• jeudi 9 septembre 2010
  • Agoravox France Agoravox.com Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Société > Les Français sont-ils favorables au travail le dimanche ?
par Ronny lundi 13 octobre 2008 - 83 réactions Ecouter en mp3 (Readspeaker)
6%
D'accord avec l'article ?
 
94%
(220 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Les Français sont-ils favorables au travail le dimanche ?

Depuis un bon mois, les déclarations gouvernementales sur les intérêts potentiels d’une libéralisation du travail le dimanche se sont succédé. Cette opération de communication vient de franchir une étape supplémentaire avec la publication par Le Journal du dimanche d’un sondage laissant penser que ces propositions auraient le soutien de l’opinion publique. Est-ce bien sûr et que cache cette volonté de « réforme » du Code du travail ?

Depuis un bon mois, MM. Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, et Xavier Bertrand, ministre des Affaires sociales, se relayent auprès des professionnels pour les assurer de leur volonté de promouvoir le travail le dimanche, en accord avec le slogan présidentiel « travailler plus pour gagner plus ». Un sondage Ifop-Publicis paru le 12 octobre dans Le Journal du dimanche (1) laisse supposer que les Français y sont favorables à 67 %. Cette présentation des faits a été reprise tout au long de la journée de dimanche par les médias audiovisuels (France 2 et France 3, France-inter, France-info, RTL, Europe 1, etc.) avec un manque de recul étonnant ; elle mérite pourtant une analyse plus poussée.

Un sondage présenté de façon surprenante

Intéressons-nous tout d’abord au sondage lui-même. Première surprise, la question posée était « travailler le dimanche est payé davantage qu’en semaine. Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous ». Cette formulation met donc en avant l’avantage salarial que procurerait le travail dominical, avantage dont on verra plus loin l’aspect fortement théorique, avant de poser la question objet. Il s’agit-là d’un biais de présentation de nature à induire une réponse a priori plutôt positive que négative. De façon plus perverse, cette question suggère aussi qu’il s’agirait d’une demande de l’employeur, et non pas d’une exigence, ce qui implique que les sondés seraient libres de refuser. On verra aussi plus loin ce qu’il en est...

Deuxième surprise, les réponses ne sont pas du type oui ou non, mais « non jamais  » (33 %), « de temps en temps » (50 %) et « toujours » (17 %). Ceci signifie donc que la moitié des personnes interrogées n’est disposée à travailler le dimanche que de temps en temps le dimanche, notion vague et opinion modérée que les analystes du Journal du dimanche et leurs confrères de la presse n’ont pourtant pas hésité à agréger sous le titre « Les Français veulent travailler le dimanche » (2). L’article du Journal du dimanche portant ce titre a d’ailleurs été rédigé par le nouveau rédacteur en chef, M. Claude Askolovitch, dont l’arrivée au journal s’est traduite par un alignement étonnant de celui-ci sur la ligne politique présidentielle (3).


Une fracture entre droite et gauche, entre Paris et province

Ce souhait de voir libéraliser le travail le dimanche correspond à une fracture entre les habitants des grandes villes et particulièrement ceux de Paris, et ceux de la province. Un résultat d’un sondage équivalent réalisé en 2007 démontrait que seul 45 % des provinciaux étaient favorables au travail dominical contre presque 75 % de leurs concitoyens citadins. Ce clivage est aussi un double clivage puisqu’il oppose électeurs de droite (favorables à 66 %) et ceux de gauche (favorables à 44 %).

Ces deux typologies sont intéressantes. A priori, ceux qui sont les plus concernés par le travail le dimanche, c’est-à-dire ceux qui devront travailler ce jour-là et qui sont statistiquement plus « à gauche » qu’« à droite », n’y sont pas si favorables que cela. Même observation par niveaux de revenu : si l’on compare les revenus disponibles par ménage en région parisienne et en province (4), on constate que c’est a priori ceux qui ont les plus forts revenus - et qui sont donc plus à mêmes de profiter de l’ouverture des magasins le dimanche - qui sont favorables au projet. Il est donc plus que probable que parmi ceux qui ont répondu « oui toujours » ou « de temps en temps » à la question posée par Ifop-Publicis, une proportion non négligeable a réagi de façon quelque peu individualiste, comme bénéficiaire potentielle, probablement non concernée par le risque que constitue le travail dominical.

Pour que ce sondage ait vraiment une valeur indicative, il aurait fallu interroger non pas l’ensemble des actifs, mais l’ensemble des actifs risquant de devoir travailler le dimanche... Il n’est alors pas certain que la réponse aurait été la même !


Une réalité en décalage avec les affirmations des politiques

Dans ce dossier du travail dominical, il est important de regarder ce qui se passe sur le terrain de plus près. Si l’on excepte les agents du secteur public (hôpitaux, armée, police, personnel des affaires étrangères, etc.) ou parapublics (RATP, SNCF, etc.) travaillant ce jour et qui bénéficient de conditions de travail parfaitement définies, il reste un important contingent de salariés du privé dont le discours paraît souvent très éloigné du consensus.

