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Le Web pour faire la Révolution par procuration


Quand on passe de la société bien réelle, à la "cyber-société", faite de communautés, de forums, de blogs, on est frappé de voir le nombre d’appels à "la vigilance citoyenne", au "réveil", voire à la "révolution contre la dictature"... Ici ou là, dans des tribunes qui fleurissent sur les forums, des contributions aux titres prometteurs attirent notre attention en agitant un cortège de mots funestes : dictature, prison, tyrannie..."Tiens, un autre article sur la Chine". Mais non, l’auteur parle bel et bien de la France.

En me promenant sur Agoravox ce matin, avant que la déferlante de polémiques, de joutes, d’invectives, ne soit définivement lancée pour la journée, je découvre, comme un promeneur le matin aux heures de la rosée, ce que la nuit a porté comme conseils aux esprits du Web. Pour le petit-déjeuner, une brochette d’articles qui m’ont laissé perplexe...De la dictature nous explique qu’après l’URSS ou l’Allemagne nazie, notre régime incarne un nouveau type de tyrannie tout aussi liberticide. Comment faire la Révolution nous démontre que nous sommes sous l’Ancien Régime, et qu’il nous faut une nouvelle nuit du 4 Août, pour "créer une nouvelle constitution, librement et sans violence, et protégée par le droit international. Il ne reste plus qu’à l’écrire… si elle est juste, elle trouvera et un peuple, et un territoire.". Enfin, une ritournelle pour Monsieur le Président reprend grossièrement et avec un peu de talent en moins, le thème du "coup d’Etat permanent" déjà vieux d’un demi-siècle.

J’ai donc pris peur, j’ai couru à ma fenêtre pour voir si la police du pouvoir patrouillait dans la rue, puis je me suis rassuré. Il faut être serein et calme avant de penser et s’interroger. D’où vient cette curieuse propension qu’on trouve chez les posteurs sur le Web, à prendre des grands airs d’harangueurs ? Pourquoi, du jeune lycéen à la retraitée, cette inclination naturelle à vouloir essayer de jouer le Ché Guevarra dans sa chambre, la Louise Michel, ou le Jean Moulin du XXIéme siècle ? Partout, on prétend nous dévoiler les barreaux invisibles de notre prison ; les Spartacus de l’ère ADSL illimité se voient déjà comme nos libérateurs.
 
Il y a, derrière ces alarmes tonitruantes, derrière ces postures souvent comiques mais qui se veulent sérieuses, un ressort secret qui explique très bien ce phénomène. Notre époque n’a jamais été aussi loin d’une guerre. Il n’en demeure plus que le souvenir. Dans la mémoire collective, dans l’inconscient populaire, il reste le mythe de celui qui a pris les armes pour se battre : le temps a contribué a rendre la cruelle réalité de la guerre moins saillante, car les ans qui passent sur les événements leur donnent toujours quelque chose de cette teinte romantique qui séduit.

Cette distance vis-à-vis de l’événement - la guerre civile, la révolution, le conflit, alliée au souvenir mythique, est directement responsable de cette floraison d’appels presque vibrants à la mobilisation. Ils sont comme le petit enfant qui joue à la guerre. Le Web devient la tribune par laquelle on vit ce "dépucellage politique". Que les temps s’y prêtent ou non, un impérieux besoin nous pousse à endosser les habits d’un Mirabeau avant de nous adresser à une audience virtuelle et invisible dans laquelle on s’imagine applaudit. Mais une fois le clavier laché, pas de piques à saisir, pas de Bastille à prendre, non, l’objectif est atteint, l’exercice de style se suffit à lui-même ; une intime sensation de "devoir accomplit" nous réjouit, et on s’imagine déjà dans les livres d’Histoire à côté de Victor Hugo écrivant "Napoléon le Petit". Seulement Quand Victo Hugo publiait "Napoléon le Petit", il était contraint à l’exil, et menacé de mort. Tout le contraire du Spartacus du Net qui s’imagine être subversif, alors qu’il est devenu sans s’en rendre compte, d’un conformisme achevé.

Alors, il n’y a rien de dangereux dans tout ceci, certes ; c’est même par certains aspects, divertissants. De bonne guerre, la guerre qu’on n’a pas faite, mais qu’on aimerait quand même faire un peu pour se sentir une certaine existence politique. Mais à force de hurler au loup, quand un jour les vraies alarmes viendront, quand les vraies inquiétudes tenteront de se faire entendre, parviendront-elles assez haut, se distingueront-elles des autres, pour trouver une oreille ?
Le véritable danger, c’est qu’en accoutumant tout le monde à des indignations incessantes, on donne à une réelle dictature tous les moyens d’avancer dans l’ombre.
 
Ce n’est pas l’absence de protestations qui est dangereuse : c’est le trop-plein.

 
par Relladyant samedi 9 mai 2009 - 28 réactions
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  • Par Nicole (xxx.xxx.xxx.171) 9 mai 2009 13:55

    Etonnant article, à tout le moins. On sort de Gaza qui nous a confrontés à un innommable jamais atteint : phosphore blanc, uranium appauvri, bâtiments de l’ONU ciblés sous faux prétexte au point que l’évaluation des réparations est tout de même de 11 millions de $...près de 1500 morts, de 5000 blessés, des enfants meurtris au plus profond de leur âme, tout ça dans un silence assourdissant. Une communauté internationale odieusement complice.

