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Accueil du site > Actualités > Société > Les enfants, le désir et l’éducation

Les enfants, le désir et l’éducation

La pédagogie et nos propres comportements face aux enfants sont beaucoup plus influencés par les lois du marché et de la consommation que par la réflexion pédagogique ou la recherche dans ce domaine. La société de consommation a pour premier objectif de faire des enfants d’aujourd’hui, les consommateurs de demain... C’est de cette hypothèse qu’il faut partir pour comprendre les grandes mutations de notre société et les difficultés que nous rencontrons dans le système scolaire, et non pas de tout autres raisons qui ne font qu’occulter ce processus inquiétant... mais pour cela revenons à de la psychanalyse classique. 

Les archétypes de la pensée, depuis la nuit des temps, les valeurs symboliques qu’ils ont véhiculées, et la psychanalyse, ont toujours révélé que le rôle du père, est de freiner puis de canaliser par l’éducation et la loi, le désir de l’enfant. Si la grossesse de la mère est visible, et si son lien avec l’enfant est évident, aussi bien que total, c’est-à-dire fusionnel, en revanche le père et son lien avec l’enfant, relèvent du « verbe » c’est-à-dire de la reconnaissance de son acte sexuel et de sa conséquence, du domaine de la parole et du crédit qu’il accorde à la mère, et à son affirmation qu’il est le père. Le Père est le contrat originel, à la base de toute l’organisation de la société, il est le premier « savoir dire non », et le premier « savoir dire oui », extérieurs à la mère, qui engagent et sans lequel aucun développement n’est possible… Avec le père commence la vie en société et la lente sortie de l’état fusionnel avec la mère. Le père représente la toute première ascèse, nécessaire à l’apprentissage de la « vie ».

Pour ceux qui disent que ce rôle n’est pas essentiel, car en fait c’est à ce niveau que se situe la grande mutation de la société actuelle, il faudrait revenir sur les archétypes et le rôle du Phallus symbolique en tant qu’élément déterminant. Les déboires de notre système éducatif ne sont, peut-être pas, à chercher ailleurs.

S’il s’avère, comme cela semble être le cas, que ce rôle symbolique ne peut être tenu correctement que par le père, notre système actuel d’éducation est voué à l’échec et son résultat sur toute une génération n’est pas prévisible pour l’instant, si ce n’est en terme de consommation.

Comment s’est mis en place le paradigme moderne ? Beaucoup pensent maintenant qu’il s’agit d’une évolution, fruit de la pensée et de l’analyse, d’un refus d’une hiérarchisation obsolète, source de discrimination.

Cette vision est probablement idéaliste. Ne s’agit-il pas plutôt d’une nécessité d’un système économique qui favorise à outrance la consommation ? Tout désir, dans notre société doit se concrétiser par un acte d’achat ! Il ne s’agit plus d’éduquer le désir, démarche qui a été un formidable moteur de civilisation et de hiérarchisation des valeurs, mais plutôt de laisser libre cours à son expression, car les enfants, et le niveau de conscience et de besoins qui caractérisent cet état, sont un élément déterminant et moteur de la consommation et de tout notre système. L’enfant et l’infantilisation de l’adulte et des foules, sont avec la mère érigée en principe absolu et non dépassable, les trois piliers de la consommation. Savoir dire non au désir peut se révéler coûteux en termes de demande en économie marchande. Toute forme d’ascèse est actuellement bannie de l’éducation, le mot étude est lui-même rangé au rayon du ringard en raison de l’effort qu’il suggère. Tout apprentissage se doit d’être ludique parce que le ludique est rentable économiquement et qu’il peut se vendre car sa demande est spontanée, mais surtout, et c’est ce qui doit être noté et souligné, parce qu’il n’éduque pas la volonté.

La société actuelle semble ignorer, dans sa superbe et son mépris des enseignements du passé, que le mot éducation que nous employons, maintenant à tord, signifie « conduire hors de… » . C’est vrai que pour l’heure nous allons tout droit dedans !

Eric de Trevarez


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2 réactions à cet article    


  • alceste 20 juillet 2008 12:50

    @ Eric,

    Je rejoins tout à fait votre thèse, comme dans vos précédents articles ; du moment où on a entrevu que l’enfant pouvait avoir un intérêt publicitaire - comme en témoignagne déjà Zola dans "Au bonheur des dames", où les petits se voient offrir des ballons rouges à l’enseigne du magasin, et deviennent donc des bébés-sandwiches - le commerce n’a eu de cesse d’en faire un prescripteur, puis un consommateur. Comme les notions antiques d’autorité, de hiérarchie et de répression - associées au Père - ont subi ensuite un discrédit dont elles ne risquent pas de se relever tout de suite, le commerce fondé sur le désir à l’état pur a décollé comme une fusée. Par la force des choses, l’Instruction Publique, trop austère, les "maîtres" trop sévères et même les instituteurs ( trop quoi ? trop ringards ? pas cool ? ) ont évolué de sorte que l’Ecole, sanctuaire vieillot et respectable* , est devenue un "lieu de communication", amplement ouvert sur "la vraie vie". On s’étonne ensuite que le commerce s’y engouffre sans vergogne, http://ecolesdifferentes.free.fr/GBSPONSORS.htm 
    http://impassesud.joueb.com/news/usa-l-ecole-publique-au-service-de-la-consommation
     et on déplore que la violence y sévisse...
    * les cours n’étaient pas goudronnée, il y avait de vrais marronniers, aucun distributeur automatique de quoi que ce soit, ni de dispositif ludique peint de couleurs vives... la préhistoire, quoi.


    • Lisa SION 2 Lisa SION 20 juillet 2008 23:42

      Bonjour Eric,

      éditez vous des vidéo conférences ? Vous devriez, car les enfants qui sont scotchés devant la télé pourraient apprendre quelquechose en vous écoutant.

      La loi aujourd’hui est l’argent, le pouvoir d’acheter et le calcul. Bien des mères, croyant pouvoir se passer d’amour, choisissent plutôt le calcul. Elles quittent le domicile conjugal avec l’enfant, et l’éduquent seules. Résultat, elles sont contraintes de jouer les deux rôles, la mère et le père. Mais elles échouent, en fait envers l’un comme avec l’autre. Et donc, l’enfant évolue sans véritable mère douce et chaleureuse, ni sans père, énergique et autoritaire. Il ne connait ni repères au delà desquels son père sait l’arrêter, ni modèles canalisant son énergie, ni limites au delà desquelles il devient sauvage. Le monde audiovisuel qui l’éduque n’a plus rien de commun avec la nature dont il est pourtant issu, et qu’il ignore complètement, mais , cela l’éloigne-t-il du monde sauvage d’où la société l’a péniblement extrait ? L’enfant n’est plus qu’une ortie sauvage, mais le terreau nourricier de la société est tout autant stérile. 

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