1999) un pourcentage absolument négligeable, tout à fait physiologique ? Probablement ,en ces dernières années, le nombre de ceux qui ne savent pas lire et écrire a diminué mais il est incontestable,ça me semble, que ce déficit manifesté au primaire n’est pas facilement récupérable. Ne croyez-vous pas ?

      Certainement il faut être optimiste.D’accord.La réussite de tous est un objectif partagé, mais je crois qu’il y a un énorme effort à faire dans et hors l’école(le système d’évaluation et l’égalité des chances).


    • Nico (---.---.129.176) 16 mai 2006 13:56

      Faire une réforme, avec à la base un socle de connaissance, est une très bonne idée mais dès que le mot réforme est prononcé au sein de l’éducation national les syndicats de profs parlent déjà de grèves. Est-il possible de réformer le système éducatif français ? actuellement, et avec la mentalité qu’il y a je ne le pense pas !


      • Maximilien FRICHE (---.---.193.52) 16 mai 2006 19:20

        J’ai peur que le socle commun ne ressemble à un programme de ré-éducation, une terreur rampante. Quand je lis les expressions « culture humaniste » par exemple, cela me fait froid dans le dos. Fini l’histoire, nous n’aurons que les leçons qu’il faut en retenir, teintées de révisionnisme actuel. Ils sont à ce point endoctrinés et envoutés par le progrès et l’humanisme, qu’ils ne voient pas qu’il est la cause du relativisme absolu qui règne. Ils ne voient pas que les émeutiers sont les produits (et non pas enfants) d’une société des lumières, libertaire et libérale. Peut-être veulent ils soigner le mal par le mal. A des jeunes sans repères, ils vont enseigner qu’ils sont libres de laisser s’exprimer leur moi, que rien n’est vraiment vrai, que tout vaut tout, que donc l’homme ne vaut rien, qu’il faut respecter ses choix, surtout quand il ne veut plus être et avant qu’il ne le veuille. Fini l’enseignement, il nous reste l’endoctrinement, il faut absolument qu’on trouve dans l’humanisme suffisament de niaiseries pour réguler le monde, et transformer l’émeutier en consommateur sage. Triste ambition d’une intelligence qui abdique. Là où il fallait renforcer le recours à l’intelligence, à la connaissance, à l’apprentissage, on met un kit ressemblant à un calmant, un somnifère pour un homme pensé et non plus pensant.


        • Raphaël Frangione (---.---.251.193) 18 mai 2006 16:21

          A bien y voir je ne crois pas que derrière l’enseignement de la culture humaniste il y ait la volonté d’endoctrinement.Bien plus je suis persuadé que l’enseignement de la culture humaniste peut en même temps renforcer la capacité de réflexion et fournir des réponses possibles aux multiples interrogatifs qui se pressent dans la tête de nos jeunes.

          Bien entendu, je ne veux être le défenseur d’office du socle commun que je continue à considérer une bonne chose ,mais je m’attends de connaître par quels moyens cette mesure devra s’accompagner pour éviter qu’il s’agisse simplement d’un miroir aux alouettes.

          Je pense que les bonnes idées/intentions contenues dans le document du HCE auraient eu besoin d’une meilleure articulation, ce que le projet de décret du Ministre de l’Éducation n’accueille pas toujours et, à mon avis, d’une manière adéquate.


        • Raphaël Frangione (---.---.250.39) 17 mai 2006 09:55

          La question du socle commun est largement débattue .Le terme« socle » qui irrite Ph. Meirieu se prête en fait à tant d’ambiguïtés. Sur un point, au moins, nous sommes tous d’accord, à savoir que l’idée du socle commun vient de la nécessité d’améliorer la formation de base des élèves, en vérité, trop faible. Presque tout le monde enseignant en est conscient, y compris les « soi-disant » pédagogistes, les organisations syndicales et bon nombre de parents .

          La question est, à mon avis, de savoir quelles pratiques didactiques efficaces mettre en place pour que l’élève puisse suivre sans difficultés son parcours formatif et identitaire ;quelle formation a besoin l’enseignant pour accompagner l’élève vers la connaissance de soi et des autres.

