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Accueil du site > Actualités > Société > Les marches blanches rendent-elles les gens meilleurs ?

Les marches blanches rendent-elles les gens meilleurs ?

La première marche blanche a été organisée le 20 octobre 1996 à Bruxelles. La participation varie selon les sources de 350’000 à plus de 600’000 personnes. Toute l’Europe s’était fortement émue du calvaire des deux fillettes, Julie et Melissa, mais aussi des autres victimes connues qui ont survécu.

Bruxelles et conséquences

Cette affaire prit une telle ampleur à cause de l’horreur des faits, mais aussi parce que le nombre de victimes, le mode opératoire, les dysfonctionnements de la justice et la participation de la femme du violeur meurtrier l’ont rendue hors normes. La Marche blanche de Bruxelles fut un signal fort envoyé par la population aux responsables de la sécurité et de la justice.

Les participants s’habillaient de blanc ou apportaient une fleur blanche, une rose ou un lys. Le blanc fut choisi comme symbole de l’innocence et de la pureté.

Cette marche était une protestation morale et l’expression d’une très forte émotion collective, mais aussi un acte politique fort. L’attention portée au risque pédophile fut accentuée. Ce qui entraîna aussi des dérives : tous les pères devenaient suspects et beaucoup d’entre eux que je connais n’osaient plus prendre leurs enfants sur les genoux, par exemple, ou sourire à un enfant qui lui sourit. Les enseignants de l’Education nationale en France furent suspectés sur la recommandation de Ségolène Royal, et des centaines d’entre eux furent accusés et emprisonnés sur de simples rumeurs. Marie-Monique Robin, dans son enquête « L’école du soupçon », a dénombré 73% d’accusations injustes. La pédophilie était perçue comme un crime uniquement masculin. Depuis il y a eu l’affaire Fourniret, Outreau, et l’on a commencé à parler aussi de pédophilie féminine.

A partir des crimes de Dutroux l’idée des marches blanches s’est développée. D’une part il y a eu des associations qui ont pris ce nom et qui se sont impliquées dans le débat politique et législatif de certains pays. D’autre part des marches blanches sont aujourd’hui organisées pour toute mort violente ou criminelle et particulièrement sordide. La démocratie fait que les grandes causes générales sont ensuite déclinées dans des cadres plus locaux.


Reconstruire un rite collectif

Les plus récentes en France sont la semaine dernière celle pour Anne Caudal, la jeune femme enceinte tuée et en partie brûlée par son assassin et son ex-femme. Il y a eu celle pour l’adolescente tuée et brûlée à Tournon, laquelle marche fut le théâtre d’un drame : deux jeunes qui s’y rendaient ont été tués par un camion. Une autre marche a ensuite été organisée en leur honneur, non pas à cause d’une mort criminelle mais à cause de l’émotion suscitée par le contexte de ces morts. Ces marches sont devenues presque habituelles. Il y en a eu au Mexique pour dénoncer la violence et la criminalité. Et récemment, à une année d’intervalle, deux marches blanches ont été organisées dans la ville de Guise pour un chien martyrisé par son propriétaire.

Elles sont donc des actes citoyens et politiques : l’expression d’une indignation et une dénonciation. Elles servent aussi de plus en plus à manifester un soutien à une famille et à une victime que l’on a connue.
marche1.jpg
En ce sens elles recréent le rite d’accompagnement des morts. Dans les villages d’autrefois, un décès - violent ou non - causait l’émoi dans toute la population. Le rite religieux était suivi par plus que la famille. Aujourd’hui ce rite funéraire se fait plus discret, peut-être à cause de la grandeur des villes où un mort est, sauf exception, plus anonyme. Les marches blanches sont comme la revalidation d’un rite funéraire, d’un accompagnement au mort, même si elles ne sont organisées que dans certains cas précis où le crime dépasse la moyenne du supportable.

