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Accueil du site > Actualités > Société > Le spectaculaire succès des jardins familiaux

Le spectaculaire succès des jardins familiaux

Appelés naguère « jardins ouvriers », on en attribue la paternité en France au député du Nord Jules-Auguste Lemire. Mais si l’on doit, à juste titre, rendre hommage à l’action de cet abbé progressiste pour le développement de cette belle idée, on doit également associer à cet hommage quelques autres pionniers dont le rôle a été déterminant...

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Jardins familiaux à Cherbourg (photo Mamivette)

Il n’y a, désormais, quasiment plus de ville de quelque importance qui n’ait aménagé sur son territoire des jardins familiaux destinés à répondre aux attentes des administrés, et notamment de ceux qui sont logés dans les immeubles du parc locatif municipal. Disposer d’une parcelle de terrain, aussi modeste soit-elle, contre un loyer modique pour cultiver soi-même ses fruits et légumes, en les faisant voisiner, le cas échéant, avec quelques arbustes à fleurs, est une demande croissante dans la population des classes populaires. Deux causes principales à ce renouveau de l’engouement pour les jardins familiaux : d’une part, l’interminable crise économique dont les effets se font ressentir toujours plus durement dans les milieux modestes ; d’autre part, la recherche de produits alimentaires plus sains et plus savoureux que leurs homologues vendus en supermarché.

Des « jardins de pauvres » existaient déjà dès la première moitié du 18e siècle au Danemark. Un pays qui, avec la Finlande, semble avoir été, en Europe, l’un des précurseurs dans ce domaine particulier de l’assistance aux « nécessiteux ». Dès l’aube du 19e siècle, l’Allemagne emboîte le pas aux Scandinaves, dans les provinces frontalières du Danemark, avec ses Armengärten. L’Angleterre en fait de même à la même époque avec les Allotment gardens. En France, quelques initiatives paternalistes sont prises, dès l’époque napoléonienne, par des patrons soucieux d’offrir à leurs ouvriers une alternative aux estaminets. Et au milieu du 19e siècle, la congrégation Saint-Vincent-de-Paul met à son tour quelques lopins à la disposition des démunis, mais sans que l’initiative soit formalisée en règles d’usage. L’idée se répand néanmoins, ici et là, de manière empirique. L’évolution décisive n’intervient toutefois que dans la dernière décennie du siècle. 

En 1890, le sociologue Frédéric Le Play développe une théorie novatrice selon laquelle les problèmes sociaux ne peuvent trouver de solution que si l’on articule fortement la société autour des valeurs familiales et religieuses, en privilégiant l’émergence de patronages, autrement dit d’actions associatives destinées à porter aide et assistance aux pauvres. À Sedan, dans les Ardennes, une femme nommée Félicie Hervieu a, dès 1889, entrepris d’agir en direction des démunis. Inspirée par la pensée de Le Play, elle fonde deux ans plus tard, avec quelques amies catholiques, l’Association pour la reconstitution de la Famille qui, en quelques années, regroupe 125 familles bénéficiant de l’accès aux terrains de l’association.

Entretemps, la presse - notamment le journal Le Temps du 4 janvier 1895 - a rendu compte de l’initiative sedanaise et permis à de nouveaux pionniers d’entreprendre dans d’autres villes de France des actions similaires. C’est le cas à Charleville, mais aussi dans les départements voisins du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme. L’exemple est même suivi jusqu’à Mende, dans la lointaine Lozère, et à Saint-Étienne, dans la Loire, sous l’impulsion de l’abbé Volpette ; bien décidé à venir en aide aux nombreux chômeurs des mines et de la passementerie, le prêtre ne ménage pas ses efforts et fait état, dès 1898, du nombre remarquable de 2460 bénéficiaires stéphanois ! 

