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Accueil du site > Actualités > Société > Les animateurs face à l’intégrisme religieux

Les animateurs face à l’intégrisme religieux

Ce livre traite de l’offensive des intégristes dans le secteur de l’animation. Ces auteurs montrent comment ils agissent contre le droit des femmes

"Les animateurs face à l’intégrisme religieux et à l’oppression des femmes"

témoignages, discussion, enjeux de formation, livre de Pierre Baracca, Amandine Briffaut, Anne Gaëlle Cogez, Danielle Delmaire, Faïza, Malika Messad

Éditions l’Harmattan Logiques sociales

L’animation : terrain de chasse de l’intégrisme !

C’est la première fois qu’un livre est consacré exclusivement à cette problématique pourtant essentielle pour le présent et l’avenir de l’animation socioculturelle et de l’éducation populaire.

Ces trois regards de femmes et cette réflexion menée dans le cadre de trois mémoires de DUT en Animation et les tables rondes qui sont rapportées ici forment un ensemble cohérent et utile pour comprendre les enjeux du maintien et du renforcement de la laïcité et des principes républicains dans ce domaine éducatif.

L’animation est un véritable métier et la fonction d’animation exige une formation professionnelle. C’était et c’est le message de tous les acteurs éducatifs engagés et conscients des enjeux...

Malheureusement cet appel fut peu entendu par les politiques qui ont fait appel dans les années 90 aux grands frères devenus par enchantement des animateurs. Des villes payent encore le prix de cette erreur manifeste, les grands frères ont reproduit dans le cadre de leur mission le cadre "culturel" qui instaure au nom d’un dogme religieux et des habitudes véhiculées l’inégalité entre les hommes et les femmes.

C’est ainsi que des animatrices diplômées ont fini par déserter certains centres sociaux ou services jeunesse pour fuir un sexisme et une ségrégation à peine déguisés.

Faut-il respecter les différences culturelles au nom de la liberté ?

Les auteurs de ce livre répondent sans aucune ambiguïté que le relativisme culturel conduit à enfermer des femmes dans un carcan, voire une prison communautaire qui les privent de la possibilité de s’émanciper et de se construire. Ce culturalisme, véritable "enfer" pour les femmes va à l’encontre des valeurs véhiculées par l’éducation populaire, mouvement de transformation sociale.

Comme l’explique Pierre Baracca : "la première rupture à opérer, pour les animateurs, consiste à différencier le niveau artistique et culinaire avec celui des valeurs et des conduites sociétales."

Danielle Demaire, historienne et professeur émérite de l’Université, revient sur un aspect historiquement souvent oublié :

Le combat pour la séparation des églises et de l’État a été une réponse forte à une offensive de la hiérarchie catholique .

Cette offensive contre la république consistait à imposer ou à continuer à imposer la messe à l’ouverture des sessions parlementaires et le crucifix dans les chambres des hôpitaux même si le patient était athée ou agnostique.

Aujourd’hui l’islamisme politique est sur tous les fronts pour contraindre les populations d’origine musulmane à des codes de vie rétrogrades.

Ce communautarisme qui fait d’ailleurs de la femme la première victime doit être combattu.

Ce livre se termine par un appel à une formation des animateurs, notamment autour de la question de "l’oppression des femmes".

C’est un appel légitime et l’animation ne pourra exercer sa double fonction de construction du lien social et d’émancipation de toutes et de tous, que si les animateurs examinent, entre autres "les enjeux idéologiques autour des activités proposées dans les structures d’animation, notamment aux enfants et aux jeunes."

Ce livre est une contribution originale et intéressante au débat sur les missions de l’animation et montre avec force qu’aujourd’hui il y a deux alternatives : l’éducation populaire ou l’intégrisme, c’est-à-dire le progrès et les lumières ou l’obscurantisme !

