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Le très controversé Syndrome d’aliénation parentale

Théorisé par un douteux psychiatre américain, aux positions scandaleuses sur les déviances sexuelles, le SAP n’a jamais reçu l’aval des juridictions françaises. Force est de constater, pourtant, que les symptômes dégagés par son "inventeur" Richard Gardner sont eux bien réels, que de nombreux enfants sont aujourd’hui manipulés lors de séparations, et que rien n’est prévu pour venir en aide aux parents rejetés.

Une Cour d’Appel en France. La cour doit statuer sur le cas d’un ado placé par le Juge des Enfants. Le motif est rare. Un expert psychiatre a posé le diagnostic du syndrome d’aliénation parentale et le juge des enfants a immédiatement décidé du placement. Nous sommes 3 avocats, un pour chaque parent et moi pour l’ado, qui refuse obstinément de voir son père depuis plusieurs années.

Le débat est vite clos dès le début de l’audience. Le président annonce d’emblée qu’il n’entend pas débattre sur le diagnostic du psychiatre et que la syndrome d’aliénation parentale n’a aucune valeur scientifique. Ce n’est pas surprenant au vu de la jurisprudence en la matière, puisque le SAP n’a jamais été validé au-delà des juridictions de première instance, et encore dans très peu de cas. Les Cours d’appel ont toujours fait barrage vis-à-vis de cette pathologie qui ne figure dans aucune des classifications psychiatriques. Un vide scientifique et donc juridique pour une réalité malheureusement bien palpable et très répandue, celle des enfants manipulés qui coupent les liens avec leurs parents lors des séparations.

La faute tout d’abord à la personnalité pour le moins controversé du psychiatre américain qui a théorisé le SAP, Richard Gardner, rejeté par ses pairs en raison de sa justification des comportements sexuels déviants, dont la pédophilie, lesquels selon lui « sont des mécanismes d’adaptation naturels qui stimulent la procréation et augmenteraient donc les chances de survie de l’espèce ». Pourquoi ? Parce que ces comportements sexuels servent à encourager la production de sperme chez les hommes et ainsi à augmenter les chances d’appareillage avec une personne susceptible de concevoir un enfant.

Gardner a ainsi théorisé des justification insensées du viol et de l’inceste : les femmes sont « passives » et le viol ou l’inceste résultent de cette passivité sexuelle. Les femmes sont naturellement des victimes masochistes de viol, des victimes qui « ressentent du plaisir à être battues, ligotées et soumises à des mauvais traitements », comme si c’était là « le prix qu’elles sont prêtes à payer pour obtenir la gratification de recevoir du sperme » ( ? !).

Sur la pédophilie, Gardner déclarait que les relations sexuelles entre enfants et adultes sont biologiquement naturelles et qu’elles ne sont pas nécessairement mauvaises pour l’enfant, que les activités sexuelles entre les adultes et les enfants feraient « partie du répertoire naturel de l’activité sexuelle humaine » et que la sexualité entre adultes et enfants serait une pratique constructive du point de vue de la procréation, toujours dans cette optique que la survie de l’espèce dépend de la stimulation des hommes par des comportements sexuels déviants.

Ces citations de Gardner sont sans appel sur sa pensée :

"Il est intéressant de noter que parmi les peuples de l’Antiquité, seuls les Juifs avaient une attitude punitive envers les pédophiles. Chez les premiers chrétiens, l’interdiction de la pédophilie provient directement de l’enseignement du Judaïsme, et notre réaction exagérée envers la pédophilie à l’heure actuelle est une exagération de ces principes judéo-chrétiens.."

"Certains enfants expérimentent de puissants désirs sexuels dès le plus jeune âge et l’enfant normal présente une grande variété de fantasmes et comportements sexuels qui seraient taxés de ’pathologiques’ ou ’pervers’ s’ils étaient le fait d’adultes".



Venons-en au Syndrome d’aliénation parentale, décrit comme un désordre psychologique qui atteindrait l’enfant lorsque l’un des parents effectue sur lui, de manière implicite, un « lavage de cerveau » visant à détruire l’image de l’autre parent. A terme, l’enfant rejette ou diabolise ce parent qu’il aimait auparavant, et fait indissolublement corps avec le parent aliénant, conformément au désir de celui-ci. Le parent aliénant cherche soit à se venger de l’autre et à restaurer son image narcissique en captant l’enfant, soit cherche à ne pas perdre l’enfant après avoir perdu son partenaire. Il crée donc avec celui-ci un bloc indissociable, dressé contre l’autre parent qui devient le « méchant », responsable de tous leurs malheurs.