 

Le jardin bienfaisant

Le mouvement est lancé, et cela d’autant plus qu’en 1896 entre en scène un autre abbé, Jules-Auguste Lemire, dont la voix porte plus fort et plus loin. Et pour cause : sous l’étiquette socialiste-chrétien, il est député du Nord. Cette année-là, Lemire fonde la Ligue française du Coin de Terre et du Foyer en s’appuyant sur la doctrine du « terrianisme » conceptualisée par le Dr Gustave Lancry et visant à donner à chaque famille un lopin de terre insaisissable. « Le jardin est partout possible et toujours bienfaisant », affirme le député du Nord qui, par voie de presse, encourage toutes les initiatives, notamment dans la reconversion en ce qu’il nomme des « jardins ouvriers » de tous les espaces laissés à l’abandon autour des villes dans les anciennes fortifications. 

Appel entendu : le nombre des jardins ouvriers ne cesse d’augmenter. En 1916, leur rôle prend même un tour déterminant pour le ravitaillement des villes affamées par la guerre. Conscient de leur importance vitale, le ministre de l’Agriculture distribue des subsides pour la création de nouvelles parcelles, au point qu’en 1920 on dénombre près de 50 000 jardins ouvriers répartis sur le territoire national. Ils seront 250 000 après la 2e guerre mondiale !

En 1952 intervient un petit changement d’ordre sémantique imposé par voie législative : les « jardins ouvriers » sont bannis au profit des « jardins familiaux » sans que les règles d’usage en soient modifiées, et notamment l’obligation d’en confier la gestion à des associations régies par la loi de 1901. Bien qu’anecdotique, il est amusant de constater que, plus de 60 ans après, cette disposition linguistique n’est toujours pas entrée totalement dans les habitudes, de nombreux médias utilisant encore aujourd’hui l’ancienne appellation chère à l’abbé Lemire.

Surviennent les années 60. Nous sommes alors au cœur des Trente Glorieuses. Les Français déménagent pour des logements plus confortables en HLM, s’équipent en électro-ménager, voient leur pouvoir d’achat augmenter. Le besoin de disposer d’un jardin familial est moins pressant, et le consumérisme naissant modifie rapidement les habitudes alimentaires. Non seulement, les demandes auprès des associations diminuent, mais des parcelles sont ici et là plus ou moins délaissées. Conséquence : le nombre des jardins familiaux diminue.

Le phénomène n’est toutefois pas irréversible. Dans les années 90, la crise économique récurrente suscite un retour vers ces lopins de terre. Le nombre des jardins familiaux repart à la hausse, et l’afflux des demandes ne décroît pas au fil du temps, bien au contraire, boosté non seulement par des considérations économiques, mais aussi par un besoin physique de contact avec la nature et avec une vie saine. C’est ainsi que, de nos jours, il n’est pas rare qu’il faille, dans de nombreuses villes, patienter des années sur une liste d’attente pour bénéficier enfin de l’attribution d’une parcelle.

Les « bobos » eux-mêmes, prudemment gantés, se mettent désormais au jardinage, binette ou transplantoir en main. Cultiver une « grosse blonde paresseuse* » ou un « monstrueux de Carentan* » au sein de jardins associatifs est devenu un must jusqu’au cœur de la capitale, parfois dans des lieux inattendus comme les terrasses d’immeubles. Et c’est ainsi que, chez M. et Mme Bobo, l’on peut croquer d’un air gourmand des radis maison pour accompagner le mojito ou la caïpirinha lorsqu’est venu le moment de l’apéritif. Sympathique ! Mais on est là bien loin des « jardins ouvriers » de l’abbé Lemire.

 

Cf. Macédoine de légumes (décembre 2010)

 

Autres articles sur la société :

1953 versus 2013 : paradoxe des conditions de vie

1957 : jour de batteuse

1965 : un dimanche au village

Keremma : un rêve de phalanstère


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55 réactions à cet article    


  • Gabriel Gabriel 27 août 2014 09:47

    Bonjour Fergus,

    Dépêchons nous de cultiver un potager et de garder des graines de ce que nous avons planté car bientôt, les Monsanto & Co viendront polluer nos terres cultivables avec leurs semences tueuses.


