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Les grands ensembles

Le Diable ne se cacherait-il pas dans les « parties communes » ?

Les explosions sociales à répétition dans les banlieues françaises ont, semble-t-il, donné raison à ceux qui veulent détruire les « grands ensembles », contre ceux qui prônent la réhabilitation du parc - chaque fois que cela est possible. Mais dynamiter les barres et les tours pour reconstruire autre chose peut conduire aux même erreurs si l’on ne pose pas les bonnes questions sur le fiasco de ces programmes de logements sociaux lancés au début des années 60. Dynamiter pour reconstruire avec les mêmes idées générales reformulées en des termes plus modernes et plus électoraux risque d’aboutir aux mêmes impasses...

Il est inutile de revenir sur le rôle des maîtres d’ouvrage, des urbanistes, architectes, fonctionnaires de l’équipement, et des élus etc., qui ont fait ces expériences urbanistiques et architecturales, et qui aujourd’hui plaident coupables, en invoquant parfois des circonstances particulières : nécessité de construire beaucoup de logements en très peu de temps, modes architecturales de l’époque, techniques de construction favorisant les barres et les tours, etc. On sait maintenant qu’une ville ne se construit pas d’un coup de crayon, qu’il faut donner du temps au temps, et que ce sont in fine ceux qui l’habitent qui en sont les véritables constructeurs en y apportant ce « savoir vivre ensemble » sans lequel rien de durable ne peut être fait... Mais sont-ils vraiment coupables ? Le diable ne se cache-t-il pas dans les détails ? c’est vrai aussi pour l’urbanisme et l’architecture.

Un premier constat : la critique ne porte pratiquement jamais sur les appartements ; les cellules types - du F1 au F5 -, répétées à des centaines de milliers (ou millions) d’exemplaires répondent assez bien, aujourd’hui encore, aux besoins des familles (si l’ont met de côté quelques cas particuliers de polygamie et de tribalisme qui regroupent un trop grand nombre d’individus pour que leur hébergement en appartement soit possible).

Un deuxième constat : bien des problèmes sont liés à l’environnement - comme les transports, les espaces verts, les garderies, les écoles, les équipements sportifs, les commerces, les zones d’activités industrielles et artisanales etc. -, mais ces problèmes sont du ressort de la ville, et rien de vraiment nouveau ne résultera des modifications du paysage urbain par la disparition des « barres et des tours » au profit de petits ensembles et de maisons individuelles, si ce n’est une dilatation de l’espace à gérer, ce qui n’est pas forcément une bonne chose. Il appartiendra demain, comme jadis et naguère, à la collectivité de faire en sorte que cet environnement ne devienne pas des zones de non-droit où la police ne peut se faire sans l’intervention des CRS, mais soit un facteur positif pour l’insertion du logement social dans un contexte urbain, un facteur de lien social et non de rupture entre des communautés.

Mais ce que ces événements tragiques, et douloureux pour beaucoup, mettent en évidence, sans pour autant que ce soit un fait nouveau, c’est l’état d’abandon des « parties communes » de ces immeubles formant les « grands ensembles » ; le fait que les propriétaires ou les locataires n’y soient plus chez eux : halls d’accueils tagués et jonchés de toutes sortes de détritus, boîtes aux lettres défoncées, garages coupe-gorge, escaliers dégradés et ascenseurs inutilisables, occupation sauvage par des « bandes » incontrôlables qui y trafiquent remplissant l’espace de leurs cris, musiques et propos injurieux accompagnés souvent de menaces physiques à l’égard d’occupants terrorisés. Tel est souvent l’état des lieux.

Il est évident qu’aucun syndic de copropriété, qu’aucun conseil syndical, ne peut reprendre le contrôle de ces « parties communes » squattées qui sont le lieu d’expériences sociales underground (c’est un euphémisme). Seules les interventions répétées et fréquentes de la police le permettraient. Mais la police ne peut durablement remplacer les syndics de copropriété dans leur rôle de gestion - et le coût d’une intervention de police est trop élevé pour qu’on les utilise comme syndics ! Un sentiment d’impuissance apparaît alors chez les responsables locaux (maires, propriétaires, locataires, responsables d’associations etc.), non sans parfois laisser à penser qu’on est devant un échec programmé, qu’il ne pouvait en être autrement.