Jean-François Chalot


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22 réactions à cet article    


  • vivien françoise 22 avril 2010 13:58

    M. Chalot,
    Un livre n’ est intéressant que si on l’ouvre pour le feuilleter. J’ aurais beaucoup apprécié que vous mettiez dans votre article quelques exemples tirés du livre. En ces temps maudits où l’intégrisme détruit notre société il serait bon de mettre sur la place publique la réalité des faits.
    Votre article a été moinssé, par des intégristes ou par ceux qui ne veulent pas que l’on débatte ouvertement de ce fléau qu’ est l’intégrisme musulman.
    Le PS est contre la loi sur le voile intégral. lorsque les partis politiques cesseront de ne voir que le bout de leur nez et faire leur travail il sera trop tard. Le PS est contre uniquement parceque l’ UMP est pour. Tous des charlots !
    Françoise


    • CHALOT CHALOT 22 avril 2010 14:25

      Etant dans le milieu del’animation je peux répondre à certaines questions et mettre des exemples en exergue 


      • florent1968 florent1968 22 avril 2010 16:02

        aujourd’hui il y a deux alternatives : l’éducation populaire ou l’intégrisme, c’est-à-dire le progrès et les lumières ou l’obscurantisme !
        Ca a toujours été le cas ! Le problème c’est que depuis env 2003 les suvbventions aux associations sont coupées quant à l’éducation populaire...elle est considérée comme marxiste léniniste à l’image des MJC, on vous dira que ce sont des mouvements de jeunes communistes...je rigole à peine...
        Et depuis 2007 avec la nouvelle politique fiscale, il y a encore moins d’argent pour financer les associations Les personnes qui auparavant avaient interét à financer certaines association pour defiscaliser..aujourd’hui n’ont plus aucun interet à le faire puisqu’elles reçoivent un chéque...
        Le PS est contre la loi sur voile intégral....moi aussi et je suis pas au PS
        le voile integral est le problème d’une religion et l’état n’a pas a s’occuper des affaires d’une religion si cette religion ne lui pose pas de problème  !
        Quel problème la religion musulmane pose telle en général ?
        Aucun !
        Beaucoup plus que le voile intégral qui n’est pour la société qu’un problème vestimentaire nous devons considérer si il y a un autre problème, la femme, comme n’importe quelle femme peut faire appel à des associations, aller au commissariat, aller à la mairie (pour l’instant) c’est l’intégrisme qui pose problème à notre société laïque.

        Cet intégrisme peut être aussi bien Chrétiens et prendre des formes plus que violentes (Le 22 octobre 1988, des militants traditionalistes incendiaient, en pleine projection, un cinéma à Paris, lors de la sortie de La dernière tentation du Christ de Scorcese) que juifs ou musulmans.

        Certaines jeunes filles dans nos colleges ou lycées ne peuvent toujours pas obtenir la pillule...la faute à qui ? 
        La loi est inutile tout simplement parce que notre constitution rappelle dans son préambule je cite « La loi garantit à la femme des droits égaux à ceux de l’homme »
        Partant de là, si une femme ne voit pas ce principe fondamental repecté , elle pourra tout simplement se retourner contre celui qui ne respecte pas ces droits.

        Si une loi doit être pensée , elle doit concerner tout le monde et être pensée dans l’interet général.
        l’interet général est qu’une personne rentre visage nu dans un commerce ou un commerce.

        A partir du moment où la personne, quelque soit son sexe, a le visage masqué que se soit par un masque, mais aussi par un voile, un casque ou n’importe quoi d’autre, le commerçant, l’artisan ou le fonctionnaire pourra lui refuser l’entrée du batiment.
        Pour entrer elle devra entrer visage découvert.
         Si la personne refusait de dévoiler son visage l’artisan, commerçant, ou le fonctionnaire pourra lui demander de sortir. En cas de refus l’artisan, commerçant, ou le fonctionnaire pourra appel à la fonction publique (police, gendarmerie) afin d’exclure (la personne) du local.

