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Accueil du site > Actualités > Société > Les bouleversements qui viennent

Les bouleversements qui viennent

Malgré le froid piquant qui aurait pu inciter chacun à rester bien au chaud chez soi ce soir de 22 février, la discussion-débat autour du livre « un projet de décroissance » a réuni un nombre inespéré de participants (à vue de nez, nous étions une soixantaine de personnes).

 

Vincent Liegey a d'abord présenté le fascicule « un projet de décroissance – manifeste pour une dotation inconditionnelle d'autonomie » dont il est le co-auteur.

http://www.projet-decroissance.net/?p=12

Puis le débat, intéressant, a commencé.

 

En faire un compte-rendu ici n'est pas mon propos.

 

Ce que je veux retenir, c'est le témoignage de Vincent Liegey qui observe partout où il va (et pas seulement en France) une nette progression, en à peine quelques années, d'initiatives diverses et multiples autour de la décroissance, du mieux-vivre, de l'auto-gestion, de structures hors le système qui nous étouffe.

 

Dans le cœur du débat, quelqu'un a demandé : « et la convergence de tous ces courants ? »

 

J'ai envie de répondre : la convergence existe, même si elle est informelle ; la preuve en est cette multiplication constatée.

Les historiens qui se penchent sur la préhistoire constatent que les principales avancées de nos ancêtres (maîtrise du feu, invention de la roue, apparition d'un langage articulé, …) on été quasiment simultanées, mêmes dans des endroits très éloignés les uns des autres.. pourtant, ils n'avaient pas les moyens de communications dont nous disposons maintenant pour partager les découvertes (par exemple, ils n'avaient pas internet... si, si je vous assure ; je n'ai pas de lien, alors croyez-moi sur parole).

Un autre exemple de convergence informelle mais réelle, cette fois, concernant des animaux : l'ouverture des bouteilles de lait par les mésanges.

Elles perçaient de leur bec les capsules fermant les bouteilles de lait pour manger la crème du dessus ; en quelques années, toutes les mésanges ont su le faire, mêmes dans des villes très éloignées l'une de l'autre. Elles ont acquis cette technique dans toute l'Angleterre presque simultanément (elles non plus n'avaient pas internet).

http://arboresciences.blogspot.fr/2011/04/transmission-culturelle-chez-les.html

Extrait : « Ce comportement a été inventé indépendamment plusieurs fois... »

 

Alors, rassurons-nous : la convergence existe, ce n'est pas de l'optimisme béat, c'est un fait.

 

D'autres questionnements révélateurs d'inquiétudes :

« Il va y avoir une révolution ? »

« Si il y a une révolution, ce sera quand ? Et comment ça va se passer ? »

 

Oui, il y aura une révolution... elle ne sera pas obligatoirement sanglante ; elle peut aussi être non-violente : c'est ainsi que Gandhi a obtenu l'indépendance de l'Inde, c'est ainsi que les Portugais ont vécu leur révolution des œillets, c'est ainsi que le mur de Berlin est tombé, ...

Quand ? Dans six mois ? Dans un an ? Dans dix ans ? Nul ne le sait. Une révolution ne se programme pas, elle ne s'inscrit pas dans un agenda ; elle arrive spontanément.

 

En attendant, préparons-nous, concentrons-nous sur ce que nous voulons construire après, continuons à nous organiser hors ce système qui va obligatoirement s'effondrer car trop mortifère et, du mieux que nous pouvons, chassons de notre esprit ces questionnements stériles et paralysants.

Sans pour cela, naturellement, négliger les forces contraires que nous avons en face de nous.

Elles sont au nombre de trois :

 

I – La force de l'oligarchie, à la fois la plus impressionnante et … la plus vulnérable.

La plus impressionnante car c'est celle qui a le pouvoir, la complicité des dirigeants gouvernementaux, l'armée et la police à sa botte ; elle a aussi la loi pour elle (mais pas la légitimité, ne l'oublions pas).

 

Elle est aussi la plus vulnérable. L'oligarchie « Too Big To Sail » sera engloutie dans l'océan de ses excès, tôt ou tard. Et c'est d'ailleurs peut-être son effondrement qui sera le déclencheur de la révolution (Dans six mois ? Dans un an ? Dans dix ans ?).

Nous n'avons rien à faire pour cela : elle se sabordera elle-même, elle porte en elle les gènes de sa destruction.

Contentons-nous de dépendre d'elle le moins possible : la simplicité volontaire, une décroissance choisie sont des excellents moyens de résistance passive et qui, d'ailleurs, nous libèrent avant l'heure même.

 

II – La force d'inertie de la majorité de la population au milieu de laquelle nous vivons.