Recréer ce rite qui rend hommage aux morts est plutôt une bonne chose. Les civilisations commencent avec le langage, les outils, la structuration sociale et les rites mortuaires. Un autre aspect positif est le soutien apporté à la famille. Quand notre peine est partagée par le plus grand nombre elle est moins brûlante. La mort dans l’indifférence serait plus que la mort. Et les témoins peuvent eux aussi laisser s’exprimer le bouleversement qu’ils vivent et ne pas garder cela en eux.


Rendre l’humain meilleur ?

Les marches blanches réunissent donc des personnes autour d’une même émotion, dans le refus de la violence et du crime. Les participants incarnent des valeurs sociétales positives communes qu’ils espèrent rappeler à cette occasion.

Mais est-ce suffisant pour changer le cours des choses et éradiquer la criminalité dénoncée ? L’émotion peut-elle changer la société et nous changer nous-mêmes ? Une fois le « devoir » de solidarité effectuée, et le temps passant, que reste-t-il de ce moment fort partagé tous ensemble ?

Les participants à une marche blanche se placent du bon côté de la barrière, celle de la moralité. Parmi eux il y a peut-être des délinquants, des criminels insoupçonnés, des personnes dont l’attitude d’esprit habituel est de mépriser les humains. Participer à une marche les rend-elle meilleurs ?

Une marche blanche, avec toutes ses raisons valables et son lot de bons sentiments, suffit-elle à donner envie aux gens d’agir autrement autour d’eux ? Les éventuels délinquants prennent-ils conscience du mal qu’ils font au monde et aux personnes qui sont leurs victimes ? Le choc d’un crime violent est-il de nature à nous réformer durablement ? Ou est-ce que les bons sentiments n’ont qu’une durée limitée ?

Les victimes d’homicides représentent environ 0,001% à 0,002% de la population. Les crimes les plus sordides comme ceux qui suscitent des marches blanches ne sont qu’une petite partie de ce pourcentage. Est-il possible dans une société de vivre avec un risque zéro ? Doit-on compter avec le risque que, sur quelques millions d’habitants, il y a quelques Dutroux ? Et qu’ils ne sont pas réformables ?

Peut-être ne faut-il pas demander aux marches blanches plus que ce qu’elle peuvent donner : l’expression temporaire d’une émotion, la manifestation d’une solidarité et le rappel de valeurs. C’est déjà beaucoup que les citoyens se sentent concernés et se mobilisent. De par la force symbolique du rite, par le blanc, par la dénonciation sociale, elles semblent pourtant pourvues d’une ambition plus vaste : exorciser le mal de la société. Mais il faut probablement y voir une manière de ne pas laisser le dernier mot à ce mal et au crime.

Je ne suis pas sûr que les marches blanches rendent l’humain meilleur mais au moins elles ne laissent pas le pire s’exprimer en dernier.


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5 réactions à cet article    


  • easy easy 2 août 2011 15:02

    Il y a plusieurs façons de manifester sa colère quand on apprend un crime horrible et quand on veut affirmer en messe qu’on ne veut pas de ça. Une des façons souvent pratiquées jusque là, consistait à manifester-lyncher.

    Les marches silencieuses et blanches représentent alors une innovation certainement valable.

    On ne saurait réaliser de messe moins violente suite à une violence.

    Le renoncement au lynchage millénaire témoigne d’une meilleure compréhension de la problématique de l’Homme (que les lynchages ne résolvent pas du tout) 

    Une messe blanche ne contient plus le paradoxe que formalisait le lynchage
    « Violentons le violent pour dire notre horreur de la violence » 

    C’est la forme de manifestation contre la violence qui est la plus proche de celle de Gandhi.