    • Fergus Fergus 27 août 2014 09:53

      Bonjour, Gabriel.

      La menace est en effet là, plus que jamais. Et la dérive de plus en plus libérale des gouvernants PS pourrait faire sauter les derniers verrous qui subsistent encore chez nous.


    • aimable 27 août 2014 19:02

      cette année , j’avais planté des échalotes de consommation ,aucune n’a germé !
      je les ai laissées pour voir et surprise , rien n’a poussé autour !
      cela ne fait pas rêver !


    • Fergus Fergus 27 août 2014 19:40

      Bonjour, Aimable.

      Effectivement, non seulement cela ne fait pas rêver, mais c’est même plutôt inquiétant. Je n’y connais rien en culture d’échalotes, mais auraient-elles subi un traitement anti-germination ? Sans compter le reste...


    • aimable 27 août 2014 20:00

       normalement le traitement ne concerne que la peau !
      je penses que la cela va beaucoup plus loin !
       j ’ ignore ce que c’est comme traitement ?

       je n’utilises aucun engrais ni pesticides ni autre cochonnerie dans mon potager
      que du composte !


    • Fergus Fergus 27 août 2014 23:01

      @ Aimable.

      Quoi qu’il en soit, une expérience à ne pas recommencer...

      Bonne nuit.


    • Garance 27 août 2014 10:25

      C’est bien les jardins ouvriers : on peut y cultiver le topinembour



      Si vous n’avez plus les moyens de vous acheter des lardons : imaginez que vous en avez mis en pensant à St François

       François est un socialiste qui vécu au XX éme siécle de notre ère : son invocation fait venir la pluie

      Ce n’est valable que dans les Pays tempérés : au Mali par exemple cela ne marche pas

      St François , vivant en adéquation avec son époque ne se déplaçait pas à pied comme le faisaient les Saints avant lui : il se déplaçait en scooter pour prêcher la bonne parole et semer sa bonne semence 

      Mes amis cultivez le topinambour dans les jardins des ouvriers : c’est bon pour la santé : c’est diurétique et facilite grandement le transit intestinal ( surtout sans les lardons)







      • Fergus Fergus 27 août 2014 10:32

        Bonjour, Garance.

        Bien cuisiné, le topinambour peut se révéler excellent. Merci pour ce lien sur « marmiton.org », assurément l’un des meilleurs sites de recettes.

        Quant à François, rassurez-vous, plus que trois ans avant qu’il aille cultiver on potager dans une Corrèze qu’il aurait mieux fait de ne jamais quitter, tout comme son prédécesseur, l’encore pire Nicolas, aurait mieux fait de rester cultiver des rutabagas sur l’île de la Jatte.


      • Garance 27 août 2014 10:56

        Salut Fergus


        J’ai voulu essayer cette recette d’un légume dont l’avenir est prometteur autant que l’est celui du rutabaga

        Encore que le rutabaga aurait tendance à nous ramener aux heures les plus sombres de notre histoire ; celles ou les socialistes nous vendirent aux allemands 

        J’ai voulu disais-je, possédant encore quelques lardons , essayer cette recette ; las : c’était sans compter qu’il me fallait de la noix de muscade !!!

        De la noix de muscade... ??....mon Dieu... !!!....qui peut encore s’en offrir de nos jours à part les fonctionnaires ?

        Retraité, les impôts acquittés c’était au dessus de mes moyens, la mort dans l’âme je me suis vu contraint d’ ouvrir ma boite de mon Canigou quotidien ( des fois, pour changer ,le dimanche je l’alterne avec du Ronron )

        St François priez pour moi pauvre retraité pressurisé smiley

         

      • Fergus Fergus 27 août 2014 11:34

        @ Garance.