L’une des erreurs majeure de conception de ses « grands ensembles » est peut-être bien dans ces « parties communes ». Plus que la hauteur des tours ou la longueur des barres, ce sont ces espaces communs qui sont l’une des causes de l’échec global des grands ensembles. Il fallait faire autrement, c’est certain. Réfléchir sur cette question, c’est en fait apporter un élément essentiel à la définition des programmes de logements sociaux pour les 30 à 50 ans qui viennent. La réponse ne saurait tenir en quelques mots, en une ou deux affirmations, c’est évident ; et il y a d’autres points importants en dehors de ce problème. Mais le diable ne se cacherait-il pas... dans les parties communes ? Il faut l’en déloger... avant d’entreprendre quoi que ce soit !


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10 réactions à cet article    


  • pense_bete (---.---.57.116) 13 avril 2007 13:08

    article interessant, mais,

    prenons du recul et voyons ailleurs !

    les états unis par exemple, là bas des ghettos et zones de non droit existent. On peut retrouver ces zones en centre ville ou dans des zones pavillonaires. donc ce ne sont ni l’urbanisme ni l’architecture qui sont la cause ! Il faut la chercher ailleurs.


    • lorgnette (---.---.180.211) 13 avril 2007 23:20

      Pour avoir vécu en cité, et y retourner encore de temps en temps, je pense que le problème vient surtout du mode de vie des habitants.

      Les enfants sont laissés livrés à eux mêmes de longues heures au pied des tours, désoeuvrés, en rupture scolaire alors qu’ils sont souvent - quel paradoxe ! - les seuls de leur famille à parler le français.

      Si j’avais eu cette enfance, si ma famille ne m’avait contraint à rentrer directement de l’école jusqu’à la table où j’étais tenu de réviser jusqu’à l’heure du repas et celui de me coucher, alors il est certain que j’aurais agi de même.

      Comment apprendre à « se tenir » quand personne ne donne l’exemple ? Comment apprendre le respect quand nos propres dirigeants sont régulièrement mis en examen et blanchis, payés en milliers d’euros et encore voraces ? Comment avoir envie d’une cité propre quand les déjections canines et les poubelles font office de déco ?

      Comment enfin avoir envie de vivre en cité ?

      Alors quand on y vit, passé la première période de honte, on commence par s’habituer et on finit par revendiquer sa « banlieusitude ».

      Les jeunes des cités ont fini par devenir les rois de leur cour des miracles. Après tout, il vaut mieux être le roi d’une cité qu’un numéro à l’anpe.

      Le problème numéro un des banlieux est d’être quasi-exclusivement habité par ceux qui réunissent tous les problèmes :
      - sociaux
      - financiers
      - barrières linguistiques
      - differences culturelles

      Comment demander à tous ces gens d’oublier les fins de mois, les discriminations, le déracinement, la desespérance pour mettre leurs gamins devant leurs cahiers de devoirs ?

      Pour info, j’ai grandi dans une cité durant les années 70. Beaucoup de parents ne parlaient pas français mais peu étaient au chômage. Quasiment personne ne trainait au pied des immeubles le soir.


      • La mouche du coche La mouche du coche 14 avril 2007 11:04

        Cet article est intéressant et le commentaire de Lorgnette plein de vécu tout autant. smiley

        Car dans les deux cas, ils montrent bien que le problème ne vient pas de les formes des habitations (tours et barres) mais d’autres causes.

        les « parties communes » étaient un grand souhait généreux des architectes qui voulaient que les gens s’y rencontrent et se parlent : Le résultat a été malheureusement inverse : Elles sont devenues des endroits de « zone » des désœuvrés. Il faut donc hélas, les supprimer. smiley Les nouveaux immeubles construits maintenant n’en ont plus.


      • gAZi bORAt (---.---.164.192) 16 avril 2007 08:05

        « Parties communes et désoeuvrés.. »

        S’il est vrai que les parties communes sont devenus le refuge de désoeuvrés, que faut-il supprimer ?

