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Le tourisme de guerre

Jeudi 8 janvier était diffusé dans l’émission Envoyé Spécial un reportage surprenant : le tourisme de guerre. Hérissant.

Arrivée des voyageurs parisiens à l’aéroport : leur guide les accueille pour un périple de quelques jours au Kurdistan, au nord de l’Irak. Selon le quai d’Orsay, cette enclave est seulement classée en risque "orange" (l’ultime risque étant symbolisé par le rouge).

Point commun : leur religion chrétienne, moyenne d’âge : 50 ans. Ils semblent avoir conscience du risque, mais cela ne les empêche pas de profiter du voyage. Ils entament une tournée en bus, passent des barages de contrôle, un frisson parcourt l’assistance. Visite et poses photos devant les ruines d’une des demeures de Saddam Hussein, au milieu d’une colline minée. Le voyage continue. Point fort du voyage : visite d’une communauté chrétienne dans une chapelle irakienne (risque rouge donc), escortée par des hommes armés. Question du journaliste : pourquoi prendre ces risques ? Réponse de l’interviewé : "Oh ben ça a l’air de leur faire plaisir, alors !" On essaye, au long du reportage, de comprendre leur but. De voir dans leur périple l’once d’un échange avec la population locale, qui pourrait justifier noblement leur démarche. Mais rien. Aucun d’entre eux ne cherche d’ailleurs à donner un sens à leur voyage. Quelques prières dans des lieux saints, et même dans une mosquée où ils sont plutôt bien acueillis. Le guide fait un effort d’adaptation en s’agenouillant pour prier. Les autres restent debout.

Le reportage se termine et je ne parviens pas à me détacher de l’idée, même en essayant de me dire que le tourisme peut participer à la relance de l’économie irakienne, qu’il s’agit d’une curiosité morbide, d’un voyeurisme qui laisse un goût amer dans la bouche des téléspectateurs, et que ces voyageurs assouvissent un besoin de se faire peur, comme si leur vie était trop ennuyante, comme des ados qui regarderaient un film d’horreur ou feraient un tour dans un parc d’attraction. Ils ont beau eu essayé de nous expliquer, sans grande conviction d’ailleurs, qu’ils voulaient "communier avec des chrétiens", on n’a qu’une envie, c’est de leur dire "allez donc communier avec les sdf qui tapissent vos rues". Et l’été prochain, pourquoi ne pas faire une visite d’un dispensaire africain bondé de sidaïques en fin de vie ?

Pas si irréaliste, puisqu’un présentateur nous apprend qu’il est déjà possible de visiter les favellas de Rio de Janeiro ou Tchernobyl.


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7 réactions à cet article    


  • Philippe95 10 janvier 2009 10:16

    Vous l’avez dit : Voyeurisme. Et ennui dans leur vie quotidienne qu’on devine assez "vide". Je n’ecris pas ce que je pense de ces gens, ce serait grossier.


    • appoline appoline 11 janvier 2009 14:40

      Je dirais plutôt connerie, qui entre nous soit dit, à encore de beaux jours devant elle. C’est ce genre de "caid" qui va se gausser auprès des copains de retour à la civilisation mais qui, en cas de guerre donne tout un quartier, pous sauver sa peau.

      J’ai vu quelques reportages sur ce "nouveau tourisme", visiter les down town, à Los Angeles, au Brésil, Les abrutis avaient des sourires d’ignards sur leurs lèvres, bien calés dans leur siège, l’oeil pétillant, remerciant le bon dieu d’être du bon côté de la vitre du bus, s’apitoyant ou même pas d’ailleurs, sur les miséreux en contre-bas.
      Un jour, il est possible que les pauvres gens leur coincent leur saleté de car, à mon avis ceux qui pourront regagner l’aéroport pour le retour, ne feront pas un come back de sitôt.


    • clostra 10 janvier 2009 20:27

      Eh bien non ! je ne partage pas votre opinion.

      Tout au long de ce reportage on se pose mille questions qui semblent avoir été également les vôtres, on s’interroge de mille façons.

      Qu’attend-on habituellement d’un récit de voyage ? de beaux paysages, un possible ailleurs ...

      Durant ce voyage, point de beauté fracassante, de ciel bleu qui ferait vivre ces paysages rocheux : de la brume, de la pluie.