    • asterix asterix 2 août 2011 15:51

      La marche blanche, j’y étais. Pas dans la foule car je venais de me fouler une cheville. Je me trouvais en compagnie de deux Cubains fraîchement débarqués qui ne comprenaient pas le fait de voir une telle masse humaine défiler sans un cri, sans le moindre mot d’ordre, sans un flic pour les encadrer. Un geste citoyen qui vous marque pour la vie. Un signe fort que tout pouvait changer par le peuple et pour le peuple. Que nous devions tous ensemble préparer un avenir à nos enfants, qu’il y avait une limite à l’impéritie de l’Etat. Flamands, Wallons et immigrés réunis comme si nous allions enfin entrer au paradis, que la société partageait des valeurs communes, que plus jamais nous ne vivrions une telle horreur.
      Nous avons vite dû déchanter. Le Juge chargé de l’affaire fut dessaisi pour avoir participé à une soirée-spaghetti en l’honneur des victimes. La loi reste la loi... Que penser de cette foutue loi, sinon qu’elle servait encore une fois à tout cacher ?
      Quelques semaines plus tard, le monstre Dutroux s’échappait dans des circonstances rocambolesques du Palais de Justice de Neufchateau. Traqué sans résultat par toutes les polices du pays, il fut retrouvé par un simple garde forestier, un citoyen comme nous tous.
      Le peuple, toujours le peuple, rien que le peuple...
      Une enquête parlementaire fut mise sur pieds, elle n’aboutit à rien que nous ne savions déjà : justice, enquêteurs et coordinateurs avaient fait preuve d’incompétence crasse, d’orgueil imbécile. Aucun dossier dont la nécessaire corrélation aurait dû amener à débusquer immédiatement le coupable n’avait été lié aux autres, chacune de nos deux polices ne cherchant que le coup d’éclat pour les siens. Pire, la partie caroloringienne de l’enquête confiée à un amateur pur jus l’avait amené à fouiller la maison de Dutroux. Ce plouc passa à trois mètres des petites Julie et Mélissa qui étaient encore vivantes, emprisonnées par Michelle Martin, la femme de Dutroux qui les laissa mourir de faim de peur des représailles de son mari qui était en taule pour d’autres faits. Condamnée sans ménagements et pour cause, sa libération provisoire qu’elle a le droit légal de demander après avoir purgé la moitié de sa peine vient de lui être refusée, principalement parce que vous Français avez refusé de la laisser dorénavant vivre dans un de vos couvents, chose qu’elle ne peut envisager chez nous par peur d’être immédiatement reconnue.
      Revenons à la chronologie des faits. Une véritable psychose s’empara du pays. On parla de ballets roses, d’ogres mangeurs d’enfants, de membres de la famille royale qu’il fallait couvrir, de réseaux internationaux occultes et que sais-je encore. Gare à tout inconnu qui osait esquisser un sourire à un enfant. Trois minutes plus tard il se retrouvait au poste, forcé d’avouer qu’à tout le moins la police veillait...
      L’énigme est restée pleine et entière. On dispose de la preuve formelle que Dutroux recevait tous les mois un chèque postal anonyme d’un peu moins de 1.000 euros
      Qui le lui envoyait et pourquoi ?
      On n’a bien sûr jamais su d’où il venait.
      No comment...
      La chasse aux sorcières a fini par se tarir. Dans un sens, il valait mieux. Même un bâtonnier ( Haut Magistrat de la Cour d’appel de Liège ) fut soupçonné, lynché par l’opinion publique sans la moindre preuve et pour cause.
      Le temps passa. L’émotion et l’indignation aussi. La mère de Mélissa devint brièvement Sénateur Ecolo, le père de Julie directeur de coordination à Child Focus, l’organisme chargé d’e plonger sur le moindre indice suite à une disparition d’enfants. Ils ont tous deux changé d’orientation depuis. Amers sûrement de n’avoir pas été compris dans leur action, mais il s’agit là d’une autre histoire.
      Rentré dans les usages pour commémorer tous les meurtres d’enfants, le terme marche blanche est rentré dans les usages avec plusieurs couacs de dimension. Songeons parmi d’autres au papa du petit Younès qui en organisa une alors qu’il avait lui-même assassiné son jeune fils. Pire, plus interpellant encore, le terme fut honteusement galvaudé par une bande de voyous qui demandait « justice » parce qu’un des leurs s’était fait abattre au cours d’un hold-up par un bijoutier qui n’avait voulu que protéger sa fille braquée par son complice.
      Le summum fut atteint lorsqu’on apprit que l’évêque de Bruges avait abusé de ses deux neveux durant quinze ans et qu’un de ceux-ci avait fini par se suicider. Ce Primat de l’église de Flandres n’a même pas passé un seul jour de sa vie en prison ! Le Vatican l’a condamné à se faire oublier dans un couvent avec le devoir de ne plus consacrer la Sainte Hostie... Mais ce saint homme déchu jouit encore d’une pension à taux plein, on respire pour lui..
      Qu’il est loin le temps où la Belgique s’est trouvée unie pour défendre des valeurs universelles... Je n’en retire qu’un souvenir vivace, la certitude aussi que l’action non violente ne pourra jamais changer le monde.
      Mais voilà, je suis et reste non-violent sauf dans l’écrit, c’est ma petite contribution au monde que j’aurais tant voulu voir éclore.
      Quel gâchis ! Mais quel gâchis.
      Aujourd’hui, permettez que mes pensées aillent au peuple syrien saigné à mort par un tyran. Vous comme moi, que pouvons-nous faire de plus ?