        C’est tout. 
        Pourquoi viser une personne qui porte le voile en particulier alors qu’une personne un casque intégral est aussi dangereuse pour la société ...

        Encore une fois le voile intégral concerne la religion musulmane, il appartient aux musulmans de France de régler très rapidement ce problème !

        Par contre qu’une personne puisse rentrer visage couvert, avec un casque intégral, dans une banque ou dans une bijouterie....ça m’interpelle ...

        Pas vous ????????
         
         


        • FRIDA FRIDA 22 avril 2010 18:52

          Votre commentaire est démagogique. Vous dites « Encore une fois le voile intégral concerne la religion musulmane, il appartient aux musulmans de France de régler très rapidement ce problème ! »
          les musulmans sont dans l’Etat français, la République donc la Etat oula république est concerné par la religion musulmane. Ce que vous dites nous amène à donner une sorte de souvraineté à la communauté musulmane ou à la religion musulmane, c’est incroyable comme raisonnement, la souvraineté réside dans le parlement qui représente le peuple. La loi est un moyen d’expression, s’il le faut pourquoi pas une loi pour contrecarrer des mouvements qui ont des intentions décidément bien arrêtées sur le femme.


        • CHALOT CHALOT 22 avril 2010 18:02

          Je suis à peu près d’accord avec vous.
          Par contre si la loi contre le voile intégral est voté, je ne me voispas aller manifester contre !
          Le problème pour la gauche et l’éducation populaire laïque c’est qu’elle a été incapable d’aborder la question et d’en discuter.


          • Pierre HENRY 22 avril 2010 18:42

            Aujourd’hui l’islamisme politique est sur tous les fronts pour contraindre les populations d’origine musulmane à des codes de vie rétrogrades.

            contrainte et soumission sont les deux mamelles de l’islam qui piétine la sphère publique, politique pour imposer son idéologie rétrograde.
            faudrait voir de remettre de l’ordre dans la maison république.
            la FRANCE n’est pas une salope bonne à baiser ! (comme le « chante » certains rappeurs)


            • Axel de Saint Mauxe Nico 22 avril 2010 19:27

              Les personnes pratiquant leur religion avec ferveur respectent les autres, ne crachent pas sur le chauffeur de bus, n’insultent pas les passants, ne fument pas du shit, ne se cament pas. Ils respectent leurs parents, sont assidus à l’école.

              Je le constate chaque jour en Seine St Denis.

              Quand la morale laïcarde fera mieux, faites moi signe.


              • FRIDA FRIDA 22 avril 2010 19:35

                Vous mélangez la peur et l’obéissance par crainte et l’implication et le respect de l’autre même quand on est en désaccord. la religion n’amende pas les gens et les contraint à une conduite par la peur, de même la loi, mais la différence est que la loi laisse aux gens la possibilité d’avoir un espace privé et permet à tous le monde de se retrouver dans un espace public sans distinction, cela aucune religion ne l’a fait.


              • Axel de Saint Mauxe Nico 22 avril 2010 21:51

                « Vous mélangez la peur et l’obéissance par crainte et l’implication et le respect de l’autre même quand on est en désaccord. »

                Je ne mélange rien, je constate.

                A votre avis, les valeurs républicaines de la IIIe république, d’où venaient-elles ?


              • FRIDA FRIDA 22 avril 2010 22:07

                Alors d’où vienentt-elles ???


              • Axel de Saint Mauxe Nico 24 avril 2010 10:04

                De la morale chrétienne.


              • Monica Monica 22 avril 2010 20:08

                Merci de cet article, qui aborde, du point de vue des animateurs, la question des quartiers sous l’angle des droits des femmes, confrontés aux (et menacés par les) intégrismes religieux.

                 Il était important que le point de vue des animateurs, exprimé dans le livre cité, sorte enfin au grand jour, sans l’inhibition ou l’auto-censure de la bien-pensance (plutôt de gauche ) qui confond trop souvent critique politique de pratiques socioculturelles aberrantes, avec « racisme » et « islamophobie ».