        En matière de prix, il y a bien pire que la noix de muscade : le safran ! Le fait est que cet ingrédient est un « plus » indiscutable dans certaines recettes, mais bonjour le coup de bambou ! Qui plus est, le safran résiduel que l’on paye très cher perd assez rapidement de ses qualités, ce qui met la pincée utilisée à un prix exorbitant.

        Pour ce qui est des fonctionnaires, contrairement aux idées reçues, beaucoup de ceux qui ont fait leur carrière en catégorie C, et même B, ont une retraite modeste. En réalité, la fonction publique est victime d’un effet de trompe-l’oeil car, contrairement au secteur privé qui comporte une large majorité d’employés et d’ouvriers, la fonction publique compte dans ses rangs un nombre élevé de cadres, ce qui est inhérent à la nature des jobs, par exemple dans l’éducation nationale.

        Pour le Canigou et le Ronron, essayez de les accommoder à la basquaise, avec des tomates, des poivrons et du piment pas forcément estampillé d’Espelette pour cause de prix, là aussi.


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 27 août 2014 18:29

        Fergus,
        Le safran peut se cultiver un peu partout, sauf dans des terres lourdes et argileuses.


      • Fergus Fergus 27 août 2014 19:00

        Bonjour, Fifi.

        Merci pour ce lien. J’avoue que la culture du safran me désole quelque peu, tant de magnifiques crocus étant sacrifiés à la rentabilité. A petite échelle, la possibilité de récolter les stigmates du pistil permet au moins de ne pas détruire les fleurs. 


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 27 août 2014 19:37

        Fergus,
        Tu es bien obligé de cueillir les fleurs, ce sont les stigmates qui sont odorants, une fois secs.

        La plante est un bulbe, comme des petits bulbes de narcisses, tu peux les garder plusieurs années.
        Les fleurs ressemblent aux colchiques, elles s’ouvrent en automne, ou en fin d’été, je ne sais plus.
        ça pousse très bien en terrain pauvre, sec et caillouteux.
        Si tu as un endroit dans ton jardin dans ce genre là, tu peux essayer.

        Faut juste pas que ça nage dans l’eau, sinon les bulbes pourrissent.
        Ou alors faut faire des buttes et les planter au sommet, bref, ça n’aime pas l’eau.
        On trouve facilement des bulbes . la Ferme de Ste Marthe en vend par 1000 pour une grande plantation, mais on peut en trouver en petites quantités dans les jardineries.


      • Fergus Fergus 27 août 2014 23:13

        @ Fifi.

        Dans le lien de ton commentaire précédent, il est précisé que l’on peut, fort logiquement, détacher les stigmates avec une pince à épiler. Pour un usage très occasionnel, il doit donc être possible de faire pousser quelques crocus, si le terrain s’y prête, puis de récolter les stigmates et les mettre à sécher.

        Quoi qu’il en soit, merci pour tous ces conseils et pour le lien, si des lecteurs veulent se lancer dans une récolte plus ambitieuse que quelques filaments à usage domestique.

        Bonne nuit.


      • zygzornifle zygzornifle 27 août 2014 11:03

        Quand ça prendra de l’ampleur ou le gouvernement taxera ou Bruxelles les fera interdire pour soit disant protéger l’agriculture , par manque de normes et de contrôles parce que les semences ne sont pas labellisées voire interdit pour concurrence aux produits américains pleins de merdes cancérigènes à la signature du traité transatlantique ......En tout cas ça ne plairas pas aux politiques..... 


        • Fergus Fergus 27 août 2014 11:41

          Bonjour, Zygzornifle.

          Je ne crois pas que la moindre menace plane sur les jardins familiaux. Et pour cause : malgré leur succès, ils restent encore trop peu nombreux pour concurrencer la grande distribution. A Rennes par exemple, il y a environ 1000 parcelles concernant grosso modo entre 3000 et 4000 personnes sur une population de plus de 400000 habitants pour la métropole.