      Et curieusement, le sentiment - qui interroge lui aussi - que quelque part on s’est fait avoir. On s’était dit "on va voir ce qu’on va voir !" et finalement on reste très proche du Kurdistan ou dans une oasis après un trajet dangereux, dans ce car, derrière cette jeep surmontée d’un fusil plutôt "gringalet" - à bien y penser, l’inconscient s’est tellement habitué aux tourelles des tanks...C’est vrai, on rit presque. On imagine une attaque destinée à faire des séquestrés...

      Ce qu’on retient et qui frustre dans cette annonce d’un reprotage "hors norme", en plein danger irakien, c’est que le kurdistan, protégé sur son territoire après l’horreur d’une extermination (la seule aux yeux de tous qui pourrait justifier les attaques contre l’Irak de Saddam Hussein), ce peuple protégé est en train de se reconstruire dans un climat plutôt paisible.

      C’est la bonne nouvelle de ce reportage qui tombe parmi les cérémonies de Noël. Les chants chrétiens sont en araméen, la langue de Jésus. On jette un coup d’oeïl sur la carte. La Palestine à quelques pas...
      Ces chants sont les mêmes que ceux qui sont chantés partout dans le monde...

      Le périple hors du kurdistan nous fait découvrir une communauté chrétienne retranchée où vivent quelques milliers de personnes qui veillent et se connaissent toutes (10 000 personnes environ = la population d’un quartier de ville). L’évêque accueille les "touristes" avec honneur et leur confie l’importance que revêt leur visite alors qu’ils se trouvent hors des lieux et hors du temps. Nous nous prenons à aimer cette petite population qui se protège de l’intégrisme prêt à les massacrer.

      Un voyage intérieur en quelque sorte.

      On ne comprend pas très bien en fin de reportage, ce rapprochement avec des touristes à Tchernobyl par exemple...


      • cerise-sur-le-gateau 10 janvier 2009 21:20

        Je dirais en réponse à votre commentaire que j’y trouve un point de vue intéressant.
        En effet, entreprendre un voyage ailleurs que dans des "lieux-clichés" de carte postale (sable fin, cocotiers, cocktails aux fruits exotiques, ...) démontre une certaine curiosité et ouverture d’esprit.
        Aller à la rencontre de communautés en pleine renaissance après des moments difficiles également.
        Et comme vous le soulignez, les personnes interrogées semblaient touchées qu’on leur porte de l’intérêt.

        Ce que je reprochais principalement, mais ce n’est peut-être que le reflet de ce que les reporters ont bien voulu proposer, c’était le fait que cette démarche de rencontre de l’Etranger et d’échange ne ressortait pas dans les images. Voilà donc la raison pour laquelle mon sentiment final était qu’il s’agissait de voyeurisme plus que de partage.
        En fait je ne remettais pas en cause la rencontre avec cette population, je m’interrogeais sur les réelles motivations de ces voyageurs.
        Et effectivement, le Kurdistan étant une zone protégée, le risque était moindre par rapport à l’Irak, et l’on peut y voir une certaine mise en scène de la part des journalistes. Cependant le risque faisait partie du voyage, et mon questionnement se portait sur l’attrait qu’il avait ou non exercé sur ces voyageurs : ont-ils entrepris ce périple pour, entre autre (ne simplifions pas bien sûr, ce serait trop facile de jouer les gentils citoyens emplis d’humbles sentiments critiquant les méchants touristes sans coeur) assouvir l’envie de frôler le danger, juste pour voir comment ça fait ?
        (On pourrait même aller plus loin et se dire que nous aussi, en regardant ce reportage, nous sommes un peu voyeurs !)

        Donc pour conclure, je dirais qu’il s’agissait de ma part d’un questionnement, et non d’un jugement hâtif et trop facile, sur la part de voyeurisme, et la part d’ "intention de partage" de cette démarche.

        Le fait en lui-même d’aller à la rencontre de l’Autre, quel qu’il soit d’ailleurs, est une bonne chose. Mais comme toute action louable, se pose en filigrane la question de l’auto-gratification, de la part d’égoïsme propre à tout acte de générosité (je donne donc je suis bon, ça fait du bien à l’égo).
        Nous en sommes tous victimes... Mais jusqu’à quel point ?

        Cordialement.
         


      • Jean Emmanuel 14 janvier 2009 16:26

        Bonjour à tous,

         

         

        Je faisais partie du groupe de touristes qui a passé Noël avec les chrétiens d’Irak (Assyro-Chaldéen-Syriaque) sur lequel Envoyé Spécial a fait un reportage.