Marie, salariée en restauration rapide, nous déclare : « j’ai travaillé de 10 heures à 19 heures plusieurs dimanches de suite, avec 15 min de pause. Le patron est content, le chiffre grimpe... Mais nos horaires et nos récupérations ne sont pas conformes à la loi, et personne n’ose dire quoi que ce soit, de peur de se faire virer ». Catherine travaille à mi-temps, et seulement le samedi et le dimanche dans un centre commercial : « je suis payée au Smic. Quand j’ai fait valoir que je travaillais le dimanche et que mon salaire ne le reflétait pas, ma patronne m’a répondu : si vous n’êtes pas contente, vous démissionnez !  » Des témoignages comme cela, on en trouve des quantités sur le net. Ce sont souvent des femmes, dont la très grande majorité indiquent qu’elles n’ont pas souvent eu d’autre choix que celui-ci, imposé par leur employeur ou par la nécessité forte de travailler. Le cas de Virginie est représentatif : « A l’époque de mon embauche, j’étais dans le besoin absolu d’un travail. Du coup, quand on m’a dit que je devrai travailler un dimanche sur trois, j’ai accepté sachant pertinemment que dans le cas contraire je n’aurais pas obtenu ce poste. Depuis, la situation a bien changé. Mon mari gagne bien sa vie et nous avons eu une petite fille... Quand j’ai demandé à ne plus travailler le dimanche on m’a rétorqué que c’était dans mon contrat et qu’il fallait une motivation valable à ma requête. La raison familiale ne l’emporte pas. Je suis coincée, je ne peux pas vraiment démissionner au risque de me retrouver de nouveau sans emploi et ne plus pouvoir payer la maison. Du coup, je subis leur loi... ». C’est sans nul doute ce que nos politiques appellent le travail choisi le dimanche !

Pour qu’une décision visant à banaliser le travail dominical soit socialement acceptable, il est indispensable que cela se fasse sur la base d’un strict volontaire, et ce de façon non négociable et fortement régulée. Nous n’en prenons pas du tout le chemin, si l’on en croit les déclarations de M. Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, qui rappelait voilà peu que "c’est aux branches d’activités et non à la loi d’en définir les conditions". Ajoutons à cela qu’en ces temps de crise financière majeure, de récession et de pouvoir d’achat à la dérive, il n’est pas du tout certain que l’ouverture des magasins le dimanche permette un accroissement du chiffre d’affaires et un développement de l’emploi. Il est en revanche à craindre que lorsque le travail dominical sera banalisé, on assiste à un lobbying fort des entreprises pour banaliser aussi les revenus salariaux et autres avantages sociaux de ce jour « comme un autre »...


A qui profite la manipulation ?

Difficile, après la publication du sondage incriminé et du battage médiatique qui l’a entouré, de ne pas voir là une manipulation de nos politiques et des lobbys industriels et patronaux qu’ils représentent. Rappelons à cet égard que Le Journal du dimanche appartient au groupe présidé par M. Arnaud Largardère, dont les relations fortes avec M. Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa et sa famille, et la capacité à censurer un certain nombre d’informations gênantes pour le groupe Lagardère ou le président sont connues (5). Tout aussi inquiétant, rappelons aussi que l’actionnaire principal du sondeur, l’Ifop, n’est autre que Laurence Parisot, patronne des patrons et adepte inconditionnelle de la libéralisation totale du Code du travail.



Références

(1) Marie Nicot, Le Journal du dimanche, 12 octobre 2008
(2) Claude Askolovitch, Le Journal du dimanche, 12 octobre 2008
(3) Régis Soubrouillard : « Claude Askolovitch, grand espoir du Team Lagardère Media », Marianne2.fr, mardi 26 août 2008
(4) Source Insee
(5) Voir par exemple « Quand Le Journal du dimanche interroge Lagardère », Marianne2.fr, lundi 15 octobre 2007

par Ronny lundi 13 octobre 2008 - 83 réactions yahoo
6%
D'accord avec l'article ?
 
94%
(220 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Emile Red (xxx.xxx.xxx.222) 13 octobre 2008 12:49
    Emile Red

    Bien sûr coco, et tu vas chercher où le pognon que tu vas dépenser le dimanche ? Sur un autre jour de la semaine, pauvre tâche.
    Moi je voudrais que tous les crétins de ton espèce soient privés de congés, de dimanches et fètes et soient assujétis au travaille 18h / jour.
    Comme l’autre nul et le sens de l’histoire, le sens de l’histoire c’est que tu ailles travailler à pied, que ton patron te fouette et que tu ne sois payé que d’une assiette de soupe et d’un quignon de pain.