          De surcroit, la majorité de la population des villes est très accroc au système consumériste, et n’entend pas sauter le pas de la petite culture individuelle qui demande un minimum de volonté et de savoir-faire.


        • Alex Alex 27 août 2014 11:18

          Bonjour m’sieur fergus

          Je n’ai pas vu de référence justifiant le titre de l’article, et comme je me posais la question du succès de ces jardins il y a quelque temps, je suis un peu déçu de ne pas avoir trouvé la réponse.


          • Fergus Fergus 27 août 2014 11:48

            Bonjour, Alex.

            Eh bien, j’ai cherché et je n’ai moi-même pas trouvé, si ce n’est, ici et là au gré des clics, des constats qui semblent tous aller tous dans le sens de l’accroissement du nombre des parcelles, mais des constats non chiffrés au niveau national. Pas de statistiques par exemple sur le site de la Fédération nationale des jardins familiaux


          • Sacotin Sacotin 27 août 2014 11:24

            Merveilleux souvenirs sur ces jardins. Dans les années 50 mon père avait un jardin ouvrier sur les hauteurs de la commune du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne, pas loin du 13ème arrdt de Paris où nous habitions. Il y avait un ensemble de dizaines et de dizaines de jardins, c’était le paradis pour moi, adolescent. J’adorais m’y rendre avec les copains, c’était un enchantement aux beaux jours. Mon père l’a cédé, et quand je l’ai appris j’ai eu un choc terrible. J’en ai longtemps voulu à mon père. Je pense toujours à ce jardin, aujourd’hui. Il n’en reste plus un seul, les HLM ont pris leur place. 


            • Fergus Fergus 27 août 2014 11:56

              Bonjour, Sacotin.

              Merci pour ce témoignage. L’un de mes amis, né à Montreuil, a connu le même désespoir naguère lorsqu’ont disparu les jardins ouvriers de Montreuil, à peu près à la même époque que les célèbres clos de pêchers dont s’enorgueillissait à juste titre cette municipalité de la périphérie. Dommage car ces jardins étaient pour les enfants une formidable école de vie !


            • Alex Alex 27 août 2014 12:29

              @ Sacotin

              Dans je ne sais plus quel livre de Victor Hugo, il décrit les vignes et vergers qu’il découvrait lors de ses ballades en haut de la « montagne sainte Geneviève ».
              Le changement du paysage le surprendrait...

              Pour avoir été amené à bêcher, sarcler et désherber le jardin de mes parents, j’en garde un souvenir moins enthousiaste...
              En revanche, il ne me déplaisait pas d’y cueillir et manger des fraises, ou de goûter aux tout premiers légumes de printemps dont j’ai du mal à retrouver le goût de nos jours.


            • Fergus Fergus 27 août 2014 12:57

              @ Alex.

              J’ai habité durant quelques années à la Butte-aux-Cailles. Sans remonter jusqu’à Victor Hugo, il y avait encore, au début du 20e siècle, de nombreuses parcelles cultivées, à proximité des tanneries, teintureries et autres triperies implantées le long de la Bièvre (cf. Paris insolite : de la Petite Alsace à la Petite Russie). Mais l’odeur y était, paraît-il, insoutenable !


            • Sacotin Sacotin 27 août 2014 13:03

              Alex,


              Oui, c’est exact, Hugo décrit des paysages parisiens à l’aspect encore campagnard à cette époque.
              Et se souvenir aussi que des jardins ouvriers se tenaient tout autour de Paris, derrière les fortifications, démolies à partir de 1920 seulement. Il reste de très beaux documents photographiques, que l’on peut voir sur le net, sur ces jardins.
              Quant au jardin de mon père pas de binage, sarclage, bêchage pour moi, ou peu, il s’en chargeait. Nous venions surtout avec les copains pour déguster des fraises, des groseilles à maquereaux etc. Il y avait une tonnelle avec des bancs de bois, où nous prenions un peu le frais, les jours de canicule. On fumait de la liane, car l’on était « sans un » L’abricotier ne donnait pas de bons fruits, c’était un point négatif. Il y avait de la rhubarbe, que nous consommions en compote à la maison. En face des jardins se trouvait le fort de bicêtre, et nous entendions parfois le... clairon. 