      • lilou034 2 août 2011 23:03

        Oui une marche blanche c’est un bon moyen de faire passer un message mais de manière pacifique.

        La violence n’apportant que violence !

        Parfois face à certains évènements le silence peut être plus porteur que des cris dans des mégaphones.

        Mais pourvu que l’on retienne ces évènements !

        Car un évènement en chasse un autre,dans une société de consommation il en va de même pour l’info,les faits divers....les gens se lassent vite.

         


        • himmelgien 3 août 2011 03:57

           La « marche blanche », je la suivais à la télé quand on a annoncé ( JT de France 2, je crois ) que 4 ados avaient été enlevées dans les rues de Bruxelles !... 2 par 2 , dans des rues à proximité de la « marche blanche » !... Pas « d’inquiétude », on les avait retrouvées, interverties, à 200 m. d’un poste frontière !... 2 à celui de l’Allemagne, 2 à celui de la France !... Sauves !... « Saines » ?... : sur un petit nuage ( GHB ) !....
           Qu’a FAIT la « marche blanche » alors ?... Qu’a-t-elle fait au moment du dessaisissement du juge ?... RIEN DE RIEN !!! ... En un instant, elle pouvait bloquer le centre de la capitale , envahir le Palais de Justice et le juge faire arrêter ses supérieurs ( pour trahison ! ) .... Ensuite évidemment, on se serait acheminé vers la désignation d’un gouvernement provisoire ( et aussi probablement, vers la proclamation de la République ! ). 
           Il a manqué à la « marche blanche » la formation d’un Comité de responsables !... La Révolution de 96 n’aura pas eu lieu !... Et la Belgique se dirige à pas plus ou moins mesurés vers sa dissolution !... La Le Pen a déjà annexé la Wallonie !... Au fait, nous récupérerons Dutroux aussi, par la même occasion !... Il sera peut-être plus bavard dans une prison française !.... Nous dire par exemple qui l’a fait évader et surtout pourquoi, lui-même a préféré faire demi-tour et se rendre !...

           Mais la « marche blanche » , cette « indignation massive » ne rendt pas meilleur : elle peut seulement être une occasion ... ou pas !... Ce qui nous change, ce sont nos décisions !...
           


          • Lorelei Lorelei 3 août 2011 18:31

            Par hommelibre (xxx.xxx.xxx.225) 2 juillet 10:49

            @ Bertrand :

            Oui, je commence à voir le système de Lorelei. Je vois aussi qu’elle accuse systématiquement les hommes qui ne pensent pas comme elle de faire l’apologie du viol. Le commentaire ci-dessus est borderline, j’en conviens. Mais il frise aussi la diffamation et le pénal.

            J’ai eu entre février et avril des échanges courriels hors blogs avec Lorelei (Susy de son prénom). J’ai parfois eu des doutes mais pas autant qu’aujourd’hui. Depuis hier j’ai préparé un commentaire citant certains de ses courriels, afin de montrer le trouble qui habite (sans jeu de mot...) Lorelei-Susy.

            Je me réserve encore la possibilité de le poster.

            Bonne journée.


            je vais signaler à la rédaction vos méthodes et la teneur de ce billet

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