    Ca fout vraiment les boules des connards pareils qui profitent à plein de la société mais qui seraient prèts à écraser la gueule de quiconque dérange leur petit confort ou leurs caprices personnels de petit merdeux trop gatés

  • Par Arno_ (xxx.xxx.xxx.6) 13 octobre 2008 13:36
    Arno_

    Les magasins ouverts le dimanche ont un avantage competitif sur leurs concurrents qui ne sont pas ouverts a ce moment la.

    La marge des magasins ouverts le dimanche augmente donc, mais uniquement au detriment de leur concurrents fermes ce meme jour, car du cote du consommateur, il n’y a globalement pas plus d’argent a depenser.

    Si le travail le dimanche devient la norme, l’avantage competitif est perdu et il n’y a des lors plus (ou beaucoup moins) de possibilites d’augmenter les salaires pour ce jour la. Augmentation par ailleurs toute relative, puisque de nombreux temoignages nous rappellent que cette augmentation est loin d’etre systematique, que le volontariat est une blague, et que quand on travaille le dimanche, il y a un cout supplementaire (transport plus chers, plus rares, gardes des enfants).

    En revanche, ce qui est CERTAIN, c’est que la vie de famille va voler en eclat, qu’il va falloir faire garder les enfants le dimanche au lieu de s’occuper d’eux, que des couples ne feront plus que se croiser pendant la semaine (ce qui aura sans aucun doute une influence sur les divorces, donc une augmentation des familles monoparentales, donc encore plus de difficultes pour faire garder les enfants ce jour la...).

    De plus, si le travail du dimanche devient la norme, on tourne un peu en rond, car tout ceux qui bossent ce jour la ne peuvent pas aller faire leurs courses ce meme jour...

    Tout ca n’est pour moi qu’une maniere de mettre le pied dans la porte pour gentiement constater d’ici 10 ans que le travail le dimanche est devenu une nouvelle norme sociale, et qu’il n’y a donc plus aucune raison de le remunerer d’avantage qu’un autre jour.

    Le travail le dimanche est une connerie quand il se generalise, et perd tout ses avantages, en particulier pour l’employe.
    Le seul travail du dimanche devrait etre celui pour les services a la personnes, qui ne peuvent souffrir la moindre pause.

    En conlusion : encore une bonne grosse manipulation de notre gouvernement et les francais toujours aussi cons qui suivent comme des abrutis...

  • Par Gilles (xxx.xxx.xxx.169) 13 octobre 2008 11:58
    Gilles

    SOndage tellement dogmatique....qu’il faut être niais pour ne pas se rendre compte des biais.

    Il est absolument évident que beaucoup de sondés répondent à la question :

    "Trouveriez vous utile que les magazins soient ouverts le dimanche". Comme le dit l’auteur, si eux mêmes étaient fortement concernés la réponse du sondage serait différente

    Ensuite, certains répondent oui car ils n’ont pas trop le choix pour augmenter leurs revenus. Ils n’espèrent plus que les salaires augmentent et donc se résignent à grignoter les miettes qu’on leur lance. Il aurait fallut aussi demander, à ce qui l’acceptaient, pourquoi. "Parce que je n’ai pas le choix pour nourrir ma famille" aurait été une réponse trés plausible pour beaucoup

    Toute l’idéologie de ce gouvernement peut se résumer au fait que les employeurs et les salariés négociant de gré à gré sont sur un même pied d’égalité, vu que la lutte des classes est finie. L’autisme de nos dirigeants fait qu’ils refusent de discuter tout argument qui ne prend pas en compte ce dogme

    Plus le fait que ecs journaux et ce sinstiotut de sondage appartiennent et son dirigés par des groupes médiatico-industriels proche du pouvoir de droite et qui ont un intérêt à libéraliser le code du travail. CONFLIT D’INTERËT MANIFESTE

    ET aprés ? J’e signale qu’il y a déjà la possibilité depuis peu de racheter ses rtt, voir une partie de ses congés. Que la loi permet de négocier jusqu’à 285 jours de travail par an (donc tous les samedis) La prochaine campagne sera :

    « travailler pendant vos congés est payé davantage. Si votre employeur vous proposait de travailler pendant vos congé, accepteriez-vous »

    la réponse sera OUIIIIII, avec mes 1200 € par mois je rame et ne peut de toute façon partir en vacanaces. Donc avoir un complèment de 1200 € par an, c’est trop cooooooooooooooool

  • Par foufouille (xxx.xxx.xxx.249) 13 octobre 2008 11:45
    foufouille

    maintenant que les gens ne vont plus a la messe, l’etat souhaite remplacer dieu par le travail

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login /mot de passe

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.

Faites un don

Réclame

Les thématiques de l'article

Réclame

sondage

La réforme des programmes scolaires prévoit de restreindre l’étude de figures emblématiques telles François Ier, Louis XIV ou Napoléon Ier au profit de l’ouverture aux autres civilisations de notre monde, pensez-vous qu’il s’agit :


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site optimisé pour le navigateur Firefox