            • Alex Alex 27 août 2014 15:11
              « Oui, Hugo décrit des paysages parisiens à l’aspect encore campagnard à cette époque. »

              Au début du XIXe, Vaugirard était un simple village entouré de champs.
              Les Champs-Élysées avaient mauvaise réputation : le soir, les brigands se cachaient dans les buissons. Une tradition populaire prétend que certains trouvèrent refuge dans le palais de l’Élysée... dont la Pompadour se débarrassa au XVIIIe car trop éloigné du centre.
              Saint-Germain des Près, comme son nom l’indique, était autrefois dans les près, à l’extérieur des fortifications.

              L’extension des mégapôles et la désertification des campagnes depuis plusieurs décennies sont certainement un mauvais choix pour l’avenir. Un léger « retour à la terre » n’est donc pas une mauvaise chose.
              Il ne reste plus qu’à y installer quelques rapaces (des vautours, par exemple...), et décorer les jardins de montagnes dans le style de l’Engadine, et tout le monde sera content.
               smiley


            • Fergus Fergus 27 août 2014 15:47

              @ Sacotin.

              Merci pour la partage de ces souvenirs. Pour ce qui me concerne, j’ai vécu à Paris, dans le 14e arrondissement, lorsque j’étais gamin. Mais si je garde d’Auvergne des souvenirs de culture, c’était à l’hectare de patates ou de seigle, pas au m² de radis ou de salades, mes parents n’ayant jamais disposé d’un jardin ouvrier aux portes de la capitale. Mes lieux d’évasion étaient donc plutôt des terrains vagues, parsemés de ruines d’immeubles détruits où poussaient sureaux, buddléias et sycomores. J’ai raconté cela en 2008 dans Je me souviens. Une vie tellement différente de celle que nous connaissons aujourd’hui...

              Savez-vous que le fort de Bicêtre est l’une des réalisations de celui que l’on a surnommé « Le Vauban du 19e siècle », le général Haxo ? Je sais cela parce que je me suis intéressé à la station de métro Haxo. Située à proximité de la rue éponyme près du métro Pré-Saint-Gervais, cette station a été construite mais jamais ouverte au public. Une curiosité insolite peu connue des Parisiens.


            • Fergus Fergus 27 août 2014 15:57

              @ Alex.

              Les Champs-Elysées avaient en effet mauvaise réputation le soir venu. En journée, ses frondaisons étaient en revanche très prisées des cavaliers et des dames désireuses de se montrer avec leur attelage. Parmi elles, les demi-mondaines comme Emilienne d’Alençon, Caroline Otéro ou Liane de Pougy. Le lieu était plaisant : La Païva s’y fera construire un superbe hôtel particulier.

              Les vautours, inutile d’en faire venir, il y en a déjà pas mal à Paris dans les quartiers d’affaires ! Quant aux sommets et lacs de l’Engadine, pourquoi pas en maquettes si l’on dispose d’un petit lopin ? Merci pour ce double clin d’œil ! 


            • Sacotin Sacotin 27 août 2014 16:13

              Fergus,


              Merci pour ces infos. Je ne savais pour Haxo et le fort de Bicêtre.
              J’habite le 14ème. Décidément, nous avons fréquenté certains endroits identiques 

            • Sacotin Sacotin 27 août 2014 16:18

              Fergus,


              A propos de la Bièvre, qui traversait les XIIIème et Xème arrdts de Paris, Huysmans avait commis ce texte, que vous connaissez, mais une relecture ne fait pas de mal  

            • Sacotin Sacotin 27 août 2014 16:19

              Fergus,


              M....., j’ai omis le lien : http://www.bmlisieux.com/archives/bievre.htm

            • Fergus Fergus 27 août 2014 17:49

              @ Sacotin.