         

        Sur la forme du reportage, il n’est pas parfais c’est vrai car il est beaucoup centré sur le groupe de touristes et sur les risques présupposés que nous avons pris (c’est plus vendeur, plus sensationnel). Mais il a tout de même permis de mettre un peu en avant la situation des chrétiens d’Irak (je les appelle ainsi par souci de simplicité et de compréhension pour tous car ils ont eu beaucoup de dénominations au cours de l’histoire : Église d’Orient, Église de Perse, Église syriaque orientale, Église Nestorienne… pour ceux que cela intéresse je conseille le livre « Histoire de l’Église d’Orient : Chrétiens d’Irak d’Iran et de Turquie » de Raymond Le Coz aux éditions Cerf). Ces chrétiens ont une histoire tout à fait particulière, ils sont les héritiers des toutes premières communautés chrétiennes (on retrouve leurs traces dès le deuxième siècle). Ils ont réussi survivre au règne des califes de Bagdad, ils ont transmis aux arabes l’ensemble de l’héritage de la philosophie et de la médecine grecque et ainsi c’est grâce à eux que l’on a redécouvert en Occident l’héritage helléniste au moment de la renaissance. Ils ont réussi à maintenir leur religion et leur culture sous domination mongole puis sous domination ottomane.

         

        Dans l’histoire plus récente leur sort n’est pas plus enviable : génocide par les kurdes et les turcs en 1915, massacre par la monarchie irakienne en 1933, remassacre par les iraniens en 1945. Lors de seconde guerre mondiale, les anglais leur avaient promis un état indépendant ; espoir déçu. Puis sous Saddam Hussein, il y a une quarantaine d’années, de nombreux villages chrétiens (et pas seulement chrétien) ont été rasés dans la région du Kurdistan,  beaucoup se sont réfugiés dans les grandes villes comme Mossoul et Bagdad. Donc pendant plus de 1 500 ans, les chrétiens d’Irak ont été l’objet de persécutions, de massacres, de déportations mais ils ont réussi maintenir leur unité.

         

        Maintenant 40 ans après avoir quitté le Kurdistan, ils y reviennent car à Bagdad leur survie est impossible (kidnappings, attentats, intimidations…). Dans cette région, ils ont la sécurité et un logement mais il n’y a pas de travail pour eux, ils pourraient devenir agriculteur comme leurs parents 40 ans plus tôt mais ils n’ont aucune expérience de ce métier. Donc beaucoup rêvent d’aller aux États-Unis ou en Angleterre. La communauté chrétienne d’Irak est maintenant bien dispersée et sérieusement menacée de disparition, faute d’avoir les conditions pour préserver son identité. Si elle s’éteint c’est une partie notre héritage culturel mondial que nous perdons.

         

        Les personnes avec lesquels nous avons eu des discussions ont particulièrement insisté sur le fait que ce dont elles ont besoin ce n’est pas d’aide humanitaire, ce n’est pas d’argent (car de l’argent ils en ont, il n’y a qu’à voir la qualité de leurs autoroutes qui n’ont rien à envier aux autoroutes françaises), ils ont besoins de conseils dans tous les domaines, ils souhaitent que des experts viennent et puissent les orienter dans telle ou telle direction. Dans le domaine agricole par exemple, l’Irak a un potentiel inexploité important (il ne faut pas oublier que la Mésopotamie est le berceau de l’agriculture et c’est dans cette région qu’a été « inventé » le blé). L’Irak a été autosuffisant jusqu’à la période de l’accord pétrole contre nourriture qui a commencé à baisser les prix des denrées agricoles et à désorganiser la filière. Aujourd’hui les irakiens ont besoin de conseils, de recommandations, de formations pour reconstruire ce secteur qui peut potentiellement employer beaucoup de personnes. Le tourisme est un autre secteur à fort potentiel même si cela fait polémique.

         

        Les kurdes en ont vraiment assez que l’on fasse en permanence l’amalgame en Irak : la situation au Kurdistan irakien n’est pas du tout la même que dans le reste de l’Irak. Depuis la fin de la première du Golfe, ils sont autonomes avec leur propre parlement et leur propre armée. N’en déplaise aux turcs, le Kurdistan est quasi indépendant (il y a une vraie frontière avec le reste du pays). Il n’y a « que » pour le pétrole que le pouvoir de Bagdad a une influence. Au niveau de la sécurité, il n’y a aucun doute que le Kurdistan irakien n’est pas dangereux, c’est même une région sûre car ils font de la surenchère sécuritaire pour rassurer les investisseurs étrangers (et les touristes mais qui sont pour le moment très peu nombreux).