        - Les parties communes ? ( les désoeuvrés se rassembleront alors ailleurs..)

        - Le désoeuvrement ? ( Il faudrait alors lutter contre le chômage..

        gAZi bORAt


      • pixel (---.---.215.196) 14 avril 2007 12:48

        Le problème comme c’est souligné plus haut c’est la concentration des problème liés à la pauvreté et au déracinement. Cette concentration tiens pour une bonne part à notre système électif.A l’après guerre la gauche et la droite se sont réparti les territoires urbains .La gauche à construit des HLM pour conforter sa pérénité électorale. La droite à évidement fait de même en privilégiant l’installation de propriètaires.Ce système à bien fonctionné durant les trente glorieuse avec le plein emploi et l’enrichissement de l’ensemble de la société.Aujourd’hui, les Cités, héritage construit de cet ancien partage politique, concentrent une population coinçé entre chomage et bas salaires sans perspective d’ascension sociale. Les « parties communes » ne sont pas respectées à cause de cet enfermement géographique et social car la pauvreté ne se partage pas.


        • gAZi bORAt (---.---.164.192) 16 avril 2007 08:22

          @ Pixel

          - Merci de ces rappels sur le contexte social.

          - Cependant pour y avoir vécu, je pense que le cadre est tout de même important. Si j’ai fuit d’une cité dans laquelle j’ai vécu deux ans ce n’est pas à cause des habitants (j’ai gardé des liens avec une bonne partie de mes anciens voisins) mais à cause de la déprime que me causait un environnement « moche » à pleurer.

          - Au delà du vandalisme (réel), il faut reconnaitre que dans les entrées, qu’il s’agisse des huisseries, des accessoires (boites aux lettres, etc..) des éclairage... tout était de mauvaise qualité et se déglinguait sans effort et ce, quasiment dès la pose..

          - L’insécurité ? A titre personnel, je ne l’ai pas vécu, sauf un bris de glace sur ma vieille Taunus de l’époque (Cela m’est arrivé une fois aussi en centre-ville).

          - Pourquoi suis-je parti ? pour toute cette déprime ambiante.. Ce n’est pas que la communauté de vie avec des pauvres me gène mais je les préfère exploités au travail car prêts à lutter qu’au chômage et désemparés..

          - Je suis donc parti dans un centre-ville, dans ce que l’on appelait alors « le parc social de fait » - une location à un particulier d’un vieil appartement en mauvais état - et j’ai retrouvé dans mon nouveau quartier une certaine mixité sociale (qui disparait aujourd’hui progressivement avec la flambée des loyers) et un environnement architectural moins angoissant.

          gAZi bORAt


        • Ark EvoluVeur (---.---.209.56) 14 avril 2007 21:40

          Parce que la construction des immeubles des banlieues est issue d’une période d’assainissement de territoires type bidonvilles ! De l’apport de l’outil industriel, et de ses systématismes : une tranche = 1000 identiques = rationaliser et moindres coûts... et puis malgré les années, et les zones d’espaces verts qui y sont allouées...apparition des voitures en nombres ont pris leur place...des habitants... enfin non « intégrés », de cultures différentes...et surtout sans une politique d’accueil éducative, de mieux comprendre, de mieux baigner dans la culture française...enfin tout bonnement, « dans un laisser-aller y partiront tout seuls... » ou bien encore dans une perspective de politique dépassée...etc...La France d’avant, celle des 68tards...celle des profiteurs et des opportunistes dans l’industrie...etc...Enfin celle du zonage et de l’accaparement des terres et des territoires...comme si longtemps nous aurions pu accepter et leurs habitants ignorants aussi, de rester ainsi assez loin des centres pour ne « géner personne ».Comme si les personnages politiques pouvaient continuer d’établir leurs seigneuries de pouvoir. Les élites s’essoufflent, remplacées par des entités ogresses, des multinationales au pouvoir de l’argent encore plus grand. Si ces secteurs sont aujourd’hui d’actualité c’est en partie (autant que l’info diffusée), parce qu’ils représentent une vraie opportunité d’affaire, une rentabilité sur le dos...des contribuables qui financeront grassement les offices sous des couverts d’impots et de taxes( délayage administratif...)Et les multi-ogresses investiront ( oh oui..depuis des actionaires « étrangers » chez eux sur-endettés et compressé jusqu’à l’os...)...comme le développement durable est pris comme un gros hameçon...qui cette fois je l’espère sera avalé avec son noyau humain.