                Ces confusions, faites au nom du « relativisme socioculturel » et de la « tolérance », sont redoutables.

                Que des hommes et des femmes des pays musulmans critiquent avec clarté les dangers de ce relativisme -un renoncement à certains valeurs républicaines- devrait rassurer les gens de gauche et les « déculpabiliser ». Il serait temps de poser, DANS NOS TERMES, et non ceux de Sarkozy, ces questions.


                • FRIDA FRIDA 22 avril 2010 20:19

                  Je suis de même avis que vous Monica, je compte lire le livre. Je trouve cet article très intéressant et instructif.
                  Personnellement j’ai appris quelque chose et j’approfondirai la question.

                  Bien à vous.


                • jean 22 avril 2010 20:22

                  Moi je trouve que cet article qui ne traite qu’une forme d’integrisme est stygmatisant et bien dans l’air du temps, il faut traiter ce problème globalement, toutes religions confondues, que dire de la main mise de bayard press ? etc etc


                  • FRIDA FRIDA 22 avril 2010 20:32

                    Byard press ne vous forcera pas à suivre une conduite, et vous pouvez très bien critiquer et contestez leur manipulation, vous ne risquez pas d’être condamné pour blasphème et atteinte à une croyance. Vous avez raison que la presse révèlent souvent un côté intégriste moins ostentatoire et que leur puissance financière le permet d’autant plus finement, mais les religions ont en plus la contrainte légale à leur côté ce qui n’est pas rien.


                    • anty 22 avril 2010 22:35

                      Une personne intègre est-elle intégriste ?


                      • anty 22 avril 2010 23:04

                        Le combat pour la séparation des églises et de l’État a été une réponse forte à une offensive de la hiérarchie catholique .

                        Cette offensive contre la république consistait à imposer ou à continuer à imposer la messe à l’ouverture des sessions parlementaires et le crucifix dans les chambres des hôpitaux même si le patient était athée ou agnostique.

                        Il ya des pays ou les crucifix sont présent à l’école et au parlement et ou les libertés sont infiniment mieux respectés que dans notre France laïque
                        ex :E-U ,Canada ,Angleterre

                        Aujourd’hui l’islamisme politique est sur tous les fronts pour contraindre les populations d’origine musulmane à des codes de vie rétrogrades.

                        Contraindre ?

                        sûrement pas ! ils ont pas besoin d’être contraint pour nous faire chier croyez-moi

                        Ils’agit là d’une analyse démago

                        Ce communautarisme qui fait d’ailleurs de la femme la première victime doit être combattu.

                        Le communautarisme ?

                        Encore un discours démago

                        Il existe en France de nombreuse minaurité auquelle on peut adjoindre ce terme

                        Les chinois, les hindous ,les polonais et vos préférés les homos

                        Etre en communauté on gagne et on perd quelque chose forcement


                        • CHALOT CHALOT 22 avril 2010 23:04

                          comme demandé, des extraits


                          • CHALOT CHALOT 22 avril 2010 23:05

                             

                            Chapitre 1

                            Incompréhension de l’injustice

                            faite aux femmes

                            dans la tradition musulmane

                            par Faïza

                            I. Ma vision de l’intérieur

                            Je suis née dans une famille musulmane, je suis donc

                            née musulmane, parce qu’on hérite des croyances de sa

                            famille, jusqu’au jour où l’on devient quelqu’un et alors

                            on choisit de perpétrer cet héritage ou de le faire évoluer.

                            Mes grands-parents paternels sont nés dans les

                            montagnes algériennes. Ils ont vécu dans un petit village et

                            ils se sont dévoués corps et âmes à leur religion et à leur

                            culture qui restent, pour ainsi dire, le seul point d’attache à

                            leur pays d’origine. Aujourd’hui, ma grand-mère vit seule,

                            mon grand-père étant décédé, dans une cité minière. En

                            sociologie, j’ai étudié, durant ma première année de DUT,

                            un texte de la sociologue Zahia Zeroulou dans lequel il est

                            question de la réussite scolaire des enfants d’immigrés.

