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Les hussards noirs de la république

Les médias ont présenté cette semaine des enseignants plus "motivés" que les autres ?

Selon des journalistes d'un grand média, il semblerait qu'il existerait encore des enseignants motivés, des" hussards noirs de la république", qui postulent volontairement pour être affectés dans des classes recevant des populations particulièrement difficiles.

Sous entendu, les autres enseignants se planquent dans des classes plus tranquilles...
 Ce qui est déjà une première déviation dans la présentation. Le métier d'enseignant est très dur, surtout depuis quelques années, à tel point qu'on ne trouve plus assez de candidats pour pourvoir aux concours, et que des centaines de postes de Directeurs d'école restent vacants. Et les vacances diront les jaloux ? Qu'ils fassent ce métier quelques semaines et ils verront si ces vacances sont un luxe ou une nécessité pour avoir le temps de préparer des cours... et pour récupérer de la fatigue et du stress.

Mais le sujet n'est pas là. Revenons à ces jeunes "difficiles". Telle que l'info est délivrée, on pense à des prédélinquants issus de quartiers défavorisés, des jeunes remuants, sans règles ni repères, violents souvent, des jeunes que je connais bien, j'en ai eu beaucoup. Population difficile mais passionnante. Avec eux, c'est vrai qu'il faut une bonne dose de dévouement au sens qu'ils nous prennent toute notre vie et qu'on ne fait pas de pause, ni le soir, ni le we. Mais on y croit et le nécessaire travail en équipe est motivant et enrichissant.

Mais non, dans cette info, le journaliste précise qu'il s'agit de classes de "segpa" ! Mais c'est quoitestce une segpa ? C'est une classe qui accueille majoritairement des jeunes dits "liminaires", c'est à dire souvent à la charnière de la "normalité" et du "handicap". Alternative à la scolarité impossible en classe normale de collège, ou en classe spécialisée dans un IME ou un ITEP, la segpa est une classe melpot ou tous ces jeunes en grandes difficultés d'apprentissage vont pouvoir progresser à leur rythme, reprendre les bases de la lecture et des disciplines fondamentales, et préparer un avenir professionnel protégé ou ordinaire.

Finalement ce que je veux dire, c'est que ces jeunes sont tout saut des voyous ! Ils sont avides d'apprendre, particulièrement intéressants et attachants, souvent en quête de reconnaissance, et on a avec eux des relations enseignant enseigné très fortes.

 Bref la mission est difficile mais passionnante. Alors c'est tout sauf une charge de hussards.

par Dirlo mercredi 15 février 2012 - 14 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Jean J. MOUROT (xxx.xxx.xxx.190) 15 février 10:48
    Jean J. MOUROT

    Les jeunes en décrochage scolaires, ceux qui ont du mal à se couler dans le moule d’une école faite pour des élèves dociles et motivés par les études abstraites, ceux-là n’ont leur place nulle part. Les Segpa sont souvent détournées de leur objectif initial pour accueillir des cas lourds, les ITEP, de même, scolarisent souvent des jeunes très handicapés... Les structures qui existent sur le papier pour les "décrocheurs" n’existent hélas, trop souvent que "sur le papier" !


    Quant aux enseignants et autres éducateurs, ils font souvent ce qu’ils peuvent. Mais il faudrait reconnaitre qu’on ne peut plus aujourd’hui traiter toute la population scolaire comme celle du début du siècle dernier. On peut être prof à l’ancienne, qui fait son cours devant un public réceptif, pour une certaine population ; il faut être en même temps éducateur et psychologue pour ceux qu’on ne scolarisait pas autrefois dans le collège unique et qui n’accédaient pas au lycée...

    Des présupposés idéologiques empêchent aujourd’hui d’adapter le système scolaire aux réels besoin de tous les jeunes et de former les enseignants en conséquence. On veut faire accéder tout le monde à une culture de haut-niveau et l’on se rend compte finalement que ce sont toujours les mêmes qui réussissent et que les autres sont laissés pour compte avec les meilleures intentions du monde.
  • Par Spip (xxx.xxx.xxx.46) 15 février 13:47
    Spip

    Des enseignants plus ou moins motivés, c’est une réalité bien sûr. On a tous connu le prof qui débitait son cours sans se soucier d’avoir été compris, et celui qui arrivait à nous intéresser, voire à nous passionner. Pour leur administration, ça ne faisait pas de différence... On va voir ce que le projet d’évaluation changera, sur quels critères (?), l’inspection étant une plaisanterie, de l’aveu même des inspectés.

    Mais, tant que l’Éducation Nationale enverra des jeunes, mal préparés, dans les postes réputés les plus difficiles, il y aura de la casse (démotivation, arrêts maladie, passages à l’acte, etc.).

    Concernant les classes "spéciales", pour avoir travaillé avec des instits CAEI, je sais à quel point ça peut être passionnant, mais c’est un autre monde.

  • Par Spip (xxx.xxx.xxx.46) 15 février 16:32
    Spip

    @ franor

    Votre réflexion sur éducation/formation me semble un élément important du malaise actuel. En effet, demander à l’école de combler le déficit créé par certains parents, c’est charger encore plus la mule, qui a déjà du mal avec son bât.

    Maintenant, que l’éducation prime "malheureusement" sur la formation, la formulation en elle-même me semble "malheureuse", elle aussi. L’éducation, c’est la base de tout. Sans ça, on voit ce que donne la formation seule : au mieux, de petits robots employables, au pire, de l’échec répété qui finit dans la marginalité. Je préfère penser que vous avez voulu dire que l’école dispersait ses moyens à des tâches qui ne devraient pas lui revenir.

    En parallèle : historiquement, 80% d’une génération au niveau du bac était le slogan lancé en 1985 par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Education Nationale. (loi d’orientation sur l’éducation en 1989) Pourquoi 80 % ? Parce qu’une délégation française avait visité les usines Toyota au Japon, au moment où une crise (une de plus) touchait l’industrie automobile. Les ouvriers à la chaîne étant bacheliers à 80 % des effectifs, l’employeur avait pu en réaffecter une partie comme vendeurs supplémentaires pour dégonfler les stocks. C’était donc LA solution.

    Depuis, pour obtenir et tenir ce score, on l’a quelque peu malmené ce fameux bac. Si vous avez des enseignants dans votre entourage demandez-leur ce qu’ils en pensent...

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