          Je cite : extrait de « histoire de la ville » (1983) de L benevolo chap 14 : « L’approche scientifique des problèmes du milieu bati rentre dans le cadre de la culture scientifique indispensable au developpement de la société moderne. Mais les problèmes du cadre bati ont été volontairement soustraits à l’analyse scientifuqe, car c’était LE SEUL MOYEN DE CONSERVER L’EQUILIBRE DES INTERETS FONCIERS, ETABLI AU SIECLE DERNIER. En effet, cet équilibre n’est pas seulement une source de privilèges pour certaines catégories économiques, mais constitue un INSTRUMENT de pouvoir pour l’ensemble des classes dominantes....aucun rég politic...renoncer à cet instrument. »

          Alors pour ce qui est des parties communes, partagées (? ??) , bizarrement non entretenues par les locataires...mais toujours en attente d’une manne (?) bienveillante qui viendrait « repeindre » tout cela, au risque d’être malmené... disons pour raccourcir que les traffics et l’organisation « pragmatique » et exemplaire (voir leur mauvaise culture made in USA...)...police de délinquants (?)...quelques zones existent encore... si nos journalistes voulaient y faire de vrais reportages, non au profit d’étincelles politiques ...(!)...la schematisation est courante et encouragée par les politiques locales ( plus de pourriture = plus de moyen pour faire mieux géré)...Ce que j’en dis ici est aussi hélas une grosse ficelle, mais pour faire court...et synthétique. Que la démocratie arrive jusqu’aux banlieues, cela fera un bien fou, chez elles, comme pour assainir cet instrument de focalisation médiatique............. des lois se votent parfois pendant les guerres...sous le couvert et derrière le mur...mais j’insisterais surtout sur l’effet global d’une politique qui deviendrai définitivement humaine au détriment des multi-ogresses : le marché économique,a toujours exclu ceux qui besognent !...les effets du durable ( penser humainement, intelligemment et pour nos enfants aussi), arrivent...écoutez quelques candidats, et votez juste !... pour les forces vives de ce pays ! POur tous et dans les re-connaissances..........vive l’EvoluVe, vive demain !....et que les contextes des parties communes deviennent des prétextes à rendre sociable, et non égoïste et propriétaire peureux.


          • cdg (---.---.213.195) 17 avril 2007 13:00

            bonne idee

            C est bien de lire que le probleme c est pas forcement les grands immeubles et que la solution c ets de les dynamiter pour mettre les habitants des des pavillons

            la solution actuelle de relogement est une erreur car :
            - c est uniquement deplacer le probleme. une racaille en pavillon reste une racaille (seul avantage elle fait peut tre chier moins de monde) (desole pour la groissierete mais c est bien le terme approprie)

            - pour reloger le meme nombre de personne il faut bien plus de place et donc encore plus en peripherie des villes, avec encore moins de connections (bus, poste ...)


            • cnevians 9 mai 2007 06:58

              de plus, le pavillon « urbain », est dévoreur d’espace, il en occupe beaucoup, or il en reste peu en france.. donc il n’existe que l’habitat groupé pour s’en sortir... mais entre l’habitat groupé, et les grands ensembles, les français ne voit pas la différence, et leur envie morbide de pavillon n’aide pas non plus.

              donc le pavillonaire n’est pas une solution viable, là dessus on est d’accord... mais pour l’instant, aucune personnalité « politique » n’a interrogé un architecte/urbaniste/paysagiste sur ces questions... on est passé complétement à côté.. A par que l’on veut un pays de propriétaire...


            • cnevians 9 mai 2007 06:49

              une simple citation pour bien faire comprendre le probléme...

              L’architecture ne guérit pas (social , etc ..)

              MAIS

              peut rendre malade !!!

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