          Sur ce dernier point le document du HCE et le projet présenté par le Ministre de l’Éducation me semblent assez évanescents.

          Car phes connaissances ne s’intériorisent pas si elles sont données sous forme de« repères » ou d’ « aperçus ». Quelle continuité le socle commun va assurer à l’élève du passage des problèmes ordinaires aux savoirs plus complexes ?

          Pour finir, vous dites juste quand vous retenez urgent de revoir les programmes scolaires. Mais, est-ce que vous ne pensez pas que le nouvel organisme consultatif HCE puisse donner une contribution aussi efficace qu’opportune ?

          Le titre de mon texte présente une erreur orthographique qui donne à l’article un autre sens. Tout l’énoncé se termine par un point d’interrogation.


          • Raphaël Frangione (---.---.251.193) 18 mai 2006 15:53

            La préoccupation des profs (la mienne aussi) vient de la constatation que dans le projet de décret présenté le 10 mai presque rien n’est dit à l’égard du type de formation et des "nouvelles compétences que le futur enseignant devra posséder, ainsi que rien n’est dit sur l’évaluation des élèves.

            Construire un« édifice » qui se veut solide et résistant sans essayer de brosser un profil de l’enseignant qui soit aussi convaincant que cohérent et à qui sera confiée la géstion de la loi Fillon, ça me semble une opération en l’air. Ne croyez-vous pas ?


            • gem (---.---.117.250) 23 mai 2006 14:27

              je vais répéter ici ce que j’ai écris sur l’hopital, et qui s’applique à tous les services publique : on ne peut pas à la fois
              - demander au système de faire « le maximum » sans précision,
              - et gueuler contre la « maitrise comptable » des dépenses
              - surtout dans un système qui privatise le gain (l’éducation) et collectivise les couts (les frais), et qui ne dipose que de ressources finies.

              Le socle commun, c’est un moyen simple et efficace pour restaurer une « maitrise technique » des dépenses : on dépense ce qu’il faut pour obtenir un résultat déterminé à l’avance, en cherchant à dépenser le moins possible. Ce qui coupe court aux conneries du genre « je veux un élève de moins par classe », « je veux une classe de plus ».

              Accessoirement, je n’ai lu votre article qu’en diagonal : trop long, trop jargonneux, trop abscon ; trop xylolingual pédagolique. Trop, comment dire... déférent... trop maitrisé : cette façon de conclure que le respect du maitre meirieu implque de conclure à l’opposé de lui... génial !

              Faut dire que vous avez pour moi un gros défaut : quelqu’un qui cite abondamment le gourou Ph. Meirieu est toujours suspect (j’ai une dent personnelle contre cet incompétent notoire, aux si lourdes responsabilités par rapport aux désastreux IUFM, qui prend les enfants pour des cobayes pédagogiques et qui prétend construire une pédagogie tout en niant non pas la précocité, mais même la pertinence de la question de la précocité — ce qui veut dire qu’il prétend construire une science en se dispensant de la moindre observation...)


              • Raphaël Frangione (---.---.125.10) 24 mai 2006 18:10

                Deux points caractérisent votre écrit. Dans le premier vous portez votre raisonnement plus sur l’aspect économique de la Réforme que sur celui éducatif et formatif. Moi aussi je pense que les grandes réformes(et la Réforme pour l’avenir de l’école est une « grande » réforme dans le sens qu’elle est structurée) ont besoin de moyens financiers considérables pour se réaliser. Mais,l’École ne peut plus attendre.Les révoltes banlieusardes de novembre dernier et le récent mouvement anti-CPE ont dit avec suffisamment de clarté que le système-école n’interprète plus les attentes des jeunes français.Ils demandent en fait plus de formation et plus de dignité dans la quête du travail. Le socle commun des connaissances est,à mon avis, une mesure qui améliore la formation de base et par conséquent constitue une réponse concrète aux exclusions et aux discriminations de toutes sortes.

