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Le vignoble français est-il en crise ?

Les vins du Nouveau monde, provenant notamment d’Australie et de Nouvelle-Zélande, concurrencent le vin français à coups d’innovations. Décryptage.

En un an, de mai 2001 à mai 2002, l’Australie a exporté plus de 400 millions de litres de vin, et ceci pour la première fois. Au Royaume-Uni, la part de marché des vins français ne cesse de reculer (25% en 2001). Aux Etats-Unis, les exportations de vins australiens ont été multipliées par huit depuis 1991, et les vins chiliens ne cessent de prendre des parts de marché aux vins de l’hexagone. Les vins en provenance du « Nouveau monde » rencontrent un succès croissant à l’exportation, tandis que le déclin des vins français est déjà amorcé. Dangereusement. Pour la première fois en 2003, les exportations de vin du Nouveau monde (Nouvelle-Zélande, Australie, Chili, Afrique du Sud) ont dépassé celles de la France. Les viticulteurs doivent faire face à une des plus grandes crises qu’ils ont dû traverser depuis des dizaines d’années. « Ce qui fait débat » explore les raisons de la crise.

Une concurrence d’un nouveau genre
« Jusqu’en 1985, le vignoble français était en situation de monopole sur les milieu et haut de gamme.[...] Quand on est dans une telle situation, on peut tout faire : produire plus, n’importe comment, augmenter les prix, faire mauvais, de toute façon, tout s’en va... », indiquait au Monde 2 René Renou, viticulteur et membre de l’INAO (Institut national des appellations d’origine). Aujourd’hui, plus de 45 pays produisent du vin. Les vins du Nouveau monde se sont notamment imposés par leurs étiquettes simplifiées et leurs bouteilles accrocheuses. Le nom du cépage et les multiples informations inscrites sur l’étiquette ne sont pas l’apanage de ces vins d’un nouveau genre. De plus, un détail plus surprenant vient faire la différence : le remplacement du célèbre bouchon par la capsule à vis. « On n’ouvre pas un Chablis comme on ouvrirait un Coca ! », pourrait-on dire au comptoir du coin. Et pourtant. Le Wine spectator, magazine sur le vin basé outre-Atlantique, est parti en campagne contre ce célèbre système, lui préférant la screwcap, parfaitement étanche et offrant plus de garanties sur le plan organoleptique (ce qui est capable d’affecter un récepteur sensoriel). Les domaines neo-zélandais ou australiens qui s’y sont convertis sont légion. La France commence seulement à être concernée, avec des tests sur un petit nombre d’exploitations.

Des vins convertis à la technologie
Les levures, champignons microscopiques naturellement présents sur la prune du vin, sont indispensables dans le cadre de la fermentation alcoolique. Leur mauvaise qualité ou leur rareté peuvent compromettre une vendange. Les laboratoires en ont donc mis au point de nouvelles variétés, plus de 300 au total. Certains vignerons d’un nouveau cru n’hésitent pas à y recourir, dont par exemple l’ICV Alpha blanc qui « développe les caractères aromatiques des blancs - ananas pour le Chardonnay, fruits exotiques pour le Sauvignon ». Les interventions sur le produit se multiplient, avec les passages entre de multiples fûts et les possibles ajouts de copeaux de bois, ce qui est formellement interdit en France. Par ailleurs, l’arsenal biotechnologique mis à disposition des producteurs s’enrichit de jour en jour.

Prendre soin des terroirs
Tasser et tuer la terre, principal argument de vente, est un fait qui ne peut être ignoré. Certes, il n’est plus recommandé de désherber manuellement, mais pas non plus de se contenter de produits chimiques finalement néfastes pour les terrains ! La viticulture consomme 30% des pesticides utilisés chaque année dans l’agriculture française, dont elle ne représente que 2,8% des surfaces cultivées. Les sols tassés en surface forment un « couvercle » difficile à traverser pour les jeunes ceps. Les racines s’enfoncent horizontalement au lieu de pousser verticalement. Les plus jeunes ceps, aux racines quasi superficielles, ont écopé lors de la canicule de 2003 d’un coup de soleil qui a brûlé le feuillage et les grappes.

Rendement

Entre les deux rendements agricoles de 1979 et 2000, la surface du vignoble français a baissé, mais le Merlot a augmenté de 164%, le Chardonnay de 179%, le Cabernet-sauvignon de 132%, et le Sauvignon de 199%. Les cépages tendent à s’uniformiser. Dans le Bordelais, on a pu assister au retour du Merlot, cépage plus facile à cultiver que le Cabernet-sauvignon : 17 000 hectares en 1970, 62 000 hectares en 2000. Avec l’appauvrissement et l’exploitation intensive des sols, le vin français aura du mal à se relever.

par Franck Stassi (son site) mardi 25 avril 2006 - 2 réactions
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