Cette force là est parfois décourageante.

Cependant, en vouloir à nos concitoyens apathiques est non seulement vain mais injuste : comme nous (sauf que nous en sommes conscients), ils sont lobotomisés par les manipulations efficaces de l'oligarchie (novlangue, publicités, médias « laveurs de cerveaux », conditionnement depuis la naissance,...).

Il n'y a pas vraiment de méthode, de recette pour les sortir de leur léthargie. Parfois, nous parvenons à en réveiller un ou plusieurs en donnant l'exemple, en discutant calmement, sans donner de leçon... faisons de notre mieux, sans attendre vraiment de miracle, c'est tout.

Et sachons qu'au début du chamboulement, ils se tourneront contre nous, dans un premier temps, car leur réveil va être brutal.

Puis, ils nous rejoindront, pour la plupart.

Gardons à l'esprit que ce sont toujours des minorités qui sont à l'origine des grands changements : être minoritaires n'est donc pas un handicap insurmontable.

 

III – La force de la haine  : la pire ! La plus dangereuse ! La plus contagieuse aussi dans les périodes de troubles.

Celle qui peut tout faire échouer, celle qui peut anéantir tous nos efforts, celle qui peut nous faire basculer dans l'obscurantisme de la barbarie, celle qui profitera (et profite déjà) des remous du changement de société pour distiller son poison.

Celle que nous devons combattre par tous les moyens : par notre intelligence, notre vigilance, notre humanité.

Celle dont nous devons nous méfier le plus.

Là est notre ennemi le plus redoutable, cet ennemi qui nie cette évidence et la fait oublier : mes semblables sont différents de moi, ce sont pourtant mes semblables, si je les rejette, je me rejette moi-même.

 

En résumé, la première force contraire se dissoudra d'elle-même, la deuxième finira par ne plus être contraire, la troisième sera toujours plus ou moins active et nous devrons continuellement nous en garder.

 

Préparons-nous aux bouleversements qui viennent, sans en avoir peur (si nous avons peur, faisons de notre mieux pour la surmonter), car c'est à nous, citoyens éveillés, de faire en sorte que ces changement inéluctables soient l'occasion de bâtir une nouvelle société plus harmonieuse, plus sereine.

Ne laissons pas passer cette opportunité.


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15 réactions à cet article    


  • miha 25 février 2013 11:51

    Sans convergence formelle, nous sommes sur la même longueur d’onde que celle des Chiapas au Mexique et de bien d’autres populations en lutte dans le monde.

    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article132346

    Un des messages des Chiapas :

    « Oui, on commence à voir l’horizon. Et même très clairement. Jamais on ne l’avait vu aussi distinctement. La grande machine du néo-libéralisme se fissure de tous côtés, la brute craque ; elle va bien finir par crever sous le poids de son orgueil dément. »

    et un autre article allant dans le même sens :

    http://www.orbite.info/traductions/dmitry_orlov/fragilite_et_effondrement.h tml


    • reprendrelamain reprendrelamain 25 février 2013 14:43

      @ L’auteur,
      votre analyse dans cet article est très intéressante et je suis d’accord avec vous, il va falloir s’armer de patience.


      • miha 25 février 2013 16:20

        S’armer de patience, oui, tout en se préparant à « l’après » et en sachant lucidement que nous traverserons de graves turbulences... à nous de réfléchir à ce que l’on veut et à ce que l’on ne veut plus pour ne pas s’en remettre, encore une fois, au premier « homme providentiel » qui passe.

        En attendant, organisons notre survie et n’alimentons pas ce système destructeur = simplicité volontaire.


      • etychon 25 février 2013 15:52


        Tout est résumé dans ce lien vers le graphe qui résume la situation. Rapport Meadow 2012

        http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2012/126/Futurism-Got-Corn-graph-631-thumb.jpg


        • miha 25 février 2013 16:16

          Oui, l’effondrement du système est inéluctable.

          Merci pour ce lien.


        • Peretz1 Peretz1 25 février 2013 16:36

          Je ne crois pas qu’il y aura une révolution tant qu’existeront les restos du coeur. Coluche lui-même espérait qu’ils ne seraient pas toujours là pour faire ce que les dirigeants ne veulent pas faire Ce qui est préconisé dans "http://www.edilivre.com/en-finir-avec-les-crises-et-le-chomage-louis-peretz.html où tout est expliqué. En revanche si l’on changeait de Constitution...(www.citoyenreferent.fr)


          • miha 25 février 2013 16:42

            Tout à fait d’accord pour changer la constitution... écrite par et pour le peuple... il serait grand temps.

            Comment la faire accepter par le gouvernement en place, puisque cela va à l’encontre de son intérêt ?