         

        Enfin j’aimerais revenir sur les raisons de notre démarche. Elles sont assez simples, il s’agissait d’être avec les chrétiens d’Irak pendant Noël qui est une période d’échange et de prière dans tout le monde chrétien (le voyage s’intitulait : « pèlerinage en Irak » et non « sensations fortes au plus près des explosions dans un pays en guerre » si nous avions voulu une monté d’adrénaline nous aurions fait un saut en parachute il y a moins d’heures d’avion). Je pense que notre présence a été utile et que les Irakiens chrétiens, zoroastriens ou musulmans que nous avons rencontré ont particulièrement appréciés notre démarche. Nous voulions également découvrir un pays d’une histoire multimillénaire. Nous avons par exemple vu des vestiges de palais assyriens (700 av. J.C.). Il y a des sites historiques majeurs en Irak les plus impressionnants ne sont pas au Kurdistan mais le peu que nous avons vu dans cette région nous a beaucoup intéressé. Ce n’est pas plus compliqué et je ne pense pas que cela mérite toutes les insultes que nous avons eues sur les différents forums qui ont parlé de notre voyage. Mais ce n’est pas le plus important, le plus important c’est que l’on parle des chrétiens d’Irak qui ont été trop longtemps ignorés, déporté, massacrés au titre de dégâts collatéraux de l’Histoire dans les jeux géopolitiques des 1 500 dernières années.

         

        Donc je conseille aux personnes qui en ont les moyens et l’opportunité de se rendre en Kurdistan irakien ; un pays attachant loin des images que l’on nous donne à voir dans les médias.

         

        Jean Emmanuel

         

        Ps : merci à Envoyé Spécial pour ce reportage

        Merci à Terre entière pour avoir eu l’audace de proposer cette destination

        Et merci à toutes les personnes de ce forum même si beaucoup ont un regard très très critique sur notre voyage (voir plus) ce débat montre que certains téléspectateurs se posent des questions sur ce qu’ils voient et entendent. C’est plutôt rassurant. Et tant que l’on débat on ne se fait pas la guerre. 


        • cerise-sur-le-gateau 9 février 2009 12:17

          Il est intéressant d’avoir une réaction de votre part ! Mon article ne visait pas à vous offenser, je le rappelle je me posais simplement des questions suite à ce reportage, entre autre sur le manque d’explications apportées par les participants à ce voyage quant à leur motivation première (mais cela est dû à l’intention de tournage des reporters).
          D’après votre commentaire on est en mesure de penser que vous aviez une réelle conviction pour entreprendre ce périple. Maintenant reste à savoir les réelles intentions des autres personnes qui étaient avec vous...
          En tout cas merci de votre éclairage.

          Cordialement


        • vinvin 2 février 2009 15:22

          Bonjour.

          Et bien moi les gens peuvent aller au Kurdistan, en Irak, en Afganistan, c’ est leur problèmes je m’ en fous, car personnellement meme si on me payait pour y aller je n’ irais pas.

          Le problème dans toutt ça, c’ est que ceux qui y vont pour leur métier comme par exemple les reporters, ou bien ceux qui travaillent dans les organismes humanitaires, ong, etc.... je suis très triste lorsque certaines de ces personnes se font tués, ou enlevées-séquéstrés.

          Par contre si cela arrive a des touristes qui ont voulus de plein grés prendre des risques pour jouer las "fan-jos" ou épater la galerie, je n’ éprouve absolument aucune compassion pour eux, je m’ en fous !

          Le problème c’ est que le jour que des touristes Français seront séquéstrés dans ce genre de pays, c’ est encore notre RAMBO-SARKO qui va les faire libérés, mais a quel prix ? Et c’ est les contribuables qui payeront.

          Et pour terminer, je dirais que les amateurs de tourisme a haut risques n’ ont pas besoin d’ aller aussi loin pour avoir des émotions fortes. ( Ils on qu’ a de se promener la nuit dans les rue du 93, et ils verront qu’ ils seront autant en danger que dans les rues de Bagdad ! )


          Bonne continuation dans vos voyages "morbides", et bonne fin de vie !



          VINVIN.

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