                Quant au deuxième point(mon article) je vous invite à le relire avec plus d’attention et d’un air moins censorial(j’étais en train de dire moins « professorial »). Je suis sûr que vous y retrouverez d’autres aspects intéressants de la question-école sur lesquels continuer,si vous voulez,notre discussion.

                Ce que j’estime inacceptable c’est qu’ayant recours à ma réflexion(trop longue,d’accord,mais pas du tout absconse) vous portez des jugements trop durs à l’égard d’un intellectuel spécialiste de l’éducation,M.Meirieu,que je lis d’habitude et avec intérêt et à qui j’adresse mon estime continuée.Cela n’empêche pas que j’exprime souvent des considérations à l’opposé de lui sans être,pour autant, « génial ».


              • jean-michel zakhartchouk (---.---.57.22) 15 juin 2006 07:25

                j’ai lu avec attention ce qui est écrit. Concernant la querelle sur le niveau, elle n’est pas toujours, elle, d’un haut niveau. Il est toujours intéressant de ressortir de vieilles citations, qu’on dirait d’aujourd’hui. Comme celle-ci : " “ L’enseignement secondaire se primarise ...Les élèves des lycées n’ont ni orthographe, ni vocabulaire, exact et varié, ni connaissances grammaticales, ni analyse logique, ni méthode d’expression écrite ou orale. ” (Paul Laumonnier, La crise de la culture littéraire, 1929)

                On en trouvera d’autres sur le site des cahiers pédagogiques : http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=2441


                • jean-michel zakhartchouk (---.---.57.22) 15 juin 2006 07:31

                  suite au message précédent. QUant à l’idée de socle, on peut contester le vocabulaire (« socle »), le texte qui va devenir un décret ministériel (qui fait coexister deux logiques, une de compétences, l’autre de connaissances éparses et détachées de leur mise en oeuvre), mais comment ne pas encourager l’objectif de faire acquérir le « minimum » (qui n’empêche pas le maximum, pas plus que le smic empêche de hauts salaires) à tous les élèves. Ce qui est un sacré défi. J’ai coordonné le numéro des cahiers pédagogiques auquel fait allusion R.Frangione qui s’est efforcé de brasser la question aussi bien sur le plan historique que sur le plan comparaisons internationales. On n’évacuera pas la question à coup de déclarations péremptoires et de langue de bois. Ps : Les attaques haineuses contre Philippe Meirieu qui a une connaissance du système profonde et s’est toujours battu pour cette vraie culture humaniste que certains étonnamment disqualifient ; on peut ne pas être d’accord avec lui sur tel ou tel point, mais comment accepter ces injures continuelles ?


                • Contre le canon d’education en math (---.---.41.253) 15 juin 2006 08:42

                  Toutes les decennies les Professeurs veulent revendre un socle minimaliste canonise mais ultra- & super-honorable de la tres douee pedagogie en mathematiques comme un remede contre la deformation professionelle et re-faire « un huomo universalis »(generaliste en mathematiques« sur le »play-mobil"_campus de l’ecole superieure avec un grand « H » = ::= par example = ::= Le socle de la prestigieuse >><< Société Mathématique de France >><< est represente en France pas directement mais plus ou moins sur des noms varies qui designent une chose commune comme [homologue en Allemagne est l’ecole d’Erlangen] l’ecole de Bourbaki (Paris/Warsowie) et l’ecole Boreliana et sa theorie d’ensembles. Integrez-Vous ca dans le socle ? Je Vous deconseille ca.