                            Elle y explique que les personnes qui ont grandi dans leur

                            pays d’origine au sein d’un milieu rural ont plus de

                            25

                            ---------------------------------------------------------------------------------

                            difficultés à s’intégrer dans leur pays d’accueil que des

                            personnes issues d’un milieu urbain lesquelles acceptent

                            plus facilement l’évolution des moeurs1.

                            Je l’ai constaté tout au long de mon enfance et de

                            mon adolescence et j’en ai subi les conséquences.

                            I.1. Apprentissage à la soumission

                            Depuis que je suis enfant, on m’apprend à me

                            soumettre à l’homme. Je n’ai jamais compris et

                            aujourd’hui je ne comprends toujours pas pourquoi, mais

                            pendant longtemps j’ai accepté sans me poser de

                            questions. Je devais me soumettre aux volontés des

                            hommes de mon entourage. Peu importe ce qu’ils me

                            demandaient, je n’avais pas le droit de me rebeller, je

                            devais leur apporter ce qu’ils désiraient, même si ce qu’ils

                            désiraient se trouvait à leur portée. Je devais avoir ce

                            comportement, par exemple, avec un de mes cousins qui

                            est mon aîné de quelques années. Lorsque je me disputais

                            avec lui et que j’allais me plaindre à un membre de ma

                            famille, on me répondait que c’était de ma faute, que

                            c’était un homme et que je ne devais pas me révolter s’il

                            m’ennuyait. J’en étais révoltée et frustrée. On m’a appris,

                            dès mon plus jeune âge, à servir l’homme sans discuter.

                            Lorsque ma famille avait des invités, ces derniers

                            étaient accueillis dans une pièce autre que celle où l’on

                            mangeait habituellement et je ne pouvais manger que

                            lorsque que les hommes avaient terminé leur copieux

                            repas parce qu’il fallait que je sois disponible au cas où

                            l’un d’entre eux aurait eu besoin de quelque chose. Cela

                            ___________________

                            1 G. Abou Sada, B. Courault, Z. Zeroulou (sous la dir. de),

                            L’immigration au tournant, actes du colloque du GRECO 13 sur Les

                            mutations économiques et les travailleurs immigrés dans les pays

                            industriels, Vaucresson, 28-30 janvier 1988, Paris, L’Harmattan,

                            1990.

                            26

                            -------------------------------------------------------------------------------------

                            n’est pas particulier à ma propre famille, dans beaucoup de

                            familles musulmanes il en est ainsi. Bien sûr, je n’étais pas

                            la seule à subir ce genre de vexations : mes cousines, mes

                            tantes, ma mère… toutes nous les subissions de la même

                            manière. L’une des choses les plus étranges est qu’on ne

                            mangeait pas dans la pièce où les invités dînaient mais

                            dans une autre pièce où les enfants avaient mangé avant

                            nous et où ils s’amusaient pour digérer, ce qui nous

                            obligeait à prendre notre repas (si on avait encore faim)

                            dans une ambiance électrique, avec les cris des enfants qui

                            ponctuaient chaque bouchée de nourriture avalée. Jamais

                            les femmes de ma famille, quand des invités étaient

                            présents, ont pu manger tranquillement, hormis les

                            doyennes qui recevaient le même respect que celui dû aux

                            hommes.