Sous ces apparences louables pour les droits de l’enfant lors des séparations, malheureusement, le SAP a essentiellement été « inventé » par Gardner pour protéger les pédophiles de poursuites judiciaires et pour promouvoir leurs contacts sans entrave avec ces enfants au travers d’ordonnances judiciaires leur en attribuant la garde totale. Gardner était en effet persuadé que des milliers de pédophiles étaient injustement incarcérés aux Etats-Unis, et surtout injustement visés par des plaintes par des mères ayant manipulé leur enfant aux fins d’obtenir sur eux tous les droits lors de séparations.

Avec de telles théories, évidemment, Gardner ne parvint pas à décrocher des publications, ni à recevoir une quelconque reconnaissance de ses pairs. Il créa donc sa propre maison d’édition, "Creative Therapeutics", afin de publier ses travaux à compte d’auteur. A l’âge de 72 ans, Gardner se suicida d’une vingtaine de coups de couteau dans le ventre .

Après ce bref résumé de la pensée de Gardner, on cerne mieux pourquoi les juridictions refusent d’avaliser le SAP dans leurs décisions. Ce syndrome n’a de toute façon reçu aucune reconnaissance par la communauté scientifique, médicale et psychiatrique aux Etats-Unis et n’est référencé dans le DSM (manuel diagnostic de psychatrie aux Etats-Unis).

Et pourtant, on ne peut pas s’empêcher à la lecture des symptômes listés par Gardner de les retrouver dans de nombreux cas d’enfants qui refusent sans raison apparente de voir un de leurs parents après une séparation.

Richard Gardner a ainsi décrit huit manifestations chez l’enfant :

- Campagne de rejet et de diffamation : le parent rejeté est complètement dévalorisé, quoique l’enfant soit incapable de motiver cette dévalorisation par des exemples concrets.

- Rationalisation absurde : à l’appui du rejet, l’enfant invoque des motifs dérisoires ou sans rapport avec la réalité.

- absence d’ambivalence normale : le parent rejeté est décrit comme exclusivement mauvais , le parent aliénant est décrit comme bon exclusivement.

- Réflexe de prise de position pour le parent aliénant, lorsque les deux parents sont présents, et même avant que le parent rejeté se soit exprimé.

- Extension des hostilités à toute la famille et à l’entourage du parent rejeté (grands-parents, amis, proches) qui sont à leur tour rejetés avec autant de force.
- Affirmation d’une « opinion propre » artificielle : il s’agit en fait de l’opinion du parent aliénant, que l’enfant est conditionné à présenter comme venant de lui.

- Absence de culpabilité du fait de la cruauté supposée du parent adversaire.

- Adoption de « scénarios empruntés », qui ont été fabriqués par le parent manipulateur : l’enfant les reprend à son compte.

Il a en outre listé 3 degrés d’expression et d’intensité des symptômes :

- Intensité faible : tous les symptômes ne sont pas manifestes, leur degré est moindre et la relation parent-enfant est encore fonctionnelle.

- Intensité moyenne : tous les symptômes sont présents, mais l’enfant se calme lorsqu’il est en visite chez le parent rejeté.

- Intensité sévère : dans 5 à 10% des cas la relation avec le parent rejeté est définitivement rompue ou en voie de l’être.

Pour avoir lu une expertise diagnostiquant ces symptômes et avoir en outre longuement rencontré un enfant dans ce cas, je peux dire qu’il est incontestable que ces critères sont pertinents. Par ailleurs, les situations de rejet le plus souvent du père par ses enfants lors d’une séparation sont trop fréquents pour que la justice ne prévoit pas de traitement spécial. Le plus souvent malheureusement, la réaction des juges n’est pas à la hauteur et le placement que j’ai vu dans une seule affaire est exceptionnelle. Face à des enfants qui manifestent le souhait de ne plus voire un de leurs parents, les juges ont tendance en effet à simplement posé le constat de la rupture et à réduire le droit de visite et d’hébergement pour ne pas forcer l’enfant.

Saisie du problème, le 20 juillet 2006, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la Tchéquie pour son laxisme et son incapacité à faire respecter les droits de visite du père, pourtant établis par les différentes instances judiciaires. Concernant l’enfant et les pressions exercées sur elle par sa mère pour l’amener à rejeter son père, l’arrêt utilise à cinq reprises l’expression « syndrome d’aliénation parentale ». Une jurisprudence encourageante pour le principe qu’elle énonce à savoir le devoir de l’état de mettre en œuvre des mécanismes contraignants d’exécution des droits de visite et d’hébergement. Un principe pour l’instant parfaitement ignoré de l’état français. Les poursuites pour non-représentation d’enfant sont en effet rarissimes, et les juge des affaires familiales sont particulièrement frileux pour prendre des mesures concrètes. Dans mon cas d’espèce, le placement a fonctionné. L’ado et sa mère ont vite compris que le placement serait maintenu tant qu’ils adopteraient une attitude négative vis-à-vis du père. Je ne peux donc que conseiller les parents qui rencontrent ce problème de saisir le Juge des Enfants, en attendant que des solutions satisfaisantes soient enfin prises, et que l’aliénation parentale ou quel que soit sa dénomination fasse enfin l’objet d’une traitement digne de ce nom.
 