            En passant par une révolution... non-violente, de préférence.

            Quant aux Restos du coeur... ils ont de plus en plus de difficultés pour réunir des dons suffisants... il arrivera un moment où ils ne pourront plus faire face aux besoins grandissants d’une population qui s’appauvrit.


          • Fred94 25 février 2013 19:49

            Ce n’est pas l’éffondrement du système qui est inélucatable mais son changement ce qui ne signifie pas la même chose car le libéralisme pourrait y survivre comme la coopération et le progres social se développer.


            • Croa Croa 25 février 2013 23:32

              C’est possible aussi en effet. En fait la seule chose sûre c’est que ça ne peut pas continuer ainsi éternellement !

              Quant à savoir qui, des peuples ou d’une oligarchie (la même qu’aujourd’hui ou une autre,) détiendra le pouvoir demain... Dieu seul le sait !


            • miha 26 février 2013 12:35

              Oui, Croa, ça ne peut pas durer ainsi éternellement.

              Oui, Fred, nous ne pouvons pas savoir à l’avance ce que va être le changement qui arrive inéluctablement : à nous de faire au mieux pour qu’il aille vers la coopération et le progrès social.

              Nous avons un rôle à jouer, prenons en conscience et préparons-nous à le remplir.


            • alinea Alinea 25 février 2013 21:14

              Les petits ruisseaux font les grandes rivières..
              Mais en tout cas, en attendant, on vit ; et on vit mieux en créant, en osant, en apprenant...
              Ce n’est pas la vie qui est au bout de ce chemin : c’est ce chemin qui est la vie ; profitons-en, ne laissons rien passer.


              • miha 26 février 2013 12:30

                « on vit mieux en créant, en osant, en apprenant »

                Très juste et bien dit, Alinéa. Merci.


              • mortelune mortelune 26 février 2013 03:27
                Merci pour cet article très raisonnable.

                « Nous arrivons vers l’émergence d’une transformation globale. Tout ce dont nous avons besoin, c’est de LA CRISE MAJEURE et le peuple acceptera le nouvel ordre mondial » -David Rockefeller 


                Que feraient-ils contre des milliers de personnes ? ça c’est la question ... Que feraient-ils contre des millions de personnes ? Rien ! Peut-être...

                La force du nombre c’est la plus grande force pour ceux qui veulent un véritable changement sans faire couler le sang. Cependant il ne faut pas attendre que les gens de pouvoir regardent sans rien faire ou rien tenter. L’histoire des pays montre que la mort des autres ne les émeut pas et qu’ils sont parfois prêt à aller jusqu’au bout. De nombreux hommes politiques et pacifistes ont été assassinés ou ’suicidés’ (Gandhi, Jaurès, Luther King, Allende, Kennedy, etc... la liste est trop longue. L’histoire est aussi jonchée de millions de morts, civils ou militaires. Quand le groupe Bilderberg se réunit ça m’étonnerait que les membres parlent de la pluie et du beau temps devant des apéricubes. Idem pour la commission trilatérale et j’en passe. Rockefeller, Rothschild et leur clique de serviteurs cupides ne laisseront jamais les peuples s’auto gérer dans une économie en décroissance. 

                « La peur entraîne la colère, la colère entraîne la haine »
                La haine viendra donc de ceux qui ont le plus peur... De ceux qui auront peur de tout perdre.


                • lionel 26 février 2013 07:57

                  Bonjour MorteLune,


                  Je pense que la colère est essentielle. Ne pas la ressentir, la fuir, sont des attitudes dangereuses. Il est préférable de la reconnaître, car elle n’est pas fondé sur la peur mais sur le constat de l’injustice. Elle est l’étalon de notre conscience, de notre empathie, elle est Noble et légitime. Elle est une énergie formidable, capable de destruction certes mais aussi de celle du mensonge, de l’injustice. Sans être indissociable de la haine, elle est une matière brute à utiliser comme un alchimiste, elle doit être transformer afin de servir la Vie, la Vérité et non la mort. 

                  Bonne journée, bonne colère, bonne alchimie !

                • miha 26 février 2013 12:29

                  Je suis d’accord à la fois avec Mortelune et avec Lionel.

                  Admettre sa colère est préférable à la nier ou l’occulter.

                  Ensuite, déterminer la cause de sa colère est essentiel : si la cause en est la peur, surmontons cette peur stérile, si la cause en est un sentiment d’injustice, agissons du mieux que nous pouvons pour réparer cette injustice.

                  Et c’est vrai que moins nous avons à perdre, moins nous avons peur.

                  Merci de vos réactions qui aident à avancer dans nos réflexions.

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