                            En outre, il fallait manger vite afin de préparer le

                            plateau de fruits qui suit généralement chaque repas ainsi

                            que le thé à la menthe et/ou le café selon la volonté des

                            invités. Plus d’une fois durant ces repas, je me suis agacée

                            envers une cousine, une tante ou même ma mère parce que

                            je ne supportais plus d’attendre pour pouvoir manger, de

                            devoir me rendre dans la pièce des invités pour

                            débarrasser leur table. Le fait de servir ne me dérangeait

                            pas vraiment et j’avais même plutôt un certain plaisir à

                            aider, mais je me suis aperçue que, toujours, seules les

                            femmes servaient et ne mangeaient pas sereinement. Je

                            n’ai jamais vu un homme de ma famille participer aux

                            tâches ménagères (même pas mettre le couvert) et durant

                            ces repas, j’avais plutôt l’impression d’être l’hôtesse d’une

                            autre famille que la mienne. De plus, j’ai rarement

                            entendu, voire jamais, un homme me remercier, prononcer

                            un mot de politesse, comme on le fait lorsque que

                            quelqu’un nous sert ; ce que je faisais leur paraissait

                            normal. Et c’est vraiment ce comportement qui

                            27

                            ------------------------------------------------------------------------------------

                            m’exaspérait. Dans la culture maghrébine, une femme qui,

                            par exemple, vient ramasser un verre d’eau renversé par

                            un homme ne sera pas remerciée parce que c’est normal,

                            c’est son rôle, en tous cas celui que sa culture lui impose.

                            Et puis, je m’efforçais de débarrasser, tête baissée

                            afin que mes yeux ne croisent pas ceux d’un homme,

                            parce qu’on m’avait expliqué que cela ne se faisait pas et

                            sans comprendre les réelles causes, je me soumettais à

                            cette volonté, parce que c’était comme ça et que toutes les

                            femmes autour de moi se comportaient ainsi. Aujourd’hui

                            je constate qu’en fait j’imitais les femmes de mon

                            entourage, la soumission s’enseigne par imitation.

                            C’est devenu une psychose qui me hante toujours. Je

                            me rends compte qu’aujourd’hui encore, lorsque je croise

                            un homme d’origine maghrébine dans la rue, le métro ou

                            le bus, j’ai tendance à éviter son regard et à baisser le

                            mien. J’ai été conditionnée à la soumission. Comme je l’ai

                            appris cette année en psychologie sociale, c’est ce qu’on

                            appelle la soumission à l’autorité. Ce terme se définit

                            ainsi : comportement de quelqu’un devant une exigence

                            visant à obtenir de lui soit une approbation, soit un

                            comportement, soit un changement cognitif ou perceptif.

                            J’ai été victime de cette soumission à l’autorité durant des

                            années jusqu’à ce que je réfléchisse véritablement par

                            moi-même, que je me libère de cette pesante autorité et

                            que je me rende compte que ces situations sont

                            intolérables de nos jours. (...)


                            • FRIDA FRIDA 22 avril 2010 23:20

                              Merci à l’auteur pour cet extrait, cela ne m’apporte pas grand-chose, il confirme ce que je connais, puisque je connais cettre culture très bien. Mais ce qui est décrit c’est le côté soft de la pratique traditionnelle de la majorité des familles, en plus il faut que la femme en arrive à prendre conscience de l’abération de la situation pour la décrire, la plupart des femmes se refusent la critique par peur d’être taxée de traitrise ou d’être qualifiées d’inféodées.


                              • Blé 23 avril 2010 06:15

                                La soumission à l’autorité est un principe qui a été appliqué aux femmes en Europe comme ailleurs et qui n’a pas disparu dans notre culture. Les femmes doivent accepter des différences de salaires, des différences de conditions de travail, des différences de trajectoire professionnelle.

                                Il y a ce qui ce dit à travers les média et il y a la réalité du terrain. Aujourd’hui, ce sont les femmes les plus mal loties lorsqu’elles prennent leur retraite parce qu’elles ont arrêté de travailler pour élever les enfants. Je ne connais pas d’homme qui ait arrêté de travailler pendant 10 ans pour élever ses enfants.


                                • Fantômette Fantômette 23 avril 2010 11:42

                                  Très fort et très parlant, l’extrait !
                                  Tout y est expliqué, en particulier cette « soumission par l’imitation ».

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