    Des plaintes, cependant, importantes, vus le nombre d’ONG et de citoyens signataires :

    http://www.justiceforpalestinians.net/index.htm

    Puis Durban II. Que voit-on ? Une leçon de désinformation magistrale. Le président iranien aurait tenu des propos absolument odieux, il aurait...mon dieu, c’est si terrible que je n’ose le dire.

    Puis, je regarde, j’écoute, je lis le texte de la conférence en question, et je n’y vois pas un seul mot de répréhensible. Pire, il a édulcoré, plaçant la décision de création d’Israël dans l’immédiat après guerre quand elle fut décidée fin 19°par Hertzl , fondateur du sionisme, notoirement antisémite, ainsi que le montre ce docu juif fondé notamment sur son journal intime.

    Hertzl et le sionisme

    et ces citations de fondateurs du sionisme

    Je m’attarde, bien sûr. Qu’est ce mouvement idéologique dont on peut concevoir la légitimité : pourquoi chacun n’aurait-il pas sa terre à lui ? Je découvre des témoignages :

    Anna Baltzer, juive, sur la perversité inhérente à la colonisation,

    Naïem Giladi, juif, sur les attentats sous fausse bannière perpétrés pour obtenir des alyas en nombre de riches juifs irakiens.

    Enfin, je regarde Prasquier, le président du CRIF, cette organisation pour le moins douteuse, tapant dans ses mains pendant que Mahmoud Ahmadinejad parlait. Ainsi donc, c’est lui qui a donné le signal de la sortie, et ce ne sont pas des personnes adultes qui ont réagi à des propos qui les choquaient qui se sont levées pour quitter la salle de conférence, mais des politiques soumis au diktat d’un état étranger, Israël, connu pour sa longue tradition terroriste, qui, merci de me donner les infos contradictoires qui pourraient me manquer, n’a pas d’équivalent :

    Uss Liberty, Hôtel King David, Hôtel Sémiramis, Affaire Lavon et tant d’autres présentés là notamment :

    http://www.sionisme.net/4.html

    Il y a deux jours sortait un livre sur l’affaire Madoff qui tend à démontrer une nouvelle fois qu’Israël est l’architecte du 9/11...ce que faisait déjà de façon très claire Missing Links.

    Et que nous dit cet article ? Il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter. Dormez, bonnes gens, tout va pour le mieux. Grand mère, pourquoi tu as de grandes dents ?...on connaît la pertinence de certains contes.

    Un homme, récemment, s’est vu licencier pour avoir soutenu la liste anti sioniste. Son nom est Johan Livernette, et il est, comme je le suis, comme nous sommes nombreux à l’être conscient du danger énorme du sionisme et de l’impérieuse nécessité de s’y opposer.

    Je ne comprends tout simplement pas cet article autrement que comme un nouvel exercice de désinformation.

  • Par Nicole (xxx.xxx.xxx.171) 9 mai 2009 14:01

    Taratata, jaja, ça, c’est de la récup ! Le facteur pro sioniste a vu le succès de Dieudo. Nan mais sans blague, t’as pas vu comment Soral l’a fort justement taclé  ? On peut pas sucer les médias comme il le fait (et comme elles acceptent de l’être) et être authentiquement conscient, et sincèrement déterminé à lutter contre le sionisme. T’es trop influençable.

    Si c’est de réalité qu’il s’agit bel et bien, le jeu n’a rien à voir là.

  • Par jaja (xxx.xxx.xxx.132) 9 mai 2009 13:22
    jaja

    "Pourquoi, du jeune lycéen à la retraitée, cette inclination naturelle à vouloir essayer de jouer le Ché Guevarra dans sa chambre, la Louise Michel, ou le Jean Moulin du XXIéme siècle ?"

    Pour sortir de sa chambre et jouer en vrai :

    http://www.npa2009.org/comites

  • Par Julius (xxx.xxx.xxx.148) 9 mai 2009 13:51
    Julius

    Je suis d’accord que les gens sont agressifs sur le net parce qu’ils ne peuvent pas utiliser leur agressivité dans la vie réelle. Pas de guerres, pas de révolutions ... Comment faire pour évacuer l’agressivité ? Mais je ne suis pas aussi optimiste. Cela peut dégénérer. J’ai écrit à ce sujet ici :

    http://hrivnac.free.fr/wordpress/?p=1063

    L’homme est intrinsèquement agressif. Dans les circonstances normales, l’agressivité est constructif, l’agressivité permet d’organiser la société.

    Il ya un problème aujourd’hui, l’agressivité ne peut pas être exprimé. Notre société ne le permet pas. Il n’y a pas de guerres (directement connu), pas de gladiateurs, pas d’exécutions publiques. Comme Conrad Lorenz a observé, si l’instinct (par exemple l’agressivité), ne peut pas trouver un moyen naturel d’expression, son niveau de déclenchement sera plus faible.

    Un effet déjà visible est la croissance de l’acte de la violence gratuite.

    Un autre effet sera le prochain conflit majeur. Très petit déclencheur sera suffisant pour lancer la prochaine révolution ou guerre. Et ce sera catastrophique, car l’accumulation de l’agressivité (qui n’a pas été évacués à ce jour) est énorme.

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