                  • krokodilo (---.---.201.29) 17 juillet 2006 18:33

                    Il y a un point du socle commun que je trouve regrettable, du moins dans sa formulation floue, c’est la pratique d’une langue étrangère. Quelle langue étrangère ? Quel choix sera proposé ? Aucun pays ne peut structurellement proposer une large palette de langues au primaire, d’autant plus qu’on n ’y arrive même pas en 6e... où j’ai vu récemment l’anglais obligatoire (« choix » entre anglais ou une filière bilingue anglais/allemand, à une heure de l’Espagne !), à l’encontre de la loi. Pour revenir au primaire et au socle commun, je peux témoigner que ça a été une fois l’allemand, une fois l’anglais, et silence dans les rangs. Nous n’avons appris qu’après plusieurs mois que « l’enseignante » d’anglais était en fait une mère de famille anglophone, native, comme on dit à bruxelles. Pourquoi pas ? Mais tant qu’à utiliser des intervenants extérieurs, pourquoi ne pas solliciter des parents pouvant faire de l’initiation à d’autres langues ? Pouquoi cette absence de choix ? On évite en fait depuis des lustres un débat de fond sur les langues, sur la communication en Europe et dans le monde : l’anglais ? Le multilinguisme ? Pourquoi pas simplement une initiation au primaire à diverses langues, à différents alphabets, sous forme de jeu ? Au lieu de cela, on reproduit maintenant au primaire les incohérences linguistiques du secondaire, en bricolant tant bien que mal, une pincée de parent anglophone, un zeste d’instituteur bilingue si par chance l’école en possède dans la langue prévue, etc (que les professeurs des écoles me pardonnent, mais je préfère les Mairies aux Hôtels de ville et les instits aux professeurs des écoles). Je suis sûr que les enseignants eux-mêmes sont agacés de cette initiation « aux » langues qui a été introduite à la va-comme-je-te-pousse sans trop savoir où on allait. Si l’on veut nous transformer en Finlande ou en Suède, avec anglais obligatoire dès le berceau, qu’on nous le dise, mais on ne pourra éviter ce débat sur « les » langues au primaire.


                    • altair de deneb 27 septembre 2014 12:01

                      Le projet de socle commun de connaissances est une excellente base de travail et de redéfinition des compétences. J’ajouterai cependant quelques points qui me semblent essentiels :

                      les points concernant la proposition elle-même :

                      La gargouille, ou comment diriger le flux des réponses vers la sortie imposée :

                      Le questionnaire est orienté de telle sorte que l’évaluation du brevet des collèges soit clairement éliminé, comme si les propositions théoriques du projet proposées pour l’évaluation avaient déjà faits leurs preuves et qu’il était hors de question de maintenir deux systèmes d’évaluation.
                      C’est donc une proposition de rupture complète, avec le souhait évident de perdre toute trace de mesure de comparaison et donc de l’évaluation de la mise en place de cette proposition de méthodologie. Il serait donc souhaitable et prudent de conserver le système d’évaluation du brevet qui permet une comparaison historique de notre système pédagogique.
                      Ne devrions-nous pas avoir des élèves qui obtiennent de meilleures notes avec une méthodologie d’apprentissage plus performante ? C’est la question qui semble vouloir être totalement évitée et habilement contournée.
                      Quelle consultation !
                      Supprimez le brevet, point.

                      Le bas relief :

                      Le principal problème de notre société est l’évaluation des performances, dans tous les secteurs d’activité, justice, politique,...enseignement, et à tous les échelons.
                      Dans ce socle commun, l’accent est mis sur l’évaluation, mais pas comme un outil de gestion de la performance, mais plutôt comme celui d’une perception morale.
                      Or l’évaluation, les évaluations sous toutes leurs formes, doivent être les leviers de demain. Il ne s’agit pas de cacher la misère, une fois de plus et donner de faux espoirs aux familles.
                      Où est citée la valeur du travail, dans ce texte ? Où sont les devoirs de chacun, ...je ne dis pas les règles, mais bien les devoirs. Comment prouver aux élèves que leur travaux communs seront plus efficaces que leur travail individuel quand toute la société d’aujourd’hui est fondée sur l’individualisme ?
                      Le projet est louable, mais le déguisement déplorable.
                      L’élève, tout comme notre société, doit apprendre à évaluer, s’évaluer et à prendre et accepter des décisions quand cela ne fonctionne pas.
                      Non chères familles, tout va bien se passer, on vous donne la certitude qu’ils iront jusqu’au bout et qu’ils auront tous le même diplôme social.
                      Sentiment au final ?
                      Fin de la performance.
                      Bienvenue à la culture publique de la com dans l’enseignement.
                      Bienvenue aux écoles privées.

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