              Un grand merci pour ce très beau et très riche texte de Huysmans que je ne connaissais pas. J’y ai retrouvé nombre de lieux que j’ai connus naguère, mais en un temps où la Bièvre était déjà partout recouverte sur son cours parisien.


            • zygzornifle zygzornifle 27 août 2014 12:02

              En tant que fils d’ouvrier j’ai connu ces jardins ouvrier ou mon père cultivait une parcelle de terre louée une misère, depuis quelques années elle à été rasée et dessus trône fièrement une caserne de gendarmerie.....


              • Fergus Fergus 27 août 2014 12:59

                @ Zygzornifle.

                J’espère pour les habitants que ces jardins ont été transférés ailleurs sur la commune. C’est en général ce qui se passe lorsque l’urbanisation progresse en repoussant plus loin les limites de la ville.


              • ZEN ZEN 27 août 2014 12:07

                Bonjour Fergus

                J’en ai découvert au coeur même de Berlin, un peu comme à Tours, mais en plus bobo.
                Dans le bassin minier du Nord au 19s, le jardin n’avait pas qu’une fonction économique, permettant de faire pression sur les salaires, il permettait aussi de fixer les ouvriers, de limiter les sorties au cabaret et donc le contact avec les idées un peut trop critiques, voire socialistes ou anarchistes...
                Tout bénéf !


                • Fergus Fergus 27 août 2014 13:10

                  Bonjour, Zen.

                  En effet, il y en a de très nombreux à Berlin, de même qu’il y a énormément de maisons de bric et de broc disposant d’un jardinet, comme je le soulignais dans Escapade à Berlin (avril 2013). Principalement hors du Ring, sur les territoires naguère situés à l’est. Mais pas seulement dans les quartiers périphériques. Ces jardins associatifs, pour ne pas dire alternatifs lorsqu’ils sont gérés par des héritiers du mouvement hippie, pouvant être vus en différents lieux plus centraux, un peu à l’image des aires de jeux alternatives, elles aussi typiques de Berlin. Une ville très attachante !


                • aberlainnard 27 août 2014 12:16

                  Merci d’avoir retracé l’historique des jardins familiaux.

                  En fait, il n’y a pas de crise économique mais une crise d’une croyance selon laquelle l’économie ne peut se concevoir sans croissance.

                  Les années euphoriques de croissance économique nous ont fait croire, un temps, que la croissance était le mode de fonctionnement normal de la vie économique. Les économistes qui veulent par tous les moyens prolonger artificiellement ce rêve feraient mieux de rechercher comment atteindre un équilibre dans les échanges économiques et comment mieux répartir la richesse produite.

                  Les jardins familiaux sont un modèle qui devrait les inspirer. Il n’y a pas si longtemps en effet, hors des agglomérations urbaines denses, la plupart des familles habitant une maison individuelle entretenaient un potager, quelques arbres fruitiers et aussi quelques animaux qui contribuaient aux besoins alimentaires du foyer. Le surplus, s’il y en avait, était échangé ou tout simplement donné. Ces échanges se pratiquaient également pour les semences et les plants.

                  Il serait intéressant de chiffrer combien cette micro-économie évite de dépenses inutiles en camions sur la route, en kilomètres parcourus, en milliers de litres de gasoil brûlé et surtout combien ce mode de vie favorisait les rapports sociaux de voisinage.

                  Si les contraintes économiques actuelles nous poussent à reproduire ces pratiques, il ne faudrait pas y voir un retour en arrière mais un progrès économique et social salvateur bénéfique à l’ensemble des citoyens qui retrouveraient un pouvoir et une résilience accrue face à ce que cherche à nous imposer le système.


                  • Fergus Fergus 27 août 2014 13:15

                    Bonjour, Aberlainnard.