par Ikky (son site) vendredi 31 juillet 2009 - 32 réactions
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  • Par rodier_a (xxx.xxx.xxx.183) 31 juillet 2009 22:39
    rodier_a

    95 % des agresseurs sexuels sont des hommes ? ?
    Vous devez confondre condamnations et réalités. Mais comme il me semble que c’est vous qui prônez l’imprescriptibilité des délits et crimes sexuels, on ne s’attendait pas à moins.
    C’est vrai que de la réalité médiatique et judiciaire, il y a en France un grand pas, pour ne pas dire un saut de l’ange. Pas que n’hésite pas à franchir Martine Nisse, directrice d’un centre parisien d’aide aux victimes de violences sexuelles : d’après son expérience, dans 50 % des cas, les femmes favorisent, initient et/ou participent aux violences sexuelles mais, bien sûr, elles ne sont que rarement poursuivies.
    Par ailleurs vous faites peu de cas de toutes les violences exercées par les femmes sur les enfants : pour 2007 on dénombre 50 retraits d’agréments de nourrices, faites la multiplication pour la france entière. (le phénomène est d’ailleurs probablement largement sous évalué).
    Vous faites aussi peu de cas des violences exercées par les mères sur les enfants en bas âge dont on sait qu’elles sont surprésentées par rapport aux hommes (mais là je reconnais que je n’ai pas la statistique sous la main).
    Vous faites encore moins de cas des non représentation d’enfants, délit et violence majeure exercées majoritairement par les mères sur les enfants et les pères et dont on n’estime pas utile de faire la statistique.
    C’est sur qu’au grand jeu ’t’es vu, t’es pris’, les hommes ont une nette longueur d’avance sur les femmes ... Inégalité insupportable, j’en conviens mais très utile pour continuer à vivre dans ce miroir enchanté des apparences de la féminité dans lequel vous semblez vous mirer.

  • Par jondegre (xxx.xxx.xxx.29) 31 juillet 2009 12:50
    jondegre

    " (j’anticipe l’éventuelle critique de certains lecteurs : non, je ne diabolise pas outrageusement les hommes et donc les pères, il se trouve que plus de 95% des agresseurs sexuels sont des hommes)." (*)

    Pourtant la justice n’a aucun problème à condamner le viol, l’état à mobiliser forces de polices pour investiguer et attraper ces criminels.

    Alors pourquoi monter en épingle trois affaires pour décrédibiliser un article qui dénonce ces pratiques de destruction des pères. Sous entendre à force de dialectique (*) que lutter contre ses pratiques est renoncer à poursuivre les violeurs est manipulateur, et c’est tout le sens de votre post.

  • Par Naja (xxx.xxx.xxx.91) 31 juillet 2009 11:48
    Naja

    Bonjour,

    Il y a pourtant bien des cas où la justice française accorde plein crédit à cette théorie douteuse, au détriment d’enfants visiblement agressés par un de leur parent, le plus souvent le père (j’anticipe l’éventuelle critique de certains lecteurs : non, je ne diabolise pas outrageusement les hommes et donc les pères, il se trouve que plus de 95% des agresseurs sexuels sont des hommes).

    Voir par exemple l’édifiante affaire relatée dans cet article :
    http://www.lepost.fr/article/2009/0...
    Mère condamnée pour non présentation de l’enfant alors que, suite à une plainte pour viols de l’enfant par son père, la justice avait attribué la garde de l’enfant audit père, ce en dépit de certiticats médicaux attestant de traces de violence, et en dépit de falsifications de preuves par le père...

    Ou encore cette autre affaire , similaire à la précédente :
    http://www.protection-enfance.org/A...

    Un autre article plus général :
    http://www.enfancedanger.com/index....

    La justice n’a peut-être pas donné au syndrôme d’aliénation parentale ses titres de noblesse en tant que théorie, il n’en reste pas moins que les cas d’enfants confiés à leur agresseur suite à des plaintes pour agressions ne sont pas rarissimes. Et à chaque fois est invoquée une manipulation de la mère...

    Les perver(e)s sont assez doué(e)s pour tourner à leur avantage les lenteurs et hésitations de la justice. Au contraire des pères ou mère honnêtes victimes de manipulations par leur ex-conjoint(e)...

    Cdt,
    Naja

  • Par Georges Yang (xxx.xxx.xxx.243) 31 juillet 2009 15:44

    Pourquoi parler de "nouveau" syndrome psychiatrique alors que les termes manipulation, chantage affectif, influence par personne ayant autorité existent. Les américains inventent tous les mois de nouvelles maladies qui curieusement n’existent que chez eux.
    Il y a même une étude américaine qui confirme que la mortalité augmente en cas de guerre ! Il fallait y penser.

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