                    Un grand merci pour ce commentaire frappé au coin du bon sens et dont devraient s’inspirer nos dirigeants politiques, de plus en plus déconnectés de la vie réelle et victimes d’une pensée économique directement guidée par la recherche de profits toujours grands pour les multinationales. Avec, à la clé, des choix qui ne peuvent, dans un avenir plus ou moins proche, que nous conduire à des catastrophes environnementales et sociales.


                  • aberlainnard 27 août 2014 18:05

                    Entièrement d’accord avec vous Fergus !

                    Reste, pour beaucoup d’entre nous dont je suis, à réacquérir le savoir-faire perdu au cours du temps et des années de vaches grasses. Reste aussi, comme le souligne Alinéa, à faire en sorte de pratiquer cette activité sans tomber dans les pièges tendus par les Monsanto et cie dans tous les rayons des « jardineries » actuelles.

                    L’art du jardinage se transmettait naturellement de génération en génération. Beaucoup des parents aujourd’hui auraient bien du mal à apprendre à leurs enfants les gestes du bon jardinier, vu qu’ils n’ont déjà pas bénéficié eux-mêmes de cet avantage.

                    De ci de là, on entend parler de quelques écoles primaires, rurales en général, adeptes d’une cantine bio, qui s’efforcent d’entretenir un potager en y associant les élèves. Voilà une excellente idée, me semble-t-il, d’activité périscolaire récréative, peu coûteuse et enrichissante dans tous les sens du terme. Qui plus est, il paraît même que pour ces élèves, quand la récolte est bonne, manger les produits de ‘’leur jardin’’ à la cantine est une fête, surtout en fin d’année quand il s’agit de fraises ! Beaucoup de communes pourraient s’inspirer à bon compte de ces rares exemples. Avantage à facettes multiples : promotion d’une nourriture saine à la cantine, intégration d’un enseignement périscolaire de proximité tout en suscitant quelques vocations.


                  • Fergus Fergus 27 août 2014 18:54

                    @ Aberlainnard.

                    Les enseignes de jardinerie, je les évoque dans un autre commentaire. Le fait est qu’elles sont un frein au développement d’un jardinage respectueux de l’environnement dans la mesure où la vente de produits chimiques leur assure une partie non négligeable du chiffre d’affaires. Et pas question d’obtenir des conseils qui ne vont pas dans le même sens de la part des employés, assez largement conditionnés à la vente de ces produits nocifs.

                    Pour ce qui est des expériences dans les écoles, il semble effectivement qu’elles se multiplient, l’entretien d’un vrai potager étant le nec plus ultra de la découverte du jardinage par les petits, et l’occasion de se familiariser avec les petits animaux et insectes qui fréquentent les jardins. Toutes les initiatives pédagogiques qui vont dans cette direction sont naturellement à vivement encourager, et cela d’autant plus que ça plait aux enfants. 


                  • Sacotin Sacotin 27 août 2014 13:11

                    @ Fergus,


                    J’ai bien connu la Butte aux Cailles, qui côtoyait mon quartier de naissance. Et aussi un restant de la Bièvre, à la Poterne des peupliers, à cheval sur la commune de Gentilly. Aujourd’hui, j’appelle la Butte, « la Pute aux cailles », pour ce qu’elle est devenue, malgré un charme certain encore, je vous l’accorde.

                    • Fergus Fergus 27 août 2014 13:24

                      @ Sacotin.

                      Quant à moi, je n’ai pas connu les jardins du Kremlin-Bicêtre, auxquels vous avez fait une allusion nostalgique, mais un KB déjà profondément transformé. J’ai même habité durant un an rue Babeuf, à la limite de Villejuif, là où sévissait la « bande à Vérollot ».

                      Pour ce qui est de la « Pute aux cailles » comme vous l’avez désignée, le fait est qu’en perdant peu à peu, au fil des rénovations, sa population modeste au profit des bobos, elle a perdu en même temps ce qui faisait une grande partie de son charme. 

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